La Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) est une association française non gouvernementale luttant contre le racisme et l'antisémitisme en France, mais également sur le plan international. Elle est fondée en 1929 sous le nom de « Ligue internationale contre l'antisémitisme » (LICA). Son siège est situé à Paris. Elle est dirigée par Mario Stasi, élu en 2017 à la tête du bureau exécutif. Elle est parfois considérée comme un lobby pro-israélien.

Histoire

Origine : l'affaire Petlioura (1926-1927) Le , le militant révolutionnaire (anarchisteDéclaration de son défenseur, Henry Torrès, lors de son procès en 1927 : Henry Torrès, Le procès des pogromes (plaidoirie suivie de témoignages), Les éditions de France, Paris, 1928, p. 17 (lire en ligne)) Samuel Schwartzbard abat de sang-froid à Paris le leader nationaliste ukrainien Symon Petlioura, qu'il juge responsable des pogroms organisés en Ukraine à l'époque où il y était actif.

Bernard Lecache (1895-1968), issu d'une famille juive d'Ukraine, exclu du Parti communiste en 1923 (il rejoindra par la suite la SFIO), suit le procès en tant que journaliste au Quotidien. Voulant apporter son aide à Samuel Schwartzbard, il se lance dans une campagne médiatique et fonde un groupement, la Ligue contre les pogroms.

Présidence de Bernard Lecache (1927-1968) Après l'acquittement de l'accusé, le groupement, organisé en association, devient en la Ligue internationale contre l'antisémitisme (LICA). Des personnalités influentes et d'origines politiques diverses y adhérent : Victor Basch, Séverine, Pierre Bonardi, Paul Langevin, Maxime Gorki, Léon Blum, Lazare Rachline, la comtesse de Noailles, Georges Zérapha, Georges Pioch, Edmond Fleg, André Spire, Albert Einstein. Une de ses premières tâches est de cartographier les pogroms en Europe.

En 1932, le nom devient Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme mais le sigle LICA est conservé. Le sigle LICRA n'est adopté qu'en 1979.

Années 1930 Dès 1931 la ligue compte répartis en sections d'arrondissements et de villes et en fédérations départementales à travers toute la France et constitue une force incontournable dans la bataille des ligues en et après.

La lutte contre le nazisme La LICA accorde aussi une importance au combat contre le nazisme, au pouvoir en Allemagne à partir de . Bernard Lecache est très tôt sur une ligne de grande fermeté qui fait de lui un « belliciste » aux yeux des pacifistes et de l'extrême droite. Cette période est marquée par la prise de position pour le boycott des (d'hiver en février, d'été en août), mais aussi par deux affaires qui rappellent les origines-mêmes de la Ligue et dans lesquelles elle intervient par des meetings et une assistance juridique : l'assassinat à Davos du nazi Wilhelm Gustloff par le Yougoslave David Frankfurter () ; l'assassinat à Paris du diplomate allemand Ernst vom Rath par le Polonais Herschel Grynszpan () qui est l’élément déclencheur de la nuit de cristal.

Dans le cadre de cette dernière affaire, Bernard Lecache et les autres responsables de la Ligue, notamment l'avocat Vincent de Moro-Giafferri, se confrontent au cœur du système nazi, notamment au juriste Friedrich Grimm qui surveille le déroulement de l'instruction.

Juste avant la Seconde Guerre mondiale, la ligue compte près de Alain Jakubowicz, « Histoire du racisme », émission La Fabrique de l'histoire sur France Culture, 14 novembre 2011..

Seconde Guerre mondiale thumb|Les bureaux de la LICA pillés et occupés par le Rassemblement national populaire (RNP) en 1941. La drôle de guerre (-)

Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, de nombreux militants de la LICA sont mobilisés, beaucoup partent comme volontaires pour la durée des hostilités. Le procès de Grynszpan, prévu pour , est ajourné pour la durée des hostilités, l'accusé étant maintenu en détention.

