La Croix est un journal quotidien de la presse nationale française. Il est fondé en , ce qui fait de lui l'un des plus anciens périodiques de la presse française encore publié.

Le titre, qui est la propriété du groupe Bayard Presse depuis sa fondation, est en 2023 le sixième quotidien payant de la presse quotidienne nationale française avec .. Créé par la congrégation de religieux catholiques des Augustins de l'Assomption, le journal se définit comme chrétien et catholique, même si les choix éditoriaux qui en découlent ont pu évoluer.

Histoire Du mensuel au quotidien (1880-1883) Si le père Emmanuel d'Alzon (1810-1880), fondateur des assomptionnistes et des oblates de l’Assomption, est à l’initiative de cette publication, le véritable promoteur en est le père Vincent de Paul Bailly..

Le premier numéro de La Croix paraît en 1880 ; il s'agit alors d'une revue mensuelle. La première parution du quotidien a lieu le (journal daté du ).

vignette|Page de titre de la première livraison de La Croix, alors mensuel, en avril 1880.

Les origines (1883-1900) L'essor du journal Le journal La Croix cherche dès le début à se démarquer des autres journaux conservateurs, notamment en pratiquant une politique tarifaire agressive. :

Significativement, le prix annoncé en première page est d'un sou (valeur monétaire de l'Ancien Régime, mais aussi appellation populaire) et il faudra l'intervention des pouvoirs publics pour que La Croix, non sans ironie, accepte de modifier le prix affiché en « 5 centimes »Éditorial du 29 juin 1883, signé de Vincent de Paul Bailly, intitulé « Un sou », cité dans le troisième point ( par ..

Pendant plusieurs années, La Croix paraît sous deux formats. Le premier est celui d’un périodique de petit format destiné au lectorat populaire, le second celui d’un journal grand format destiné à un public plus exigeant et plus cultivé. Dès 1890, le journal, comme la plupart des évêques français, est réticent à la politique du Pape Léon XIII (favorable au ralliement à la République), il ironise sur le toast d'Alger du cardinal Lavigerie et publie sans commentaire les premiers textes officiels sur le Ralliement. Néanmoins, à la sortie de l'encyclique Au milieu des sollicitudes du , par laquelle le pape Léon XIII demande officiellement le ralliement des catholiques à la République et à ses institutions, le journal suit les consignes papales. :

Le journal poursuit son développement et atteint un tirage de en 1895.

L'affaire Dreyfus et l'antisémitisme du journal Avec l'affaire Dreyfus, l'antisémitisme ancien et traditionnel du journal devient de plus en plus agressif. Il indique notamment, le : ..

Lorsque la falsification du colonel Henry est découverte, le quotidien n’en tient pas compte .. La Croix publiera la réhabilitation de Dreyfus sans commentaire.

Le quotidien fait également la promotion du livre La France juive d’Édouard Drumont. Cet antisémitisme permet à La Croix d'élargir son lectorat, notamment dans le Nord de la France où le sentiment antijuif est alors très fort..

Après le père Merklen dans les années 1930, La Croix demande pardon pour cette attitude dans l'éditorial du père Michel Kubler datant du . : Le journal publie en 2023 une enquête sur son passé antisémite.

La bataille politique autour de la laïcité Rédacteur en chef de 1883 à 1900, le père Vincent de Paul Bailly, « Le Moine » de son nom de plume, dirigea un journal qui voulait . Il créa un journal catholique différent : .

Mais la Croix avait aussi un objectif politique : créer les conditions d’un gouvernement respectant ou mieux adoptant les valeurs chrétiennes. Cela le conduisit à une bataille frontale avec les partis laïques anticléricaux et à s’engager trop avant dans la recherche d’une impossible coalition de tous les Catholiques.

