vignette|Skieur en phase d'apprentissage. vignette|Un courrier à ski en Cerdagne en 1909.

Le ski est un moyen de locomotion individuel qui s'utilise par paire comprenant deux patins longs et étroits appelés skis, fixés aux pieds, et un ensemble de disciplines sportives essentiellement hivernales et basées sur le principe de la glisse. Vulgarisée grâce au ski sur neige, introduite dans les Alpes et les autres massifs européens à la fin du , cette pratique est dépendante de la présence, de la résistance et de l'épaisseur du manteau neigeux, ce qui limite l'activité aux régions montagneuses ou nordiques, ainsi qu'à la saison hivernale, plus rarement en été, dans les stations d'altitude.

Le ski peut également se pratiquer sur toutes surfaces glissantes possédant une tension superficielle non négligeable : l'eau — on parle alors de ski nautique —, des roches comme le sable ou la pouzzolane, les prairies en pente, voire des sols recouverts de neige ou de glace artificielles, d'aiguilles de pin, ou même d'armatures en treillis couvertes de feutres ou de textiles synthétiques sur des pistes en salle.

Avant de devenir un sport de loisir, il n'était qu'un moyen de déplacement et un mode de transport, largement répandu pendant les longs hivers enneigés dans les pays nordiques, les contrées sibériennes et les montagnes de l'Asie centrale, sous une forme ressemblant à la fois au ski de randonnée nordique et au ski de fond, originaires de Scandinavie. Il a également servi de mode de déplacement hivernal dans certaines armées (guerre à ski).

Originellement activité de pleine nature, le ski de descente, qui consiste à descendre des pentes de déclivité et de difficulté variables, a conduit à la construction de sites dédiés. Devenu ainsi sport de glisse prenant le nom en Europe de ski alpin, des domaines skiables et des stations de sports d'hiver ont été ainsi aménagées dans des sites jugés propices à une pratique ludique du ski mais nécessitant des travaux : terrassements, équipement de remontées mécaniques, de canons à neige, travail de la neige, etc., alimentant un vaste secteur touristique, notamment dans les Alpes.

La pratique du ski en terrain à faible déclivité a conduit de son côté au développement de sports plus orientés pleine nature, comme les différentes disciplines du ski nordique. Bien que le ski de fond et le ski alpin soient regroupés sous la même appellation de « ski », aussi bien les techniques que le matériel sont très différents entre ces deux disciplines.

Il existe aussi plusieurs techniques nordiques de ski de randonnée et de descente, qui portent le nom de localités ou de contrées de Norvège : le télémark, le christiania…

Étymologie, linguistique Le mot « ski », prononcé à la française, s'est généralisé dans le monde. Il vient du norvégien . qui se prononce ou . Le mot en vieux norrois, la langue mère des langues scandinaves, signifie « fendre » et désigne aussi les « planches ».

Les Saami, qui parlent des dialectes proches les uns des autres, appartenant au même groupe que le finnois, désignent les skis par des mots totalement différents comme sihpiek, sivekkä, sabehat, golas, träokkaFridtjof Nansen, En ski travers le Groenland, trad. Charles Rabot, Hoëbeke, 1996.

Origines du ski

Le berceau du ski se situe très vraisemblablement dans le sud-est de la Baltique, dans la région qui englobe l'Estonie actuelle et la partie avoisinante de la RussieMaurice Woehrlé, Les peuples du ski, BoD, 2020 ,pages 293, 297.. Les restes des skis les plus anciens actuellement connus ont été mis au jour au début des années 1960 par l'archéologue ukrainien Grigori Burov sur le site de Vis 1, situé à à l'ouest de la chaîne de l'Oural et à la latitude du lac OnegaGrigori M. Burov, « Some Mesolithic Artefacts from the site of Vis 1 in the European North East of the USRR », The Mesolithic in Europe, Edimburg, 1985.. Les vestiges culturels du site relèvent de la culture de Kunda, identifiée dans l'actuelle Estonie. Les fragments correspondent à deux types de skis dénommés « Vis » et « Veretje ». Ils se situent respectivement entre 7350 et 7180 et vers 6000 Les procédés de datations au radiocarbone disponibles dans les années 60 nécessitaient de grandes quantités de matériau. Les mesures ont été faites sur des morceaux de bois situés au-dessous et au-dessus des fragments de ski. Les dates indiquées par Grigori Burov, brutes de mesure, ne tenaient pas compte des variations passées du taux de gaz carbonique dans l'atmosphère. Celles données ici le sont. Il y a un écart de l'ordre de dans le sens du vieillissement..

