L'histoire de la Lorraine retrace le passé du territoire que l’ancienne région administrative de Lorraine a repris des Duchés de Lorraine et de Bar ainsi que des Trois-Évêchés.
Pour les Lorrains, la Lorraine correspond à l’espace compris entre la Champagne à l'ouest, la Franche-Comté au sud, l'Alsace à l'est, et la Belgique, le Luxembourg et l'Allemagne au nord. C'est un espace de traditions communes, plus culturel que géographique, et très lié à un des espaces qui le jouxte, l'Alsace.
Préhistoire
La Préhistoire en Lorraine reste dans l'ensemble assez mal connue, surtout pour les périodes anciennes. En revanche, les travaux récents de recherches programmées, ainsi que les fouilles de l'archéologie préventive, ont permis de mieux documenter les connaissances de cette période, surtout pour le Néolithique.
Le Paléolithique inférieur et moyen Les plus anciennes occupations humaines en Lorraine semblent remonter au début du Pléistocène moyen il y a environ . Cependant, de l’industrie très archaïque sur galets découverte sur les hautes terrasses alluviales de la Moselle au sud de Nancy pourrait appartenir au Pléistocène inférieur. Une station de surface à Saint-Mihiel (Meuse) a livré en stratigraphie des galets aménagés, type choppers, en quartzite de la fin du complexe Mindelien (environ ). Dans la région de Metz (Moselle), sur d’anciennes terrasses alluviales de la Moselle, de l’industrie sur galets de quartzite (choppers, chopping tool, unifaces et rares bifaces) d’âge probable Cromérien à Holsteinien ( à ) ont aussi été découverts.. Toutes ces découvertes, attribuées à la culture de l’Acheuléen, indiquent la fréquentation de la Lorraine par des populations d’ ou d’Anténéandertaliens (Homo heidelbergensis), principalement sur les couloirs alluviaux des rivières de la Meuse et de la Moselle. À Vassincourt (Meuse), de l’industrie lithique caractérisée par quelques bifaces, un racloir et plusieurs éclats a été attribuée à la transition de l’Acheuléen moyen et supérieur, au début du complexe saalien (environ )..
Au Paléolithique moyen ( à ), se développe en Europe occidentale l’Homme de Néandertal. Plusieurs stations de plein air, appartenant essentiellement au complexe moustérien, confirment son passage en Lorraine. Chavelot et Vincey (Vosges) : atelier de débitage daté de l’Éémien (). Sur le site de Chavelot, il s’agit d’une industrie sur éclats en quartzite et en quartz avec très peu d’outils en raison de la fonction de taille du site. Ludres (Meurthe-et-Moselle) : site de plein air avec un niveau d’occupation du Vistulien ancien. D’autres stations de surface sont connues à Zincourt (Vosges), Vincey (Vosges), Marieulles (Moselle), Dugny-sur-Meuse (Meuse), Flavigny-sur-Moselle (Meurthe-et-Moselle), Norroy-le-Veneur (Moselle)…
Le Paléolithique supérieur et l’Épipaléolithique Quelques occupations, ainsi que plusieurs découvertes isolées, indiquent une fréquentation de la Lorraine au Pléistocène supérieur par des groupes de chasseurs-cueilleurs lors des phases tempérées. L’Aurignacien ( à ) est représenté par deux stations de surface : Auboué (Meurthe-et-Moselle) et Havange (Moselle). Sur le site d’Auboué, l’industrie lithique en silex d’importation est caractérisée par la présence de plusieurs produits de débitage (éclats et produits technologiques) associée à de l’outillage (grattoirs carénés, burins, lamelles Dufour..). Une chaîne opératoire orientée vers la production de lamelles a été identifiée. Le Magdalénien supérieur () a été reconnu à Saint-Mihiel (Meuse) avec la présence d’une industrie lithique (grattoirs, burins, lamelles à bords abattus) associée à des ossements de rennes.
L’Épipaléolithique correspond à la fin du Paléolithique supérieur et couvre les deux dernières phases climatiques du Tardiglaciaire. Plusieurs occupations, principalement dans le sud de la Meuse (Neuville-sur-Ornain, Cousange-les-forges) ainsi que plusieurs découvertes isolées témoignent de la présence de cette période de la Préhistoire en Lorraine. Sur le plan culturel, l'Épipaléolithique lorrain correspond essentiellement aux groupes à Federmesser (Azilien) caractérisés par les armatures à dos courbe.