L'Occupation et le régime de Vichy Après l'armistice () et l'arrivée au pouvoir de Pétain et Laval (), la LICA est dissoute par les autorités de Vichy. Cependant, un certain nombre d'anciens membres comme Simon Sabiani, René Belin, François Chasseigne, Victor Margueritte ou des proches comme Paul ChackUne réunion au Trocadéro, Paix et droit, mai 1933, . et José Germain se rallient au régime de Vichy, fait que Bernard Lecache cherchera à passer sous silence par la suite. Simon Epstein dans ses ouvrages Les Dreyfusards sous l'Occupation et Un paradoxe français montrera la singularité des parcours de ces "antiracistes" de l'entre-deux-guerres ayant dérivé vers la Collaboration..

Les locaux de la Ligue sont mis à sac et les documents encore présents sont saisis par la police, comme dans d'autres organisations ; en 1942, ceux qui concernent l'affaire Grynszpan sont utilisés pour un livre de propagande antisémite écrit par Friedrich Grimm, affecté depuis 1940 à l'ambassade d'Allemagne à Paris (Abetz), mais publié sous le nom de « Pierre Dumoulin », L'Affaire Grynspan (sic), dans lequel sont aussi évoquées les affaires Schwartzbard et Frankfurter.

La Ligue se reconstitue dans la clandestinité pour venir en aide aux victimes des lois anti-juives, en leur trouvant des caches en province, en leur fournissant des faux papiers d’identité, en créant des réseaux d’évasion vers la Suisse, l'Espagne et l'Angleterre.

Après-guerre Après la libération de la France, la LICA est reconstituée en , mais une autre organisation, proche du Parti communiste, s'est formée dans la clandestinité, le Mouvement national contre le racisme.

La LICA axe d'abord son activité sur la solidarité envers les rescapés des camps de concentration et sur la fidélité à la mémoire des victimes de l'Holocauste.

En 1946, la LICA et le MNCR se rassemblent dans l'Alliance antiraciste, mais dès se produit une scission qui aboutit à la création du MRAP en 1949, organisation soutenant inconditionnellement la fondation d'Israël et qui, dans les décennies suivantes, met l'accent sur le racisme anti-maghrébin puis l'islamophobie alors qu'une partie des membres de la LICA considérait le combat contre l'antisémitisme comme essentiel. La LICA avait pourtant plusieurs fois affiché avant guerre ses positions contre le racisme de la couleur en ouvrant largement ses tribunes et ses meetings aux députés antillais, guyanais et sénégalais..

Durant les années 1950 et 1960, la LICA fait campagne pour le soutien à Israël ; contre l'antisémitisme en URSS (procès des « blouses blanches », 1953) ou en Europe de l'Est (procès Slansky, 1952), mais elle intervient aussi contre la ségrégation raciale aux États-Unis et en Afrique du Sud. Pendant la guerre d'Algérie, elle soutient la politique suivie par le général de Gaulle à partir de 1959 (autodétermination).

Elle combat aussi le négationnisme qui apparaît dès les années 1950. En 1964, notamment, Bernard Lecache est assigné en justice par Paul Rassinier, pour l'avoir désigné comme « agent de l'Internationale nazie » dans Le Droit de vivre (). Le procès, jugé en , déboute Rassinier.

Après Bernard Lecache La loi antiraciste du permet à la LICA de se porter partie civile dans les procès relatifs à des actes racistes et de protester contre les crimes racistes.

Lors de son national, en 1979, la LICA annonce qu'elle devient la LICRA à l'initiative de l'avocat Robert Badinter. La déclaration et l'annonce sont de mais seule la LICA Marseille change effectivement de nom en 1979. L'association-mère ne devient officiellement LICRA que le . La mention du terme racisme était déjà effective avant-guerre et systématique peu après celle-ci.. En mettant en harmonie son sigle et son intitulé, la Ligue rappelle ainsi sa volonté, toujours affirmée, de lutter contre toutes les formes de racisme, direct ou voilé, individuel ou collectif, et sa détermination à dénoncer la discrimination raciale en partant du principe fondamental qu’aucune raison politique, économique, sociale ou biologique ne peut expliquer ou justifier le racisme.

