Jean Pierre-Bloch, né le à Paris où il est mort le Relevé des fichiers de l'Insee, est un homme politique français, socialiste, résistant de la Seconde Guerre mondiale et militant contre le racisme.
Après avoir été membre du comité directeur de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) de 1934 à 1968, il en fut le président de 1968 à 1993, puis le président d'honneur jusqu'à sa mort.
Biographie Jeunesse et formation Il est le fils de Georges Pierre-Bloch, directeur d'un grand magasin de vente de vêtements, d'origine juive alsacienne, et de Reine Aboucaya, issue d'une famille séfarade d'Algérie.
Son père meurt peu après sa naissanceAndré Harris et Alain de Sédouy, Juifs et Français, éditions Grasset, 1979, p.59 : .
Il fait ses études secondaires aux lycées Charlemagne et Henri-IV, puis s'oriente vers le journalisme militant, adhérant à la SFIO.
En 1929, Il est initié à la Franc-maçonnerie, au Droit Humain et rejoint, en 1932, le Grand Orient de France.
En 1930, il devient journaliste au Populaire, l'organe du Parti socialiste.
Les années 1930 En 1934, il est élu conseiller général du canton de Marle dans l'Aisne.. Il prend l'habitude de mettre Pierre-Bloch sur ses affiches au lieu de Bloch, parce qu'un autre Bloch de droite existait dans la région ; il régularisera plus tard ce changement.
En 1935, il renforce son assise locale en devenant adjoint au maire de Laon puis en 1936, devient député socialiste de l'Aisne à l’âge de 31 ans, et ainsi le plus jeune parlementaire de France dans la chambre du Front populaire.
Parallèlement, il enquête sur les pogroms commis à Constantine : c'est le début de son engagement pour la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, qui l'occupera pour le restant de sa vie.
En 1937, il devient membre du comité directeur de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRALe sigle LICA, qui est celui de l'organisation depuis sa création en 1927, sera transformé en LICRA en 1979.) jusqu'en 1968, date où il sera élu à la présidence. De religion juive, il est particulièrement sensible au sort réservé aux juifs dans l'Allemagne d'hitlérienne. Il collabore alors aux quotidiens L'Ordre d'Émile Buré et Ce soir.
En 1938, Jean Pierre-Bloch est l'un des rares parlementaires à s'opposer aux accords de Munich. Il ne vote pas cependant contre ces accords le . Dans ses mémoires, il souligne la division irréductible du groupe parlementaire de la SFIO entre Munichois et Antimunichois, la volonté d'un petit groupe de députés antimunichois (comprenant Jean Bouhey, François Camel, Pierre-Olivier Lapie, Eugène Thomas, Georges Izard, Amédée Guy, Léo Lagrange, Pierre Viénot, Élie Bloncourt et lui-même) d' leurs collègues avant le vote. Mais Léon Blum entend sauvegarder l'unité du parti et réussit à . Vincent Auriol a convoqué tous les récalcitrants. Pierre-Bloch écrit : . Pierre-Bloch s'estime ; il évoque .
La Seconde Guerre mondiale En 1939, il est engagé volontaire et est fait prisonnier le . Il ne peut donc pas participer au vote lorsque Pétain demande les pleins pouvoirs en juillet. Le , il s'évade du camp d'Essey-lès-Nancy et rejoint la Zone libre. Après son évasion, il se rend à Vichy et déjeune avec son épouse et François Valentin, directeur-adjoint de la Légion française des combattants pour plaider, en vain, la cause des juifs étrangers engagés dans l'armée française et faits prisonniersAndré Harris et Alain de Sédouy, Juifs et Français, éditions Grasset, 1979, p.62.
En , il rend visite à Léon Blum dans sa prison de Riom, puis rencontre Xavier Vallat pour protester contre les lois anti-juives, mais n'obtient rien. En mars, il est cofondateur du Comité d'action socialiste de la zone sud. En août, sur l'initiative de Max Hymans, il rencontre à Châteauroux Jacques Vaillant de Guélis, qui le recrute pour la section F du Special Operations Executive. En octobre, il organise, près de sa propriété de Villamblard en DordogneLe terrain choisi est situé à 13 kilomètres au sud/sud-ouest de Villamblard, au lieu-dit « Lagudal »., le premier comité de réception d'un parachutage combiné d'hommes et d'armes en France, qui a lieu dans la nuit du 10 au Voir le récit dans son livre Le Temps d'y penser encore., ce qui lui vaut d’être recherché par la Gestapo.
