Le Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne, également connu sous l'acronyme GRECE et l'appellation médiatique « Nouvelle Droite », est une « société de pensée à vocation intellectuelle » (ou « communauté de travail et de pensée ».) officiellement fondée en par quarante militantsLa revue Nouvelle École dans son numéro d'août-septembre 1968 en publie la liste : on trouve parmi ceux-ci Roger Lemoine, ancien secrétaire d’Europe-Action et futur président, puis président d'honneur du GRECE, Jacques Bruyas, ancien responsable de la FEN et d’Europe-Action à Nice, Jean-Claude Valla, qui sera longtemps rédacteur en chef de la revue Éléments, Dominique Venner (Julien Lebel), l'écrivain Jean Mabire, Michel Marmin, Pierre Vial, Dominique Gajas, etc. Le nom définitif de l'association ne fut pas immédiatement fixé : dans son premier numéro (août-septembre 1968), Nouvelle École faisait référence à un « Groupe de recherches et d'étude sur la civilisation européenne ».

Dès l'automne 1965, des membres de la FEN et d’Europe-Action avaient créé les « Groupes de recherche et d'études pour la communauté européenne » (GRECE) sous l'égide desquels Alain de Benoist, sous le pseudonyme de Fabrice Laroche, avait publié une plaquette sur les Indo-Européens (cf. ). issus de la mouvance nationale-européenne incarnée par des mouvements comme Europe-Action — revue et cercle animés par Dominique Venner et Jean Mabire —, la Fédération des étudiants nationalistes (FEN), le Mouvement national du progrès (MNP) ou le Rassemblement européen de la liberté (REL)Sur ces mouvements, cf. (entretien reproduit dans son livre, ).. Le philosophe Alain de Benoist en est considéré comme la « tête pensante ».

L'idée de départ du GRECE était de reconquérir le terrain culturel en quittant le domaine purement politique.. Après avoir défendu dans les années 1970 un « ethno-différentialisme », il s'en écarte progressivement dans les années 1980. Historique Création et débuts Après une première réunion nationale, tenue les 4 et , qui suit une série de contacts pris à l'automne précédent, les statuts de cette « société de pensée » sont officiellement déposés à la préfecture des Alpes-Maritimes le . Parmi ses fondateurs, le journaliste et écrivain français Alain de Benoist est celui qui accède à la plus grande notoriété ; les autres sont « Pierre d'Arribère » (pseudonyme d'un ancien Waffen-SS, responsable du lancement financier du GRECE, n. 2.), Pierre Bérard, Jacques Bruyas, Yves Esquieu, « Julien Lebel » (Dominique Venner), Roger Lemoine, Giorgio Locchi, Antonio Lombardo, Jean-Jacques Mourreau, Jean-Claude Rivière, Maurice Rollet, Yves Rouxeville, Jean-Paul Touzalin, Jean-Claude Valla, Roger Vétillard, Pierre Vial, Jean-Marcel Zagamé ; mais aussi Jean-Pierre Brosse, Daniel Butreau, Jacques Chessel, Jean-Claude Carasco, Vincent Decombis, Gérard Denestèbe, Jacques Douris, Gilles Fournier, Alain Gary, Dominique Gajas, Claude Grandjean, Robert Lapeyre, Alain Mallard, « Pierre Marcenet » (Georges Schmelz), Michel Paysant, Jean-Yves Péquay, Yves Pondaven, Pierre-Henri Reboux, François Ruph, Jean-Pierre Toni, Jacques Vassigny, Jacques VerninVoir sur france-politique.fr..

Dans la lignée de Dominique Venner — qui, à la suite de son manifeste intitulé Pour une critique positive (1962), constatait le décalage entre les aspirations des Français et le caractère suranné des propositions des organisations activistes et voulait de ce fait . —, Alain de Benoist et ses amis souhaitaient créer un pôle intellectuel destiné à influencer la droite française par l'élaboration d'une capable d'affronter la ., mélange de culture judéo-chrétienne et d'idéologie marxiste ou marxisante : alors à l'honneur dans le monde intellectuel et universitaire français.

Pour ce faire, une longue période de réflexion et de maturation est nécessaire, période pendant laquelle sera abandonné le champ de la politique proprement dite au profit de ce qu'ils appellent la « métapolitique », définie comme « le domaine des valeurs qui ne relèvent pas du politique, au sens traditionnel du terme, mais qui ont une incidence directe sur la constance ou l'absence de consensus social régi par le politique ».

Le GRECE, qui comptait en son sein des journalistes et des universitaires, articula l'essentiel de ses activités autour d'une revue doctrinale fondée en 1974, Études et Recherches, et des revues Nouvelle École (dont le premier numéro date de février-) et Éléments (fondée en 1973 sous sa forme actuelle).

