Un syncrétisme est un mélange d'influences. Le terme de syncrétisme vient du mot grec signifiant . Initialement appliqué à une coalition guerrière, il s'est étendu à toutes formes de rassemblement de doctrines disparates, et est surtout utilisé à propos de religion.
Il est le résultat d’un processus d'adaptation endogène généralement imposé par une culture exogène.
Religion
Le terme s'utilise surtout en histoire des religions, pour qualifier des confessions à part entière, mais dont plusieurs composants d'origine sont encore reconnaissables. C'est une religion dont la doctrine ou les pratiques sont un mélange d'éléments pris dans différentes croyances.
Histoire Sphère culturelle grecque et Méditerranée On retrouve cette pratique très tôt dans l'Antiquité. La Bible fait mention du syncrétisme religieux du peuple d'Israël à l'époque du Roi d'Israël, Osée (). Le donne un exemple frappant de ce mélange religieux entre la Loi mosaïque que Yahvé donna à Israël et .. Traduction possible de cette citation : les Hébreux étant une tribu de pasteurs nomades vivant en Mésopotamie (Ur en Chaldée), leur religion était, selon toute vraisemblance, le Zoroastrisme. Mais leurs pratiques radicales et sectaires les tenaient à l'écart des autres populations et furent probablement à l'origine de leur exode, d'abord, sous la conduite de Terah, père d'Abraham, vers Harran (Turquie actuelle), puis, sous celle d'Abraham, pour le pays de Canaan.
Ernest Renan considère la croyance éventuelle à une vie post-mortem comme un effet de la captivité des Hébreux en Égypte. Celle-ci possédait ce concept dont la religion juive était seule, selon lui, à faire l'économie à l'époque. Cette interprétation n'exclut pas l'hypothèse zoroastrienne. En effet, selon le Zoroastrisme, l'âme de l'Homme préexiste à sa naissance et survit à sa mort. Si les bonnes actions passées du défunt l'emportent sur les mauvaises, l'âme va dans la par un pont au-delà duquel l'attend le Seigneur de la Lumière et y reste pour l'éternité. Dans le cas inverse, elle va à la où elle séjourne un temps avant de rejoindre la . La croyance en une vie post-mortem n'est donc pas d'origine mais plus large ; le Zoroastrisme était probablement répandu dans tout le Moyen-Orient antique, comme il l'était, vers l'Est, jusqu'en Inde.
Les Romains avaient pour politique d'incorporer les dieux locaux des pays qu'ils avaient conquis au panthéon romain. Ce choix leur évitait ainsi au moins toute opposition d'ordre religieux dans les pays polythéistes.
Une situation semblable s’est développée, mais involontairement, lorsque des missionnaires ont introduit la religion catholique en Amérique du Sud. Ils ont converti la majeure partie de la population, mais, à l’image des Samaritains de l’Antiquité, la population n'a pas oublié pour autant ses anciens rites. Ainsi, au Brésil, des chrétiens pratiquent toujours les rites vaudou et célèbrent des fêtes en l’honneur d’anciennes divinités, telle la déesse Iemanjá. On observe le même phénomène dans d’autres pays d’Amérique du Sud.
À l'époque contemporaine, la rencontre d'Assise de 1986 fut taxée de syncrétisme par quelques cardinaux du Vatican, bien que cela ne fût pas l'intention des organisateurs.
Dans le monde Le concept de syncrétisme est suffisamment abstrait pour être appliqué à de nombreuses traditions. Le sikhisme est composé d'un mélange de l'hindouisme et de l'islam. L'approche syncrétique permet d'analyser les influences qui constituent une religion, elle doit s'arrêter avant de perdre ce qui en fait l'identité. Les religions de l'Antiquité étaient très caractérisées par le syncrétisme, qu'il soit d'assimilation ou d'association, rendant les influences entre religions très complexes. Le culte de Mithra associé à Apollon dans le panthéon romain en est un exemple.
Le syncrétisme du bouddhisme chan, forme de bouddhisme mahāyāna avec le taoïsme en est un exemple qui s'est principalement développé de la dynastie Han jusqu'à la fin de la dynastie Tang (189-907). Les panthéons des deux religions y sont progressivement mélangés, les textes bouddhiques sont réécrits par les taoïstes et les textes taoïstes par les bouddhistes. Le plagiat par le moine bouddhiste Xingduan (), dans son « Livre des Trois Cuisines prêché par le Bouddha » (), du moine taoïste Du Guangting et de son « Le Livre des Cinq Cuisines » () en sont un exemple qui introduisit le végétalisme taoïste dans cette forme de bouddhisme. On retrouve ainsi dans cette forme de bouddhisme et ses dérivées en Corée (son), Japon (zen) et Vietnam (thiền), le végétalisme du taoïsme, les notions de yin et yang, de voie (tao), ou l'importance du néant (wu). On y pratique aussi la divination par le Yi Jing (livre des transformations) ou certaines notions du fengshui (géomancie). Le confucianisme a également influencé cette forme de bouddhisme.
La cohabitation du bouddhisme et du shintoïsme au Japon depuis le est un excellent exemple de syncrétisme, toujours observable aujourd'hui, et appelé shinbutsu shūgō. Ainsi en 2005, selon les chiffres officiels on comptabilisait de shintoïstes ( de la population) et de bouddhistes ( de la population).. Dans les faits, la plupart des Japonais fêtent les mariages et les naissances suivant les rites shintoïstes et les funérailles suivant les rites bouddhistes. De plus, on peut trouver dans la plupart des temples bouddhistes japonais un petit sanctuaire shinto et un petit autel bouddhiste dans de nombreux sanctuaires shinto.
Un autre exemple de syncrétisme est la situation indonésienne, dans laquelle les gens, tout en se déclarant adeptes des « grandes » religions (bouddhisme, christianisme, hindouisme, islam), continuent d'adhérer à des croyances et à observer des rituels relevant des religions traditionnelles.
Le caodaïsme vietnamien constitue aussi un exemple typique de syncrétisme, de même que la coexistence du vaudou et du christianisme dans certains pays africains ou en Haïti. Le culte antoiniste propose aussi une forme de syncrétisme religieux selon le sociologue Régis Dericquebourg., tandis que la jurisprudence belge l'a défini comme un ..
Culturellement On parle de syncrétisme culturel lorsqu'un système religieux (comme dit précédemment) ou philosophique tend à faire fusionner plusieurs doctrines différentes.
Lors d'une coexistence culturelle au niveau global, le syncrétisme est un métissage culturel, c’est-à-dire, une véritable création de nouveaux ensembles culturels qui trouvent une nouvelle cohérence à partir de plusieurs cultures différentes.
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Acculturation Continuité des religions européennes antiques Antiquité tardive Multiculturalisme
Bibliographie Dans la sphère culturelle grecque
.
(cours donné au Collège de France, 2005-2006)
En Extrême Orient
Liens externes
Catégorie:Histoire des religions Catégorie:Trait grammatical Catégorie:Métissage culturel