thumb|Extrait sonore d'une enquête orale réalisé en 1979 par des historiennes relatant un témoignage sur la lutte politique entre les partis de Gauche et de Droite dans deux guerre à Marseille. Henri Tasso, né le à Marseille (Bouches-du-Rhône) et mort le à Allauch (Bouches-du-Rhône), est un homme politique français, maire de Marseille de à .
Origine et formation D'origine italienne (son père, Michel-Théodore, est né en 1850 à Salerne, près de Naples), il nait à Marseille au 111 de la Grand Rue. Sa mère, Dominique Eusébie Marie Montefrestini, meurt peu après quarante ans. Les trois enfants du couple sont alors élevés par leur tante.
Henri Tasso travaille très tôt dans la Société des Oléonaphtes, entreprise d'huiles minérales, dirigée par Eugène Baron, comme employé de commerce. Il acquiert très vite la confiance et l'amitié du fils de son patron, Charles.
Son frère ainé milite dans les rangs socialistes à l’époque de Siméon Flaissières et guide ses premiers pas. En 1898, Henri Tasso est ainsi l’un des fondateurs des Jeunesses Socialistes du . Ce jeune mouvement politique milite pour l'unification des différentes familles se réclamant du socialisme.
Le , Henri Tasso épouse Thérèse Gairaud (18 ans), fille d'un bouchonnier marseillais. Lors du mariage, le témoin de Henri Tasso est son nouveau patron, Charles Baron qui vient de succéder à son père. Il est alors comptable de la société. Six ans plus tard, Henri Tasso est devenu le Fondé de Pouvoir de la Société des Oléonaphtes.
Débuts en politique (1910 - 1919) Henri Tasso obtient son premier mandat électoral alors qu'il n'a pas encore vingt huit ans. En , il est élu conseiller d'arrondissement du avec plus de 56 % des suffrages exprimés. Il se fait tant apprécier au sein du Conseil qu'il en devient le président l'année suivante, en 1911.
En fait, Henri Tasso est bien placé sur l'échiquier politique local. En 1914, il est en effet secrétaire de la SFIO (ligne Jaurès). Il est en très bon terme avec Fernand Bouisson, qui commence à dominer la Fédération socialiste des Bouches-du-Rhône.
Première Guerre mondiale
Henri Tasso est mobilisé comme maréchal des logis dans l'artillerie lourde. Il se bat à Verdun. Il est promu sous-lieutenant. Il est cité trois fois à l'ordre de l'armée et décoré de la croix de guerre.
Cette attitude vaillante durant la guerre lui vaut le respect de ses adversaires, même les plus farouches. Ainsi, bien plus tard, lorsqu'il est violemment attaqué par une certaine presse extrémiste et ses amis, le Petit Marseillais lui-même prend sa défense, le comparant à Gambetta, vantant son patriotisme.
Industriel Après la guerre, Charles Baron lui cède son entreprise, rue Félix Pyat, le transformant ainsi en petit industriel établi à son compte. Sa principale activité industrielle est l'importation et le raffinage des huiles minérales et de graissage, des huiles lourdes pour les voitures et les navires. Son activité commerciale est débordante et il lance successivement les marques d'huiles "VIT'OIL" et "TASSOLUBE", cette dernière marque pour profiter de la confusion avec la célèbre "ESSOLUBE" de Exxon.
Ses adversaires politiques profiteront de sa position d'industriel pour dénoncer le "conflit d'intérêts" lorsqu'il sera nommé en 1936 sous-secrétaire d'État à la Marine marchande. En effet, il est à la fois fournisseur potentiel en tant qu'industriel et acheteur possible en tant que membre du gouvernement.
Une ascension politique de 1919 à 1935
Le conseiller général Son ascension politique se poursuit avec une accélération après la Première Guerre mondiale. Le , il est élu conseiller municipal sur la liste de gauche conduite par Siméon Flaissières.
Le , il est élu conseiller général du , canton qui restera désormais le fief exclusif de la SFIO.
