thumb|upright=1.5|alt=Photo noir et blanc d'un canon et son caisson en position.|Présentation d'un canon de modèle 1897 et de son caisson à munitions par des artilleurs français (en uniforme bleu nuit) à des officiers d'infanterie écossais (en kaki), en marge de la bataille d'Armentières le . Ce canon, relativement léger et tirant rapidement, est de loin le plus utilisé par l'artillerie française (plusieurs milliers d'exemplaires) avant, pendant et après le conflit. thumb|upright=1.5|alt=Photo noir et blanc d'un obusier qui vient de tirer, avec un peu de fumée qui se disperse.|L'artillerie de campagne étant insuffisante pour détruire les retranchements adverses, les Français se dotent progressivement d'une artillerie lourde moderne : à la fin de la guerre elle compte de ce canon court de Schneider, ici tirant le près de Champien. Les artilleurs sont en blouse de bougeron avec le casque Adrian. thumb|upright=1.5|alt=Photo noir et blanc d'un gros canon venant de tirer, dans un nuage de poussière. |Un canon français de modèle 1876, monté sur affût de côte à pivot (affût ), en 1915 sur la péninsule de Gallipoli. Quatre de ces canons furent utilisées pendant la bataille des Dardanelles pour tirer sur les forts ottomans de la rive asiatique ; ils furent sabotés et abandonnés en janvier 1916. Ils sont toujours à Seddülbahir. L'artillerie française pendant la Première Guerre mondiale prend au cours de ce conflit un rôle essentiel au sein de l'Armée de terre française. Au début elle est composée essentiellement d'une artillerie légère de campagne, avec une fonction d'appui auprès de l'infanterie. Mais la stabilisation du front et la transformation du conflit en une guerre de tranchées et une guerre industrielle conduisent cette arme à muter, se développer, et prendre le premier rôle. Avant 1914 les militaires, sans négliger l'artillerie, attribuaient encore au fusil un rôle prépondérant, causant six fois plus de pertes que les canons ; au cours de la guerre, la proportion s'inverse complètement et passe à trois victimes de l'artillerie pour une par balle, de sorte qu'elle cause environ 75 % des pertes militaires, pages 3, 229 et 230..
Ses effectifs et sa puissance de feu augmentent considérablement, avec des canons de plus en plus gros, tandis que sa doctrine d'emploi s'adapte aux nouvelles conditions de combat : préparations massives pendant plusieurs jours, harcèlement permanent, tirs de barrage roulant, concentration des feux, etc. Ce développement donne naissance à l'« artillerie lourde à grande puissance » (composée d'énormes pièces provenant de l'artillerie de côte et de l'artillerie navale), à l'artillerie de tranchée, à l'artillerie anti-aérienne, à l'artillerie chimique (répandant des gaz toxiques), à l'artillerie spéciale (ou artillerie d'assaut : les chars de combat), à l'artillerie anti-char et, à la fin, à l'artillerie automotrice.
Sur le front occidental comme sur les autres théâtres d'opérations, pendant cinq ans, l'artillerie française a tiré environ trois cents millions d'obus, labourant les sols, pilonnant les retranchements et poursuivant son duel avec les artilleries adverses. Une telle puissance de feu a nécessité un effort industriel considérable.
Situation à l'entrée en guerre L'artillerie est une arme (une subdivision) de l'Armée de terre française, dépendant du ministère de la Guerre. La gestion de son personnel et de son matériel relèvent de la direction de l'artillerie, complétée par la direction des poudres et salpêtres, ainsi que la direction des troupes coloniales (pour le personnel de l'artillerie coloniale, qui n'est pas du ressort du ministère des Colonies).. Mais toute l'artillerie ne dépend pas du même ministère : si l'artillerie navale est attachée au ministère de la Marine, l'artillerie de côte est partagée entre la Guerre et la Marine, la seconde reprenant à partir de le contrôle des forts et batteries des rades de Cherbourg, de Brest, de Toulon et de Bizerte (avec application en catastrophe lors de la mobilisation)..
