Le mors est une pièce de harnachement, le plus souvent métallique, insérée dans la bouche d'un équidé, généralement un cheval. En complément avec le filet ou la bride et équipé de rênes, il permet à un cavalier de contrôler la vitesse et la direction de sa monture grâce à ses mains. Il existe de nombreux modèles de mors différents.

Étymologie et terminologie En France, le terme « mors » comprend toutes les catégories d'embouchures (filets et mors). En Suisse, on l'emploie facilement comme terme générique.

Histoire

Le plus ancien mors connu a été trouvé en Angleterre. Il date de l'âge du bronze et est fait de corne de cerf. Un livre chinois du fait référence à des mors forgés.

Antiquité Vers 380 avant J.-C., dans le chapitre X de son traité Péri hippikès, De l'art équestre, Xénophon évoque la douceur et la dureté du mors, le poids, la taille et la forme des rondelles placées sur le canon, ainsi que les aspérités qui pouvaient couvrir la surface des canons de certaines embouchures et les rendre agressives et contraignantes. Il décrit les effets obtenus selon que le cavalier utilise un mors flexible ou un mors rigide et insiste sur l'importance de la douceur de la main du cavalier dans le maniement du mors.

Le mors de filet existe depuis 1800 ans . Ce sont les Phéniciens qui, en l'an 1000 , l'ont importé en Europe. Ce mors es généralement en bronze droit et sans brisure. C'est en 750 que le mors en fer fait son apparition. On y ajoute le plus souvent à l'articulation du canon de petits fragments de chaînes ou de billes qui ont pour effet d'activer la salivation et de rendre le mors plus supportable. Ces sortes de jouets sont utilisés de nos jours pour faciliter la décontraction. Les premiers mors en bronze avec canons à passage de langue et anneau sur l'œil porte bride pour double action datent de l'ère chrétienne. Attila, en 451, , dont les innovations inspirèrent les Francs.

Moyen Âge En 1470, un mors de bride à 2 canons avec branches armées de pointes évitait que les fantassins attrapent le mors pour déséquilibrer le cavalier.

Renaissance

Apports de Pavari, de la Broue, Fiaschi, Ferraro et de la Noue

Marco de Pavari, qui enseigna l'équitation à Lyon à la fin du et écrivit l'Escuierie, Salomon de La Broue, Cesare Fiaschi et Pierre de La Noue, auteur d'un traité relatif à la cavalerie française incluant la description « des mors et des cavessons qui doivent être donnés aux chevaux » , eurent une approche similaire de la fabrication et de l'utilisation des mors. Leur objectif commun était d'avoir un mors parfaitement adapté aux particularités anatomiques du cheval, qui, ajusté, permettait de contrôler fermement et efficacement l'équidé tout en évitant toute violence. Ils cherchèrent à s'adapter à la nature du cheval, mais aussi, lorsque nécessaire, à la rectifier. Pour ce faire, ils observent en premier le cheval dans sa globalité, les défenses sur la bouche pouvant provenir de divers problèmes physiques liés à la locomotion, au squelette ou au système musculaire. Ensuite, ils considèrent les particularités de conformation du cheval, ses mesures et proportions exactes, notamment pour les différentes parties de la bouche, de la barbe et de l'encolure. Ces paramètres déterminent les caractéristiques du mors que le cavalier va commander au forgeron.

L'ouvrage de Pirro Antonio Ferraro, écuyer napolitain qui fut l'écuyer de Philippe II, paru en 1602, , est un catalogue détaillé des brides. Il met en évidence l’importance majeure attribuée à l’époque dans le choix du bon mors. Il fait plus l’admiration pour la beauté de ses illustrations que pour l’intérêt technique du texte. Pendant au moins un siècle, le demeura l’ouvrage de référence dans l’art de brider. Il fut réimprimé plusieurs fois et eut un succès considérable à l’étranger. Antoine de Pluvinel fait une référence élogieuse au travail de l’écuyer napolitain « dans L’instruction du Roy en l’exercice de monter à cheval » qui date de 1625. Alessandro Massari Malatesta, écuyer et militaire italien, publia en traité d'équitation et des ouvrages sur la chevalerie dont traité sur les raisons et la manière de brider les chevaux, publié à Venise en 1607, puis traduit en italien et publié à Rome par Stefano Paolini en 1613 sous le titre ..

Les lèvres du cheval étant plus ou moins mobiles et plus ou moins fendues, leurs commissures, point de contact important avec le mors, sont plus ou moins hautes, et dans un rapport plus ou moins favorable avec les barres. Elles peuvent aussi couvrir ces dernières et empêcher l'appui normal du mors. Celui-ci doit donc être forgé en tenant compte de la hauteur des barres qui peuvent être plus ou moins tranchantes, épaisses ou peu charnues, et donc présenter une dureté, une fragilité ou bien encore une sensibilité particulière. L'épaisseur de la langue est un critère primordial car elle supporte le mors qui doit venir en juste appui sur les barres, assez pour que son action soit efficace, mais sans blesser. L'embouchure doit aussi empêcher la langue de pendre, en avant ou sur les côtés de la bouche. Le cavalier doit veiller à emboucher son cheval de façon que celui-ci ne puisse passer la langue au-dessus du mors qui sinon pèserait directement sur les barres et créerait des blessures. Pour fabriquer et utiliser le mors, il est tenu compte de la longueur et du degré d'inclination, vers l'extérieur de la mâchoire ou vers l'intérieur de la bouche, de l'écaillon, croc ou canine du cheval mâle et de la jument bréhaigne, un mors mal adapté ou mal utilisé pouvant générer de graves lésions de la bouche.