Durant la première décennie d'existence du GRECE, ses responsables se sont appliqués à constituer et étendre leurs réseaux de pénétration des élites : ainsi organisent-ils des conférences et des séminaires tant à Paris qu'en province (« Qu'est-ce que la métapolitique ? » en , « La question des valeurs » en , « Morale d'hier, éthique de demain » en , « L'histoire a-t-elle un sens ? » en , « Des élites pour quoi faire ? » en , « Les illusions de l'égalité » en , etc.), des « camps de réflexion » rappelant ceux de la FEN, et même une université d'été. Ils patronnent par ailleurs des organisations « amies », non intégrées à l'organigramme du GRECE mais proches de lui par les personnalités qui les fréquentent ou la thématique qui y est abordée : ainsi le cercle Pareto à l’Institut d’études politiques de Paris, le cercle Galilée à Lyon, le cercle Jean Médecin à Nice, le cercle Henry de Montherlant à Bordeaux, le CLOSORFondé en avril 1975, il se propose « de promouvoir l'idée de Défense », de « réconcilier la nation avec l'armée » et de « s'opposer efficacement aux entreprises de division et de subversion » (). Dirigé jusqu'en 1976 par Philippe Conrad, puis par Éric Saint-Léger, il est secondé par le Cercle Clausewitz (formé des officiers d'active membres du GRECE) et publie la revue Nation Armée. (Comité de liaison des officiers et sous-officiers de réserve), le GENEApparaissant en janvier 1976, il s'agit d'un groupe « de réflexion et de propositions au service d'une philosophie de l'homme et du monde » animé par Fabrice Valclérieux , avec pour but d'établir un projet éducatif global « opposé à l'utopisme déréalisant des pédagogies rétrogrades et pseudo-modernistes » (), et diffusant la revue Nouvelle Éducation. (Groupe d'études pour une nouvelle éducation), etc. Issue du cercle Erasme, une branche belge du GRECE a également été créée en 1971 (son ancien dirigeant, Georges Hupin, faisant depuis lors figure de vieux maurrassien). S'attachant à investir des organes de presse implantés dans le public qu'ils se proposaient de convaincre, des membres du GRECE entrèrent dans deux publications du groupe Bourgine, Valeurs actuelles et Le Spectacle du monde.

En , l'arrivée à la tête des services culturels du Figaro de Louis Pauwels, ancien directeur de Planète, va permettre aux thématiques grécistes d'être connues du grand public : Le Figaro Magazine, hebdomadaire à forte diffusion dont il devient directeur, est créé en . Lors de sa création figuraient Patrice de Plunkett, nommé rédacteur en chef adjoint, Jean-Claude Valla, Yves Christen, Christian Durante, Michel Marmin, tous membres du GRECE. Si l'existence d'autres courants de pensée au sein du « Fig Mag » ne permet pas d'en faire une sorte d'antenne médiatique du GRECE, l'influence qu'y a exercée jusqu'en 1981 le noyau dur de la Nouvelle Droite a été considérable.

Le GRECE et, dans une moindre mesure, le Club de l'horloge, club de réflexion « national-libéral », font l'objet d'une campagne de presse hostile en 1979Le journaliste Thierry Pfister, qui déclencha ladite campagne par un article publié dans Le Monde (), admettra plus tard qu'à travers le GRECE était en fait visé Le Figaro, dont le supplément (Le Figaro Magazine), lieu d'expression de la Nouvelle Droite, faisait concurrence au Monde (cf. ).En outre, cette campagne fut essentiellement alimentée par des dossiers réalisés — et adressés à la presse — par un groupe de catholiques conservateurs lié à la nébuleuse issue de la Cité catholique (de Jean Ousset), le GARAH (Groupe d'action et de recherche pour l'avenir de l'homme). Des dossiers pratiquant des amalgames polémiques, souvent repris sans esprit critique, entre avortement thérapeutique (pour la légalisation duquel le GRECE avait milité), eugénisme, Nouvelle Droite et nazisme (voir surtout Georges Naughton [pseudonyme de Michel de Guibert et Georges Souchon], Le Choc du passé. Avortement, néo-nazisme, nouvelle morale, GARAH, 1974) qui n'avaient de sens que du point de vue de la morale catholique. peut ainsi relever le fait paradoxal qu'« une campagne de presse réussie — tous les grands journaux reprenant le modèle accusatoire — [ait] donc été en partie provoquée par l'activité militante de quelques personnes représentant une certaine sensibilité catholique traditionnelle ; deux étudiants chrétiens motivés ont fini par avoir raison d'une “société de pensée” qui, en 1979, bénéficiait de plusieurs tribunes médiatiques et d'une implantation dans la plupart des villes universitaires (…). Les stratèges culturels de la “Nouvelle droite” ont ainsi été vaincus sur le terrain même qu'ils avaient choisi, celui du “combat culturel”. » Taguieff précise toutefois qu'indépendamment de ces « instrumentalisations », à l'époque, « les observateurs attentifs pouvaient légitimement s'inquiéter de certains faits constituant autant d'indices de l'appartenance du GRECE-Nouvelle École à un réseau international caractérisable comme “raciste” et “néo-nazi” ». Il s'agissait essentiellement des liens entretenus par Alain de Benoist avec des organisations « eugéno-racialistes » — la Ligue du Nord () et l'Institut des sciences psychosomatiques, biologiques et raciales de Montréal, dirigé par le naturothérapeuthe Jacques Baugé-Prévost (assisté de René Binet et Gaston-Armand Amaudruz) — qu'il cessera de fréquenter fin 1970, au fur et à mesure que s'affinera sa critique du racisme, du « réductionnisme biologique » (dont les bases avaient été posées dans ). (près de sont publiés en quelques mois (cité dans le ).), dénonçant dans la galaxie de la Nouvelle Droite une « nouvelle extrême droite ». Les deux associations ont cependant des buts et statuts très différentsHenry de Lesquen, président du Club de l'horloge, avait lui-même démenti tout lien avec le GRECE, dans un entretien accordé au journal Rivarol le : « Ayant participé à la fondation du Club de l'horloge, en 1974, je puis affirmer qu'il a toujours été parfaitement indépendant et qu'il n'a jamais eu de lien avec le GRECE. J'ajoute que nos positions, exprimées dans de nombreuses publications, sont fort différentes de celles du GRECE sur bien des sujets, notamment la nation et la religion. » et ne comptent que quelques membres en commun, Yvan Blot, président du Club de l'horloge, étant un temps adhérent du GRECE.