Fondé par William Brown (1737-1789) et Thomas Gilmore le , The Quebec Gazette/La Gazette de QuébecIl a été numérisé par Bibliothèque et Archives nationales du Québec et est disponible en ligne: https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/4265835?docsearchtext=Gazette%20de%20Qu%C3%A9bec. est le premier journal publié en Amérique du Nord. Après la mort de Brown en 1789, La Gazette de Québec sera imprimée par les Neilson jusqu'en 1849. Elle fusionne par la suite avec d'autres journaux et est aujourd'hui connue sous le nom de Quebec Chronicle-Telegraph.
Les fondateurs : William Brown et Thomas Gilmore Né en Écosse, William BrownJean-Francis Gervais, « William Brown », DBC, en ligne, http://www.biographi.ca/fr/bio/brown_william_4E.html. immigre dans la colonie de Virginie. Il apprend ensuite le métier d'imprimeur à Philadelphie et œuvre pour William Dunlop. En 1763, Brown propose à Thomas Gilmore, l'un de ses anciens confrères à Philadelphie, de fonder une imprimerie et un journal à Québec, nouvellement cédée à l'Angleterre. L'affaire est financée par un prêt de William Dunlop, qui est en outre parent de Benjamin Franklin. Brown et Gilmore signent un contrat d'association le . Brown arrive à Québec le suivant alors que son associé, Gilmore, se rend en Angleterre pour se procurer l'équipement nécessaire, dont des caractères d'imprimerie auprès du fondeur William Caslon père ainsi que du papier, de l'encre et une presse auprès de Kendrick PeckFrançois Melançon, « William Brown », dans Josée Vincent et Marie-Pier Luneau, dir., Dictionnaire des gens du livre au Québec, Montréal, PUM, 2022, p. 156..
Dans le prospectus de création du journal, les deux associés précisent que: Nous [le] considérons comme le Moyen le plus efficace à faire réussir une entière Connaissance de la Langue Angloise et Françoise parmi ces deux Nations, qui à présent se sont jointes heureusement dans cette partie du Monde [...] de se communiquer leurs sentiments comme des Frères [...] Ou comme un Moyen de les mener à la Connaissance de ce qui se passe chez les Nations différentes et les plus éloignéesJean-Francis Gervais, « William Brown », op. cit.. Il mentionne en outre que les directeurs du journal « n’auron[t] rien tant à cœur, que le soutien de la vérité, de la morale, et de la cause noble de la libertéIbid. ». Brown parvient à aller chercher 143 souscriptions pour mettre sur pied le journal. Gilmore arrive à Québec le . La première édition de La Gazette de Québec/The Quebec Gazette est imprimée dans leur imprimerie située sur la rue Saint-Louis le . Le journal est bilingue. Il comprend quatre pages séparées en deux colonnes : la page de gauche contient le texte original en anglais et celle de droite présente une traduction en français.. En 1764, le journal est tiré à 150 exemplaires.. Il peut compter également sur une allocation annuelle de 50 livres de l'administration coloniale (qui passe à 100 livres en 1769), de même que sur les revenus publicitaires.
À ce moment, la première moitié de cet hebdomadaire était consacrée à des copies bilingue de nouvelles européennes ou des colonies américaines et la seconde à de la publicité. En , Brown et Gilmore annoncent que durant l’hiver, alors que les communications avec l'Europe sont plus difficiles, ils en profiteront pour publier « des pièces originalles en vers et en prose qui plairont à l’imagination en même temps qu’elles instruiront le jugementGazette de Québec, 21 juin 1764. ».
La publication de La Gazette est suspendue momentanément du au à la suite de l'adoption de la loi du Timbre à Londres, qui entraîne de nombreuses contraintes financières pour les commerçants coloniaux. vignette|Le catéchisme du diocèse de Sens est le premier livre imprimé à Québec en 1765. Brown et Gilmore se lancent également dans l’édition en 1765. Parmi les premiers imprimés de la Province figurent ainsi une brochure bilingue, Presentments to the Grand Jury de James Johnston et Le catéchisme du diocèse de Sens de Mgr Jean-Joseph Languet de Gergy (1765).
