Une université est une institution d'enseignement supérieur et de recherche, constituée par la réunion d'établissements d'enseignement tels que des collèges, des facultés, des instituts, des départements, des centres, des sections, des unités de formation et de recherche (UFR) ou des écoles spécifiques, ainsi que des bibliothèques, des ateliers, des médiathèques ou encore des musées
Ces établissements forment un ensemble administratif cohérent, régit par un statut juridique, de droit public, privé ou éventuellement mixte. Sont ainsi rassemblées au sein d'une université, l'enseignement en études supérieures et la formation à la recherche (doctorat), la production de connaissances (recherche scientifique), la publication de travaux et de résultats, leur conservation (bibliothèques) dans différents domaines.
Le mot universitas attesté entre 1214 et 1218 en latin médiéval, dans la pratique de juristes, désigne une communauté, une assemblée ou une corporation, ici, de maîtres et d'élèves (universitas magistrorum et scolarium), il est emprunté au vocabulaire des organisations marchandes, en particulier des guildes de commerce et corporations régulant des activités de services marchandsF. Gaffiot, Dictionnaire illustré latin-français, Paris, Hachette, 1934.A. Dauzat, J. Dubois et H. Mitterand, Nouveau Dictionnaire étymologique et historique, Paris, Larousse, 1971.. Ces corporations universitaires spécifiques ne caractérisent les premières et rares concentrations d'écoles d'enseignement supérieur de l'Europe méridionale et occidentale qu'à partir de la fin du premier tiers du . Il s'agit d'un statut qui permet de faire face aux autorités de l'école ecclésiastique, aux bourgeois de la ville réunis en assemblées ou en communes, voire au besoin à l'autoritarisme régalien ou papalMais le pape ou le roi, plus tard le prince ou l'empereur jouent le plus souvent un rôle de protecteur bienveillant. Il faut bannir les explications du terme en rapport avec l'universalité des savoirs ou connaissances enseignées. De même les notions vagues de totalité d'hommes ou d'intervenants (maîtres et étudiants), ou encore celle de totalité ou d'universalité de la spiritualité franciscaine….
L'entrée à l'université est généralement restreinte à ceux qui ont préalablement un diplôme d'enseignement secondaire. Le nombre d'étudiants dans les universités du monde est monté en flèche pendant tout le , spécialement depuis la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui un bon fonctionnement des universités et plus généralement de l'enseignement supérieur est considéré comme un atout économiqueF. Pucciarelli, Andreas Kaplan, Competition and Strategy in Higher Education: Managing Complexity and Uncertainty, Business Horizons, vol. 59, 2016.. Aussi, les grands pays européens, pour soutenir la compétition internationale, se sont lancés depuis une dizaine d'années dans un mouvement de réflexion et de réforme de leurs universités..
Histoire Antiquité : naissance des académies et de l'université romaine right|thumb|L'École d'Athènes de Raphaël, une allégorie de l'école de pensée grecque. Les académies grecques, comme l'académie de Platon ou la bibliothèque d'Alexandrie, ainsi que d'autres organisations d'enseignement supérieur, telles que l'université de Nâlandâ. en Inde, l'université de Nankin en Chine, l'académie de Gundishapur en Iran, l'Ashikaga gakkō au Japon, la madrassa Zitouna en Ifriqiya, l'école Quaraouiyine au Maroc, ou l'école de médecine de Salerne en Italie, existaient déjà dans des temps reculés. Ce sont parfois des centres d'enseignements spécialisés de très haut niveau, notamment en sciences dans le monde arabo-musulman du .
Théodose II et son entourage familial (notamment son épouse Eudocie, fille du sophiste Eudoxe) sont à l'origine de la création de la première université, l'université de Constantinople en 425Le Monde byzantin tome I (L'Empire romain d'Orient 330-641), ouvrage collectif sous la direction de Cecile Morrisson, PUF, , 2012, page 19..
Moyen Âge : naissance des groupements d'écoles, précurseurs des universités au
vignette|redresse|L'université de Bologne. L'enseignement supérieur ou studium generale, offrant la maîtrise de l'expression et de la rédaction en latin médiéval (incluant des formes de latin antérieures par l'étude des lettres ou grammatica), les connaissances fondamentales de la médecine et de la pharmacie, les bases du droit civil et de la logique existe de manière éparse en Occident, mais il tend à se concentrer en quelques cités ou villes italiennes, ainsi la faculté de médecine de Salerne dès l'an 1088. Il faut signaler que les véritables enseignements du droit canon (droit religieux), de théologie, des mathématiques et de la philosophie, n'apparaissent qu'au cours du .
En 1088, des maîtres grammairiens, de logique et de rhétorique s'intéressent à la compilation, à l'étude et à la transmission des connaissances juridiques de l'époque. Ce faisant, ils fondent les embryons de l'université de Bologne connue sous le nom dAlma mater studiorumL'université de Bologne sur Mémo..
En 1150, à peine quatorze ans après le départ d'Abélard de l'école du cloître de Paris (sur l'île de la Cité), les étudiants de tous (ce qui peut s'écrire universitas dans un sens vague) ou toutes les réunions scolaires de la colline Sainte-Geneviève, rive gauche de Paris tendent à se regrouper de manière informelle, dans ce qui sera plus tard dénommé le quartier latin (microtoponyme) et l'université de Paris (institution).
