vignette|Une rue de l'île sans voiture de Wangerooge, Allemagne.
Le mouvement CarFree (« Ville sans voiture ») est un mouvement international réunissant des organisations et individus engagés à promouvoir des alternatives à la dépendance automobile, autant en matière de modes de déplacement que d'urbanisme.
Ce mouvement intègre notamment des citoyens, des militants sociaux, environnementaliste, de la santé et des urbanistes pensant que l'automobile occupe une place trop importante dans la plupart des villes modernes. Il crée un nombre croissant de lieux où l'usage de la voiture est réduit ou éliminé Ortegon-Sanchez A, Popan C and Tyler N (2017) Car-free initiatives from around the world: concepts for moving to future sustainable mobility, in: TRB 96th Annual Meeting Compendium of Papers, Washington D.C., pour convertir l'espace de circulation et le stationnement à d'autres usages publics et de reconstruire des environnements urbains compacts où la plupart des destinations sont facilement accessibles à pied, à vélo ou en transports publics.
Parallèlement, le mouvement Carfree cherche à promouvoir les alternatives à l'automobile en matière de déplacements dans le contexte actuel de la massification de l'automobile, tout en cherchant à réduire l'empreinte écologique et l'empreinte carbone de l'Humanité, en améliorant sa qualité de vie..
Contexte
Avant le , les villes et villages étaient normalement compacts et denses, composés de rues étroites occupées par l'activité humaine. Au début du , la plupart de ces lieux ont été adaptés pour accueillir l'automobile avec des routes plus larges, plus d'espace alloué pour le stationnement des voitures, ce qui a provoqué une diminution de la densité de population dans la mesure où plus d'espace entre les bâtiments urbains a été réservé à l'usage de l'automobile.
Ceci a conduit à l'étalement urbain, avec de plus longues distances entre les lieux et la congestion de la circulation qui a rendu les alternatives à la voiture sans attrait ou impraticables, et ce qui a créé les conditions pour un nouvel accroissement du trafic et de l'étalement; le système automobile a pu .
Ce processus a conduit à des changements de formes périurbaines, urbaines et de modes de vie, où il était presque impossible de vivre sans voiture..
Par ailleurs, la massification de l'automobile s'est traduite par le développement de très nombreuses nuisances, comme la pollution de l'air, la pollution sonore, les émissions de gaz à effet de serre ou les accidents de la route..
Certains gouvernements ont réagi à cette nouvelle situation avec des politiques et des règlements visant à inverser cette tendance en augmentant la densité urbaine, en encourageant la mixité des activités, ce qui a réduit l'espace alloué aux voitures particulières, et s'est traduit par un soutien accru au vélo, la marche à pied et les transports en commun..
L'autopartage, où les gens peuvent facilement louer une voiture pour quelques heures plutôt que d'en posséder une, devient une alternative de transport urbain.
Depuis la fin du , des sociologues mettent en évidence des signaux faibles (forts dans les grands centre-ville) qui montrent que, en dépit d'une publicité omniprésente pour l'automobile, cette dernière intéresse moins les jeunes, qui passent leur permis de conduire plus tard et achètent moins de voitures , estimaient que le «pic de voiture», ou un maximum de déplacements en voiture par habitant, pourrait déjà avoir été atteint.
Design urbain, motivations
thumb|left|Les principes du Nouvel urbanisme dans une rue de Bitola, République de Macédoine.
Les effets négatifs de la voiture (consommation d'énergie, pollution de l'air, émissions de gaz à effet de serre, etc.) ont poussé certaines collectivités locales, ONG et habitants à initier la transition vers une mobilité bas carboneGivoni M and Banister D Eds. (2013) Moving towards low carbon mobility, Edward Elgar, Cheltenham, UK, Northampton, MA.. Les partisans du mouvement sans voiture mettent à la fois l'accent sur les modes de déplacement soutenables, alternatifs à l'automobile individuelle, et sur la conception urbaine, le zonage, les politiques de localisation des écoles, l'agriculture urbaine, les possibilités de télétravail, et l'agencement des quartiers d'habitation qui créent de la proximité et rendent donc le transport à longue distance moins nécessaire, au profit d'une meilleure qualité de vie.
Le concept de ville sans voitures apparaît officiellement en 1991, lorsque la Commission européenne commande un rapport à un bureau d’études spécialisé en mobilité durable du nom de Tecnoser, sur le thème de la « ville sans voitures ». Ce rapport concluait que .
Un « nouvel urbanisme », né aux États-Unis, vise à réformer certains aspects du développement immobilier et de l'urbanisme, depuis le renouvellement urbain à la redensification des lotissements périurbains. Les quartiers relevant de ce nouvel urbanisme gagnent du terrain depuis le début des années 1980. Conçus pour offrir un large éventail de logements, services et emplois (pour limiter la mobilité pendulaire), ils sont accessibles à pied et à vélo. ; l'une de leurs dimensions peut être le (chaque résidents s'engage à y vivre sans voiture privée, dans le contrat de location ou d'hypothèque, ou dans le document d'urbanisme).
