L'Assomption de la Vierge Marie est une solennité liturgique de l'Église catholique fêtée le . Elle commémore le terme de la vie terrestre de la Vierge Marie, Mère de Dieu. Selon la théologie catholique, c'est avec son corps et son âme que Marie a été « assumée » ou « élevée au ciel », c'est-à-dire qu'elle est entrée directement dans la gloire de Dieu. Le fondement théologique de l'Assomption découle d'une tradition très ancienne des Églises d'Orient et d'Occident, où elle est célébrée liturgiquement depuis le .
Dans l'Église catholique, l'Assomption a été définie comme dogme (c’est-à-dire « vérité de foi ») par la constitution apostolique Munificentissimus Deus de lors de la Toussaint du . Il s'agit de la seule déclaration faisant usage de l'infaillibilité pontificale depuis la proclamation de cette infaillibilité par le concile .
La date du serait celle de la consécration à Jérusalem de la première église dédiée à Marie. Dans l'Église catholique, l'Assomption est célébrée liturgiquement le et s'accompagne fréquemment de processions. Pour les confessions luthérienne et anglicane, le est resté la principale fête mariale, mais sans référence à l'Assomption. L'Église orthodoxe, quant à elle, célèbre la Dormition de Marie, qui est différente de l'Assomption et n'a pas valeur de dogme. La Dormition est fêtée le dans les pays ayant adopté le calendrier grégorien, ou le dans les Églises orthodoxes continuant à appliquer le calendrier julien.
Le mot « assomption » dérive du mot latin , signifiant « prendre avec soi ».
Histoire Origine et développement Avant d'être un dogme de l’Église catholique, l'Assomption de Marie était une croyance reposant sur la tradition patristique et non sur des bases scripturaires reconnues aux premiers temps de l'Église. Aucun texte du Nouveau Testament n'évoque la fin de Marie, et ce sont des textes patristiques, mais aussi apocryphes et des légendes qui ont suppléé ce silence..
vignette|gauche|redresse=1.4|L'Élévation de Marie vers les cieux par Francesco Botticini, .
Au , le théologien Éphrem le Syriaque émet l'idée que le corps de Marie serait resté intact après sa mort, c'est-à-dire non atteint par la corruption de la mort. L'évêque Épiphane de Salamine envisage plusieurs hypothèses de ce qu'il est advenu de Marie à la fin de sa vie. Il conclut sans se prononcer « Je ne dis pas qu'elle est restée immortelle, mais je n'affirme pas non plus qu'elle soit morte. » Panarion, 78.11, 2-3., avançant que d'autres en savent peut-être davantage. Comme une tradition écrite existe dès le , elle remonte vraisemblablement au Voir « Apocrypha and Liturgy in the Fourth Century: the Case of the Sixth Books Dormition Apocryphon », Jewish and Christian Scriptures. The Function of « Canonical » et « Non-Canonical » Religious Texts, J. Charlesworth, L. McDonald eds, 2010, 153-172, , note 14, en référence à divers travaux parus après sa monographie sur la Dormition (où il penchait pour une datation au , Shoemaker, )..
En Occident, Grégoire de Tours est le premier à en faire mention, à la fin du Grégoire de Tours, De la gloire des martyrs, I, 4.. Il s'appuie apparemment sur un corpus de textes apocryphes appelé le Transitus Mariæ, généralement rattaché au . Cet ensemble de textes est désigné par en 495-496 comme étant « à ne pas retenir » car apocryphe, jugement qui porte sur cette compilation et non sur la croyance en elle-même. Selon cette tradition, Marie rencontre sur le mont des Oliviers un ange qui lui remet une palme de l'arbre de vie et lui annonce sa mort prochaine. Marie rentre chez elle et fait part de la nouvelle à son entourage. Miraculeusement, les apôtres reviennent des différents endroits où ils sont partis prêcher, afin de l'entourer. Jésus apparaît entouré d'anges pour recevoir l'âme de sa mère, qu'il confie à l'archange Michel. Les apôtres enterrent le corps au pied du mont des Oliviers. Quelques jours plus tard, Jésus apparaît de nouveau et emporte le corps au paradis, où l'âme et le corps de Marie sont réunis.
En Orient, Jean Damascène rapporte la tradition de l'Église de Jérusalem à ce sujet : selon lui, Juvénal, évêque de Jérusalem, se voit demander lors du concile de Chalcédoine le corps de Marie par le couple impérial, Marcien et Pulchérie. Juvénal répond que Marie est morte entourée de tous les apôtres, sauf Thomas, qui était en retard. À son arrivée, quelques jours plus tard, Thomas demande à voir la tombe, celle-ci se révèle vide ; les apôtres en déduisent alors qu'elle a été emportée au cielJean Damascène, Homiliæ I-III in dormitionem B. V. Mariæ, Migne, XCVI, 699-762..
Une autre tradition rapporte que l'Assomption a eu lieu à Éphèse, dans la maison connue aujourd'hui comme la « maison de la Vierge Marie », accompagnée de l'apôtre Jean, à qui le Christ, sur la croix, avait confié MarieShoemaker, 74.. La première allusion ne date que de la fin du , dans un manuscrit syriaqueShoemaker, 75.. Les seules autres sources pré-modernes sont trois auteurs syriaques des .
Ces traditions sont commentées en ces termes par Benoît XVI :
La fête avant le dogme vignette|redresse=1|Protonotaire apostolique, l'académicien Louis Duchesne (1843-1922) préside une procession du 15 août à Saint-Malo. vignette|redresse=1|Proclamation du dogme de l'Assomption par le pape Pie XII le .
