Le prieuré de Saint-Macaire qui consiste en l'église Saint-Sauveur/ et les vestiges des bâtiments conventuels. est situé dans le département de la Gironde, dans la commune de Saint-Macaire, en France. L'église est inscrite à l'Inventaire général du patrimoine culturel.

Localisation Le prieuré se trouve au cœur de la ville ancienne de Saint-Macaire, qui est construite en demi-cercle autour de l'église. Il fait partie, avec les abbayes de La Sauve-Majeure, de Blasimon et de Saint-Ferme, des quatre monastères historiques de l'Entre-deux-Mers. Il se distingue des autres par les peintures murales de son transept et de l'abside.

Historique du prieuré

L'histoire du prieuré contient beaucoup de lacunes. Il est certain que le prieuré d'origine a supplanté une villa gallo-romaine du nom de Ligena. La vie du fondateur du prieuré, Makarios ou Macaire, est peu documentéeJean-Marie Billa, dans son livre Visiter Saint-Macaire, relate les travaux historiques de J. Melous, ancien curé de Saint-Macaire : Makarios, né d'une famille de commerçants grecs venus s'établir à Rome, fit carrière dans l'administration comme vicaire du préfet du prétoire. Il manifesta sa foi chrétienne en écrivant un pamphlet contre les astrologues.

Après vingt-deux années de cette activité, il fut dépêché en pays arien pour prendre l'évêché Lugdunum Convenarum (Saint-Bertrand-de-Comminges), pillé par les Vandales en 408. Il devient alors moine itinérant, implantant des communautés monastiques sous le patronage de saint Laurent, notamment en Anjou et en Gironde (cf. Saint-Macaire-en-Mauges, Saint-Macaire-du-Bois et Saint-Macaire (Gironde)) où il rencontra saint Martin de Tours. Puis il se fixa à Ligena (Alienigena = cité des étrangers), qui deviendra Saint-Macaire, où s'élevait une chapelle Saint-Laurent édifiée par Paulin de Nole, face à Langon. Il y organisa un groupement d'affranchis grecs en adaptant la règle orientale de saint Basile et saint Pacôme. Jusqu'à l'adoption de la règle de saint Benoît, la règle de saint Macaire fut la plus répandue dans les monastères des Gaules.

Macaire mourut vers 430 à Ligena où il fut inhumé dans la chapelle Saint-Laurent. Son corps fut transporté en grande pompe par Guillaume IX d'Aquitaine dans la cathédrale Saint-André de Bordeaux. La ville de Saint-Macaire a conservé dans ses armoiries la devise suivante : Olim Ligena nunc Sancti Macharii nomine urbs.. L'hagiographie bollandiste lui a tissé une vie de légende. On le fait mourir vers 430 à Ligena et, comme le seul indice était l'origine orientale de Makarios, le petit monastère qu'il fonda était forcément assujetti à l'une des règles orientales qui avaient cours en Gaule à son époque: celle de Basile ou de Pacôme.

Les moines érigèrent l'ensemble monastique sur une plate-forme calcaire, formant une acropole en surplomb sur la Garonne qui, en ce temps-là, coulait au pied de la falaise.

Il y a également beaucoup de flou autour des circonstances qui ont précédé la construction du prieuré actuel. L'église primitive, la chapelle Saint-Laurent, où avait été inhumé le corps de saint Macaire, était un lieu où affluaient de nombreux pèlerins. Elle fut remplacée par un nouvel édifice, consacré en 1038.

Durant plus d'un siècle, le chapitre de Saint-Macaire avait dû repousser les revendications de l'abbaye Sainte-Croix de Bordeaux. D'après les historiens, les deux actes de donation du prieuré Macarien à l'abbaye de Sainte-Croix, de 1027 et de 1043, sont des interpolations grossières, des faux rédigés pour la circonstance. En 1027, les moines de Bordeaux réussirent à dépouiller les moines macariens des reliques du fondateur. La visite du pape Urbain II à Bordeaux cristallisa les revendications et Guillaume IX, duc d'Aquitaine, vint détruire le couvent et mettre la ville à sac en 1096. Ce désastre ne régla pas le différend mais il força les moines séditieux à rebâtir, dans le pur style roman, l'église du prieuré que nous voyons aujourd'hui. Les Macariens refusèrent encore toute obédience à l'abbaye de Sainte-Croix jusqu'en 1166.