Nommé vice-président du conseil général en 1921 et 1922, il fit voter sous sa houlette deux rapports importants pour le département avec l'adduction en eau de Fontaine-l'Évêque (projet ancien consistant à alimenter en eau la ville de Marseille) et des lois d'assistance publique.
Au même moment, dans la municipalité Flaissières, il est nommé adjoint, délégué au canal de Marseille et aux tramways, où il a la collaboration de Auguste Joblin, lui-même traminot. L'étendue du chantier que trouve les deux hommes est énorme vue l'étendue de la ville. Il y a de graves problèmes de desserte en eau et en communication pour les banlieues. Ils font développer le système de machine élévatoire dont le nombre de concession passa de à près de entre 1920 et 1926. Au sujet des tramways dont la compagnie avait été mise sous séquestre durant la guerre, il dut remettre de l'ordre dans les services municipaux.
Henri Tasso abandonna assez rapidement le stade de la gestion des affaires locales pour envisager une carrière plus nationale. Lors de la vague de gauche des élections législatives de 1924 qui porta le cartel des gauches au pouvoir, il est élu député de la , sur la liste cartel menée par Fernand Bouisson, liste à grande majorité SFIO.
En 1925, pour se mettre en conformité avec sa politique de non-cumul des mandats, il ne se représenta pas aux élections municipales et renonça à son siège de conseiller général qui revient alors automatiquement à son remplaçant, Frédéric Corbani. En 1928, il est réélu dans le qui paraît taillé sur mesure pour lui, un canton où l'on trouve une immense majorité de couches populaires, de marins, de pécheurs, d'ouvriers, de petits commerçants et d'artisans, en fait l'électorat marseillais de la SFIO.
À cette date, Henri Tasso est déjà vice-président de la commission du commerce et de l'industrie ainsi que de celle de la marine marchande. Ces responsabilités lui attirent la sympathie d'une partie de la bourgeoisie marseillaise, principalement la frange des décideurs de la chambre de commerce.
Les élections municipales de 1929 Les élections municipales de 1929 vont se révéler déterminantes pour la ville de Marseille. A posteriori, elles vont aussi se révéler dramatiques pour l'avenir de la cité phocéenne.
Siméon Flaissières, le maire sortant, est attaqué à la fois sur sa droite avec Emile Rastoin que soutient la grande bourgeoise marseillaise et sur sa gauche par Henri Tasso qui a regroupé autour de sa candidature beaucoup d'anciens conseillers municipaux. Pour espérer garder la mairie, Siméon Flaissières est obligé de s'allier avec le diable. Il conclut alors une alliance électorale avec Simon Sabiani, un homme dont il fallait tenir compte sur la scène politique marseillaise, un Sabiani alors socialiste-communiste, élu tout fraîchement député l'année précédente.
Simon Sabiani, qui a refusé peu de temps auparavant de s'allier avec la SFIO n'en demandait pas tant. Avec Flaissières, il sait qu'il aura toutes les cartes en main pour être le vrai patron de la mairie. Cette fois-ci, il ne va pas se faire prier. Selon Massalia, un journal marseillais pourtant de gauche, Henry Tasso lui-même aurait sollicité l'appui de Simon Sabiani dans le but inavoué de ramener celui-ci dans le giron de la SFIO mais, pour apporter son aide aux socialistes, celui-ci aurait demandé la radiation de Léon Bon, figure controversée de la SFIO et de ses partenaires, chose inacceptable pour le candidat socialiste.
Le suffrage universel tranche le débat d'une manière lapidaire. Battue et laminée, la SFIO est obligée de se désister en faveur de la liste Flaissières pour éviter à la liste Rastoin, de droite et bourgeoise de surcroît, de passer avec facilité. Au second tour, la liste Flaissières passera haut la main
La conquête de la mairie Le , Siméon Flaissières meurt. Des élections partielles sont organisées mais elles se déroulent dans une conjoncture si peu favorable aux socialistes que Henri Tasso, prudent, préféra laisser son lieutenant mener le combat. Il eut raison. Rémy Roux se fit battre par George Ribot qu'appuyait Simon Sabiani, premier adjoint et quasiment maître du pouvoir municipal.
