La culture rubanée, ou culture à céramique linéaire, ou plus simplement le Rubané est la culture néolithique la plus ancienne d'Europe centrale. Elle date de et est présente en Hongrie, Slovaquie, Tchéquie, Allemagne occidentale, France septentrionale et Belgique (en Hesbaye liégeoise), de même qu'en Moldavie, Ukraine et Roumanie. Elle succède au Beuronien du Mésolithique.

La culture rubanée naît dans le bassin occidental des Carpates dans la Hongrie et la Slovaquie d'aujourd'hui entre 5500 et 5400 avant notre ère et se répand dans les plaines européennes de lœss jusqu'au bassin parisien en Europe occidentale (Bickle 2009) et en Ukraine en Europe orientale.

Elle serait la principale manifestation du courant danubien, une diffusion à travers l'Europe centrale de peuples néolithiques suivant le Danube et pratiquant l'agriculture sur brûlis, qu'ils introduisent en Europe. À la même époque, un autre courant de néolithisation, dit courant méditerranéen, suit les côtes nord de la mer Méditerranée et est à l'origine de la culture de la céramique imprimée.

Le Rubané doit son nom aux rubans décorant fréquemment les poteries qui le caractérisent.

Développement

La culture de Starčevo (STA) du début du néolithique a joué un rôle majeur dans la néolithisation de l'Europe du Sud-Est. Elle s'étendit de la Serbie actuelle à la partie occidentale du bassin des Carpates, englobant les régions actuelles du nord de la Croatie et du sud-ouest de la Hongrie (environ 6000 à 5400 av. J.-C.). La plus ancienne culture rubanée (LBK) apparaît au milieu du Elle émerge dans le bassin occidental des Carpates des interactions entre les agriculteurs du complexe Starčevo-Körös-Criș et les chasseurs-cueilleurs mésolithiques locaux Ainash Childebayeva, Adam Benjamin Rohrlach, Rodrigo Barquera et al., Population Genetics and Signatures of Selection in Early Neolithic European Farmers, Molecular Biology and Evolution, Volume 39, Numéro 6, Juin 2022, msac108, doi.org/10.1093/molbev/msac108. Elle coexiste avec la culture de Starčevo en Transdanubie pendant environ 100 à 150 ans.

Des recherches archéologiques ont décrit une zone d’interaction entre des groupes autochtones de chasseurs-cueilleurs et des agriculteurs de l’extrême nord de la culture de Starčevo en Transdanubie, qui aurait pu donner naissance à la culture rubanée. Après sa phase de formation dans l'ouest de la Hongrie, la culture rubanée s'est rapidement répandue en Europe centrale pour atteindre l'Allemagne centrale vers 5500 av. J.-C. Le mouvement peut être divisé en deux groupes : le groupe à céramiques linéaires orientales (dit de l'Alföld) qui se développe dans les Carpates Pere Gelabert, Penny Bickle, Daniela Hofmann et al., Social and genetic diversity among the first farmers of Central Europe, biorxiv.org, 9 juillet 2023, doi.org/10.1101/2023.07.07.548126 ; et le groupe à céramiques linéaires occidentales, qui, suivant l'axe du Danube, est considéré comme responsable de la néolithisation d'une partie de l'Europe centrale et occidentale. Au cours des 500 années suivantes, la LBK continua de s'étendre pour couvrir une vaste zone géographique allant du bassin parisien à l'Ukraine dans sa dernière phase, tout en restant en Transdanubie jusqu'à environ 4900 .

Caractéristiques de la culture rubanée Compte tenu de l'absence d'informations écrites pour les sociétés préhistoriques, on ne peut associer des régions à la même culture qu'à partir de la similitude constatée entre objets et vestiges archéologiques. Ces cultures peuvent être définies à partir d'objets caractéristiques (céramique, industrie lithique, statuettes…), de l'habitat (maison, village, territoire) et des pratiques funéraires (sépulture, objets, position du corps…).

