La Seconde République espagnole (en espagnol ) ou Deuxième République espagnole est le régime politique qu'a connu l'Espagne de à . Elle a succédé aux dictatures de Primo de Rivera (-) et de Damaso Berenger (-). À la suite d'une crise politique de longue durée qui a délégitimisé la monarchie, la république est proclamée le à l'occasion des élections municipales. Le roi abandonne Madrid et part en exil sans avoir abdiqué.
De nombreux gouvernements se succèdent rapidement, dont celui formé en par une coalition de partis de gauche ou libéraux, qui introduit par la voie législative des réformes d'ordre économique et social.
L'histoire a retenu une division de la Seconde République en trois étapes (après celle du gouvernement provisoire): le premier "bienio" (biennat), 1931-1933, pendant lequel le gouvernement est formé par une coalition républicano-socialiste, et présidé par Manuel Azaña; le deuxième "bienio" (1933-1935), appelé radical-cediste, où la droite était au pouvoir, menée par Alejandro Lerroux; et le Front populaire, suite aux élections de mars 1936, qui ne put gouverner en temps de paix que cinq mois, à cause du coup d'État qui déclencha la guerre civile.
À partir de , la Seconde République espagnole est déchirée par la guerre civile (juillet 1936-mars 1939), qui verra l’accès au pouvoir de Franco.
Fin de la Restauration Bourbonienne (1923-1930) Le , à la suite de son coup d’État du 13 au matin en Catalogne, le général Primo de Rivera prend officiellement le pouvoir par décret royal. En , à la suite de la crise économique pourtant consécutive à cinq ans de relative prospérité économique et sociale, le roi lui demande sa démission. L'Assemblée nationale consultative nommée par Primo de Rivera avait mis sur pied un nouveau projet de Constitution, alliant les composantes élue et corporative. La première dérangeait la droite, et la seconde fut rejetée par les libéraux et par la gauche. Le roi lui non plus n'appréciait guère un système qui prévoyait de lui faire partager ses pouvoirs de destitution avec une copie espagnole du Grand Conseil du fascisme de Mussolini. Ce projet n'ouvrit donc pas la voie du retour à la « normalité » comme le roi l'escomptait. vignette|200x200px|Drapeau de la Seconde République espagnole. vignette|200x200px|Allégorie de la République espagnole. Sa décision de lever la censure de la presse lui valut une pluie de critiques. Quant aux étudiants, ils l'attaquaient avec véhémence. Il y eut contre lui deux pronunciamientos manqués, à Valence et en Andalousie. Une nouvelle ère de pronunciamientos semblait désormais ouverte. Pour finir, Primo éprouva le besoin d'être rassuré et prit la singulière décision d'envoyer à tous les généraux d'Espagne un télégramme leur demandant de se renseigner pour savoir s'il avait encore le soutien des officiers supérieurs. Ils lui répondirent en affirmant leur loyauté au monarque. Primo s'entendit alors rappeler par le roi que s'il était Premier ministre, ce n'était pas en vertu du soutien de l'armée, mais par ordre du roi ; il lui fit comprendre qu’il attendait de lui qu'il lui présentât sa démission. Ce fut chose faite, suivi du remplacement presque immédiat par le général Dámaso Berenguer.