Au sein de l'Armée, l'artillerie est considérée comme un auxiliaire de l'infanterie, lui fournissant l'appui de ses feux ; l'infanterie est considérée comme la « reine des batailles », hormis le cas du siège d'une place forte. L'armement, l'organisation et la doctrine d'emploi de l'artillerie française sont déterminés par ces principes : il s'agit donc essentiellement d'une artillerie légère et mobile. Malgré cette subordination, l'artillerie française a alors une réputation prestigieuse : c'est, avec le génie, l'arme savante, une affectation prioritaire (à 70 %) pour les polytechniciens (la promotion 1913 est intégralement versée dans l'artillerie de campagne)., avec une spécialisation à l'École d'application de Fontainebleau.
L'uniforme est traditionnellement bleu nuit, couleur jugée moins salissante, avec des bandes écarlates sur les pantalons et les culottes. L'habillement et l'équipement sont légèrement différents entre le personnel monté (les conducteurs et les hommes des batteries à cheval) et celui non monté (les servants des batteries montées et de l'artillerie à pied) : dans le premier cas les effets sont inspirés de ceux de la cavalerie (ceinturons de sabre en cuir fauve, culottes et éperons), dans le second de ceux de l'infanterie (ceinturons en cuir noirci, cartouchières, jambières et pantalons).. Le képi est généralisé comme couvre-chef.
Armement Les pièces d'artillerie sont classées en fonction de leur calibre (le diamètre intérieur du tube, donc celui des projectiles tirés), exprimé en millimètres pour l'artillerie terrestre et en centimètres pour l'artillerie de côte (et l'artillerie allemande). Les mortiers correspondent aux pièces ayant un tube très court et tirant sous un angle élevé avec une très faible vitesse initiale, les canons courts (qu'on appelle maintenant « obusiers ») sont à faible vitesse initiale et donc à tir courbe et enfin les canons longs sont à forte vitesse initiale et donc à tir tendu.
L'armement individuel est composé d'une part du sabre modèle 1822/1899 et du revolver modèle 1892 pour les officiers, sous-officiers et hommes montés, d'autre part du mousqueton d'artillerie modèle 1892 avec sabre-baïonnette pour les hommes non montés.
Modèles en dotation thumb|alt=Photo noir et blanc de l'empereur russe devant un canon. |Présentation du nouveau canon français, le modèle 1897, au tsar Nicolas II lors des grandes manœuvres de 1901. L'armement de l'artillerie de campagne française en 1914 est composé presque uniquement d'un modèle de canon, le modèle 1897 : la dotation totale est de de , dont font partie du corps de bataille déployé en métropole et 364 sont dans les places fortes (les autres canons de servent à l'instruction, sont aux colonies ou font partie des réserves). Cette homogénéité a l'avantage de faciliter la logistique et l'entretien. Cette dotation est complétée par 128 canons de M modèle 1906 (M pour « de montagne ») destinés aux troupes alpines, ainsi que par quelques canons de modèle 1912 pour l'artillerie à cheval.
L'artillerie lourde de campagne est assez limitée en 1914, surtout par rapport à son homologue allemande : la faute en revient aux désaccords entre les services, au manque de financement et à la domination du .. Les armées emportent tout de même avec elles 84 obusiers de C modèle 1890 (C pour « court », surnommés Baquet ; 126 autres obusiers sont à l'arrière) et 104 obusiers de C TR modèle 1904 (C TR pour « court à tir rapide », surnommés Rimailho)..
thumb|alt=Dessin en couleur d'un canon monté sur voiture, ciblant un dirigeable. |Le prototype du premier canon antiaérien français, le De Dion-Bouton 1913, chargé d'abattre les dirigeables adverses. L'artillerie de siège affectée à l'armée de campagne est réduite, composée de pièces d'artillerie plus anciennes du système de Bange sur affût SP (« de siège et de place ») : 60 canons de L modèle 1878 (L pour « long ») et 24 mortiers de modèle 1880..
