Corylus avellana, communément appelé Noisetier ou Coudrier, est une espèce d'arbrisseaux de 5 à 8 mètres de hauteur et appartenant au genre Corylus et à la famille des BétulacéesSous-famille des Coryloïdées (certains auteurs classent le Noisetier dans la famille des Corylacées).
Les quinze espèces du genre Corylus qui donnent toutes des fruits à coque contenant une amande comestible, sont aussi nommées en français « noisetier ». Deux espèces de Corylus sont indigènes en Europe, Corylus avellana et Corylus colurna, le « Noisetier de Byzance », présent dans les Balkans, la Roumanie et la Turquie. Pour distinguer Corylus avellana des autres, on l’appelle généralement « Noisetier commun » ou « Noisetier européen ».
Le Noisetier commun est un arbuste spontané dans l’ensemble de l’Europe jusqu’à l’Oural et l’Anatolie du Nord. C’est une plante des bois, des haies et des jardins qui donne un fruit comestible apprécié, la noisette. Il a un bois souple.
Il a été la source de nombreux cultivars en Europe et en Turquie qui furent sélectionnés à partir des populations locales de noisetiers sauvages. Une variété à gros fruits est parfois appelée « Avelinier ».
La Turquie est depuis longtemps le premier producteur et exportateur mondial de noisettes, avec 67 % de la production mondiale en 2017. En seconde position vient l’Italie, avec 13 %. La filière de la noisette est aussi bien développée aux États-Unis et en Chine, deux pays où Corylus avellana n’est pas indigène.
Étymologie En 1753, Carl Linné nomme le Noisetier commun Corylus avellana qu’il classe dans les Monoecia polyandria (Species plantarum, 1753). Le nom de genre Corylus vient de Corolus, nom latin du noisetieremployé par Caton Agri. 18, 9 ; Virgile B. 1, 14, G. 2, 75, etc., Pline 16, 74, etc. voir qui dériverait du grec Korus (κορις), « casque », en référence à la forme des cupules membraneuses et frangées qui entourent la noisette.
L’épithète spécifique Avellana se rapporterait à la ville italienne d'Avella, dans la province d'Avellino (Campanie, Italie), dont les noisettes étaient réputéesAline Raynal-Roques, Agenda botanique 2010, Belin, 2009 , à moins qu'il ne dérive du gaulois Aballo, « pomme »Jean-Claude Rameau et al., Flore forestière française : guide écologique illustré, tome 2 : Montagnes, coéd. Paris, Institut pour le développement forestier : Direction de l'espace rural et de la forêt - Nancy, École nationale du génie rural des eaux et des forêts, 1993 , (aperçu en ligne sur Google Livres). Une « aveline » est une grosse noisette presque rondeArticle « Aveline » du TLFi sur le portail lexical du CNRTL et « avelinier » le nom ancien de cette sorte de noisetierArticle « Avelinier » du TLFi.
L’arbuste produisant des « petites noix » (noisettes) a été d’abord désigné en français par les termes de coldre (), coudre (1179), couldrier (1503) puis coudrier (1555, Ronsard). Puis en 1530, apparaît en français noisettier (avec deux t), car le terme est dérivé de noisette (« petite noix ») par le suffixe -ier* sur le modèle de : abricot > abricotier, amande > amandier. L’Encyclopédie de Diderot (publiée de 1751 à 1772, à l’époque de Linné) , dénomme l’espèce sauvage « coudrier » et la variété cultivée pour son fruit comestible le « noisettier ». Parmi ces derniers sont distingués sept types différents dont le noisetier à gros fruit rond (l’aveline qui ne mûrit bien que dans les pays chauds), le noisettier à grapes, le noisettier d’Espagne, le noisettier du Levant, etc. On décèle à cette époque l'extension des acceptions de noisettier à l'espèce sauvage. L'article coudrier de l'Encyclopédie indique . L’édition de 1762 du Dictionnaire de l’Académie française entérine la synonymie de noisetier et coudrier.
