Tínos (en ) est une île du nord des Cyclades grecques, dans la mer Égée méridionale. Elle se situe entre Andros et Mykonos. Son port principal et sa capitale, Tinos, est dominé par l'imposant rocher de l'Exombourgo (). Ses habitants sont appelés les Tiniotes.

Tinos est peu fréquentée par les touristes étrangers, faute de monuments antiques connus et de belles plages. Ses côtes sont principalement rocheuses mais elle compte cependant quelques plages de sable fin. Par ailleurs, son exposition aux vents du nord, principalement le meltémi en été, ne joue pas en sa faveur ; cette caractéristique a même fait d'elle, dans la mythologie antique, la demeure d'Éole.

Pour les Grecs orthodoxes, Tinos est un très important lieu de pèlerinage marial , qui attire une foule importante le 25 mars (fête de l'Annonciation) et surtout le 15 août (fête de la Dormition). Elle abrite également une communauté catholique importante., héritage de son histoire.

Géographie

L'île est divisée en trois grandes régions : Exo Meri au nord-ouest, au-delà du village de Kardiani (tous les habitants sont orthodoxes, sauf à Kardiani où la population est mixte). Le sol y est peu fertile, mais son marbre est exploité. Ses habitants furent ceux qui durent le plus s'expatrierG. Giagakis, Tinos d'hier et aujourd'hui., p. 8. Kato Meri au nord-est : région de Tarbados, Kalloni et Volax (tous les habitants sont catholiques, sauf à Sklavochori, orthodoxe). Epano Meri au sud-est, autour de la ville de Tinos avec le village de Chatzirados, Dyo Chora et Myrsini (région mixte religieusement).

Depuis les élections d'octobre 2010, les 3 municipalités attachées à ces 3 régions, ne font plus qu'une seule, avec un seul maire qui officie dans le port de Tinos.

La plupart des chrétiens orthodoxes de l’ile dépendent de la métropole de Syros, Tinos, Andros, Kéa, Milo et Myconos et les catholiques de l'archidiocèse de Naxos et TinosArchidiocèse catholique de Naxos-Tinos.

Généralités L'eau est abondante sur Tinos, contrairement aux autres Cyclades, mais le vent contrarie l'activité agricole, sauf dans les vallées protégées, comme celles de Livadia, Agapi ou Potamia (autour d'un « fleuve » comme son nom l'indique) et sur la plaine de Komi. Ces régions de maraîchage ont fourni Athènes en produits frais jusqu'aux années 1950. L'île exporte aussi encore son marbre (utilisé au palais de Buckingham et au Louvre) et du talc.

Tinos fait pourtant partie des îles des Cyclades qui ne sont pas autosuffisantes en eau. Elle reçoit de l'eau tous les ans (et surtout l'été à cause de la saison touristique) depuis le port du Laurion en Attique, pour un coût moyen de le mètre cubee-Kathemerini, 4 août 2008..

Géomorphologie Tinos a la forme d'une « poire » tournée vers le nord-ouest A. Philippson, « Das ägäische Meer und seine Inseln », Die griechischen Lanschaften., tome IV, 1959, p. 98-104. Elle est longue de , son littoral fait et le tour de l'île s'effectue en 38 milles marinsG. Giagakis, Tinos d'hier et aujourd'hui., p. 7. Sa base, au sud-est vers Mykonos, fait . Elle est séparée de cette île par un détroit de . Un bras de mer de moins d'un mille marin la sépare d'Andros. Le plus haut sommet de l'île est le Tsiknia ().

L'île est formée de roches métamorphiques plissées et érodées. Ses côtes sud-ouest et est sont rectilignes et escarpées, sauf au niveau de Tinos-ville. La côte nord-est a les baies les plus profondes : Panormos, Kolymbithra et Livada. L'île peut-être décomposée en trois ensembles géologiques : Les micaschistes composent la majeure partie de l'ouest de l'île et culminent avec le Polemou Kampos (). On les retrouve dans la partie est de l'île. Cette zone des micaschistes est aussi celle du marbre, en un banc épais de 20 à sur les schistes : le marbre blanc de Pyrgos et surtout le marbre bleu-gris qui fut très utilisé sur Délos à l'époque hellénistique Les amphibolites composent la majeure partie de l'est de l'île, surtout la serpentine verte qui constitue le sommet du Tsikinias () Le granit surgit au nord-est, créant le sommet de l'Exomborgo.