Les skis et les patins de traîneaux n'ont pas été faits à partir de planches. Ils étaient taillés dans la masse de billes de bois préalablement fendues en deux, suivant le procédé très ancien de la fabrication des pirogues monoxyles.

Il est très probable que l'invention des skis ait été inspirée par les patins de traîneauxLe site de Vis a également fourni des restes de patins de traîneau de deux types. Les plus anciens sont datés entre 7350 et 5900 et sont identiques au patin de traîneau de Heinola, dans le sud de la Finlande, daté de 8000 .

La population de culture Kunda avait une double origine. Elle était constituée de groupes venus du sud des plaines russes (culture épigravettienne) et d'autres de la région franco-cantabrique (culture Magdalénienne). Ces derniers étaient arrivés dans les pays Baltes vers 9000 Les uns et les autres avaient suivi la migration des hardes de rennes que le radoucissement du climat avait poussées vers le NordPaul M. Dolukhanov, « Archéologie et Langues en Europe Occidentale durant la Préhistoire », Dossier d'Archéologie n° 270, février 2002..

Formation du peuple saami Le peuplement de la Finlande et de la future Laponie a commencé vers 8500 avec le déploiement vers le nord de clans qui allaient former le peuple saamiHannu Takala, The Ristola Site in Lahti and the Earliest Postglacial Settlement of South Finland, Jyväskylä, 2004.. Ils restèrent longtemps isolés car la première immigration de peuple non saami n'est intervenue que vers 4000 Pauli Kajanoja, A new theory on the biological roots of the Finns.. Ces derniers arrivants connaissaient également le ski. De souche finnoise, ils le désignaient probablement par le mot suksi.

Transmission du ski en Sibérie La présence jusqu'à une date récente de groupes ethniques de langue finno-ougrienne dans les monts SaïanAndrey Filchenko, Indigenous People of Siberia, 1990 ; The IPF Project, Tomsk Laboratory of Siberian Indigeneous People. Last update 11/04/07., entre l'Altaï et le lac Baïkal, suggère fortement que des clans de souche finnoise originaires de l'Oural se sont établis en Sibérie méridionale. Le ski fait partie des éléments en faveur de cette hypothèse car les peuples sibériens du groupe linguistique toungouzo-mandchou utilisent des mots comme souxilla, souxilda, sokseljta, très proches de suksi. Fridtjof Nansen avait remarqué ces ressemblances et avait émis l'hypothèse que le ski avait été probablement inventé en Sibérie. Les connaissances d'aujourd'hui permettent de la rejeter.

On manque de données pour dater l'introduction du ski en Sibérie Méridionale. Elle est potentiellement postérieure à 5000 (âge des patins de traîneaux de type européen mis au jour dans l'est de l'Oural) et certainement antérieure à 3300 , fin du Mésolithique dans cette région.

Gravures rupestres vignette|upright=0.8|Staraia Zalavruga, Mer Blanche. « Patrouille » de skieurs armés d'un bâton. gauche|vignette|upright=0.8|Haut Ienisseï, Chalabolino. Archer. Les gravures rupestres sont extrêmement diverses et nombreuses en Eurasie et ailleurs dans le monde. Elles ne peuvent pas être datées directement, leur âge ne peut être qu'estimé. Celles de Finno-Scandinavie et de Sibérie sont jugées postérieures à 4000 et 5000

En Europe, on compte deux gravures de skieur en Norvège et une trentaine en Carélie où elles se trouvent presque toutes sur le fleuve Vyg, au sud de la mer Blanche. Les skieurs sont représentés le plus souvent armés d'un arc et certains, en groupe, armés d’un bâton. En Sibérie méridionale, elles sont une dizaine. Presque tous les personnages sont des archers, le plus souvent chassant le renneMaurice Woehrlé, Les peuples du ski, BoD, 2020 , pages 74, 85..