Après le décès de Gilmore en 1773, sa veuve, Mary Lilicoe, souhaite demeurer active dans l'association. Mais, à la suite de conflits, elle est finalement dissoute le François Melançon, « William Brown », op. cit., p. 157.. Brown agit maintenant à titre de seul propriétaire de l’imprimerie.
Brown rapporte les dépêches en provenance de Londres et des Treize Colonies chaque semaine mais il insiste beaucoup sur les victoires et rapporte les défaites avec beaucoup de retard. Par exemple l'armée britannique de Burgoyne a été défaite en à Saratoga mais la défaite n'a été rapportée par le journal que le avec les conventions conclues pour la reddition des prisonniers qui n'ont pas été respectées. Les rumeurs et les fausses nouvelles étaient nombreuses. La parution du journal est par ailleurs suspendue pendant l'invasion américaine, soit du au , et du au . Toutes les campagnes terrestres et les batailles navales sont commentées en détail.
En 1779, grande nouveauté à l'imprimerie: une « presse d'estampe complète ». Brown annonce à « ceux qui ont des planches de leurs armes ou d'autres choses, pourront les avoir estampées proprement à ladite imprimerieRémi Ferland et Jean Levasseur, Dictionnaire des artisans de l'imprimé à Québec, où l'on trouve des notices sur les imprimeurs, éditeurs, libraires, relieurs, graveurs, papetiers, etc., de Québec de 1764 à 1900, Québec, éditions 8, 2017, p. 44. ». À la librairie, Brown vend des papiers de toutes sortes, ainsi que des plumes, des encres, des cires à cacheter, des écritoires ou encore des crayons.
Brown publie aussi un peu plus de 250 imprimés. Parmi les publications importantes qui sortent de ses presses figurent le texte de l’Acte de Québec (1774), quatre ouvrages juridiques de François-Joseph Cugnet (1775), les Ordonnances fuites et passées par le gouverneur et le Conseil législatif de la province de Québec (1777) ainsi que des almanachs de Québec à partir de 1780Jean-Francis Gervais, « William Brown », DBC, op. cit..
L'imprimerie déménage à quelques reprises durant cette période. Elle demeure sur la rue Saint-Louis jusqu’en , puis elle est située sur la rue du Parloir, derrière l'évêché, jusqu’en , ensuite sur la rue de Buade, puis enfin dans un édifice de la côte de la MontagneMarie Tremaine, A bibliography of Canadian Imprints, 1751-1800, Toronto, University of Toronto Press, 1999 , p. 631..
Brown fait entrer son neveu, Samuel Neilson, comme apprenti typographe dans son atelier en 1785. Le fondateur décède le François Melançon, « William Brown », op. cit., p. 158..
L'ère des Neilson
Samuel Neilson (1771-1793)
Après la mort de Brown, Samuel Neilson (1771-1793)John E. Hare, « Samuel Neilson », DBC, en ligne, http://www.biographi.ca/fr/bio/neilson_samuel_1771_1793_4F.html. devient propriétaire d'un important commerce qui comprend une imprimerie, de l'hebdomadaire La Gazette de Québec/The Quebec Gazette, une papeterie et un atelier de reliure. Comble de malheur, un incendie survient le de la même année. Le nouveau propriétaire ne ménage pas les marques de gratitude envers ceux qui l'ont aidé à traverser cette dure épreuve: Les efforts que l'on a faits en cette occasion ont sauvé l'imprimerie; car tandis que les deux maisons de chaque côté ont été consumées, une grande partie de mes matériaux d'imprimerie, et de mes effets, ont été transportés dans des lieux de sûreté d'où je les ai reçus depuisGazette de Québec, 27 et 31 décembre 1789, p. 2 cité dans Rémi Ferland et Jean Levasseur, Dictionnaire des artisans, op. cit., p. 554-555.. L'imprimeur William Moore lui offre même d'imprimer le journal pour lui, le temps qu'il remette ses presses en activité. Il n'en aura finalement pas besoin puisque dès le , Samuel Neilson est en mesure de reprendre l'impression de La Gazette.