Le Mésolithique Le Mésolithique ancien (9800 à 8000 ans ) a été identifié à Montenach (Moselle) alors que la phase moyenne (8000 à 6800 ans ) est représentée à Walschbronn (Moselle). Le Mésolithique récent à final (6800 à 5500 ans ) est un peu mieux connu avec les occupations de Maizières-les-Metz, Puttelange-les-Thionville et Himmeling (Moselle).
Le Néolithique En Lorraine, le processus de néolithisation se met en place il y a environ 5300 ans avec le premier courant représenté par la culture Rubané. Ces groupes d’agriculteurs-éleveurs arrivent dans la région en remontant principalement la vallée du Danube. Les villages apparaissent en fond de vallée et un certain nombre d’entre eux ont été découverts dans la vallée de la Moselle entre Metz et Thionville. Le Néolithique lorrain, dans ses différentes phases, connait plusieurs courants culturels représentés par le Rössen (4900 à 4300 ans ), le Michelsberg (4300 à 3300 ans ), le groupe Seine-Oise-Marne (3300 à 2800 ans ), la culture de la céramique cordée (2800 à 2300 ans ) et la culture campaniforme (2500 à 2000 ans ).
Le mégalithisme se rencontre en Lorraine avec plusieurs monuments connus, principalement localisés dans les marges ouest et sud de la région. Il s’agit essentiellement d’allées couvertes, dolmens et menhirs. Des allées couvertes ou dolmens sont présents à Sexey-aux-forges (Meurthe-et-Moselle), à Beaufremont et Séraumont (Vosges) et à Montplonne (Meuse). Plusieurs menhirs sont encore en place tel que la « Hotte du Diable » à Milly-sur-Bradon (Meuse), la « Dame Schone » à Saint-Mihiel, la Pierre au Jô à Norroy-les-Ponts-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle).
Protohistoire et Antiquité Protohistoire
Il faut attendre le Néolithique pour que la région commence à se peupler comme l'attestent les poteries et les outils primitifs retrouvés sur les différents sites (plateau de Malzéville près de Nancy, collines de Delmes, colline Sainte-Croix à Metz, butte de Vaudémont, colline de Sion, le camp d'Affrique de Ludres ou mont Hérapel).
L'agriculture se développe vers 5000 av. J.-C. La civilisation néolithique est importée par des migrations venant de la région du Danube : la culture rubanée. On connaît ensuite des vestiges de la culture de Rössen (IV millénaire) puis de la culture de la céramique cordée (III millénaire).
La Lorraine se développe grâce au commerce du fer et du sel, ce dernier provenant du briquetage de la Seille et étant obtenu par évaporation en chauffant l'eau de certaines sources naturelles d'eau salée.
Durant l'Âge du fer, l'actuelle Lorraine est principalement occupée par les Médiomatriques et les Leuques. Les Médiomatriques, dont la capitale est Divodurum (Metz), occupent la Basse-Moselle, depuis l'Argonne, qui les séparait des Rèmes, jusqu'au Rhin d'abord, puis jusqu'au Vosges du nord, sous la poussée des Triboques . Les Leuques, dont la capitale est Tullum Leucorum (Toul), occupent la Haute-Moselle, du ballon d'Alsace et du Donon jusqu'aux forêts des Séquanes. Au nord de l'actuelle Lorraine, se trouvent également des Trévires, alors qu'à l'extrême sud-ouest, se trouvent des Lingons« Limites de la Province lingonnaise », Mémoires de la Société historique et archéologique de Langres, tome II, Musée de Langres, 1862 (en ligne). et à l'extrême sud-est, des Séquanes.
Antiquité romaine
À partir de -52, ce sont les Romains qui prennent possession de la région. Les peuples gaulois de la région restent relativement peu impliqués dans la guerre des Gaules. Seuls les Médiomatriques participent à la bataille de Bibracte puis envoient hommes à AlésiaJean-Louis Masson, Histoire Administrative de la Lorraine, 1990, . Les Leuques, qui n'ont jamais pris les armes contre Jules César, sont considérés comme libres et à ce titre dispensés d'impôt Vivre à la romaine, Voyage dans les Vosges antiques, La Gazette lorraine, 2014, . Ils ont même fourni une aide en blé à César.