La nouvelle église était dédiée au saint Sauveur et l'autel affecté au service de la paroisse à saint Martin (une charte du mentionne l'autar parropianal de Sent-Martin instituit en la gleysa de Sent-Machari).

De 1579 à 1781, le prieuré fut occupé par les Jésuites.

Des doléances du syndic de Sainte-Croix signalent, en 1583, l'état de la voûte de l'église, « qui tombe et est toute ruynée ». En 1619, il fut question de surélever le clocher ; en 1765, à la suite d'une visite, l'archevêque ordonna de recrépir les murs et d'en arracher le lierre. L'autel paroissial était, en 1726, « au milieu d'un des cotez de lad. église prieurale ». On coupa l'église en deux dans le sens de la longueur, par un mur élevé entre la troisième et la quatrième travée et l'autel de la paroisse fut adossé à ce mur. Après l'expulsion des Jésuites, en 1781, le curé fit renverser le mur, dresser l'autel de saint Martin contre une paroi de la nef et transférer au maître-autel le service paroissial.

En 1811, la toiture était en très mauvais état et le curé écrivit à Monseigneur d'Aviau qu'on n'avait pas trouvé moins de trente barriques d'eau sur les voûtes.

L'église fut la première dont s'occupa la Commission départementale des Monuments historiques : dès 1839 et 1840, elle signala l'urgence qu'il y avait à refaire la charpente, qui pesait par endroits sur les voûtes, et à mettre les voûtes elles-mêmes en état. Le projet fut exécuté en 1841 ; de plus, le porche établi en avant de la façade ouest fut supprimé et la démolition des bâtiments conventuels du prieuré dégagea l'église sur sa face sud.

Lors d'une restauration au on a pu dégager la galerie méridionale du cloître. Les colonnes jumelées ne sont pas historiées et le petit réfectoire attenant est aniconique. Mais, un fragment de peinture murale, décrit ci-dessous, y est exposé.

En revanche, des fouilles archéologiques sous la partie orientale du cloître, ont révélé, sur les murs de l'église préromane (détruite en 1098), des peintures murales du ou . Elles représentent, sur un enduit peint, un décor de rideaux suspendus par des anneaux à une frise végétale de rinceaux, feuillages, fleurettes et ailes d'oiseaux, formant socle, pour un registre supérieur contenant probablement des personnages.

Ces vestiges sont conservés au premier étage du réfectoire.

Une pierre sculptée a été retrouvée dans les fondations de la salle capitulaire lors de fouilles. Cette représentation, parfois décrite comme « un agneau tirant la langue » est un animal avec des pattes griffues et une queue de lion et dans sa bouche un objet cylindrique, s’apparente par son gabarit à une métope. Elle se rattache par son traitement à l’art préroman et peut-être, pré-chrétien. Cette sculpture est sans doute l’un des plus anciens témoins de la fondation de Saint-Macaire, avant la création du château-fort par le duc d’Aquitaine et avant la fondation connue du prieuré.

La pierre est conservée à la mairie de Saint-Macaire, une copie en bronze a été incrustée dans la terrasse devant le 18 rue Carnot.

25px L'église Saint-Sauveur est classée en totalité au titre des monuments historiques par la liste de 1840.

25px Le cloître du prieuré est inscrit en totalité au titre des monuments historiques par arrêté du .

Description de l'église

Le plan de l'édifice est en forme de croix latine. Le chœur, sans déambulatoire, se compose de trois absides romanes polygonales, voûtées en cul-de-four et disposées en trèfle, du ou du .

Le carré du transept marque une transition : les trois piles nord-est, sud-est et sud-ouest sont de type roman, tandis que la pile nord-ouest est un groupe de pilastres dont les angles sont arrondis et au milieu desquels ressort une colonne engagée, comme les autres supports de la nef. La voûte du carré est gothique.

