est un terme japonais qui désigne une catégorie générique de yōkai, des créatures du folklore et des légendes du Japon. Présent dans la littérature et les arts, religieux et folkloriques, notamment les sutra bouddhique, le théâtreShirley Lim et Amy Ling, Reading the Literatures of Asian America, Temole University Press, 1992 , p. 242., la littérature classique, jusqu’à la culture infantile, aux mangas et aux séries d’animation, ce monstre est une figure absolument incontournable de la culture japonaise. La figure de loni a été popularisée à l’international par l’intermédiaire de productions artistiques comme les masques de hannya dans le théâtre nō.
Description Apparence Ce qui caractérise loni en premier lieu est son aspect humanoïde et les cornes qu’il porte sur la tête, le rendant relativement ressemblant aux figures diaboliques occidentales. Ses cornes, souvent inspirées de celles du bœuf, sont généralement situées à l’avant du crâne sur le lobe frontal, mais certaines représentations les font au-dessus, voire à l’arrière du crâne. Ces dernières peuvent rebiquer vers l’avant lorsqu’elles s’en vont vers l’arrière, mais elles ne s’enroulent jamais. Elles peuvent être au nombre d’une ou deux. La présence d’une troisième corne reste extrêmement marginale.
vignette| gauche| Masque de Hannya datant du . Musée national de Tokyo. La composition de la face peut énormément changer d’une source à l’autre, mais elle a un caractère généralement caricaturaleCarol Mack et Dinah Mack, A Field Guide to Demons, Fairies, Fallen Angels, and Other Subversive Spirits, Arcade Publishing, 1998, 282 p. , p. 116. : Les yeux ont généralement un aspect arrondi et exorbité. Les globes oculaires sont d’une couleur blanche, mais ils peuvent prendre des teintes jaunes, rouges ou bleues. Les pupilles sont généralement très petites, rarement étroites. Ses arcades sourcilières sont plus ou moins développées. Selon les représentations, ils possèdent des sourcils apparents ou non. Inspirés des masques de hannya dans le théâtre nō, les oni sans sourcils, ont les traits du visage représentés d’une manière très particulière, évoquant la colère et la rancœur. L’appendice nasal est comparable à celui de l’homme, avec généralement un aspect arrondi et très large, presque écrasé sur la surface du visage. Dans d’autres cas, le nez est parfaitement droit, mais est constitué de sorte à donner une impression de virilité. L’aspect de la bouche de loni se caractérise par sa largeur, bien supérieur à celle de l’homme au point de déborder sur les joues, les pomettes sont alors décalées vers le haut, juste sous les yeux. La dentition se veut généralement tout à fait comparable à celle d’un humain, mais se caractérisent avant tout par ses canines proéminentes : généralement situées sur la mâchoire supérieur, elle peuvent rebiquer vers le haut, à la manière de défenses. Sur les masques de hannya, elles sont plus ou moins longues et écartées, pour laisser place à un large rictus. Dans certaines illustrations, les oni peuvent également avoir les canines supérieures et inférieures allongées, les faisant se croiser. Le menton peut être relativement large, compte tenu de l’aspect de la bouche, mais sur les masques de hannya celui-ci est généralement pointu et étroit. La barbe est généralement absente ou représentée de sorte à mieux mettre en avant la large bouche et les grandes canines, la barbe chez l’oni peut être associé à une image d’hommes sauvages vivant dans les montagnes. Sur certaines illustrations, loni peut avoir des parties du visage de plusieurs animaux, notamment le bœuf pour les cornes et les oreilles, et le tigre, tel qu’il est représenté dans les bestiaires dans l’art asiatique, pour le reste du visage, en particulier le nez avec les naseaux bien écartés et la bouche garnie de crocs.