vignette|upright=1.5|Motivations des résidents de quartiers sans voiture, dans 9 quartiers d'Allemagne et Suisse, 2020. Dennis et Urry ont en 2009 proposé une transition vers un «nouveau système post-voiture» associant flexibilité, confort et mobilité personnelle sécurisée de la voiture, mais dans un monde peu consommateur d'énergie et peu émissif en gaz à effet de serre. Ils suggèrent huit façons de transformer l'automobilité : quatre sont des évolutions technologiques de la voiture (nouveaux systèmes de carburant, nouveaux matériaux, véhicules intelligents et numérique) concernent la voiture, et quatre sont des transformations organisationnelles de la mobilité (dé-privatisation des véhicules, nouvelles politiques de transport, nouveaux modes de vie, de travail et de loisirs et innovation disruptive). Les résidents de logements sans voiture sont considérés comme volontaires pour quitter ou de ne pas entrer dans le système de l'automobilité, en décidant de ne pas posséder de voiture privée (mais pouvant ponctuellement utiliser des voitures partagées). Les quartiers ou résidences sans voitures sont des «laboratoires urbains» ou des «laboratoires du monde réel» pour une recherche transdisciplinaire générer des connaissances sur un mode de vie plus durableParodi, O., Beecroft, R., Albiez, M., Quint, A., Seebacher, A., Tamm, K., and Waitz, C.: The ABC of Real-world Lab Methodology – From “Action Research” to “Participation” and Beyond, Trialog, 126/127, 74–84, 2017. . Ainsi, une étude (par questionnaire et entretiens) des profils et motivations faite dans neuf écoquartiers ou quartiers sans voitures (allemands et suisses)Sur ces neuf quartiers, cinq sont en Suisse (Burgunder à Berne, FAB-A à Bienne, Giesserei à Winterthour, Oberfeld à Ostermundigen et Sihlbogen à Zurich) et quatre en Allemagne (Klein Borstel et Saarlandstraße à Hambourg, Stellwerk 60 à Cologne et Weißenburg à Münster), montre que les familles et des personnes à niveau d'éducation élevé y sont surreprésentés, alors qu'ailleurs ce sont deux groupes de population plutôt . La conscience écologique et certaines valeurs sociales (logement coopératif fréquent) jouent souvent dans leur motivation, ce n'est donc pas par manque d'argent que ces citoyens cherchent à se libérer de la voiture individuelle. Certains quartiers Carfree vont plus loin en tant que zones où la voiture est interdite ou très limitée.
Le « nouveau piétonnisme » est une variante du nouvel urbanisme dans la théorie de la planification urbaine, qui accentuant l'importance de la réduction de l'impact négatif de l'automobile. Le concept de ville du quart d'heure s'inscrit dans cette logique.
Acteurs Groupes de défense
L' a été créée en 1990 pour informer les gens de l'impact du transport sur l'environnement. Elle a inauguré la « Semaine du transport vert » en 1993 puis la « Journée sans voiture » en 1997.
La Campagne pour un meilleur transport (anciennement connue sous le nom Transport2000) a été formée en 1972 en Grande-Bretagne pour contester les réductions proposées du réseau ferroviaire britannique et depuis lors, a promu des solutions de transport en commun aux besoins de transport..
L'« Agenda pour une nouvelle mobilité » est une initiative internationale créée en 1988 qui remet en question les idées et les pratiques fondées sur la voiture dans le domaine du transport urbain..
Activistes
Le Réseau mondial sans voitures est composé de dizaines d'organisations Carfree à travers le monde. Ces organisations indépendantes relèvent soit de villes ou de pays mais sont liées à la fois par leur volonté de diminuer la place de l'automobile dans la société et par le respect de la charte mondiale du réseau sans voitures.. En France, on trouve le site Carfree France; en Suisse l'Association transports et environnement (ATE) compte une section « Vivre sans voiture » (issue du Club des sans voiture, 2004-2014)Voir « Vivre sans voiture » sur le site de l'Association transports et environnement (ATE), et le site du Club des sans voiture. ; en Belgique il y a le groupe « NoMo - autrement mobile ».
Reclaim the Streets est un mouvement créé en 1991 à Londres, qu'consiste à « envahir » les rues, les routes ou les autoroutes dans le cadre de mises en scène festives. Même si cela peut gêner les utilisateurs réguliers de ces espaces tels que les conducteurs de voitures, la philosophie de ce mouvement cherche à attirer l'attention sur le fait que ce sont les voitures, et pas les piétons, qui sont à l'origine de l'obstruction. En occupant la route, ces activistes cherchent en fait à promouvoir l'ouverture de l'espace public.
Les Masses critiques sont apparues en 1992 à San Francisco, où les cyclistes sortaient en masse dans la rue afin de dominer le trafic, en utilisant le slogan « nous sommes le trafic ». En France, les masses critiques prennent plutôt la forme de vélorutions depuis le début des années 1970.
Le World Naked Bike Tour est né en 2001 en Espagne avec les premières balades de cyclistes nus à vélo, puis est devenu un Réseau mondial en 2004 avec un concept qui s'est propagé rapidement à travers des collaborations avec de nombreux groupes et activistes différents à travers le monde pour promouvoir les déplacements à vélo, les énergies renouvelables, les loisirs, les communautés propices à la marche, et des solutions durables, respectueuses de l'environnement dans le vingt et unième siècle.
Les Parking Days ont commencé en 2005, lorsque REBAR, un groupe collaboratif de créateurs, designers et militants basé à San Francisco, a transformé une place de stationnement automobile payant en un petit parc avec pelouse, des sièges, et de l'ombre.
Les mouvements cherchant à promouvoir la gratuité des transports en commun, comme le Réseau pour l'abolition des transports payants en France ou le Collectif sans ticket en Belgique souhaitent développer l'utilisation des transports publicsRéseau pour l'abolition des transports payants, Zéro euro = Zéro fraude Transports gratuits pour toutes et tous, Éditions du Monde libertaire et Éditions Alternative libertaire, 2001, & Cgeaf.
Manifestations officielles : journées sans voiture thumb|Journée sans voiture à Jakarta en Indonésie (l'une des villes les plus polluées au monde)Rachman H.O & Barus L.S (2019) Impact of Car-Free Day on air pollution and its multifarious advantages in Sudirman-Thamrin Street, Jakarta. International Journal, 17(62), 167-172..