Les Fransaskois sont les personnes d'expression française nées en Saskatchewan ou qui y habitent actuellement..

Devant l'étiolement de l'identité canadienne-française durant la décennie 1970, l'identité « fransaskoise » s'est constituée, tout en coexistant avec les identités « francophone » et « bilingue », également répandues depuis un demi-siècle.

L'exploration française des Prairies remonte au , puis des populations métisses ont formé des premières communautés de langue française au .

Au tournant du , des Canadiens français et des Franco-Européens (Français, Wallons et Jurassiens) ont participé à la colonisation du territoire.

Au , la population fransaskoise est composée des descendants de ces colons, de francophones originaires des autres provinces, mais aussi, de plus en plus, d'immigrants issus des pays de la Francophonie mondiale.

Histoire

Période coloniale française et anglaise (1752-1869) Le territoire correspondant aujourd'hui à la Saskatchewan est d'abord habité par des peuples autochtones - les Assiniboines, les Cris, les Danezaa, les Pieds-Noirs, les Slaveys et les Tchipewyans - arrivés il y a plus de 10 000 ans, suivant la dernière Glaciation..

Durant les années 1730, Pierre Gaultier de Varennes, sieur de La Vérendrye, est le premier Européen à explorer le territoire à l'ouest des Grands Lacs, mais c'est à Jacques Le Gardeur de Saint-Pierre et à ses hommes que revient l'exploit d'avoir rejoint les montagnes rocheusesNathalie Kermoal, "Postes, missions et métissages dans les Pays d'en Haut", dans .. En 1754, Louis de La Corne dirige une expédition où il fonde, à la fourche des rivières Saskatchewan, le fort de La Corne, marquant l'extrémité ouest des possessions françaises à la toute fin du Régime français.

Comme ailleurs, les Français dépendent de leurs alliés autochtones pour établir et poursuivre la traite des fourrures. La Couronne française favorise l'établissement d'un réseau de missions catholiques et de postes de traite dans les pays d'en Haut, ainsi que la « francisation » des autochtones afin d'établir leur influence. Les forts de l'Ouest permettent une meilleure assise territoriale française, ce qui ne décourage pas la Compagnie de Baie d'Hudson, qui envoie, de temps en temps, quelques hommes espionner les activités françaises dans la région.

Après la cession de la Nouvelle-France à la Grande-Bretagne en 1763, la Compagnie de la Baie d’Hudson et la Compagnie du Nord-Ouest (CNO) et leurs voyageurs canadiens-français se mènent une vive concurrence dans la traite des fourrures.. Entre 1790 et 1821, la CNO engage 5000 voyageurs et hivernants pour mener ses activités dans la régionNathalie Kermoal et Étienne Rivard, "Essors et transformations des territorialités franco-métisses" dans .. Ils sont pour la plupart des Canadiens français et des Iroquois, ce qui facilite la formation d'alliances avec les peuples autochtones. Les petits groupes d'hommes sont envoyés, toujours plus loin, à la recherche de nations autochtones pour les approvisionner en peaux, favorisent des relations privilégiées avec les femmes et le foisonnement de mariages interethniques.

Sous la CNO, on assiste à une prolifération des trappeurs métis indépendants. Leur adaptabilité, leur connaissance des langues autochtones et leurs réseaux familiaux nourrissent une identité métisse distincte: elle emprunte et adapte des éléments des cultures locale et européenne, notamment dans la tenue vestimentaire (le capot bleu, la ceinture fléchée) et la langue (le mitchif). Les Métis s'établissent à des endroits stratégiques, souvent le long des routes de transport, où se croisent les chemins et les rivières. Le portage La Loche est l'un de ces postes importants, puis les camps de Prairie-Ronde et de la Fourche de Gros-Ventres sont les plus fréquentés par les hivernants.

Suivant la fin de la guerre anglo-américaine de 1812, les Américains se lancent dans la colonisation du Midwest, ce qui restreint, de plus en plus, les territoires où la traite peut être effectuée. De plus, la surexploitation mène à l'épuisement des stocks des fourrures et au recul de la traite au Canada. L'installation soutenue des fronts pionniers américains, tout comme l'instinct de survie, poussent progressivement les Métis à se tourner vers la pêche et l'agriculture. En 1818, l’Église catholique y envoie les missionnaires, Alexandre-Antonin Taché et Louis-François Richer Laflèche, pour appuyer la sédentarisation des Métis dans les vallées des rivières Qu’Appelle et Churchill ou la Montagne de Bois. L'élite marchande canadienne-française profite de la transition pour réinvestir ses profits dans le marché foncier et les compagnies ferroviaires, mais les moins fortunés - surtout les engagés métis dans la traite - sont repoussés toujours plus loin vers l'ouest. Certaines s'établissent dans les riches pâturages de la rivière Saskatchewan du Sud, notamment à la Talle de Saules; on y retrouve une trentaine de familles en 1880. D'autres se font guides de interprètes auprès d'explorateurs anglo-américains.

À l'aube des années 1860, la praire de la Saskatchewan est encore, culturellement et matériellement, métisse, mais dans les décennies qui suivent, les Métis se voient contraints à intégrer les réserves indiennes ou à se fondre aux populations européennes et canadiennes, qui s'installent en nombre grandissant dans les Prairies. « Certaines communautés métisses se verront même, de manière graduelle, culturellement marginalisées par les migrants canadiens-français, qu'elles auront au préalable, bien souvent, attirés et aidés à s'établir », résument les historiens Étienne Rivard et Nathalie Kermoal. « Cet effacement métis marquera l'inévitable déclin de la prépondérance culturelle francophone dans la région ».