Ces premiers collèges ou regroupements de classes (de colligere, se réunir) représentent les différentes facultés (possibilités d'études) qui composeront l'université de Paris. En 1246, dans le Chartularium Universitatis Parisiensis, le terme universitas désigne sans équivoque la corporation des maîtres et étudiants. Le roi d'Angleterre Henri II rappelle les étudiants anglais chassés de Paris après 1166 pour fonder avec l'évêque de Lincoln et l'écolâtre d'Oxford ce qui s'appellera plus tard l'université d'Oxford.
vignette|Étudiants de l’université de Bologne, bas-relief de la tombe du professeur Johannes de Legnano (1383), musée civique médiéval de Bologne. gauche|vignette|Bulle Quia Sapientia de Nicolas IV portant création de l'université de Montpellier, 1289. Il peut être tentant de prendre une acception anachronique de l'université et d'en explorer les périodes anciennesHistoire des universités Paris : PUF, 1994. (Que sais-je ; 391) .. Pour un historien médiéviste rigoureux, ce terme ne se justifie en général qu'après le premier tiers du Avant de parler de l'histoire des universités, il faut rappeler, que le terme « université » est issu des civilisations chrétiennes occidentales qui le créèrent à partir du non pour désigner une organisation regroupant l'universalité des collèges d'étudiants mais pour indiquer un statut juridique de corporation et de communauté, indissociable de la notion de liberté judéo-chrétienne. Dans leur majorité, ceux qui fréquentent l'université médiévale sont de pauvres clercs. Ils sont ainsi nourris grâce au bénéfice de l'église.. L'instauration du statut juridique, inhérent à leur dénomination, prouve le succès antérieur de ces entités. Le nombre des universités croît dans les pays prospères, grâce à la libéralité de l'église dont le bénéfice pourvoit à son fonctionnement. Ainsi, vers le premier tiers du naissent les universités préalablement citées (par abus), mais aussi celles d'Arezzo, de Salamanque, de Padoue (1222), de Naples, de Toulouse, de Cambridge.
En 1289, la bulle papale du pape Nicolas IV rassemble les écoles de médecine, droit et arts libéraux de Montpellier (l'enseignement général et médical étant attesté avant 1150), et crée officiellement l'université de Montpellier, avec celle de Gray en Bourgogne-Franche-Comté et les universités de Macerata et d’Ascoli Piceno dans la Marche d’Ancône : on y étudie toutes les disciplines, et ses diplômes sont valables dans toute la Chrétienté.
Après 1290, une université est créée à Coimbra au royaume du Portugal. Au , les disciplines enseignées s'organisent autour des « quatre facultés » que sont les arts, la médecine, le droit et la théologie.
À cette époque de maturité, les universités contribuent à la redécouverte des savoirs anciens, ceux qui sont étroitement liés à l'Église catholique ou ceux qui sont redécouverts par les échanges méditerranéens, en particulier les sciences païennes ou traditionnelles, les philosophies de posture antique ou de classification dont l'aristotélisme. Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que la théologie et le droit canon se taillent la part du lion. Les étudiants viennent parfois de loin pour recevoir les enseignements universitaires. Les « arts mécaniques » et les « sciences lucratives » ne sont pas abordés, victimes du mépris du travail manuel et du profit pécuniaire que les nobles et le clergé affichaient à l'époque. L'enseignement reposait sur des textes de référence (« autorités »). La pédagogie consistait en la lectio (lecture) et la disputatio (« dispute »), sorte de débat contradictoire reposant essentiellement sur le syllogisme. Les universités se dotent rapidement de bibliothèques pour pallier la rareté des exemplaires disponibles pour les lectures.
Du L'université de Pérouse apparaît en 1308.
À partir du de nouvelles universités sont créées, à un rythme soutenu, notamment en Europe centrale et nordique. Ainsi l’université de Prague (fondée en 1348 par l'empereur Charles IV), l'université de Cracovie (1364), l'université de Vienne (1365), l'université de Heidelberg (1386), l'université de Cologne (1388), puis l'université de Leipzig (1409).
Temps modernes : marquage religieux et étatisation des universités vignette|L'université de Heidelberg fut fondée en 1386 et est de ce fait la plus ancienne d'Allemagne. Au début du , il existe une cinquantaine d'universités. Bologne, Paris et Oxford les plus anciennes et les plus recherchées ont été incontestablement les plus prestigieuses, la première en matière de droit juridique et la seconde en matière de théologie et de droit religieux. Après le désenclavement du monde, les universités se répandirent très lentement en Amérique latine puis en Amérique du Nord.
Les particularismes religieux qui apparaissent en Europe (Église anglicane, protestantismes) affectent les disciplines enseignées ainsi que les modalités d'enseignement. De plus les structures politico-religieuses en France, en Allemagne ou en Angleterre par exemple, (re)prennent progressivement le contrôle des universités, qui y perdent alors en autonomie (au moins par rapport à l'État). Ces évolutions signent la fin de la peregrinatio academica et réduit « l’éventail social » des étudiants au sein des universités.
vignette|left|L'université Jagellonne de Cracovie (Pologne), fondée l'année 1364, à côté de l'université de Prague, la principale université d'Europe centrale Aussi, il n'est pas surprenant qu'en pleine Renaissance, les institutions universitaires aient été largement contestées et critiquées, tant sur leurs fonctionnements que sur leurs rôles. Le siècle des Lumières soulève la question de l'utilité des enseignements dispensés. Jusqu'au milieu du , ceux-ci se limitent aux mathématiques, à la médecine, à la théologie et aux langues mortes (latin-grec) ; les autres disciplines, dont la physique, sont étudiées dans d'autres institutions, telles que la Royal Society à Londres, fondée en 1660, ou l'Académie des sciences en France, fondée en 1666. Il s'agit de savoir si l'université a pour ambition de produire des compétences profitables à tous ou si elle doit assurer aux titulaires des diplômes dispensés un rang social élevé. On regrette le manque d'assiduité des étudiants autant que des professeurs ; on suspecte la qualité et la valeur des diplômes délivrés ; on constate la fraude et la complaisance.