Le , il est arrêté à Marseille alors qu'il transporte des fonds pour la Résistance, puis transféré à la prison de Périgueux, où il est détenu cinq mois, puis au camp de Mauzac dont il s'évade le matin du , avec dix camarades.
Condamné à mort par contumace sous Vichy, il tente de rejoindre le Général de Gaulle à Londres, mais est arrêté en Espagne et passe de longs mois au camp de Miranda, dont il est tiré par le consul anglais. Arrivé à Londres, il devient chef de la section non militaire du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA).
Transféré à Alger, Jean Pierre-Bloch devient membre de l'Assemblée consultative provisoire et, le , Délégué général au Commissariat à l'Intérieur au sein du Comité français de libération nationale, sous la tutelle d’Emmanuel d'Astier de La Vigerie. À ce titre, il contribue au rétablissement du décret Crémieux de 1870, qui avait fait citoyens français les Juifs d'Algérie et avait été abrogé par le régime de Vichy et maintenu par le général GiraudCours du professeur William Serman, Sorbonne, 1999.. Mais c'est en vain qu'il propose, une mesure similaire pour les Algériens musulmans. Il a présidé la commission de l'Assemblée provisoire pour la coordination des affaires musulmanes et tenté d'améliorer le sort des AlgériensDéclaration lors d'un meeting de protestation contre la formation du comité d'honneur pour la libération du maréchal Pétain (1948), (AN-355AP6). Il participe à la rédaction du statut de 1947, qui ne sera pas appliqué.
Il milite pour le châtiment des collaborateurs et approuve la condamnation à mort de l'ancien ministre de l'Intérieur de Pétain, Pierre Pucheu.
Un résistant critique de De Gaulle Partisan convaincu du général De Gaulle pendant la guerre, il dénonce cependant, dans De Gaulle ou le temps des méprises, la présence dans l'entourage du Général, au moins jusqu'en 1942, de royalistes ou de personnalités proches des ligues d'extrême-droite avant guerre : Claude Hettier de Boislambert, sympathisant de la Cagoule, le colonel Pierre Fourcaud, membre présumé de cette organisation, Pierre de Bénouville, ancien membre de l’Action française, émeutier le , Henri d'Astier de la Vigerie. Selon Jean Pierre-Bloch, le ralliement du général de Gaulle à la République aurait été purement tactique et la Résistance a été confisquée par de Gaulle : pour lui, les gaullistes ont entretenu une vision tronquée de la Résistance, présentant leur courant comme la seule grande force de résistance, avec les communistes, oubliant les socialistes et les démocrates-chrétiens.
L'après guerre En 1945, Jean Pierre-Bloch est juré au procès du maréchal Pétain, le jury chargé de juger le maréchal Pétain étant exclusivement composé de parlementaires n'ayant pas voté les pleins pouvoirs et de résistants. et vote pour la condamnation à mort du maréchal Pétain. À ce sujet il déclare : .
Il est élu député de l'Aisne en , au scrutin de liste, à l'occasion des élections à la première Assemblée constituante de 1945. Dans la perspective des élections constituantes du 2 juin 1946, la fédération socialiste de l'Aisne ne le choisit pas comme tête de liste, ce qui entraine sa décision de ne pas se représenterParis-presse, L'Intransigeant, 23 mai 1946.
À la suite de l'adoption de la loi du dont il était le rapporteur« Confiscation des entreprises de presse collaborationnistes », Ce Soir, 7 février 1946, il est choisi le même mois« M. Pierre Bloch est nommé directeur de la Société nationale des entreprises de presse », Ce Soir, 24 mai 1946 pour diriger la Société nationale des entreprises de presse (SNEP), chargée d'administrer les biens des journaux interdits de publication après la Libération. En 1953, il démissionne de son poste de P-DG de la SNEP du fait des contestations internes ainsi que de son désaccord avec les politiques gouvernementales qui affaiblissaient le service public de l'impression, notamment le projet de loi du député républicain-libéral Roland de Moustier qui sera adopté le .