Sous la domination romaine, la région connaît une période de paix durable. L'empereur Auguste intègre la région à la province de Gallia Belgica. Celle-ci comporte plusieurs civitas, correspondant généralement aux anciens territoires des peuples conquis : l'actuelle Lorraine est ainsi partagée entre les civitas de Augusta Treverorum (Trèves), Tullum Leucorum (Toul) et Divodurum Mediomatricorum (Metz).
Les Romains contribuent au développement de la région, en construisant des routes, des aqueducs, des bâtiments Le tracé des routes actuelles correspond encore en partie à celui de celles qu'ont créées les Romains. L'aménagement de ce réseau routier, dû à Agrippa, ami et gendre d'Auguste, dont l'axe principal relie Lyon à Trèves en passant par Toul et Dieulouard et met en communication les régions rhénanes et la Méditerranée. Un second axe, croisant le premier à Metz, relie Verdun à Strasbourg par Marsal, Sarrebourg et Saverne. Le territoire des Leuques est traversé par une voie qui, de Reims à Bar-le-Duc et Toul, atteint les Vosges.
Les Romains s'installent notamment sur les rives de la Seille, où ils reprennent l'exploitation du sel initiée par les Celtes sept siècles auparavant, ce qui leur assure une grande prospérité. Le meilleur exemple de cette prospérité est la stèle dédiée en 44 par les habitants de Marsal à l'empereur Claude. L'oppidum de Divodurum, qui dominait la seille et la Moselle, et se trouvait sur la voie Lyon-Trèves, constituait une place économique et administrative importante dans l'organisation romaine. Des thermes, alimentés par l'aqueduc de Jouy-aux-Arches, et des édifices civils, comme un amphithéâtre de , sont construits à cette époque. Les divinités romaines, comme Mercurius ou Jupiter, et orientales, comme Isis ou Mithra, sont vénérées aux côtés de divinités celtiques, tels Sucellos et Épona. Il subsiste de nombreux vestiges de cette époque comme l'amphithéâtre de Grand, l'aqueduc de Gorze à Metz ou les thermes de Bliesbruck.
thumb|Église Saint-Pierre-aux-Nonnains de Metz érigée à partir d'une ancienne palestre romaine datée du |202x202px
Antiquité tardive En 285, sous l'empreur Dioclétien, Trèves devient la capitale de toute la partie occidentale de l'empire romain. À cette époque la région de Verdun est extrait de celle des Médiomatriques. La Belgique est séparée en plusieurs provinces plus petites : Metz, Toul, Trèves et Verdun forment la Belgique Première.
Vers 250–275, débutent les invasions barbares. Des Alamans et des Francs font des incursions dans les Vosges et vont jusqu'à l'Argonne. Entre 355-357, les Alamans de Chnodomar avancent jusqu'à la Marne, avant d'être défaits à Tarquimpol, puis près d'Argentoratum (Strasbourg). Ils font une nouvelle incursion en 365 et sont arrêtés par Flavius Jovin à Scarpone (Dieulouard).
En 406, des bandes d'Alains, de Vandales et de Suèves franchissent le Rhin et sèment le trouble dans la région. En 407, la préfecture du Prétoire des Gaules est rapatriée de Trèves en Arles et les légions stationnées sur le Rhin sont redéployées en Italie. Rome n'exerce plus qu'une autorité théorique sur ses provinces belges.
En 435, Flavius Aetius défait le roi burgonde Gondicaire, qui tentait d'annexer la Belgique PremièreHistoire de la Franche-Comté ancienne et moderne Eugène Rougebief 1851. En 451, la région est envahie par les Huns et Metz est rasée.
Le Moyen Âge L'époque franque (de Clovis à Louis le Pieux) Autour de 460, Trèves tombe aux mains des Francs rhénans, alors installés entre Cologne et Mayence. Vers 475-480, c'est le tour des pays de Meuse et de Moselle de passer sous leur influence. La victoire de Clovis , roi des Francs saliens, à Soissons contre Syagrius (486) lui permet d'intégrer ce territoire à son royaume. Passant par Toul, Clovis aurait demandé à Vaast d'Arras de l'accompagner jusqu'à Reims où il allait se faire baptiser.