L'artillerie de forteresse, appelée à l'époque « artillerie de place », arme les forts et batteries du système Séré de Rivières (principalement dans les quatre « camps retranchés » de l'Est : Verdun, Toul, Épinal et Belfort). Elle compte quelques pièces modernes à tir rapide : il y a 73 tourelles à deux canons de R modèle 1905 (R pour « raccourci »), dont 57 tourelles sont en place sur un fort et 16 sont dans les dépôts (pas encore installées)., ainsi que 44 casemates de Bourges armées chacune avec deux canons de modèle 1897 sur affût de casemate.. Mais la majorité des fortifications françaises sont armées avec les canons plus anciens notamment du système de Bange, avec 778 de modèle 1877, de modèle 1877, de modèle 1875, de L modèle 1878., de L modèle 1877., 331 mortiers de modèle 1880 (et 1880 modifié 1891), ainsi que 32 de modèle 1885 et modèle 1889.. Cinq casemates de Bourges sont armées avec chacune deux canons de modèle 1888 sur affût de côte.
Enfin, se rajoutent les pièces d'artillerie de côte (celles défendant les littoraux dépendent du ministère de la Guerre, tandis que celles protégeant les ports militaires de celui de la Marine, du jusqu'au , dont une dizaine de canons de )., l'artillerie anti-aérienne (limitée à un prototype d'autocanon, avec huit autres en construction en ), ainsi que les vieux canons stockés dans les dépôts, notamment les canons de modèle 1875 (surnommé Lahitolle), les canons de modèle 1877 et modèle 1877 (de Bange).
Pour le déplacement des pièces d'un endroit à un autre des villes ou ports fortifiés, on utilise le système Péchot de chemin de fer à voie étroite (voie 60). C'est après le Premier conflit mondial que la responsabilité des chemins de fer à voie étroite passe à l'arme du génie.
Caractéristiques Le canon de est, lors de son entrée en service en 1897 (la date de la première commande donne le numéro du modèle), une pièce d'artillerie assez révolutionnaire. Comme les autres pièces de sa génération, son tube est en acier, le canon est rayé et le chargement se fait par la culasse ; mais il a la particularité d'avoir un système de chargement rapide, et surtout un frein de recul lui permettant de ne presque pas bouger lors du tir, remettant tout seul le tube en position et d'atteindre ainsi des cadences records. En prime, la relative légèreté de son affût et la traction hippomobile (il faut pour une batterie avec 22 véhicules ; chaque canon est tracté par six chevaux) lui donne une bonne mobilité pour l'époque.
Le tir du est plutôt tendu (ce qui permet de faire des ricochets pour frapper derrière une crête), article 192, ., mais l'empêche de battre les replis de terrain. L'instruction des canonniers prévoit donc l'emploi d'une charge réduite et d'une plaquette permettant un tir beaucoup plus courbe, mais court (la distance moyenne de combat est de ), article 191, .. Les artilleurs disposent du choix entre plusieurs projectiles : l'obus à balles (le shrapnel, utilisé contre le personnel), l'obus explosif (contre le matériel, un bois, une localité ou un retranchement), la boîte à mitraille (pour le tir à très courte portée), l'obus fumigène, l'obus traceur (pour le tir antiaérien), l'obus incendiaire, l'obus éclairant (pour le tir de nuit, contenant un parachute) et l'obus lacrymogène. La dotation pour chaque pièce de 75 est composée majoritairement d'obus à balles, utilisés en tir fusant (explosant en l'air), complétés par des obus explosifs, ceux-ci utilisés en tir fusant ou percutant (explosant au sol) ; le choix entre fusant et percutant se fait par réglage de la fusée de l'obus.
+ Pièces d'artillerie de campagne en dotation en août 1914.. Matériels Masse en batterie Cadence de tir portée Munitions (masse) Canon de M modèle 1906 10 à 15 coups/min obus à balles () ou explosif () Canon de 75 mm modèle 1897 12 à 18 coups/min 6 à obus à balles modèle 1897 () obus explosif modèle 1900 () Canon de modèle 1912 12 à 18 coups/min obus à balles () ou explosif ()