Il est vice-président du Comité d'action de la Résistance à partir de sa fondation en 1948. De 1950 à 1960, il participe au Mouvement de la paix.
En 1956, il échoue à retrouver son siège de député.
En 1968, il devient président de la Ligue internationale contre l'antisémitisme (LICA, qui deviendra la LICRA en 1979). Il le restera jusqu'en 1992. De 1974 à 1981, il est président du B'nai B'rith France et, de 1987 à 1989, de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), où Paul Bouchet lui succèdera.
En 1998, à l'âge de 93 ans, il est témoin à charge au procès de Maurice Papon, secrétaire général de la préfecture de Gironde de 1942 à 1944, reconnu complice de crimes contre l'humanité concernant des actes d'arrestation et de séquestration, lors de l'organisation de la déportation des Juifs de la région bordelaise vers le camp de Drancy, d'où ils sont ensuite acheminés vers le centre d'extermination d'Auschwitz.
Il est nommé président honoraire de la CNCDH le par le Premier ministre Michel Rocard, en tandem avec Nicole Questiaux, et le reste jusqu’à son décès.
Vie privée En 1936, il épouse Gabrielle Sadourny, dite « Gaby », née en 1908 à Brassac-les-Mines (Puy-de-Dôme), et morte le .
Ils ont eu trois enfants : Claude, Michèle et Jean-Pierre Pierre-Bloch, ancien député (UDF-PSD) de Paris et conseiller municipal (DL, puis UMP) du .
Son petit-fils, David Pierre-Bloch, est un producteur et homme politique Nouveau Centre, anciennement à la direction des programmes du Groupe AB.
Jean Pierre-Bloch vivait à Neuilly-sur-Seine dans un hôtel particulierAndré Harris et Alain de Sédouy, Juifs et Français, éditions Grasset, 1979, p.58.
Publications L'Affaire Frankfurter, avec Didier Méran, Denoël, 1937. Charles De Gaulle, premier Ouvrier de France vu par un socialiste, Éditions Fasquelle, Paris, 1944, 115 p. Mes jours heureux, Éd. du Bateau Ivre, 1946, 294 p. Liberté et servitude de la presse en France : morceaux choisis, Centre de documentation, Éditions du Livre, Monte-Carlo, 1952, 292 p. Les Causes politiques de l'antisémitisme en France, Centre de documentation, 1952. Sept ans à la SNEP, SNEP, 1954. Le vent souffle sur l'Histoire. témoignages et documents inédits, Éditions SIPEP, 1956, 332 p. Carnet d'un voyageur en Israël, Éditions SIPEP, 1960. Khroutchev en France, essai biographique, Éditions SIPEP, 1960, 46p. Algérie - Terre des occasions perdues, Deux Rives, 1961, 111 p. De Gaulle ou le temps des méprises, éd. La Table Ronde, 1969, 230 p. Chronique d'une défaite, Éditions SIPEP, 1980. Le temps d'y penser encore, Jean-Claude Simoen, 1977, 274 p. Jusqu'au dernier jour, Albin Michel, 1983, 280 p., . Londres, capitale de la France libre, Carrère 205 p., Alger, capitale de la France en guerre, 1942-1944, Universal, 1989 .
Distinctions vignette|redresse|Plaque de la rue Jean Pierre-Bloch, à Paris.
Décorations en 1993 (à titre militaire, extrêmement rare) (six citations) par décret du
Croix de Guerre Polonaise
Il reçoit la médaille de vermeil des collectivités locales et la plaque du millénaire de la ville de Paris
Hommages En 1997, le conseil municipal de La Teste-de-Buch donne le nom de Gabrielle Pierre-Bloch à une place de Pyla-sur-mer à proximité de la villa Gribiche, résidence secondaire de la famille Pierre-Bloch. En 2003, la rue Alexis-Carrel (portant le nom d’Alexis Carrel) à Paris, dans le arrondissement) est rebaptisée rue Jean Pierre-Bloch. Une place de Bergerac porte le nom de Jean Pierre-Bloch. Une rue à Laon porte son nom. Le , un timbre en taille douce d'une valeur faciale de 4,50 F a été émiss.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie . .