L’affaire Christian Ranucci est celle du procès de Christian Ranucci jugé, condamné à mort et exécuté à la prison des Baumettes, pour l'enlèvement et le meurtre, le , de , âgée de huit ans, dans un quartier résidentiel (résidence Sainte-Agnès) de Marseille.

Christian Ranucci, né le à Avignon et mort le à Marseille, est le premier condamné à mort guillotiné sous le septennat de Valéry Giscard d'Estaing et l'antépénultième en FranceCe n'est pas le dernier, bien que cela soit parfois indiqué dans des articles de presse, comme ceux d'Edwy Plenel ( [l'article a toutefois donné lieu le à un rectificatif : « Christian Ranucci n'est pas le dernier condamné à mort exécuté »], d'Éloy Martinez (), ou encore de Pascale Robert-Diard ( [un rectificatif paraît le 28 janvier]. Après lui, Jérôme Carrein, guillotiné le , est le dernier condamné à mort exécuté de nationalité française. Le dernier condamné à mort exécuté en France est l'ouvrier agricole tunisien Hamida Djandoubi, guillotiné le pour viol, viol sur mineur, coups et blessures et assassinat.. Il est aussi le dernier condamné exécuté par l'exécuteur en chef André Obrecht..

En 1978, l'écrivain et journaliste Gilles Perrault publie sur l'affaire Le Pull-over rouge, ouvrage qui va donner lieu à une vive polémique sur la culpabilité du condamné, Christian Ranucci étant le dernier condamné à mort exécuté qui soit revenu sur ses aveux. Plusieurs auteurs reprendront par la suite la thèse de l'innocence de Ranucci et de l'erreur judiciaire) ; )., tandis que d'autres chercheront au contraire à démontrer sa culpabilité en s'appuyant, notamment, sur les charges réunies à son encontreOn peut citer l'ouvrage du policier enquêteur Mathieu Fratacci () ; l'article, paru dans l'hebdomadaire Minute, de Christian Chardon, journaliste qui avait couvert l'affaire pour Détective (), ainsi que ceux de Jean Laborde () et de Balbino Katz ().. Concernant les avocats de l'intéressé, leurs positions divergeaient : alors que Paul Lombard soutenait la thèse de son innocence, André Fraticelli avait, pour sa part, souhaité plaider la culpabilité avec circonstances atténuantes, car plaider l'innocence lui semblait trop risqué (se trouvant en contradiction avec ses confrères, il n'avait donc pas plaidé) ; quant à Jean-François Le Forsonney, s'il s'est impliqué dans le mouvement en faveur de la révision du procès Ranucci, il n'a pas pour autant affirmé que son client était innocent..

Par ailleurs, les thèses proposées par Christian Ranucci dans ses écrits de détention, compilés en 1980 dans l'ouvrage Jusqu'au 28 juillet 1976 – Écrits d'un condamné, ne se raccordent pas avec les hypothèses présentées par Gilles Perrault dans Le Pull-over rouge.

Un comité de soutien est fondé en 1979 afin d'obtenir la révision du procès Ranucci. Trois demandes ont été déposées dans ce sens, mais ont fait l'objet de rejets successifs en 1979, 1987 et 1991.

Faits Enlèvement de Marie-Dolorès Rambla vignette|Point de vue en 2021 sur l'hôtel de police de Marseille, dit l'Évéché. Le , entre (heure à laquelle María Rambla, la mère, voit ses enfants jouer) et (heure approximative à laquelle Pierre Rambla, ouvrier boulanger, rentre chez lui), Marie-Dolorès RamblaMaria-Dolores à l'état civil et sur sa tombe, francisé en Marie-Dolorès (RAMBLA Maria-Dolores). Son père, prénommé à l'origine Pedro, l'appelle Marie-Dolorès ou par son diminutif Marie dans son livre et dans ses interventions dans les médias. De même, dans les pièces du dossier Ranucci, la victime est désignée sous les termes « la jeune RAMBLA Marie-Dolorès »., huit ans, est enlevée devant chez elle à Marseille. Alors qu'elle joue avec son frère Jean-Baptiste, âgé de six ans et neuf mois, dans la résidence Sainte-Agnès qu'ils habitent (quartier des Chartreux), une voiture grise, qui pourrait être une Simca, se gare devant l'un des garages jouxtant le lieu où les deux enfants s'amusent (), un homme en descend et les aborde. Après leur avoir expliqué qu'il a perdu son chien noir, il demande à Jean-Baptiste de partir à sa recherche et prie Marie-Dolorès de rester près de lui pour chercher également le chien de leur côté. Le petit garçon part en remontant la rue qui longe le bâtiment (actuelle rue des Linots). Revenu à son point de départ, il ne voit plus ni l'homme ni sa voiture, et surtout constate que sa sœur a disparu. Il la cherche sans succès. M. Rambla, après avoir lui-même cherché sa fille et interrogé quelques voisins, prévient la police et signe sa déposition à à l'hôtel de police (appelé communément )..