vignette|droite|Sessen Doji, offrant sa vie à un oni, par Soga Shohaku, 1764. Les oni peuvent être de toutes les tailles et de toutes les formes, de l’apparence rachitique, comparable à celle d’un petit gobelin comme le amanojaku, à celle d’un gigantesque colosse. Mais les oni restent généralement illustrés comme ayant une taille comparable, ou au mieux un peu plus grande qu’un homme, évoquant celle d’une figure presque humaine, mais étant une créature hors du commun, comparable à un ogre. L’aspect du corps change également selon les sources, mais il est généralement considéré comme étant très corpulent et musclé, mais de nombreuses illustrations dépeignent les oni avec un corps aux membres flasques et rabougris comparables à celui d’un vieillard. La couleur de leur peau est très variable : la représentation standard de loni le dépeint comme ayant la couleur rouge, le rendant similaire au diable, mais la figure de loni bleu est également très récurrente, notamment dans le folklore populaire. Quatre autres couleurs d’oni, sont mentionnées çà et là dans différents écrits : loni jaune, loni noir ainsi que loni vert ou loni blanc, chacune associé à une signification particulière dans la cosmologie bouddhique. Loni blanc a été remplacé par loni vert dans des périodes ultérieures. Les mains et les pieds des oni sont comparables à ceux des êtres humains, mais ces derniers peuvent avoir un nombre de doigts inférieur ou supérieurLaurence C. Bush, Asian Horror Encyclopedia : Asian Horror Culture in Literature, Manga and Folklore, Writers Club Press, 2001, 227 p. , p. 141.. Ces doigts sont généralement terminés par de larges ongles pointus ou des griffes saillantes évoquant celles d’une bête sauvage. Les oni sont rarement représentés complètement nus, les vêtements qu’ils portent varient selon leur rôle. Mais généralement, les oni sont vêtus d’un pagne, confectionné de manière plus ou moins élaborée, faite à partir de peau de tigre qu’ils auraient abattus eux-mêmes pour souligner leur puissance et leur férocité.
Au delà de leur grande taille et de leur visage effrayant, les oni sont également doté d’un gourdin de fer marqué de pointes et désigné sous le nom de kanabō (金棒).
Alignement vignette|upright| se saisit d'un . , 1886. Rouleau suspendu. Encre et couleurs sur papier, . Musée national d'art moderne de Tokyo. Dans le monde du théâtre nō, les oni étaient souvent représentés soit comme des esprits vengeurs, soit comme des créatures de l'enfer. Ils sont l’incarnation de tout le mal-être présent dans l’esprit humain. À ce titre, ils sont souvent traduits ou associés à la figure du diable et aux démons.
Dans les contes populaires, les oni jouent souvent le rôle d'antagonistes qui sont systématiquement punis dans des récits héroïques. L'image moderne des oni en tant que créatures maléfiques provient en grande partie de ces récits.
Pourtant, bien que le terme "oni" soit aujourd'hui souvent utilisé comme synonyme de "mauvais" ou "terrifiant" en japonais, il existe plusieurs exemples à travers le Japon où les oni sont vénérés comme des entités puissantes protégeant les villages, comme à Hōki-chō dans la préfecture de Tottori, ou comme des divinités dans des sanctuaires, comme à Iwakiyama dans la préfecture d'Aomori, où les gens remercient un oni pour ses bonnes actions. Bien que la croyance en un oni apportant des malheurs soit répandue, notamment lors de la fête de Setsubun où les fèves sont lancées pour chasser ces monstres, il existe aussi de nombreux cas où ils sont considérés comme des êtres qui chassent eux-mêmes les mauvais esprits pour apporter le bonheur aux humains. Ces interventions, dans la culture infantile comme les albums illustrés, dépeignent l’oni comme une figure éducative essentielle, permettant aux jeunes enfants de mieux appréhender le monde des adultes, en posant des limites sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire, à la manière de la figure de l’ogre ou du croque-mitaine.