La lutte de la LICRA contre le néonazisme et les thèses négationnistes s'est manifestée notamment par le soutien au couple Serge et Beate Klarsfeld dans sa traque des anciens nazis, et dans le cadre du procès de Klaus Barbie en 1987. On a parfois affirmé qu'à la fin des années 1980, la LICRA craignait d'être supplantée par SOS Racisme proche du Parti socialiste. Outre que cette affirmation mérite d'être étayée, il faut souligner qu'au début de 1984, les militants LICRA de beaucoup de comités en France ressentaient l'arrivée de SOS Racisme comme une action complémentaire et convergente, quoi que purent penser les responsables parisiens. L'association poursuit son combat en gardant son indépendance politique.

. Une section existe également à Barcelone depuis 2014.

Depuis 1999, et sous l’impulsion de Patrick Gaubert, . Pour le quotidien Le Monde en revanche, la LICRA sous la présidence de Patrick Gaubert se focalise sur la lutte contre l'antisémitisme, ce qui aurait d'autant plus réduit son influence médiatique que son président finit par se rapprocher de l'UMP en se présentant à des scrutins électoraux..

Dans l'affaire judiciaire LICRA contre Yahoo!, la LICRA tente de faire condamner l'entreprise Yahoo! pour son secteur de vente en ligne, en ce qui concerne des objets en relation avec l'antisémitisme.

La LICRA milite pour une plus forte régulation des réseaux sociaux, dont notamment la levée de l’anonymat.

Personnalités Présidents 1927-1968 : Bernard Lecache 1968-1993 : Jean Pierre-Bloch 1993-1999 : Pierre Aidenbaum 1999-2010 : Patrick Gaubert 2010-2017 : Alain Jakubowicz Depuis 2017 : Mario Stasi

Membres d'honneur en vie ou décédés François Mitterand, Alain Bauer, Alain Juppé, Alain Poher, Albert Einstein, Albert Memmi, André Malraux, André Bergeron, André et Simone Schwarz-Bart, Axel Kahn, Beate Klarsfeld et Serge Klarsfeld, Bernard-Henri Lévy, Bernard Kouchner, Bernard Lecache, Bernard Stasi, Bertrand Delanoë, Bertrand Poirot-Delpech, Bertrand Tavernier, Costa-Gavras, Edouard Beneš, Édouard Herriot, Édouard Philippe, Elie Wiesel, Enrico Macias, Étienne Trocmé, Étienne Wolff, François Bayrou, Fred Zeller, Fodé Sylla, François de Fontette, François Jacob, François Léotard, Gaston Monnerville, Georges Charpak, Gilbert Trigano, Gilberte Brossolette, Harry Belafonte, Jack Lang, Jacques Chaban-Delmas, Jacques Chirac, Jacques Delors, Jean-Denis Bredin, Jean Ferniot, Jean Pierre-Bloch, Joël Le Tac, Joséphine Baker, Joseph Kessel, Laurent Fabius, Léon Blum, Léon Jouhaux, Léon Lévy, Lionel Jospin, Marek Halter, Manuel Valls, comtesse de Noailles, Maurice Plantier, Philippe Séguin, Pierre-Gilles de Gennes, Pierre Perret, abbé René de Naurois, René Frydman, Rita Thalmann, , Roger Fauroux, Romain Rolland, Samuel Pisar, Séverine, Simone Veil, Tomáš Masaryk.

Démission En , Alain Finkielkraut, en réaction au procès de Georges Bensoussan dans lequel la Licra s'est constituée partie civile, annonce son départ du comité d’honneur de la Licra« Procès Bensoussan : Finkielkraut démissionne de la Licra », timesofisrael.com, 29 janvier 2017..

LICRA actuelle Organisation et activités Implantation internationale La LICRA a des antennes à Genève (Suisse), Barcelone (Espagne), Bruxelles (Belgique), New York (États-Unis), en Autriche, au Cameroun et en Tunisie.

Communication et publications Depuis 1932 la LICRA publie un journal intitulé Le Droit de Vivre (site internet : leddv.fr), authentique organe de combat où s’expriment les différentes personnalités membres. En 2001, la LICRA lance une campagne contre les discriminations au quotidien, avec une signature forte : « Stoppons l’apartheid en France ».Plus récemment deux clips vidéos ont aussi été tournés dans le cadre d'une campagne contre le racisme dans les stades.