Climat La neige et le gel sont rares sur Tinos. Les régions les plus hautes (plateaux de Falatados-Sténi-Messi et d'Ysternia-Panormos) et Xombourgo sont en revanche régulièrement touchées par le brouillard. La principale caractéristique de l'île est le vent qui souffle du nord : le meltémi, qui a pour effet de rafraîchir les chaudes journées d'été.

MoisJanvierFévrierMarsAvrilMaiJuinJuilletAoûtSeptembreOctobreNovembreDécembre Maximum (°C)141516192226282826231915 Minimum (°C)101011131721232421191512 Précipitations (mm)8755300022611 Vent (km/h)293026202123232623262328

Administration La réforme Kallikratis de 2010 a vu la fusion des 3 anciennes municipalités de l'île : les dèmes de Tinos et Exombourgo, et la communauté de Panormos. L'île forme donc actuellement un dème avec pour chef-lieu la localité de Tinos-ville et pour « capitale historique » la localité de Panormos. Elle forme également un district régional de la périphérie d'Égée-Méridionale.

Mythologie vignette|Éole, le dieu du vent. Tinos aurait été, selon la mythologie, l'île d'Éole, le dieu du vent. Cette légende est justifiée par la puissance avec laquelle souffle le vent, et surtout le meltem, sur l'île.

Une autre légende fait référence aux serpents - encore présents - vipères et couleuvres - qui mangent des petits rongeurs. Appelée Ophioussa en raison des nombreux serpents qu'on y trouvait, elle changea de nom lorsque Poséidon envoya des cigognes nettoyer l'îleG. Giagakis, Tinos d'hier et aujourd'hui., 10.

Histoire

Antiquité L'île aurait été appelée à cette époque Idroussa en raison de l'abondance de ses sourcesParfois aussi appelée Ophioussa pour la même raison, Giagakis, Tinos, p. 10. Athénée fait référence à une source miraculeuse ne se mélangeant pas au vin, II, 43c (édition Loeb).. Pline l'Ancien écrit à propos de l'île : « À pas d'Andros et à de Délos est Ténos, avec sa ville ; elle s'étend dans une longueur de pas ; d'après Aristote, elle fut appelée Hydroussa à cause de l'abondance de ses eaux ; d'après d'autres, Ophioussa. »Pline l'Ancien, Histoire Naturelle., livre IV, 22-23.

Époques archaïque et classique Les premiers habitants de l'île sont peu connus : les hypothèses phrygienne, phénicienne, carienne, pélasge ou lélège sont avancéesLe nom de l'île Tinos pourrait dériver du phénicien ténok (serpent) selon le Blue Guide, p. 669. Les Ioniens auraient colonisé Tinos vers 1000 avant notre ère.

Les traces d'occupation les plus anciennes sont mycéniennes : on a retrouvé deux tombeaux mycéniens ou géométriques dans la région de Kyra-Xéni.

Une cinquantaine d'habitats de l'époque géométrique ont été recensés, dont celui au sommet de Xombourgo qui était une véritable ville fortfiée.

Au , elle était dominée par Érétrie, cité de l'île d'EubéeG. Giagakis, Tinos d'hier et aujourd'hui., p. 11. La domination athénienne se fit sentir à partir de Pisistrate à qui on a autrefois attribué un des principaux aqueducs de l'île vers 549-542 avant l'ère commune; depuis la découverte que la cité de la période archaïque se situait à l'Exombourgo et non en bord de mer, cet aqueduc est maintenant daté de la fin du , comme le reste de la ville basseTénos II, p.35.

En 480 avant l'ère commune, les Perses de Xerxès s'en emparèrent et obligèrent l'île à fournir des navires contre la Grèce. Un de ces navires déserta juste avant Salamine et informa les Grecs des intentions perses. Pour cette raison, Tinos eut le droit d'avoir son nom sur le trépied de DelphesHérodote, VIII, 82, dont la partie restante, la colonne serpentine, subsiste toujours à Constantinople.