En , le pape (Léon XIII) reçoit le père Bailly et blâme les orientations de La Croix. Le , le chargé d’affaires françaises auprès du Saint-Siège, Ferdinand de Navenne, rencontre le secrétaire d’État, le cardinal Rampolla, qui l’assure de ce que Léon XIII est attaché au maintien de la politique de Ralliement. Il fait appeler le père Bailly et lui déclare réprouver l’esprit et le ton du journal..

Pourtant ces avertissements sont peu pris en compte par la rédaction, et le journal est bientôt l’objet d’une offensive judiciaire du gouvernement en puis en appel en mars se déroule le procès de douze assomptionnistes, surnommés les « moines ligueurs » : le P. François Picard, successeur du P. d’Alzon comme supérieur général, les P.P. Vincent-de-Paul Bailly, rédacteur en chef de La Croix, le père Saugrain, économe de la congrégation et neuf autres religieux comparaissent devant le tribunal de la Seine comme mettant en danger l’ordre public et la République, cela surtout parce que le journal La Croix exerce une influence jugée séditieuse. En appel, les légères sanctions prises contre « les moines » seront annulées, mais pas la peine annexe qui est elle très lourde puisque la congrégation est dissoute.

Sur le plan purement religieux,

Sous le tandem Bouvattier - Bertoye (1900 - 1917) La congrégation des assomptionnistes, légalement dissoute sous le gouvernement de Pierre Waldeck-Rousseau, sa maison d’édition la Bonne Presse, éditrice de La Croix, est rachetée par l’industriel catholique Paul Féron-VrauRiche industriel (1864-1955) du textile du Nord, homme d’œuvres à l’instar de son parent par alliance Philibert Vrau dont il a hérité, il met sa fortune au service de la presse catholique et de l’Action libérale populaire. En marge de la Bonne Presse, il fonde en 1905 le groupe de presse catholique la Presse régionale., qui prend alors sa direction.. Il œuvre alors au développement de la Bonne Presse et à l’organisation de la diffusion du journal. En , La Croix devient un journal de grand format à 4 pages, en 1907 de 6 pages, , dans ..

En 1901, Jules Bouvattier (1843-1917), avocat et ancien député, devient rédacteur en chef. avec le père Georges Bertoye (1857-1929), officiellement sécularisé, et qui signe « Franc » (probablement en référence à son nom religieux, François d'Assise). Pendant 25 ans, « Franc » s'attelle au travail quotidien du journalisme avec des qualités reconnues : solidité doctrinale, prudence éclairée, sens de l'actualité, avec la volonté inébranlable de défendre les droits de l'Église dans un contexte difficile. Il doit faire face à toutes les polémiques qu'engendrent les grandes questions du temps : aussi bien les affaires internes à l'Église, telles que la condamnation du Sillon, la séparation des Églises et de l'État en France (1905), la condamnation du modernisme par Pie X, la querelle des inventaires que les préoccupations politiques et patriotiques exacerbées par la Première Guerre mondiale..

La Croix revient au petit format lors de la guerre de 1914, en donnant des suppléments ; le retour au grand format ne se fera que le .

La nouvelle influence de Jean Guiraud (1917 - 1927) Jean Guiraud était devenu une personnalité nationalement reconnue de la résistance catholique à la politique laïque du gouvernement, il avait déjà écrit plusieurs articles pour le journal et son métier de professeur (et d'historien) lui donnait toutes les qualifications nécessaires. C'est donc tout naturellement que le père Emmanuel Bailly, supérieur des assomptionnistes et frère de Vincent, le fondateur du journal La Croix, lui propose la codirection avec le père Bertoye qui a beaucoup œuvré pour cette nomination. Il sera chargé de la politique intérieure et « Franc » s'occupera des sujets religieux. Il reçoit aussi la mission des relations « extérieures » du journalYves Poncelet, intervention au colloque des archives nationales de septembre 2006..

Il donna rapidement un ton nouveau au journal. Il va Yves Poncelet, cité dans son intervention au colloque des archives nationales de septembre 2006 par .. Les pages littéraires feront leur apparition en 1921 (écrites initialement par Jean Guiraud et José Vincent). Mais Jean Guiraud consacre également beaucoup de temps au courrier des lecteurs.