« Mouvement au service de la République » Les sentiments républicains se propagent dans tout le pays. Au cours de l'été 1930, un pacte est signé à Saint-Sébastien (connu sous le nom de Pacto de San Sebastián), entre plusieurs hommes politiques et intellectuels républicains, les socialistes et les tenants du nationalisme catalan. Les premiers accordent leur autonomie aux Catalans qui, en échange, s'engagèrent à soutenir une éventuelle révolution républicaine. À Madrid, trois intellectuels, le docteur Gregorio Marañón, Ortega y Gasset et le romancier Ramón Pérez de Ayala, forment un « Mouvement au service de la République ». Ortega (dont les critiques bien tournées à l'encontre du parlement avaient servi Primo de Rivera), lance cette célèbre phrase :
Mais, plus important, de nombreux officiers mécontents soutiennent les rebelles, et même les anarchistes, débordés, apportent une sympathie agacée aux opposants bourgeois du roi. En décembre, un pronunciamiento est préparé. Les conspirateurs publient la déclaration suivante :
Premières rébellions
Ces républicains voyaient dans l'idée principale de l'abolition de la monarchie un pas vers la modernisation de l'Espagne. Les suites ne se firent pas attendre et tout d'abord, la garnison de Jaca en Aragon conduite par deux jeunes officiers exaltés, les capitaines Fermín Galán et García Hernández, se souleva contre la monarchie avant que les conspirateurs dans le reste d'Espagne se fussent donné le mot. Arrêtés alors qu'ils entraînaient leurs hommes en direction de Saragosse, les deux officiers furent fusillés pour rébellion. Ces exécutions suscitèrent une vive indignation.
Ailleurs le mouvement échoua ; un jeune capitaine de l'armée de l'Air, Ramón Franco (qui, frère de Francisco Franco, était devenu un héros national en traversant l'Atlantique Sud à bord de l'hydravion Plus Ultra) décolla de l'aérodrome des Cuatro Vientos à Madrid, avec l'intention de bombarder le palais royal, hésita et finalement largua des tracts, avant de s'enfuir au Portugal. Les signataires de l'accord de Saint-Sébastien furent arrêtés. Devant les juges, ils se défendirent en disant que le roi avait violé la Constitution en acceptant Primo de Rivera comme dictateur. Après des pourparlers infructueux avec les politiciens, Alphonse XIII nomma Premier ministre un autre officier, l'amiral Aznar. Le roi et lui décidèrent de sonder l'opinion en organisant des élections municipales, et non pas générales, prévues pour le mois d'.
La société espagnole (1930-1936)
L'Espagne des années 1930 est un pays très en retard et pauvre. contrairement aux pays industrialisés , avec un grand taux d'analphabétisme et d'importantes divisions sociales et idéologiques. Les conflits se succèdent pendant cette période et les positions politiques souffrent d'une radicalisation très accuséeSources : Ramon Tamames, Javier Tusell, Julio Gil Pecharroman, Historia 16.: 2 millions d'agriculteurs sont sans terre alors que personnes possèdent la moitié de l'Espagne ; le clergé est constitué de prêtres, moines et religieuses et il existe couvents en 1930 ; l'armée compte officiers et 800 généraux ; il y a un général pour 100 hommes.
Les chiffres
d'habitants en Espagne en 1931 ; 8 millions d’Espagnols sont touchés par la misère en 1930 ; Le taux de natalité en 1931 est de 28,3 pour mille ; Le taux de mortalité infantile en 1931 est de 11 pour mille ; 50 ans d'espérance de vie en 1930 ; Entre moins de 30 et 48 % de la population est analphabète en 1930 ; femmes universitaires en 1930 (1 pour l'année 1900) ; postes de téléphones dans toute l'Espagne en 1930 ; télégrammes émis et reçus en 1930 ; 1 religieux pour 493 habitants en 1930 ; 4,27 pesetas/jour de salaire moyen en 1931 ; de routes dans tout le pays ; écoles furent construites en 1932 ; élèves bacheliers en 1934. En 1931 ils n'étaient que 76 000 ; : la première retransmission de la Loterie nationale ; récepteurs radio en 1936 ; salles de cinéma (62 à Madrid et 116 à Barcelone en 1935) ; 69 stations de radio officielles en 1936 ; livres imprimés en 1935 ( en 1930).
1931, proclamation de la République
Le , la République est proclamée en Espagne, deux jours après les élections municipales qui sont interprétées comme une défaite du régime monarchiste, même si, avec 40 %, la coalition antimonarchiste n'obtient pas la majorité dans l'ensemble du territoire, seulement dans les grandes villes. Les zones rurales, où se concentre la grande majorité de la population (et sont fréquemment influencées par des caciques) votent davantage pour la monarchie.