Skis fossiles gauche|vignette|upright=1.2|Ski de Salla (3350 )Les âges indiqués correspondent à la médiane de la fourchette d'incertitude de la mesure au radiocarbone.. Seul ski fossile à plusieurs rainures. Les trois trous convergent à l'intérieur du ski pour former le passage de la lanière d'attache. vignette|upright=1.2|Ski de Kalvträsk (3200 ). Un des rares skis trouvé en paire et avec le bâton. La lanière d'attache coiffait l'avant de la chaussure et passait longitudinalement sous le ski. Les plus anciens après ceux trouvés à Vis ont environ . Il s'agit des skis de Salla (Finlande), Drevja (Norvège) et de Kalvträsk (Suède). Le ski de Kalvträsk se distingue par un système d'attaches à quatre perçages verticaux qui est encore en usage en Sibérie. Les deux autres présentent des perçages transversaux évitant à l'attache de frotter sur la neige. À partir de 1000 les skis ont tous un socle avec un perçage horizontal, la mortaise. Ils témoignent des débuts de l'âge du Bronze en Finno-Scandinavie.

Pour la plupart, les skis ont été trouvés lors des travaux de drainage de marais et tourbière effectués par les paysans. Une très grande partie date du Moyen Âge. Ils ont probablement été volontairement enfouis sous la couche de sphaignes flottant à la surface de l'eau. On distingue bien deux façons d'utiliser le bois, soit sur quartier soit sur dosseDans une planche, les  couches de croissance  sont orientées verticalement dans le bois sur quartier et horizontalement dans le bois sur dosse.. Les skis en bois sur quartier étaient utilisés nus, de multiples rainures stabilisatrices se formant par usure de couches tendres du bois. Les autres avaient généralement une garniture de peau recouvrant la semelle, collée ou cousue à travers le bois.

Écrits upright=1.8|gauche|vignette|Ski de Storbäck (905 ). Il fait partie des premiers skis à socle et mortaise. Le socle, adapté à la largeur des chaussures, est plus étroit que ski. Le creusement de la mortaise, longue et étroite, est devenu possible grâce aux outils en bronze. Les plus anciennes mentions de skieurs apparaissent très brièvement dans les annales chinoises du début de notre ère à propos des peuples nomades évoluant à leur frontière nord, Toungouzes, Türks et Mongoles. En Europe, les Saami sont signalés par Tacite au même moment sous le nom de Fennes (Finnois) mais sans faire état des skis. Ils apparaissent ensuite dénommés Phinnoï (Ptolémée, en 125), Crefennes (Jordanes, en 551) et Skrithiphinoï (Procope, en 554). La racine skrit signifie « glissement »  mais les skis ne sont toujours pas identifiés. Ils sont évoqués pour la première fois en 788 par Paul Diacre au sujet des Scritobini qui « chassent en faisant des bonds grâce à des « bouts de bois habilement recourbés ».

Des auteurs de langue arabe rapportent l'usage des skis et des traîneaux à chiens au Moyen Âge, dans les voyages commerciaux le long des fleuves russes, entre la Baltique et la Méditerranée ou la CaspienneCes auteurs se sont rendus pour différentes raisons à Bolgar, capitale du royaume bulgare de la Volga. Les écrits sont d'Ibn Fâdlan (921),  Al Marwazi (1120), Abu Hamid Al Garnati (1152)..

Les Européens prennent conscience de l'existence des Saami vers 1550 grâce au livre d'Olaus Magnus, évêque suédois réfugié à Rome et davantage encore, en 1673, avec celui de Johann Scheffer, intellectuel strasbourgeois émigré en Suède. Le premier skieur d'Europe moyenne est le prêtre italien Francesco Negri (1665) et le premier français sera Jean-Baptiste de Lesseps (1788), chargé par La Pérouse de ramener les documents importants du Kamtchatka à Versailles où il fut reçu sur le champ par Louis XVI.