La nef comprend quatre travées, dont une du et trois du . Les nervures des voûtes de la nef reposent chacune sur cinq colonnes accouplées surmontées de chapiteaux ornés simplement, dans la première travée, d'un cordon de billettes avec corbeilles épannelées de feuilles à crochet.

Les murs extérieurs des trois absides forment, pour chacune, onze pans coupés, simplement décorés à mi-hauteur d'un cordon de billettes. Ces murs sont soutenus par quatre contreforts plats renforcés d'une colonne engagée. Le contrefort se transforme en deux colonnettes couronnées de chapiteaux qui arrivent au niveau d'une série de modillons soutenant une corniche ourlée de billettes. La tranche de chacun de ces modillons est chargée de quatre tores et sur les métopes qui les séparent sont sculptées des roues non cerclées.

Le contrefort le plus septentrional de l'abside nord comprend une base cylindrique élevée d'où part un contrefort plat sur lequel sont engagées cinq colonnes s'achevant par des sculptures historiées décrites ci-dessous.

Contre le flanc nord de la dernière travée orientale de la nef, s'élève un clocher hexagonal du , aux angles renforcés de contreforts à ressauts et percé d'ouvertures de formes et d'emplacements variés. Au premier étage de cette tour, se trouve une salle qui renfermait un autel dédié à saint Michel, comme tous les lieux de culte un peu élevés.

Également sur le mur nord, au-dessus d'une porte en plein cintre aujourd'hui murée, se trouvait un chrisme. Il s’agit d’une copie qui a été remise en place sur le gouttereau : l’original est déposé dans l’église près du monument aux morts de la Grande Guerre.

Sur cette pierre sont gravés : le monogramme du Christ composé des lettres X (chi) et P (rho), qui sont les deux premières lettres du nom du Christ, Χριστός en grec ; l'Alpha et Oméga, qui symbolisent le début et la fin de tout. Autour de ces emblèmes, une inscription en latin et en grec, rappelant que l'an 1038 fut consacrée l'église en l'honneur de Notre-Seigneur.

Cette pierre de consécration provient très probablement de la première église du prieuré des bénédictins, détruite en 1096.

La façade ouest a été reprise à plusieurs fois : l'angle nord, avec ses colonnes groupées, est roman mais les chapiteaux, d'ailleurs refaits, sont gothiques ; la porte est du ; le fronton, la rose et le contrefort d'angle au sud sont du ; le portail, décrit en détail ci-dessous, est manifestement apparenté au portail méridional de Saint-Seurin.

En 1563, la voûte tombait en ruine.

L'église dut subir les aléas de la guerre de Cent Ans et de la Fronde.

À partir de 1825, une vaste entreprise de restauration est lancée pour sauver l'église. En plus de la restauration, au-dessus du porche d'entrée, une tribune est construite. La clef de voûte, déposée en 1878 au narthex lie le destin de la municipalité et l’ancienne église du prieuré des bénédictins par l'inscription latine et la représentation des armoiries communales. Le blason de la ville de Saint-Macaire représente le saint Makarios, ermite disciple de saint Martin, avec la couronne rappelant le titre de ville royale concédé par le roi d’Angleterre, duc d’Aquitaine.

Les cadrans solaires

Sur le mur sud de la nef se trouvent les vestiges de deux cadrans solaires : Sur le contrefort occidental, inscrits dans les restes d'un crépi, on voit les vestiges d'un cadran canonial. Ces cadrans, utilisés à l'époque romane pour déterminer le moment de faire certains actes liturgiques, étaient habituellement gravés dans la pierre. Cependant, sur des églises couvertes d'un badigeon ou d'un crépi ils étaient inscrits sur la surface et renouvelés périodiquement. On trouve un cadran solaire classique utilisé comme un remblai pour condamner l'ancienne porte de communication entre l'église et le cloître.

Iconographie romane de l'église

Tout le patrimoine iconographique romane se trouve autour des trois absides. Il y a 19 sujets, d'inégale importance, dont 5 consacrés à un thème religieux.

Intérieur