Très vite le nouveau tandem Guiraud - Bertoye s'accorde, chacun respectant scrupuleusement le territoire de l'autre, et le tirage journalier de La Croix retrouve son niveau d'avant-guerre, le dépasse même ( à ). Avec Jean Guiraud, La Croix devient, non seulement un journal d'opinion, mais aussi un journal complet.

Dans les années 1920 La Croix se rapproche de l'Action française et diffuse son idéologie. L'historien Martin Dumont raconte : « Sa volonté de restaurer une monarchie chrétienne, de retrouver une grandeur supposée de la France de l’Ancien Régime, son nationalisme antisémite, tout cela résonne agréablement aux oreilles du quotidien catholique. » Georges Bertoye, apologiste des Protocoles des sages de Sion, écrit au sujet des juifs « cette race, qui n’a pas de patrie, s’efforce de détruire, chez les peuples, le dévouement et l’attachement à leur pays ». Lors de la condamnation de l'Action française par le Vatican, le journal ne reprend pas les propos du pape, et donne même la parole à Charles Maurras. La conséquence est l'intervention de Pie XI, qui en , fait, d'autorité, remplacer le père Bertoye par le père Merklen..

Ainsi se terminait, pour le père Bertoye, de dévouement total au journal. Il avait hissé La Croix du statut de journal religieux à celui de « voix de l'Église », pour le Bulletin religieux de la Rochelle du , cité par Marc Agostino, Revue française d'histoire du livre, nouvelle série 2008, article ..

Sous le tandem Guiraud - Merklen (1927-1939) En 1927, le père Léon Merklen, issu d’une grande famille alsacienne, arrive au journal La Croix. À ses débuts, il est assez mal accepté dans l'équipe restée philosophiquement aux thèses de l’Action française et tenu à l'écart des prises de décision importantes. En 1928, il écrit au père Gervais Quenard, supérieur général des assomptionnistes : (). Il finit par obtenir (en 1929), après bien des débats, la direction doctrinale des publications de la Bonne Presse qu'il partageait avec le père Lavigne.

Un des premiers effets de la nouvelle direction est un soutien très clair à la condamnation romaine de l'Action française. Tournant le dos au mouvement de Charles Maurras et renonçant au « nationalisme intégral » et à l'antisémitisme, La Croix va, par exemple, promouvoir de façon active la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) que l'abbé Georges Guérin avait fondée en France, en s'inspirant du modèle belge de l'abbé Joseph Cardijn. Le soutien affiché par le journal aidera l'Église de France à accepter ce mouvement de laïcs. C'est au P. Merklen que le pape Pie XI confiera son approbation. Au cours d'une audience privée le , le pape confie au rédacteur en chef du journal : « Dites à nos chers jocistes que Nous les bénissons, que Nous les aimons »..

Peu à peu, il obtient le départ de ceux qui ne sont pas dans cette ligne, le père Eusèbe Lavigne (en 1931), le père Guy Finaert (en 1932) et les remplace par de jeunes collaborateurs laïcs humbles et dévoués à sa cause. Il fait entrer dans l'équipe de rédaction ses amis de la congrégation, le père Louis Bartz et le père Aurèle Odil en 1930, le père Séraphin Protin en 1934. Ce remplacement lui permet de transformer petit à petit la ligne éditoriale du journal, à son arrivée assez conservatrice, en favorisant l'entrée de collaborateurs , c'est-à-dire proches de l'Action catholique et hostiles à l'Action française, tels Claude Roffat, Louis Le Bartz. Un autre personnage va servir fidèlement le père Merklen, Jean Caret ; mais, en réalité, trois personnes successives se cachent derrière ce pseudonyme : en 1931, il y a Émile Coornaert, qui part au bout de quelques mois, puis André Toledano ; enfin, de 1938 à 1940, Jean Letourneau, futur ministre de la IVe République.