Accident de Christian Ranucci thumb|230px|alt=Peugeot 304 coupé|Peugeot 304 coupé. Le entre et , Vincent Martinez, accompagné de sa fiancée, roule sur la nationale 96 (aujourd'hui la D96) dans le sens Aix-en-Provence-Toulon au volant de sa Renault 16 blanche. Au carrefour du lieu-dit La Pomme, à vingt kilomètres de Marseille, sur la commune de Belcodène, son véhicule entre en collision avec un coupé Peugeot 304 gris métallisé, qui circulait sur la route nationale 8bis (aujourd'hui la D908) dans le sens Marseille-Pourcieux et n'avait pas respecté le stop (). Le coupé, percuté sur l'arrière du côté gauche par le véhicule de Vincent Martinez, fait un tête-à-queue et prend la fuite en direction de MarseilleRTL, L'Heure du crime, « L'affaire Christian Ranucci », présenté par Jacques Pradel, ..

Vincent Martinez ne peut le poursuivre, car son véhicule est endommagé, mais il demande au conducteur de la Renault 15 bleue qui le suivait, Alain Aubert, de le faire à sa place. Ce dernier accepte et revient quelques minutes plus tard avec le numéro d'immatriculation de la Peugeot 304, qu'il a repérée immobilisée à environ un kilomètre du lieu de l'accident, sur la commune de Peypin. Pour pouvoir repartir, Vincent Martinez, n'ayant pas réussi à redresser l'aile de son véhicule, a été contraint d'enlever l'aile endommagée de sa voiture. Il s'engage sur la nationale 8bis en direction de Marseille. Il ne voit pas le véhicule à l'origine de son accident et poursuit sa route jusqu'à la gendarmerie de Gréasque, où il dépose une plainte à ..

Le propriétaire du coupé 304, immatriculé 1369 SG 06, impliqué dans l'accident, sera plus tard identifié par la gendarmerie : il s'agit du dénommé Christian Ranucci, représentant de commerce de vingt ans domicilié à Nice..

Champignonnière Vers , dans la champignonnière du Vallon, distante de deux kilomètres du lieu de l'accident, un jeune homme, qui se révélera être Christian Ranucci, demande à un habitant du voisinage, Mohamed Rahou, de lui prêter assistance pour dégager sa voiture, un coupé Peugeot 304, qui s'est embourbée dans une galerie. M. Rahou et M. Henri Guazzone, le contremaître de la champignonnière, viennent en aide à l'intéressé, qui quitte les lieux vers 18 heures pour NiceDossier de Pascal Michel, L'affaire Christian Ranucci. Le , Henri Guazzone se rend à la gendarmerie de Gréasque où il relate l'incident de la champignonnière.

Découverte du corps Dès le au soir, la nouvelle de l’enlèvement de la fillette est diffusée à la radio, et le lendemain dans les journaux. Trois personnes ayant vu le coupé 304 Peugeot, la veille, du côté de Peypin, vont se manifester auprès des gendarmes.

La chronologie des appels et des actions de la gendarmerie est consignée dans deux procès-verbaux rédigés par le capitaine Gras de la brigade d'Aubagne, hiérarchiquement responsable de la zone territoriale concernée.

La première personne qui appelle la gendarmerie de Gréasque, le , juste après , est M. Guazzone. Il raconte que la veille, avec son tracteur, il a sorti une voiture, un coupé Peugeot 304, qui s'était embourbée dans une galerie de sa propriété. À , c'est Alain Aubert qui téléphone à la gendarmerie de Roquevaire. Il dit que le jeune homme qu'il a vu s'enfuir dans les fourrés tirait un paquet assez volumineux. Cette observation sera mentionnée dans la soirée du par le capitaine commandant la compagnie d'Aubagne, Maurice Gras.. N'étant pas territorialement compétente, la gendarmerie de Roquevaire aurait contacté celle de Gréasque, qui aurait dépêché une patrouille sur les lieux sans résultat.