La fête de l'Assomption a son origine à Jérusalem : on la trouve dans la dédicace d’une église située entre Jérusalem et Bethléem, vers le milieu du . Elle a été introduite à cette époque par l'évêque Cyrille d'Alexandrie. Lors de la christianisation de l'Europe, elle remplaça peu à peu une importante fête romaine, les Feriæ Augusti qui célébraient au milieu du mois d'août les victoires d'AugusteMarion Giebel, Augustus, 6 Auflage, Rowohlt, Reinbek bei Hamburg, 1984 , .. Les Feriæ Augusti étaient des jours fériés dans tout l'Empire romain.
Au , entre 588 et 602, l'empereur Maurice l’étend à tout l’empire byzantin en instaurant la fête de la Dormition de la Vierge Marie chaque année à la date du , semble-t-il pour commémorer l'inauguration d’une église dédiée à la Vierge montée au ciel.
La fête est introduite officiellement en Occident sous l'influence du pape Théodore I au et prend le nom d'Assomption à partir du siècle suivantL'histoire de l'Assomption.. Elle est citée sous ce nom en 813 par le Concile de Mayence parmi les fêtes d'obligationRémy Ceillier, Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, L. Vivès, 1863, 644, § 8..
En 1638, après presque vingt-trois ans de mariage stérile ponctués de plusieurs fausses couches, le roi désirant un héritier consacre de manière solennelle la France à la Vierge Marie sous le titre de son Assomption par un acte auprès du Parlement de Paris préparé l'année précédente où il demande à ses sujets de faire tous les , jour où était déjà célébrée la fête de l'Assomption, une procession solennelle dans chaque paroisse.. naît l'année suivante, et la fête célébrée par le vœu de Louis XIII prend une importance particulière en FranceNaissance du futur « Roi-Soleil »..
En 1854, la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception entraîne de nombreuses pétitions à Rome pour que soit officiellement défini le dogme de l’Assomption. « L'assomption, ou comment la tradition devient dogme »..
Le , la constitution Munificentissimus Deus de officialise en quelque sorte la fête mariale qui existe depuis quatorze siècles en proclamant que l'Assomption doit être désormais considérée comme un dogme de foi divinement révélé par Dieu. Marie, ayant été préservée du péché originel et n'ayant commis aucun péché personnel, a été élevée à la gloire du ciel, après la fin de sa vie terrestre, en corps et en âme : selon ce dogme, son enveloppe charnelle n'a pas à attendre la résurrection des corps à la fin des temps.
Église catholique Doctrine et proclamation du dogme
Le , l'Assomption de Marie est définie comme un dogme de foi par la constitution apostolique Munificentissimus Deus du pape :
Par la suite, la constitution dogmatique Lumen gentium du concile de 1964 a énoncé ce qui suit :
Processions et festivités vignette|redresse=0.95|left|L'Assomption à Novara di Sicilia. D'innombrables processions ont lieu le jour de l'Assomption, jour férié dans nombre de pays catholiques.
En France, depuis le vœu de Louis XIII qui place le royaume de France sous la protection de la Vierge, les processions donnent souvent lieu à des festivités, comme à Lourdes, Biarritz ou à Chartres. En Belgique, le 15 août en Outremeuse débute par une procession et trois jours de festivités. Également, ont lieu des offices et processions aux flambeaux à Banneux et aux sanctuaires de Beauraing. En Italie, le est le jour de Ferragosto.. En Espagne, les fêtes se déroulent partout. À Elche, le mystère d'Elche est une tradition très ancienne. Des pèlerinages ont également lieu, entre autres, en Pologne, en Croatie, en Italie, en Amérique latine, aux Philippines, en Afrique. Le est la date de la fête nationale de l'Acadie.
Huit jours après l'Assomption (soit le ), est célébrée la fête de Marie Reine, instituée en par l'encyclique Ad caeli Reginam afin de conclure l'octave de l'Assomption.
Selon les régions, différents plats sont traditionnels en ce jour : le gâteau Marie blanc et bleu aux couleurs de la Vierge à l'île Maurice.., le bescoin en Savoie..., ou encore les patolleo à Goa en Inde..
Église orthodoxe
vignette|redresse=0.8|La Dormition, plaque d'ivoire, fin du , musée de Cluny. L'Église orthodoxe célèbre, le du calendrier julien dans certains pays ou du calendrier grégorien dans d'autres, la Dormition de la Mère de Dieu, c'est-à-dire sa mort, entourée des apôtres, sa résurrection et sa glorificationDieu est Vivant, Catéchisme pour les familles, éditions du Cerf, Paris, 2005, .. C'est l'une des douze grandes fêtes de l'Église orthodoxe et la dernière du calendrier liturgique, la première étant la Nativité de la Vierge. Il y est proclamé que Marie a été « élevée par Dieu jusqu'au Royaume céleste du Christ dans la plénitude de son existence, spirituelle autant que corporelle ».
vignette|gauche|redresse=0.8|Dormition de la Mère de Dieu, icône russe du , galerie Tretiakov. Marie, selon la tradition orthodoxe, est montée au ciel dans son corps, ce qu'on appelle , plutôt que l'AssomptionLes Fêtes et la vie de Jésus Christ, II. La Résurrection, édition du Cerf, Catéchèse orthodoxe, Paris, 1989, . qui est l’usage de l'Église catholique. Cet événement est compris comme les prémices de la résurrection des corps, qui selon la croyance de l'Église orthodoxe, aura lieu lors du Second avènement du Christ, comme l'explique le théologien Vladimir Lossky :