Le français québécois, aussi connu sous le nom de français laurentien., est une des deux variétés de la langue française qui sont les plus répandues au Canada, l'autre étant le français acadien. On entend essentiellement le français laurentien au Québec., mais aussi, de manière très minoritaire, en Ontario et au Nouveau-Brunswick, ainsi qu'à travers la diaspora québécoise, répartie ailleurs au Canada, en Nouvelle-Angleterre et en Floride.

À l'écrit formel, le français québécois est syntaxiquement presque identique au français normalisé et ne s'en distingue que marginalement sur le plan lexical. Néanmoins, à l'oral et à l'écrit informel, il comporte certains écarts syntaxiques, phonétiques et lexicaux prononcés par rapport au français considéré standard.

L'Office québécois de la langue française travaille au développement de la langue française et appuie certaines particularités qui peuvent diverger parfois de l'usage hors-Québec, mais sans écarter ce dernier.

Histoire

Genèse linguistique

Les habitants de la Nouvelle-France (1604–1763) parlent un français « identique à celui de Paris »Jean-Denis Gendron, D'où vient l'accent des Québécois ? Et celui des Parisiens ?, Presses de l'Université Laval, 2007., et ce, même si la plupart des colons viennent de différentes régions (essentiellement de l'ouest et du nord-ouest de la France). Il apparaît en effet que la diversité des langues régionales s'est rapidement uniformisée autour de la koinè urbaineYves-Charles Morin, « Les premiers immigrants et la prononciation du français au Québec », Revue québécoise de linguistique, , , 2002, (avec référence à Charbonneau et Guillemette, ) (lire en ligne)., phénomène favorisé par le fait que 71,5 % des colons ont une origine urbaine ou semi-urbaineHubert Charbonneau & André Guillemette, « Provinces et habitats d’origine des pionniers de la vallée laurentienne », dans Claude Poirier , Langue, espace, société : les variétés du français en Amérique du Nord, Sainte-Foy : Presses de l’Université Laval, 1994, , citation (lire en ligne).. Cette uniformisation autour de l'usage parisien est également renforcée par l'arrivée des filles du Roi, immigrantes recrutées pour épouser les colons dans une perspective de peuplementHenri Wittmann, Le français de Paris dans le français des Amériques, 16.0416 (Paris, 20–25 juillet 1997). Oxford : Pergamon (). (1663–1673). Il s'agit essentiellement d'un français populaire qui comporte ses différences par rapport à celui de la Cour, sans en être très éloignéYves-Charles Morin, « Les premiers immigrants et la prononciation du français au Québec », Revue québécoise de linguistique, , , 2002 ; Henri Wittmann, « Grammaire comparée des variétés coloniales du français populaire de Paris du et origines du français québécois. » Le français des Amériques, dir. Robert Fournier & Henri Wittmann, 281–334. Trois-Rivières : Presses universitaires de Trois-Rivières.(lire en ligne).. L'hypothèse selon laquelle on n'aurait jamais parlé les langues régionales en Nouvelle-France est proposée par Mougeon et Béniak en 1994 alors que la théorie du choc des patois provient de Barbaud (1984).

Il reste que 28,5 % des premiers colons sont d'origine ruraleHubert Charbonneau & André Guillemette, « Provinces et habitats d’origine des pionniers de la vallée laurentienne », dans Claude Poirier , Langue, espace, société : les variétés du français en Amérique du Nord, Sainte-Foy : Presses de l’Université Laval, 1994, , citation ; (lire en ligne)., ce qui favorisera la diffusion de mots fréquents dans diverses langues du Centre et de l'Ouest (par garnotte au sens de « petite pierre »).

Ainsi, bien qu'il ait indéniablement conservé des éléments issus des langues d’oïl régionales comme le normand, le poitevin, le gallo ou encore le saintongeaisAdjutor Rivard. Études sur les parlers de France au Canada, Québec : Garneau, 1914 ; Yves-Charles Morin, Les premiers immigrants et la prononciation du français au Québec, Revue québécoise de linguistique , , 2002 (lire en ligne)., le français québécois tient essentiellement son origine de la langue parisienne du . Toutefois, il serait faux de prétendre que le français québécois actuel est une forme parfaitement préservée de la langue de l'Ancien Régime. Le français du Québec, comme celui de France, a évolué et trouvé ses inflexions propres en fonction de ses réalités spécifiques et, notamment, de son interaction avec la langue anglaise. L'évolution du français québécois à partir de la langue parisienne d'autrefois (avant la nouvelle norme française datant de la Révolution) connaît ses premières impulsions sous l'action de Thomas Maguire dans les , s'intensifie avec les nouveaux moyens de communication du milieu du et s'accélère avec l'instruction élargie et l'émancipation sociale et intellectuelle des Québécois de la Révolution tranquille.

Influence anglophone Enclavé dans un environnement anglophone, le français québécois a toujours été une langue sous influence théoriquement menacée d’extinction. Cependant, les pressions et les revendications des francophones, dans les , ont amené le gouvernement fédéral du Canada à adopter des politiques de bilinguisme pour l'administration publique et les services de l’État ainsi que pour l’étiquetage et l’emballage. Quant au gouvernement du Québec, il se donne en 1977 une Charte de la langue française (souvent appelée « ») qui déclare le français seule langue officielle du Québec, au travail, dans l’affichage commercial et dans l’éducation des immigrants.