La culture rubanée présente un degré élevé d'uniformité de sa culture matérielle, bien qu'avec des différences régionales dans les modèles d'établissement, la subsistance et les pratiques mortuaires.

La céramique Rien ne sert de produire des légumes et des céréales si on ne peut les conserver pour les périodes les plus difficiles. Pour la conservation des réserves alimentaires et pour le transport de l'eau, les agriculteurs sédentaires fabriquent de remarquables poteries de terre cuite qu'ils décorent en y dessinant des rubans, d'où le qualificatif de « rubanée » donné à cette civilisation.

Deux types de céramiques sont présents dans la culture du rubané : la céramique grossière (gros vases avec peu de détails sans doute modelés rapidement) et la céramique fine (petits vases bien lissés avec une bonne finition et portant des décors incisés). Le motif en ruban incisé peut porter un remplissage d'incisions au poinçon. Certaines céramiques présentent des représentations anthropomorphes modelées en relief.

Le matériel lithique

Les Rubanés ont fabriqué une partie de leur outillage en pierre, soit en silex pour les outils taillés, soit en roches volcaniques ou métamorphiques pour les outils polis. Les types d'outils et leur méthode de fabrication se retrouvent dans tout le Rubané Européen, avec néanmoins quelques variantes selon les régions.

La méthode de fabrication des outils taillés repose sur le débitage laminaire : un bloc de silex brut est mis en forme pour pouvoir en extraire des lames, à l'aide d'un percuteur. La majorité de l'outillage se présente donc sous forme de lames en silex, retouchées afin d'obtenir le type d'outil souhaité. En général, on retrouve sur les sites rubanés une grande quantité de grattoirs sur lame, ainsi que des perçoirs, des racloirs, et des fragments de lames non retouchées, utilisés emmanchés comme éléments de lames de faucille. Ces lames présentent parfois sur leur partie active un lustré qui résulte de l'action de fauchage de céréales, les brins de céréales contenant de la silice qui se dépose sur la lame. Les rubanés fabriquaient également des pointes de flèches en silex, de forme triangulaire ou trapézoïdale. Il existe aussi des outils fabriqués à partir d'éclats de silex ou de gros blocs, mais ceux-ci sont en général plus rares.

Lors de la fouille d'une occupation rubanée, on retrouve, en plus des outils en silex, un grand nombre de déchets de taille. Ils se présentent sous forme d'éclats, de blocs, mais aussi de déchets typiques liés à la méthode de débitage utilisée (flancs, tablettes et lames à crêtes). Les fouilles d'ateliers de débitage et le remontage des déchets, tel un puzzle, ont permis de comprendre exactement comment procédaient les tailleurs de silex rubanés.

Les variétés de silex utilisées permettent aux archéologues de comprendre où les rubanés se sont approvisionnés en matières premières, s'ils ont échangé des objets avec des groupes différents et donc s'il existe des réseaux de communication à longue distance entre les régions d'implantations néolithiques en Europe.

L’habitat L'habitat rubané est souvent situé sur des grandes terres agricoles d'Europe centrale (environ sites), sur des terrains plats, des lœss et près des cours d'eau. Les rubanés ne s'installent jamais en hauteur ; les sites se trouvent à d'altitude au maximum. Ces populations choisissent de s'installer dans des zones non-inondables avec un environnement varié. Ils iront par la suite bâtir un autre village quelques kilomètres plus loin, et les relations entre villages resteront actives. La plupart des sites se trouvent juste en dessous de la terre végétale ce qui les rend archéologiquement faciles à trouver.

Les maisons de ces agriculteurs sédentaires sont bien connues par les fouilles de sites tels que celui de Cuiry-lès-Chaudardes dans le département français de l'Aisne, l'un de ceux qui ait été entièrement fouillé, le site de Bylany en République tchèque et le site de Langweiler (commune de Aldenhoven) en Allemagne. vignette|Reconstitution d'une maison de l'ère rubanée du site de Neustadt an der Donau.

