John Francis Anthony Pastorius III, plus connu sous son nom de scène Jaco Pastorius, est un bassiste de jazz et jazz fusion américain, né le à Norristown (Pennsylvanie) et mort le après avoir été violemment battu à Fort Lauderdale (Floride).
Technicien virtuose, il a une influence majeure sur le rôle de la basse électrique et sur son passage du rôle de simple à celui de véritable soliste. Établissant sa réputation internationale au sein du groupe Weather Report à partir du milieu des années 1970, il impose à son époque le son fretless, obtenu en jouant sur un manche de basse électrique sans frette. Pat Metheny dit de lui qu'il est « le dernier jazzman du à avoir influencé les générations suivantes »Pat Metheny, notes de pochette de l'album Jaco Pastorius, ré-édition de 2000..
Biographie Jeunesse et formation John Francis, dit Jaco Pastorius, naît en 1951 en Pennsylvanie.. Son père, musicien professionnel (batteur et chanteur) est d'origine allemande et sa mère d'origine finnoise. Il a quand sa famille s'installe en Floride. Jaco Pastorius y passe son enfance et s'imprègne de toutes les musiques qu'il peut entendre (musique des Caraïbes, jazz, rhythm and blues, rock…).
Il va à l'école élémentaire à la St. Clement Catholic School, puis au lycée au Northeast High à Oakland Park. Sportif accompli, il pratique de nombreux sports, dont le football américain, le basket-ball, le baseball. Son arrogance lui vaut des déboires assez tôt. À , il se casse le poignet en jouant au football ce qui aura pour conséquence d'entraver durablement son aptitude à jouer de la batterie.
Il s'initie au piano, à la guitare et même au saxophone. À , après une nouvelle opération au bras, il adopte définitivement la basse. Il utilise une basse fretless qu'il se bricole à partir d'une Fender Jazz Bass 1962 dont il lime les frettes, recouvre le manche de plusieurs couches d'un vernis époxy et y adapte dans un premier temps des cordes (pour sonner comme une contrebasse), puis des cordes de marque Rotosound modèle Swing Bass 66 (qui donneront l'originalité de sa sonorité de basse fretless).
Il débute dans des orchestres locaux, notamment , un groupe de cuivres de neuf musiciens, spécialisé dans les reprises d'Aretha Franklin, Otis Redding, Wilson Pickett, James Brown et le Tijuana Brass. Après le départ de son bassiste David Neubauer, il le remplace et commence son ascension irrésistible de bassiste légendaire. Il joue, un temps, sur des bateaux de croisière (il va croiser les musiciens des Wailers et découvrir le reggae en Jamaïque). Il fait une très longue tournée avec les C.C. Riders (alias The Cochran's Circuit Riders), le groupe du chanteur Wayne Cochran. Pastorius considérera toujours cette tournée comme la période la plus heureuse de sa vie.
Surnom Né « John Francis Pastorius III », son nom de confirmation Anthony produit « John Francis Anthony Pastorius III ». Le choix du pseudonyme « Jaco » semble avoir été influencé par son admiration pour l'arbitre de la Ligue nationale de baseball Jocko Conlan. Une erreur d'orthographe dans une lettre adressée par le pianiste français Alex Darqui aurait orienté son choix vers « Jaco ».
Influences L'une des plus grandes sources d'influence de sa vie fut, selon lui, Herbie Hancock qui lui fit découvrir notamment Gil Evans et la musique du temps de Louis Armstrong. Il a d'ailleurs grandi dans l'entourage de Herbie Hancock en Floride et suivi ses pasVoir l'interview de Jaco lui-même qui parle de l'influence de Herbie Hancock dans sa musique : https://www.youtube.com/watch?v=Z8KWkLAeSO0&feature=related.