Les socialistes et les républicains pensaient que le moment était venu : le , ils décrètent l'expulsion de la monarchie. Ils sont maintenant les responsables du gouvernement du pays et forment aussitôt un gouvernement provisoire, présidé par Niceto Alcalá-Zamora.
Les élections municipales n'avaient pas pour vocation de changer la forme politique de l'État. La Constitution de 1876, alors en vigueur, ne prévoyait pas qu'une telle consultation pût entraîner la chute de la monarchie absolue. C'est la raison pour laquelle un certain nombre d'analystes politiques, généralement hostiles à la République, ont considéré que sa proclamation dès le , qui plus est sous la pression de la rue madrilène, fut une forme de « coup d'État » et une « subversion de l'ordre constitutionnel ».
Une heure avant la proclamation de la République à Madrid, Francesc Macià annonce la création à Barcelone de la République catalane. Cependant cette décision unilatérale ne satisfaisant pas le gouvernement provisoire espagnol, elle est remplacée le par une généralité autonome catalane intégrée au sein de l'État espagnol.
Le roi Alphonse XIII, dépourvu de clairvoyance politique, mais qui n'avait rien d'un tyran, craignait des troubles ; il ne souhaitait pas (selon ses propres paroles) conserver son trône au prix d'une guerre civile et d'un bain de sang. Poussé par cette vague antimonarchiste et sous les recommandations de ses plus proches collaborateurs, il part volontairement en exil, mais « oublie » d'abdiquer.
Le pape reconnut dès sa création la République espagnole et fit savoir qu'il était prêt à envisager un aménagement du concordat. Le quotidien El Debate, qui exprimait les positions de l'Église, se montra conciliant. Seul le cardinal-primat Segura, dont l'autorité était d'ailleurs fort contestée au sein de l'Église espagnole, protesta violemment.
Paradoxalement, Niceto Alcalá Zamora et le général Sanjurjo, le commandant de la garde civile, durent inciter les dirigeants républicains à accepter cette proclamation, jugée normale et même souhaitable, d'abord parce que la monarchie s'était déconsidérée et avait perdu ses appuis traditionnels.
Plusieurs anciens ministres du roi, notamment Miguel Maura et Alcalá Zamora, s'étaient déclarés l'année précédente en faveur de la république, rejoints par quelques-uns des intellectuels les plus prestigieux du temps, dont José Ortega y Gasset et Miguel de Unamuno. L'attitude de Sanjurjo, qui n'allait d'ailleurs pas tarder à lancer sa Sanjurjada contre le nouveau régime, est significative.
D'autre part, dès le mois d', un Comité associant des républicains de diverses tendances, militants syndicaux de l'UGT (Union générale des travailleurs), des socialistes tel Indalecio Prieto, des nationalistes catalans et même d'anciens monarchistes avaient conclu le « pacte de San Sebastian », qui envisageait l'installation prochaine d'une république et allait jusqu'à dresser une liste d'éventuels ministres.
L'armée n'était plus un bloc monarchiste, comme l'avait montré, le , à Jaca, en Aragon, le soulèvement qui coûta la vie aux deux capitaines Galán et García, membres de l'Alliance militaire républicaine, ainsi qu'une tentative manquée d'officiers aviateurs, parmi lesquels Ramón Franco, le jeune frère du futur Caudillo. Il n'est donc pas surprenant que la Guardia Civil et une bonne partie de l'armée se soient mises sans difficulté aux ordres du nouveau régime.L'Espagne inaugure une seconde République ; la première n'avait duré que de 1873 à 1874.
La République de tous les espoirs
Intégré par des représentants de toute une gamme de partis républicains, du Parti socialiste, et aussi des partis républicains catalans et galiciens, un gouvernement provisoire est mis en place. Sa composition est la suivante :
Présidence : Niceto Alcalá-Zamora (droite libérale républicaine). Ministère d'État : Alejandro Lerroux (radical). Ministère de l'Intérieur : Miguel Maura (droite libérale républicaine). Ministère de la Justice : Fernando de los Ríos (socialiste). Ministère des Finances : Indalecio Prieto (socialiste). Ministère de la Guerre : Manuel Azaña (Action républicaine).