Elles sont rectangulaires ou trapézoïdalesMarcel Otte et al., La Protohistoire, De Boeck, 2008, . et ont une longueur comprise entre 10 et ; la taille dépend de la fonction du bâtiment. Les maisons sont bâties à partir de cinq rangées intérieures : les alignements de poteaux des deux rangées extérieures supportent une paroi faite de bois et de terre (le plus souvent en clayonnage et torchis, parfois avec des poteaux jointifsCes poteaux rendent inutile le recours au clayonnage. reliés par des sablières et enduits de torchis). ; ceux des trois rangées intérieures (baptisées « tierces » par les spécialistes) sont formées par des poteaux de diamètre plus important. Systématiquement deux tierces resserrées appelées « couloir » sont présentes vers le milieu de la maison. Leur utilité est inconnue mais il pourrait s'agir d'une séparation symbolique arrière/avant de la maison, comme on en trouve dans de nombreuses cultures.

Il existe parfois un doublement des poteaux dans la partie frontale des maisons : il pourrait s'agir d'un renforcement des poteaux porteurs pour soutenir un étage servant de grenier. Les maisons comportent plusieurs pièces. Elles ont des murs en clayonnage recouverts de torchis et sont recouvertes par un toit pentu de paille. Plusieurs familles pouvaient y habiter. L'orientation des maisons n'est pas aléatoire : en Europe de l'Est, elles sont orientés nord-sud, et plus on va vers l'ouest plus les maisons s'orientent progressivement est-ouest. Cette orientation est peut-être due à la direction des vents ; il pourrait même s'agir d'une orientation symbolique car il est dans le sens exact de la colonisation néolithique (et les sépultures sont orientés de la même façon).

Dans les villages rubanés, de nombreuses fosses sont présentes et relèvent de deux systèmes : les fosses latérales qui longent les bâtiments (en France notamment) et les fosses isolées à environ des maisons (surtout en Allemagne). La fonction primaire de ces fosses est l'utilisation de la terre creusée en torchis pour construire les murs des maisons, puis les fosses sont utilisées comme dépotoir pour les déchets alimentaires (os), les silex dont on n'a plus besoin et les céramiques inutilisables (ce qui a permis de nous renseigner sur l'alimentation et la culture céramique des habitants). Les concentrations d'objets à des endroits particuliers des fosses nous permet aussi de nous renseigner sur les ouvertures éventuelles des maisons, des différentes fonctions de chaque partie des maisons. Des foyers culinaires étaient probablement présents à l'entrée des maisons, comme en témoigne la concentration d'os brûlés trouvés dans les fosses à ce niveau. Les fosses renseignent également sur les règles de voisinages : lorsqu'il y a deux maisons côte-à-côte, les déchets sont rejetés de l'autre côté.

Les superficies des villages peuvent aller de 1 à 30 hectares ; leur taille dépend de la durée d'occupation du site et de l'environnement, donc des ressources disponibles. La plupart des villages importants comportent plusieurs phases d'habitats définis par la contemporanéité des constructions et l'évolution du décor céramique. Ces phases d'habitats sont souvent séparées par les phases d'abandons du site qui durent en général plus longtemps. À titre d'exemple, le site de Bylany qui a été habité de 5500 à 5000 ans environ s'étend sur 10 hectares, avec approximativement 140 maisons pour chacune des 20 phases d'habitats (chaque phase d'habitat dure environ 15 ans pour ce site particulier).

Les premiers agropasteurs Les nouveaux venus sèment, cultivent et moissonnent des céréales — le blé et l'orge — dans de petits champs dont ils remuent la terre à l'abri des forêts, élèvent des moutons, des porcs et des bœufs, façonnent des poteries et construisent des maisons qui vont se grouper en villages.

L’alimentation