Époque hellénistique D’après DémosthèneApollodore contre Polyclès., 4 et Diodore de SicileXV, 95., le tyran thessalien Alexandre de Phères mena des opérations de pirateries dans les Cyclades vers 362-360 avant l’ère commune. Ses navires se seraient emparés de quelques-unes des îles, dont Tinos, et auraient emporté un grand nombre d’esclaves. Ce fut peu de temps après cette expédition pirate que la ville haute (polis) sur le Xombourgo aurait été abandonnée et que la ville basse (asty), à l'emplacement actuel de Tinos-ville, aurait été crééeR. Etienne, Ténos II, p. 22.

Vers 315 avant l'ère commune, Antigonos Monophtalmos organisa les Cyclades dans une Ligue des Nésiotes, un État fédéral au service des Antigonides, sur lequel Démétrios Poliorcète se serait appuyé pour ses campagnes navalesA. Erskine, Le Monde hellénistique., p. 60.

Les Ptolémées établirent un protectorat sur cette ligue vers - 295. Mais, vaincus à Andros vers le milieu du , ils perdirent leur influence dans les îles. Après Cynocéphales, les îles passèrent aux Rhodiens puis aux Romains. Les Rhodiens réorganisèrent la Ligue des Nésiotes, dont le centre politique était probablement Tinos, choisie vraisemblablement grâce à la renommée et aux privilèges diplomatiques de son sanctuaire consacré à Poséidon et Amphitrite (l'île de Délos et sanctuaire d'Apollon étant à cette époque une cité neutre).

Dans son ouvrage sur Tinos, Roland Étienne évoque une société tiniote dominée par une « aristocratie » agrarienne et patriarchale marquée par une forte endogamie. Ces quelques familles avaient beaucoup d'enfants et tiraient une partie de leurs ressources d'une exploitation financière de la terre (ventes, emprunts, etc.), que R. Étienne qualifie d'« affairisme rural ». Ce « marché de l'immobilier » était dynamique à cause du nombre d'héritiers et du partage du patrimoine au moment des héritages. Il n'y avait pas d'autre solution que l'achat et la vente de terres pour se constituer un patrimoine cohérent. Une partie de ces ressources financières pouvait être aussi investie dans les activités commercialesR. Étienne, Ténos II..

Époques moderne et contemporaine La période « franque »

En 1204, la croisade s'empara de Constantinople, et les vainqueurs se partagèrent l'Empire byzantin. Alors que la souveraineté nominale sur la plupart des Cyclades avait échu aux Croisés, Tinos avait été théoriquement attribuée à l'empereur latin de Constantinople, qui ne put cependant en prendre directement possession. Un accord entre ce dernier et Venise fut conclu, autorisant des citoyens vénitiens agissant à titre privé à conquérir les îles, dont ils feraient hommage à l'empereurJean Longnon, Problèmes de l'histoire de la principauté de Morée. (Premier article). In: Journal des savants. Avril-juin 1946. p 81. en ligneR-J Loenertz, Marino Dandolo, seigneur d'Andros et son conflit avec l'évêque Jean (1225-1238) in Byzantina et Franco-Graeca p 400. Cette nouvelle suscita des vocations. De nombreux aventuriers armèrent des flottes à leurs frais, dont Marco Sanudo, neveu du doge Enrico Dandolo. En 1207, il contrôlait les Cyclades avec ses compagnons et parents. Les frères Andrea et Geremia Ghisi devinrent maîtres de Tinos, Mykonos et des SporadesJean Longnon, L'Empire latin de Constantinople., p. 91 et vassaux de l'empereur latin de Constantinople ; ils ne dépendaient pas du duchéD. Jacoby, La féodalité en Grèce médiévale. Les « Assises de Romanie », sources, application et diffusion (1971), p 237. Les Latins imposèrent le système féodal occidental sur les îles qu'ils dominaient.

La coutume de la principauté de Morée, les Assises de Romanie, devint rapidement la base de la législation dans les îlesJ. Slot, Archipelagus Turbatus.. Le système féodal fut appliqué même pour les plus petites propriétés, ce qui eut pour effet de créer une importante « élite locale ». Les « nobles francs » reproduisirent la vie seigneuriale qu'ils avaient laissée derrière eux : ils se construisirent des « châteaux » où ils entretinrent une cour. Aux liens de vassalité s'ajoutèrent ceux du mariage. Les fiefs circulèrent et se fragmentèrent au fil des dots et des héritages.