D'autres influences citées par lui : James Brown, les Beatles, Miles Davis, Igor Stravinsky, Jimi Hendrix, Duke Ellington, Charlie Parker, Paul Hindemith, Frank Sinatra, Tony Bennett, The Band, Santana, Frank Zappa, Bob Marley, Rocco Prestia, Ray Charles, Charles Mingus, John Coltrane, Otis Redding, Cannonball Adderley, Jerry Jemmott, James Jamerson et Lucas Cottle (un bassiste néo-zélandais inconnu qui jouait souvent avec lui).
Le succès Avec Ira Sullivan, Paul Bley et Pat Metheny Au début des années 1970, installé à Miami, Jaco Pastorius joue dans l'orchestre du multi-instrumentiste Ira Sullivan et donne des cours à l'université. Là, il rencontre le jeune Pat Metheny qui lui présente le pianiste Paul Bley. En 1974, le groupe de Bley, composé de Metheny, Pastorius et du batteur Bruce Ditmas, enregistre un album qui, , sera réédité ultérieurement sous le titre Jaco, le bassiste étant entre-temps devenu un musicien reconnu. En 1975, Pastorius joue aux côtés du batteur Bob Moses sur le premier disque de Pat Metheny, Bright Size Life, qui est en fait à l'origine la démo de Metheny pour trouver des concerts. ECM distribuera ce disque comme un album produit par la maison.
En solo En 1975, il enregistre pour le label Epic son premier album solo, intitulé Jaco Pastorius. Cet album, qui lui apporte la célébrité, est foisonnant et donne un bon aperçu de la virtuosité et du large spectre musical de Pastorius (jazz, rhythm and blues, rock, musique des Caraïbes). Cet album contient, entre autres morceaux d'anthologie, une reprise du standard bebop Donna Lee de Miles Davis (crédité par erreur à Charlie Parker) en duo avec le percussionniste Don Alias, un morceau en solo dans lequel Pastorius utilise, largement au-delà de ce qui était alors entendu, la technique du jeu mélodique et en accords d'harmoniques et démontre que la basse peut être abordée comme un instrument polyphonique, un thème soul Come on, Come over avec les chanteurs Sam & Dave, des titres jazz fusion ou latin jazz avec Herbie Hancock et Hubert Laws
En 1976, il propose ses services à Joe Zawinul de Weather Report. Il remplace Alphonso Johnson sur deux titres de Black Market.
La même année, il enregistre avec la chanteuse Joni Mitchell l'album Hejira qui le fera connaître dans le monde de la pop music « West Coast ». Par la suite, il enregistrera 3 autres albums avec Joni soit Don Juan's Reckless Daughter en 1977, Mingus en 1979 et finalement le double live Shadows and Light en 1980 avec Pat Metheny, Lyle Mays et Michael Brecker.
Weather Report : la période de gloire
C'est donc en 1976 qu'il rejoint Weather Report, le groupe de jazz-rock fondé par Joe Zawinul et Wayne Shorter dans lequel Pastorius restera jusqu'en 1982. Avec l'arrivée de Pastorius, et grâce au charisme de ce dernier, Weather Report connaît un succès planétaire dépassant largement le petit cercle des amateurs de jazz. Zawinul et Shorter ne s'y trompent pas et Pastorius est coproducteur dès le deuxième album. On peut entendre Pastorius sur les albums Black Market (1976), Heavy Weather (1977, qui contient Birdland et Teen Town), Mr Gone (1978), 8:30 (1979), Night Passage (1980) et Weather Report (1982). Joe Zawinul le surnomma « Jaco the catalyst » en raison de sa capacité à catalyser l'attention du public.
Pour évaluer l'importance de Jaco dans l'univers du jazz-rock, citons la simple phrase publiée quelques années plus tard lors d'un tour d'horizon historique par le magazine Le Monde de la musique : …
Entre 1977 et 1979, Pastorius est par ailleurs très actif. Il enregistre comme accompagnateur de la chanteuse Joni Mitchell avec le guitariste Pat Metheny et le percussionniste Don Alias Don Juan's Reckless Daughter (1977), Shadows and Lights et Mingus (1979). On peut l'entendre aussi aux côtés du tromboniste Albert Mangelsdorff, d'Airto Moreira, de Flora Purim, d'Herbie Hancock, de Michel Colombier, et même sur le morceau Une simple mélodie de Michel Polnareff.