Pour les élections municipales de 1935, Henri Tasso fait alliance avec les communistes et la SFIO, coalition qui préfigure le Front populaire. Tasso a aussi le soutien des frères Guérini, qui sont déjà des figures du milieu marseillais Les Parrains corses: Leur histoire, leurs réseaux, leurs protections, par Jacques Follorou et Vincent Nouzille, Éditions Fayard 2004. La liste d'Henri Tasso bat la municipalité sortante de Ribot et Sabiani, dont Le Petit Provençal lui-même ménagea les candidats jusqu'au premier tour et les listes de droites.
Pour ces élections, la ville inaugure un nouveau mode de scrutin pour les municipales : La ville est divisée en cinq secteurs possédant chacune sa propre liste. Dans le (// tous représentés par des élus socialistes), la liste que conduit Henri Tasso est élue dès le premier tour avec 43 % des suffrages par rapport aux inscrits. Cette victoire fut fêtée le par un immense cortège devant la mairie.
Au second tour, la majorité absolue va aux socialistes SFIO avec 24 sièges sur 36. Les et vont toutefois à la droite
Le dimanche , dans son discours inaugural, le nouveau maire Henri Tasso affirme que cette victoire est la victoire de la démocratie socialiste. Il proclame aussi que son souci premier est de réaliser un « programme ayant pour but unique la prospérité de Marseille ». Il évoque aussi les problèmes financiers que va rencontrer la nouvelle équipe municipale. Au balcon de la Mairie, devant cette foule de vingt mille personnes qui l'acclame, il promet « d'œuvrer pour le peuple et pour le prolétariat ». Une grande fête populaire est improvisée et le cortège de la population défile du Vieux-Port aux Mobiles. Jamais, à l'exception de l'élection de Siméon Flaissières en 1892, une élection municipale a provoqué une telle ferveur populaire.
Action dans le gouvernement de Front populaire Les élections législatives de 1936 En 1936, devant la poussée du Parti communiste en France, et dans les Bouches-du-Rhône en particulier, Henri Tasso, dont le prestige est désormais très grand, est obligé de faire campagne pour aider ses camarades. Il est ainsi obligé d'intervenir personnellement au tour en faveur de son ami et mentor Fernand Bouisson, mis lui-même en difficulté par le communiste Cristos.
Ministre Henri Tasso est nommé sous-secrétaire d'État à la Marine marchande dans le premier gouvernement Blum. Il conservera son portefeuille successivement sous le ministère Chautemps puis sous le second ministère Blum. Sa ligne directrice à la tête de la marine marchande est de préconiser la construction d'une flotte importante et moderne de cargos.
Mais ce n'est pas un poste de tout repos. Il doit tout d'abord faire face aux grèves de 1936 qui touchèrent durement les ports français, puis la guerre d'Espagne. Or, il lui fallait aussi gérer les tensions énormes qui était apparues à Marseille à la suite du déclenchement de cette guerre, la cité phocéenne étant la plaque tournante de l'aide aux républicains.
Le conflit entre les dockers et l’armateur Jean Fraissinet Le , un conflit éclate entre le syndicat des dockers et Jean Fraissinet. Six dockers travaillant sur les navires de Jean Fraissinet sont accusés par le syndicats des dockers d'appartenir aux Croix-de-Feu et d'être des briseurs de grève.
Le conflit est simple : le Syndicat demande leur renvoi. Jean Fraissinet veut les conserver. Le 16, après dix jours de conflit, Henri Tasso intervient en télégraphiant au ministre du Travail pour demander le déplacement des six dockers ailleurs qu'à la Joliette. Il veut éviter ainsi les affrontements. Mais Jean Fraissinet refuse cette intervention.
Il faudra que le Syndicat des dockers menace les ports français d'une grève générale pour que l'armateur cède. Tasso fut de nouveau obligé d'intervenir dans la grève des ouvriers boulangers.
Le conflit municipal entre Raymond Vidal et Noel Carrega (SFIO contre CGT)