Le à , toujours selon le rapport de synthèse, M. Martinez prend à son tour contact avec la gendarmerie de Gréasque. Il précisera qu'ayant appris l'enlèvement de la petite Rambla à Marseille, il pensait qu'il pouvait y avoir un lien entre son accident et ce fait.

Le vers , Vincent Martinez contacte l'hôtel de police de Marseille, évoquant son accident de voiture, et précise qu'il a chargé un automobiliste de prendre en chasse le chauffard et que celui-ci, selon l'autre automobiliste, s'était arrêté et enfui dans les bois avec un enfant... Puis c'est Alain Aubert qui téléphone à son tour au commissaire Gérard Alessandra et raconte qu'il a poursuivi le chauffard et que celui-ci s'est bien enfui dans les fourrés avec un enfantDossier Ranucci : entretien avec Gérard Bouladou sur Justice et affaires criminelles, mis à jour le 4 mars 2007..

Le chef de brigade prévient la hiérarchie en la personne du capitaine Maurice Gras à Aubagne. Une vaste battue est décidée. Afin d'avoir des informations précises sur l'endroit exact où le témoin a vu la Peugeot à l'arrêt, la gendarmerie de Gréasque fait prévenir A. Aubert par la gendarmerie de Toulon. Aubert entre en contact avec son mari qui rappelle la brigade de Gréasque à .

Une battue comprenant des militaires des brigades d'Aubagne et de Plan-de-Cuques, ainsi que des patrouilles motocyclistes du groupement départemental des Bouches-du-Rhône, se met en place à partir du croisement où a eu lieu l'accident et commence à .

La brigade de Gréasque a fait appel à la brigade canine d'Arles pour pouvoir disposer d'un chien de recherche. À , dès son arrivée sur place, le chien est mis en piste à partir de la galerie de la champignonnière où la 304 a stationné. Peu avant l'arrivée du chien, les gendarmes ont découvert dans la galerie un pull-over rouge.

À , les gendarmes trouvent, dans une pinède en bordure de la nationale 8bis, à environ 700 mètres du carrefour de La Pomme, le corps d'une fillette dissimulé sous des branches d'argeras. Le visage est tuméfié, et le crâne fracassé à coups de pierre.

À , le capitaine Gras prévient le procureur de la République de Marseille. Il reçoit en même temps des instructions de la part de Ilda Di Marino, la juge d'instruction, qui prescrit de laisser les lieux en l'état, jusqu'à son arrivée avec le médecin légiste, les fonctionnaires de police et de l'identité judiciaire.

À , le capitaine Gras demande au commandant de la gendarmerie de Nice de procéder à l'arrestation de Christian Ranucci. Dans le même temps, Henri Guazzone est entendu par un gendarme de la brigade de Gréasque, sur les circonstances dans lesquelles il a aidé Ranucci à désembourber sa voiture.

A (d'après le journaliste François Missen du Provençal), le commissaire Gérard Alessandra effectue des vérifications à la suite des appels de personnes prétendant détenir l'enfant. Il reçoit par la suite un appel téléphonique signalant que le corps d'une fillette vêtue d'un short blanc a été découvert dans un bois sur la route de GréasqueFrançois Missen, « Il avait l'air parfaitement honnête... », « MARIE-DOLORÈS : L'ATROCE VÉRITÉ », Le Provençal, 6 juin 1974, p. 17.. L’étonnement du commissaire, raconté par le journaliste Missen, montre qu’il ne savait pas que des recherches menées par la gendarmerie, étaient en cours du côté de Peypin.

Dans l'après-midi, un télégramme est diffusé par la Direction départementale des polices urbaines. Ce document est une note établie en interne de la police marseillaise. Les informations erronées qu’il contient montrent que la source de ces informations ce n’est ni la gendarmerie, ni le témoin Aubert qui n’est d’ailleurs pas cité. Le télégramme prévoit même que les policiers marseillais ce déplaceront à Toulon pour entendre cet automobiliste et s’assurer de son identité.