Les traités de ces auteurs donnent aussi des indications précises sur la nature de la barbe du cheval et les types de gourmettes devant être utilisés si la barbe est trop sèche, donc fragile et sensible, ou trop épaisse, trop charnue ou bien encore couverte de poils et nécessitant, de fait, des gourmettes plus sévères. Le mors doit aussi être adapté à la taille des mâchoires et à la hauteur de la voûte du palais qui doit déterminer le calcul de la montée de l'embouchure en son milieu, au niveau du passage de langue. La conception du mors doit enfin tenir compte de l'encolure du cheval. Les formes et les proportions des branches des mors, aussi appelées « gardes », sont calculées pour produire des effets de levier très précis, en rapport avec l'embouchure et les caractéristiques du cheval. Si elles peuvent être droites, celles courbées vers l'avant sont dites « hardies » ou « gaillardes », leur effet étant accru, à l'inverse des branches dites faibles, flasques ou molles qui, courbées vers l'arrière, ont un effet de levier plus doux.

Ces maîtres de la Renaissance qui avaient pour principes de ne pas causer d'atteinte au cheval, de ne pas le blesser ni de gâter son mental, de ne pas exiger de lui plus qu'il ne peut donner, le traitant avec douceur mais fermeté, cherchaient à ce qu'il prenne plaisir aux exercices. Pour cela, ils lui ménageait des libertés de langue lui permettant de percer son mors, et équipaient les embouchures de divers « jouets » favorisant la décontraction de la mâchoire et l'apparition de l'écume de salive. Les caveçons et embouchures utilisés pour les jeunes chevaux requéraient une attention toute particulière. La Broue pense que l'art d'adapter le mors ne doit intervenir que lorsque le cheval a été dressé avec le simple canon et le caveçon commun, comme lui a appris son maître Pignatelli..

L'équitation française est fortement marquée par l'emploi du simple bridon, que ce soit l'équitation dite « à l'ancienne » qui perdure jusqu'à la fermeture définitive du manège de Versailles en 1830, l'équitation militaire du colonel d'Auvergne, écuyer en chef de l'École militaire de Paris de 1756 à 1788, ou bien encore de la nouvelle école de François Baucher, dont les dernières paroles rapportées par le général L'Hotte dans Un officier de cavalerie sont : « Le bridonǃ C'est si beauǃ ».

Nouveaux types de mors C'est au que les premiers mors à canon creux et brisé avec bossette firent leur apparition grâce à . Puis il y eut le mors avec des branches de 30 cm conçu par Grisonne et Pignatelli. Au , les mors se sont améliorés, ils étaient plus légers et plus ajustés à la bouche des chevaux de l'époque. Plus équilibrés, les canons étaient droits (à pas d'âne ou au passage de langue brisés ou à gorge de pigeon).

Les mors n'ont guère changé jusqu'à l'époque où François Baucher créa son filet et donna les critères du mors idéal. Mors Saumur ou mors à pompe, la variation de ces mors n'a guère changé.

Description thumb|right|200px|Le mors le plus couramment utilisé Le plus souvent, les mors sont en acier, mais bien d'autres matériaux peuvent être utilisés. Le mors est maintenu grâce au bridon ou à la bride. Il existe plusieurs grandes familles de mors : les mors de filet, appelés plus simplement filets qui sont releveurs ; les mors abaisseurs.

Un mors se compose d’une partie droite, incurvée ou brisée se trouvant dans la bouche du cheval, appelée canon, et d’un anneau de chaque côté que l’on fixe aux montants du bridon. Les anneaux peuvent être de formes diverses, et se trouver à l'extrémité de branches. Des rondelles de mors peuvent être ajoutées au niveau de chaque anneau du mors pour éviter que ces anneaux ne pincent la bouche du cheval, pour ajuster un mors trop grand ou pour empêcher que les anneaux ne bougent à l'intérieur de la bouche du cheval. Dans le langage courant, l'ensemble bridon et mors de filet est aussi appelé « filet ».

Utilisation Le mors est placé dans la bouche du cheval pour le conduire et régler son allure. En règle générale, il est recommandé d'utiliser les mors dont l'action est la plus douce possible, mais chaque cheval et chaque cavalier sont différents. Selon le caractère de chacun et les objectifs équestres, la recherche de mors spécifiques peut s'avérer souhaitable. La langue du cheval se trouve sous le mors. Cependant, le cheval réussit parfois à passer sa langue par-dessus pour éviter son action. Si le cheval en prend l'habitude, il est possible d'utiliser un "jouet" disposé au niveau de la brisure du filet pour l'en dissuader.

Action

Le mors permet au cavalier d'agir sur la tête, l'encolure et les épaules du cheval par l'intermédiaire des rênes. Les mors agissent de différentes façons dans la bouche du cheval : action sur la langue : les mors à canons brisés agissent par pincement du renflement situé sur la langue du cheval. Les mors à canon droit agissent par simple pression. action sur la commissure des lèvres : tous les mors effectuent une traction sur la commissure des lèvres. action sur les barres : les mors abaisseurs effectuent typiquement une pression sur les barres du cheval, qui sont un espace de la mâchoire inférieure dépourvu de dents, se situant entre incisives et molaires. action sur le nerf mandibulaire : les mors équipés d'une gourmette agissent également par compression du nerf mandibulaire qui passe sous la mâchoire du cheval.

Chaque zone d'effet peut être classée par sensibilité croissante : la langue du cheval, musclée, est peu sensible aux pressions, mais un peu plus au pincement. Les commissures des lèvres sont un peu plus sensibles. Les barres, qui sont une muqueuse reposant presque directement sur l'os de la mandibule, sont très sensibles. Enfin, le nerf mandibulaire est extrêmement sensible, d'autant plus qu'il pourra être écrasé entre un os et une chaînette métallique.