Vulnérabilités Les oni sont réputés avoir des aversions spécifiques qui peuvent être exploitées pour les repousser. Parmi ces choses qu'ils détestent, on trouve les odeurs fortes, les objets pointus, ainsi que la fumée et les effluves générées par la cuisson de poissons comme les sardines. La croyance voudrait que les oni craignent particulièrement les feuilles de houx, dont les épines pourraient leur crever les yeux. Ils tiennent également les graines de soya en horreur火田, 博文 (). 本当は怖い日本のしきたり オーディオブック. Pan roringu (Hatsubai). . . C’est pourquoi lors de la fête de setsubun, les feuilles de houx et les sardines, sont utilisées pour éloigner ces monstres de l’enceinte des maisons.
Dénominations vignette|gauche|Le caractère chinois 鬼 se prononce de deux manière en japonais : En lecture japonaise, kun-yomi, il se prononce « oni ». En lecture chinoise, on-yomi, il se prononce « ki ». Le caractère chinois 鬼 (guǐ), signifiait à l'origine « âme des morts ». En japonais moderne, le terme oni est encore parfois utilisé pour désigner ce concept, notamment de ceux morts loin de chez eux comme à l’étranger par exemple, sous les expressions de igoku no oni to naru (異国の鬼となる ; « devenir un oni d’un pays étranger »), ainsi que igyō no oni to naru (異境の鬼となる ; « devenir un oni d’un monde inconnu »). Le terme « oni » est issu de la transformation du mot onu (隠), désignant quelque chose d'invisible, une entité non visible dans le monde des vivants. Avant que le mot « oni » ne soit couramment utilisé, on utilisait le terme « mono » pour désigner ces entités. Ce terme a été progressivement remplacé par « oni » vers la fin de l'époque Heian. Cependant, des exemples d'utilisation de « mono » peuvent être trouvés dans des textes antérieurs. Par exemple, dans le Bussokusekika (poèmes gravés sur des stèles en pierre à Nara), on trouve l'expression « quatre serpents, cinq mono », et dans Le Dit du Genji, dans le chapitre Hahakigi, il est écrit : « Je me sens envahi par un mono ». Dans ces contextes, le terme « mono » se réfère aux onryō, des esprits vengeurs, utilisés dans un sens maléfique, non pas comme de simples âmes des défunts, mais comme des esprits capables de provoquer des malédictions. Ils peuvent également être appelés dōji, comme dans le cas du célèbre oni de la montagne Ōeyama appelé Shuten-dōji. Encore aujourd'hui, de nombreuses montagnes et régions du Japon sont entourées de légendes disant que des oni y résidaient autrefois.
Dans le domaine des croyances folkloriques, le caractère 鬼 (oni ; ki) sert également à désigner des éléments de la nature possédant ou ayant acquis des caractéristiques surnaturelles, comme l’onikuma (鬼熊 ; ours-oni) ou encore l’ushi-oni également appelé gyuki (牛鬼 ; « oni-bœuf »), rendant le terme sémantiquement comparable à des termes comme yōkai (妖怪) ou encore obake (お化け)
Histoire En Chine Selon le sinologue Shinji Komada, en Chine, le terme 鬼 (guǐ) désigne des esprits ou des âmes de défunts qui apparaissent sous une forme humaine, souvent sous les traits d'une jeune femme décédée. Ces esprits, parfois dotés d'une beauté exceptionnelle, reviennent dans le monde des vivants pour rechercher l'affection des êtres humains. Il existe de nombreuses histoires dans la littérature chinoise relatant ces rencontres entre vivants et esprits中国のほんの話(46)中国の亡霊説話 蔭山達弥、Gaidai bibliotheca : 図書館報. (186) (京都外国語大学, 2009-10-10).
Par exemple, dans le récit de la dynastie Tang intitulé Cáiguǐ jì (才鬼記), une jeune femme fantôme cherche l'amour auprès des vivants, tandis que d'autres histoires comme le récit intitulé "Le Manteau rouge" dans le recueil Sōshin-ki (捜神記) des Six Dynasties décrivent des fantômes éprouvant de la tristesse lors de la séparation avec les vivants. Certains récits vont même jusqu'à raconter des esprits qui reviennent à la vie, donnent naissance à des enfants, ou continuent à entretenir une relation intime avec un vivant, ce qui conduit généralement à la mort de celui-ci.