Le recensement fédéral de 1941 démontrera que les Métis seront cantonnés, en majorité, en bordure de la forêt boréale, y vivant surtout de chasse, de pêche et de trappe - parfois à proximité des réserves indiennes - dans des habitations de fortuneÉtienne Rivard, "Population métisse dans l'espace rural des Prairies, 1941" dans .

Le français et le catholicisme dans les Territoires du Nord-Ouest (1869-1905) vignette|Métis Hamlet, Willow Bunch (Saskatchewan)|393x393px Créé en 1867, le gouvernement du Canada fait l'acquisition des terres de la Compagnie de la Baie d'Hudson dans les Prairies en 1869. Les villages métis à l’ouest du Manitoba, créé comme province en 1870, font partie des Territoires du Nord-Ouest (TNO).

Les TNO permettent initialement le financement d’écoles séparées (catholiques). S'inspirant de l'article 133 de la Loi constitutionnelle de 1867, l'article 110 de l'Acte des Territoires du Nord-Ouest (1877) stipule que:

Toute personne pourra faire usage soit de la langue anglaise, soit de la langue française, dans les débats de l’Assemblée législative des territoires, ainsi que dans les procédures devant les cours de justice ; et ces deux langues seront employées pour la rédaction des procès-verbaux et journaux de l’Assemblée; et toutes les ordonnances rendues sous l’empire du présent acte seront imprimées dans ces deux langues; néanmoins, après la prochaine élection générale de l’Assemblée législative, cette Assemblée pourra, par ordonnance ou autrement, réglementer ses délibérations et la manière d’en tenir procès-verbal et de les publier; et les règlements ainsi faits seront incorporés dans une proclamation qui sera immédiatement promulguée et publiée par le lieutenant-gouverneur en conformité de la loi, et ils auront ensuite plein effet et vigueur.

Certains Métis souhaitent préserver leur mode de vie semi-nomade, mais l’échec de la seconde Rébellion de Louis Riel à Batoche en 1885 met fin à l'espoir de constituer, après le Manitoba, une seconde province bilingue et multiculturelle dans l'Ouest. La considérable émigration anglo-protestante fait fondre la majorité francophone de 85% (1870) à 17% (1885) et entraine avec lui une hostilité non seulement aux cultures autochtones, mais aussi au catholicisme et à la langue française. En 1892, l'administration territoriale revient sur sa politique de tolérance et proclame l’anglais comme langue exclusive de la législature, des tribunaux et des écoles. L’enseignement en français y désormais restreint à une heure par jour à partir de la . vignette|Ponteix (Saskatchewan)|397x397px Devant cette hostilité grandissante à leur endroit, les Canadiens français du Québec et de l'Ontario boudent l’appel du clergé pour qu'ils participent à la colonisation des Prairies. Certains Franco-Américains de la Nouvelle-Angleterre acceptent de prêter main-forte aux curés colonisateurs pour fonder des églises, des écoles, des commerces et des villages.

Dès 1890, l’abbé Marie-Albert Royer fait appel à des religieux de langue française en Europe pour qu’ils recrutent des agriculteurs français, jurassiens et wallons, qui comptent parmi les fondateurs de Gravelbourg (1906), de Ponteix (1908)Gratien Allaire, « La francophonie de l’Ouest: pérennité, diversité et rapport à l’autre », dans .. Des professionnels francophones se trouvent aussi à Prince Albert et à Saskatoon.

Des premières décennies difficiles pour la fransaskoisie (1905-1968) Lorsque la Saskatchewan intègre la Confédération canadienne en tant que province en 1905, les francophones représentent 6% de la population. L’arrivée au Canada de d’immigrants entre 1896 et 1911 intensifie l’ardeur des politiciens de langue anglaise à accélérer l’intégration des minorités sur leur territoire. En 1918, la Saskatchewan restreint l’utilisation du français à la première année du primaire, puis interdit entièrement l'enseignement en français à partir de 1931. vignette|Paroisse de Ferland (Saskatchewan)|399x399px Les migrants francophones ne restent pas passifs devant ces affronts. Malgré le refus de la province de reconnaître le français, ils fondent des organismes politiques pour veiller à la défense de leurs droits et de préserver la langue française. Venu de Charente-Maritime en 1904, Raymond Denis compte parmi les fondateurs du journal Le Patriote (1910) et de l’Association catholique franco-canadienne de la Saskatchewan (ACFC, 1912). D'après Denis, « l’influence de l’école est toute-puissante » et « la langue est en même temps la plus sûre gardienne de notre foi religieuseRaymond Denis dans . ». Denis veille à l’établissement du Programme provincial d’enseignement du français, du Programme de visiteurs des écoles et du Concours provincial de français. Fondée en 1918, l'Association des commissaires d’école franco-canadiens agit comme un ministère de l’éducation parallèle semi-clandestin, d'après l'avocat Roger Legal. Ouvert en 1918, le Collège Mathieu permet de former une élite catholique et francophone localement.

Suivant la fusion des districts scolaires ruraux dans les années 1940 et 1950, la fermeture de certains collèges catholiques, les Franco-Canadiens de la Saskatchewan perdent des leviers pour exercer une certaine autonomie politique sur leur avenir.

On parvient cependant à faire certaines victoires institutionnelles. À partir de 1952, on peut entendre le français sur les ondes lorsque deux stations de radio de langue française sont fondées: CFRG à Gravelbourg et CFNS à Saskatoon..

En 1964, l'ACFC remplace « catholique » par « culturelle » dans son titre.

Crise identitaire fransaskoise, politiques de reconnaissance et autonomie politique (1968-1999)