Description Le noisetier commun est un arbrisseau formant une touffe de 10 à 12 troncs pouvant atteindre 2 à 5 (rarement jusqu'à 8) mètres de haut. Il rejette de souche et drageonne.
Son écorce est lisse, brune cuivrée et marquée de fines lenticelles blanchâtres horizontales. Elle peut s’enlever en pellicules horizontales très minces selon les variétés. Les jeunes rameaux pubescents sont hérissés de poils glanduleux, crochus, rougeâtres, de 1 à de long..
Ses feuilles alternes, caduques, sont courtement pétiolées et peuvent se confondre avec celles du tilleul. De forme cordée, ovales à obovale arrondie, elles sont échancrées à la base, aiguës au sommet (feuilles acuminées), finement velues. Le pétiole pubescent est couvert de poils glanduleux. Leur marge est découpée en grandes dents, elles-mêmes bordées de plus petites, velues.
Le noisetier est une espèce monoïque, c’est-à-dire avec des fleurs mâles et femelles sur le même pied. Les fleurs mâles, jaunâtres, comportent 2 bractéoles avec 4 étamines bifides, forment des épis pendants ou chatons de 5-, et les fleurs femelles, condensées en glomérules, portent 2 longs styles rouges et forment des épis dressés. Les étamines libèrent des grains de pollen qui sont emportés par le vent. Les chatons mâles se forment dès le début de l’été et fleurissent de la mi-décembre à début mars, bien avant le débourrement. La période de pollinisation peut donc varier considérablement d’une année à l’autre. Les fleurs femelles apparaissent en mars-avril quelques semaines après les fleurs mâles.
La noisette est un akène doté d’un péricarpe ligneux et renfermant une seule graine (l'amande) qui occupe toute la cavité interne du péricarpe. Ce fruit à coque, de forme plus ou moins ovoïde, peut atteindre 3 cm de long et 2 de diamètre; il est protégé avant maturité complète par une enveloppe de forme tubulaire, l’involucre de bractées, d’aspect foliacé et divisée en lobes irréguliers à son extrémité. L'involucre est plus ou moins enveloppant selon les variétés.
Il existe de nombreuses variétés et cultivars, mais Corylus avellana L. sensu stricto (Corylus avellana var. avellana) a des fruits à involucre court et profondément divisé en lobes ovales, laissant tomber le fruit à maturité, ce qui est un avantage en récolte mécanique. Il est sauvage dans toute l’Europe et a été abondamment cueilli depuis la Préhistoire. Par contre, Corylus avellana var. pontica (synonyme Corylus pontica K. Koch) est un arbuste de qui donne de petits fruits à involucre tubulaire et est originaire de Turquie et des bords de la mer Noire.
Biologie
Le noisetier fleurit de décembre à mars (selon les variétés et les régions). Il est autostérile ce qui nécessite une fécondation croisée, effectuée grâce au vent. Toutefois les abeilles sont nombreuses à récolter les grains de pollen lorsque la température est suffisamment élevée pour leur permettre de quitter la ruche à la fin de l’hiver. De fait, au début de la saison apicole (de janvier à mars), elles récoltent préférentiellement le pollen de plusieurs espèces ligneuses telles que les aulnes (Alnus spp.), les saules (Salix spp.), le gui (Viscum album) en plus du noisetier.
Les noisettes sont généralement groupées en petites grappes appelées « trochets » formées de deux ou trois fruits. Peu avant la maturité du fruit, l’involucre s’assèche et s’ouvre à une extrémité, exposant le péricarpe à l’air où il va durcir et se colorer, pendant que la graine se concentre en sucres, en huile et en minéraux. Cette maturation a lieu en automne, et la cueillette peut avoir lieu entre la fin du mois d’août et en septembre, lorsque les trochets se détachent facilement des branches.
Les fruits sont sensibles au balanin des noisettes et aux pucerons (puceron jaune du noisetier et puceron vert du noisetier).