Évolution récente

Norme et politique linguistique

Norme

Deux lignes de force traversent les discours et les attitudes concernant la norme du français québécois. La première, dite « exogéniste », cherche essentiellement à aligner le français du Québec sur le français de France ou d'Europe, ce qui implique le rejet des régionalismes. La seconde, dite « endogéniste », prône l'utilisation et le développement d'un français spécifique au Québec qui est fondé sur l'usage historique et actuel et sur les réalités québécoises. Ces deux pôles sont rarement purs puisqu'il est concrètement impossible de pratiquer au Québec un français en tous points semblable au français de France, et qu'il est nécessaire de préserver des points communs avec le reste de la francophonie au moins pour favoriser la communication.

Ces antagonismes portent principalement sur le lexique et sur la prononciation. La syntaxe et la grammaire du français québécois écrit ne diffèrent pas vraiment de celles du reste de la francophonie.

Sur le plan lexical, le problème que pose la position endogéniste n'est pas tant la néologie québécoise ( création de mots comme cégep ou courriel) que les usages québécois considérés comme non standards, soit en raison de l'influence de l'anglais (anglicismes), soit en raison de la présence d'archaïsmes. En fait, la question est de savoir si les nombreux anglicismes dont est imprégnée la langue québécoise constituent une évolution naturelle et légitime de cette dernière, ou s'ils sont des éléments exogènes à proscrire parce que contraires à une certaine conception de la qualité de la langue. La dichotomie entre la langue écrite et la langue parlée est beaucoup plus prononcée au Québec qu'en Europe, et elle pose aussi le problème de savoir dans quelle mesure la langue écrite peut ou non reproduire des usages de la langue parlée.

De nombreux anglicismes courants dans la langue courante comme dans la langue juridique, administrative et technique sont disparus de l'usage dans les et 1970 sous l'influence d'une volonté collective de correction et notamment grâce aux travaux linguistiques et promotionnels de l'Office de la langue française.

Paradoxalement, la position exogéniste préconise jusqu'à l'utilisation des emprunts à l'anglais courants en France et traditionnellement non utilisés au Québec, comme le mot week-end pour fin de semaine (et de fait, le mot week-end connaît une diffusion accrue depuis les , sans le supplanter toutefois).

Accusés de vouloir s'aligner sur la France, les exogénistes se retranchent souvent derrière la notion de « français international », norme théorique censée pouvoir être comprise par les francophones du monde entier. vignette|Bureaux de l'Office québécois de la langue française, à Montréal. L'Office québécois de la langue française cherche à concilier ces deux pôles. Ses deux principales publications sont la Banque de dépannage linguistique (BDL) et le Grand dictionnaire terminologique (GDT), qui guident l'Administration et le grand public quant à la norme à adopter au Québec sur les questions lexicales, grammaticales, typographiques et phonétiques entre autres. L'OQLF joue aussi un rôle important en néologie.

Le français enseigné dans les écoles suit cette norme, parfois fuyante, qui cherche à la fois à l'aligner sur le français « international » et à l'intégrer lexicalement sur les réalités et les concepts propres à sa culture et à son monde de référence nord-américain. Les enseignants québécois parlent généralement avec un accent québécois standard, qui pareillement cherche à éliminer les traits phonétiques non standards, et ils prononcent des diphtongues légères et lexicaux associés à une langue trop populaire, sans pour autant s'aligner sur le français européen ou autre.

Contrairement à la langue orale, la langue écrite utilise les mêmes normes que le français commun des autres États francophones sur les plans syntaxique et grammatical. Il diffère cependant sur le plan lexical (quoique dans une moins grande mesure que la langue orale, voire dans une mesure presque marginale) et sur certains aspects de la typographie (par exemple l'emploi plus policé et plus restrictif de la majuscule dans les appellations, et l'absence d'espace avant les points d'exclamation et d'interrogation). L'Office québécois de la langue française (OQLF) travaille de concert avec l’Académie française et les organismes gouvernementaux des autres pays de la Francophonie. L’Office promeut d'abord un usage français dans le respect des particularités québécoises. Les termes normalisés par l'Office sont obligatoires dans les documents officiels et scolaires.

L’OQLF recommande la féminisation des noms de fonction (comme « professeure », « auteure », « mairesse »). La Belgique, la Suisse et finalement la France ont suivi le Québec dans cette voie après des années, mais l'usage n'est pas encore établi partout, l'Académie française s'étant montrée sans doute la plus conservatrice en cette matièreFéminisation des noms de métiers, fonctions, grades et titres — Académie française. Consulté le ..

Variations sociolinguistiques

Le français québécois oral comporte divers registres, depuis le français qu'on pourrait qualifier d'« officiel », « normatif » ou « standard », jusqu'aux usages populaires (ex. : joual) et régionaux, souvent considérés comme très archaïques en regard de la norme française.

Le français québécois « normatif » est en principe utilisé dans la parole publique et par les locuteurs instruits, mais dans tous les cas, il reste relativement distinct du français parlé en France.

Médias et arts de la parole vignette|300x300px|Logo de Radio-Canada. Dès sa création (radio 1936, télévision 1952), Radio-Canada s'est donné pour mission d'établir une norme de français correct, axé sur le français de France mais teinté des spécificités canadiennes : c'est ce qu'on a appelé le français radio-canadien. Ce français a été conservé à un haut niveau et considéré comme un exemple jusqu'à la fin des années 1970 environ, où l'on s'est mis graduellement à se rapprocher de la langue québécoise de tous les jours. Le français entendu à Radio-Canada demeure toutefois, encore aujourd'hui, souvent plus proche d'une norme internationale que celui qu'on entend sur les autres chaînes.