Le gouvernement continue d'y faire paraître ses avis. Les nouvelles européennes, notamment celles qui ont trait aux événements entourant la Révolution française, s'y retrouvent abondamment. Enfin, Samuel a tôt fait de réserver davantage d’espace de son journal aux nouvelles et aux essaisJohn E. Hare, « Samuel Neilson », DBC, op. cit.. On y trouve donc les premières œuvres littéraires de la colonie.
En 1792, le journal compte maintenant 475 souscripteursTremaine, op. cit., p. 634.. Cette année-là, l'imprimeur Neilson fonde le Quebec Magazine/Le Magasin de Québec. Également bilingue et premier périodique illustré au Bas-Canada, il propose de l'information locale en plus de rubriques sur l'histoire, la poésie, l'hygiène ou encore l'agriculture. Un ministre de l'Église presbytérienne, Alexander Spark, le seconde dans cette aventure.
Le contexte politique dans la colonie bas-canadienne est alors en effervescence à la suite de l'adoption de l'Acte constitutionnel en 1791 qui accorde des institutions parlementaires. Samuel en profite pour ouvrir les pages du journal aux lettres des lecteurs. Le , on reproduit même une Chanson sur les élections d'un auteur anonyme: Pour être Elus,
Que de cabales de brigues,
Pour être Elus;
Mais que je vois de gens déçus,
C'est bien en vain qu'il se fatiguent,
par tant d'inutiles intringues,
pour être Elus [...]Citée dans Bernard Andrès, dir., La conquête des lettres au Québec (1759-1799). Anthologie, Québec, PUL, 2007, p. 551.. Durant cette période, il n'est pas rare de voir un supplément de quelques pages s'ajouter aux quatre pages habituelles de l'hebdomadaire. Les premières élections de l'histoire de la colonie bas-canadienne ayant lieu en 1792, Samuel Neilson imprime en outre plusieurs prospectus électoraux, dont ceux des candidats William Grant, Michel-Amable Berthelot d'Artigny, Pierre-Amable de Bonne ou encore Pierre-Louis Panet.
Samuel Neilson décède l'année suivante. Cela marque la fin du Quebec Magazine/Le Magasin de Québec, qui cesse de paraître en 1794. vignette|John Neilson est propriétaire de la Gazette après la mort de Samuel.
John Neilson (1776-1848) Son frère, John Neilson (1776-1848), hérite du commerce familial. Il avait lui aussi quitté l'Écosse vers 1790-1791 pour venir aider Samuel dans l'entreprise. À peine âgé de 16 ans au moment du décès de son aîné, c'est le révérend Alexander Spark qui imprime pour le compte de John pendant quelques moisTremaine, op. cit., p. 629.. William (1767-1859), un autre frère, arrive à son tour à Québec en 1795Rémi Ferland et Jean Levasseur, Dictionnaire des artisans, op. cit., p. 537.. Au tournant du siècle, l'imprimerie Neilson possède 4 presses et compte 7 employésTremaine, op. cit., p. 538..
Élu député en 1818Avec Louis-Joseph Papineau, Neilson présente un mémoire contre le projet d'union des colonies du Haut et du Bas-Canada à Londres en 1823. Il y retourne avec deux autres délégués en 1828 pour réclamer des réformes. Neilson s'éloigne toutefois du Parti patriote après les années 1830. Défait en 1834, il est réélu en 1841 et à nouveau défait en 1844. « John Neilson », Assemblée nationale du Québec, https://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/neilson-john-4619/biographie.html. Il y a en outre une rue John-Neilson à Saint-Gabriel-de-Valcartier., John cède les deux tiers de l'imprimerie-librairie, l'une des plus importantes du Bas-Canada, à son fils Samuel le . William Cowan, un ancien employé, obtient pour sa part un tiers.
Après avoir été défait aux élections de 1834, Neilson reprend le contrôle du journal, et ce jusqu'à sa mort en 1848. John publie lui-même régulièrement des textes dans La Gazette. Durant cette période, Ronald Macdonald et Robert Middleton occupent également la fonction de rédacteur à ses côtés.