Distribution et habitat C'est une espèce typique des fruticées (où il est alors dominant en phase finale d'évolutionBégeot C (1998) Le comportement pollinique du Noisetier (Corylus avellana), son rôle comme indicateur d'impacts anthropiques? L'exemple d'un transect dans le sud du Jura. Acta botanica gallica, 145(4), 271-279) et forêts mixtes ou feuillues (alors en sous-bois assez bien éclairé ou en lisières et clairières forestières). Il apprécie les sols riches
Le noisetier commun est spontané dans l’ensemble de l’Europe, de l’Asie mineure (Anatolie) et du Caucase, à l’exception des régions les plus septentrionales. La distribution géographique s’étend des côtes méditerranéennes de l’Afrique du Nord, vers le nord jusqu’aux îles britanniques et la péninsule scandinave, vers l’est jusqu’à l’Oural en Russie, les montagnes du Caucase, l’Iran et le Liban.
En France, il est commun dans le centre, l’est et le nord-est et plus rare dans l’ouest, le sud-ouest et la région méditerranéenne. On le trouve jusqu’à . En Suisse, on le rencontre sur l'ensemble du territoire à l'exception de la Haute-Engadine.
À l’état sauvage, il se trouve surtout sur les sols basiques à légèrement acides, assez frais. Il est très commun dans les bois au climat tempéré. C’est une espèce de demi-ombre ou d’ombre poussant en lisière des bois et dans les haies. Espèce pionnière, il est un des premiers arbustes à coloniser les espaces perturbés pour former des fourrés, des taillis, des haies forestières et des bois de feuillus.
Il est largement cultivé, très au-delà de son aire naturelle. La Turquie est le premier pays producteur et exportateur de noisettes, avec 67 % de la production mondiale en 2017. La zone de production se trouve sur une bande côtière de de large longeant les rives de la mer Noire et plus particulièrement dans les provinces d’Ordu, Giresun et Trabzon. Elle est suivie par l’Italie qui en a produit 13 % sur un total mondial de un million de tonnes. Deux autres gros producteurs, les États-Unis et la Chine, sont des pays où le noisetier commun a été introduit récemment et n’était pas indigène.
Reproduction vignette|Chaton (botanique) de Corylus avellana.La protandrie ou la protogynie sont possibles chez cette espèce, avec des variations significatives de durée entre l'ouverture des fleurs femelles et l'émission de pollen chez les variétés protogynes et entre la production de pollen et le moment de réceptivité à la fécondation des fleurs femelles chez les variétés protandres (selon la variété considérée)Osman Cabi E. (1970) Contribution à l'étude du Noisetier. La culture en Turquie - Comparaison avec l'Espagne. In: Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, vol. 17, , mai-juin 1970. ; doi : 10.3406/jatba.1970.3059.. Les producteurs cherchent donc à introduire des variétés à longue production de pollen dans leurs plantations.
L'étude de montre que sa pollinisation varie considérablement selon son emplacement et notamment selon son environnement lumineux ; elle semble maximale dans les ouvertures (clairières, chablis) de . Les études polliniques montrent qu'il a en Europe fait partie des premières espèces à remonter vers le nord après le recul des glaces. Le nombre de chatons et l'émission de pollen diminuent fortement en zone ombragée.
Les fleurs mâles et femelles ne s'ouvrent pas au même moment, ce qui évite théoriquement l'homogamie (en réalité, chez des noisetiers isolés une reproduction homogame est parfois observée, permettant la production de fruits).
En Europe, les écureuils sont un élément important dans la reproduction du noisetier. Ils enterrent les noisettes loin de l'arbre, afin de se faire des réserves alimentaires, mais n'utilisent pas l'intégralité de ces réserves.
Lors de la culture domestique du noisetier, il est donc conseillé de planter différentes variétés de noisetiers, à des distances réduites, afin de multiplier les chances de pollinisation, et ainsi multiplier le nombre de noisettes. Le noisetier se multiplie par marcottage ou drageonnage, ou bouturage, il est en pleine production à partir de l'âge de 8-12 ans et peut vivre jusqu'à 60 ans.
Histoire démographique des populations