À cette époque, Jaco Pastorius commence à avoir des problèmes de comportement. Il souffre de troubles bipolaires (psychose maniaco-dépressive) où alternent phases d'euphorie et phases de dépression. Par ailleurs, il consomme beaucoup de drogue et d'alcool. Ceci aboutit à des prestations catastrophiques (le concert à La Havane avec John McLaughlin et Tony Williams, en 1979, Trio of Doom, est resté l'un des pires souvenirs du guitariste britannique), des concerts annulés, des altercations avec des musiciens et des dirigeants de maisons de disques.
Word of Mouth En 1981, Jaco enregistre pour le label Warner Music Group avec un big band monté pour l'occasion, le Word of Mouth Band, un album, éponyme pour cause de disputes avec les producteurs des nombreux interprètes de premier plan qui interviennent sur celui-ci. On trouve dans cet orchestre des musiciens de premier plan comme Don Alias, Peter Erskine, Jack DeJohnette, Herbie Hancock, Othello Molineaux, Michael Brecker, Howard Johnson, Hubert Laws, Wayne Shorter, Toots Thielemans, plus un orchestre classique très particulier, car seuls les meilleurs de chaque pupitre ont été retenus par Jaco. L'orchestre qu'il avait demandé n'était pas assez performant. L'ensemble des solistes ont donc enregistré leur partie et ils les ont triplées voire quadruplées pour donner l'effet d'un orchestre de , le tout dirigé par l'arrangeur Michael Gibbs. On peut retrouver une bonne partie du Big Band sur l'album The Birthday Concert enregistré en public pour les du bassiste.
La profondeur du jeu de Pastorius en complément des sections de cuivres et de percussions, est alors à son apogée. L'originalité des compositions (notamment Three Views of a Secret) et des arrangements (notamment John and Mary qui oscille entre ballade western sur fond de steel drum et symphonie classique) est poussée aux extrêmes. Sans compter l'interprétation virtuose d'une fantaisie chromatique de Jean-Sébastien Bach jouée à toute allure. Cet aboutissement donne à l'album un aspect testamentaire. On y trouve beaucoup de directions, à l'instar de son premier album solo de 1975.
En 1981 toujours, il enregistre un dernier album avec Weather Report, éponyme, qui sortira en 1982. Pastorius fait une tournée avec le Word of Mouth remonté pour l'occasion. L'orchestre se produit entre autres au Japon (où est enregistré le double album live Twins, dont sera tiré l'album Invitation). Si de nombreux concerts sont merveilleux, comme l'atteste l'écoute des disques, la tournée est pour le moins chaotique, à cause du comportement erratique de son leader. Les anecdotes commencent à remplir la rubrique scandales des journaux. De plus, Pastorius est en instance de divorce (qui se passe mal) et en crise avec sa maison de disques (CBS Sony Music) qui le contraint à dissoudre son big band (l'un des plus onéreux de l'époque).
Jaco Pastorius enregistre ce qui est publié après sa mort comme l'album Holiday for Pans. Cet album, assez étrange, contient une chute (morceau non produit) de son précédent album studio intitulé City of Angels et des maquettes consacrées au steel drums mettant en avant son acolyte Othello Molineaux, spécialiste de l'instrument. À l'époque, Warner, producteur titulaire, refuse de sortir l'album, considérant la musique enregistrée comme trop hermétique et pensant qu'un tel produit n'aurait aucun avenir commercial. Jaco en est très frustré. L'album sort de manière posthume dans les années 1990 au Japon, mais les bandes originales, ayant été laissées à l'abandon, ont été probablement arrangés par rajout d'instruments dans des conditions peu heureuses.
Le déclin Problèmes mentaux