Eugène Viollet-le-Duc, né le à Paris et mort le à Lausanne, est un architecte français.
Surtout connu auprès du grand public contemporain pour ses restaurations de constructions médiévales, édifices religieux et châteauxEugène Viollet-le-Duc, le prince des architectes, honoré par un Doodle !, Le Point, 27 janvier 2014. dont Notre-Dame de Paris, Pierrefonds, Carcassonne, le mont Saint-Michel et le château de Roquetaillade, Viollet-le-Duc est également historien, théoricien, pédagogue, dessinateur, professeur, écrivain, décorateur, archéologue, rédacteur de magazines, alpiniste
Il a écrit plus de cent ouvrages dont certains auront un succès international et sont toujours réédités, comme le Dictionnaire raisonné de l’architecture française du Les Entretiens, Entretiens sur l'architecture, Histoire d'une Maison. Une dense iconographie pédagogique permettant la compréhension de ses livres accompagne toujours ses ouvrages, ce qui explique, entre autres, son succès à l'étranger.
Son Dictionnaire raisonné de l'architecture française du contient plus de et reste aujourd'hui la plus grande base de données iconographiques existante sur le Moyen Âge. Ce livre aura une influence sur l'Arts and Crafts et le style Victorien en Grande-Bretagne, mais aussi sur tous les mouvements du renouveau gothique en Europe.
Il pose les bases de l’architecture moderne par ses écrits théoriques marqués par le rationalisme. Son livre Entretiens sur l'architecture est considéré « comme fondateur de l'architecture moderne ». Le Corbusier confirme cela : « les racines de l'architecture moderne sont françaises et sont à rechercher chez Viollet-le-Duc ». Ce livre préconisera aussi l'utilisation de matériaux modernes en architecture comme le fer, ce qui influencera la construction du premier gratte-ciel à Chicago (1885) par William Le Baron Jenney, qui dira de Viollet-le-Duc que « ses recherches et ses trouvailles dépassent tout ce qu’un autre auteur a pu écrire ». De son côté Frank Lloyd Wright affirmera que .
Il est aussi considéré aujourd'hui comme le théoricien incontesté de l’Art Nouveau, dont il sera avec presque trente ans d'avance le premier protagoniste.
Ses disciples seront nombreux et son travail inspirera les plus grands artistes du en Europe comme aux États-Unis : William Burges, Anton Gaudi, Victor Horta, Hector Guimard, Émile Gallé , Eugène Grasset et ses élèves Mucha et Maurice Pillard-Verneuil, Helgo Zettervall, Henri Sauvage et l'École de Nancy, John Ruskin, William Morris, Henry Van de Velde, l’École de Barbizon, Louis Comfort Tiffany, Paul Hankar, Hendrik Petrus Berlage, Louis Sullivan, Frank Lloyd Wright, Le Corbusier, Auguste Perret, Jean Nouvel.
Biographie Jeunesse et famille
Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc naît en au , aujourd'hui dans le de Paris. Il est le fils d'Emmanuel-Louis-Nicolas Viollet-le-Duc (1781-1857), conservateur des résidences royales à l'intendance générale de la liste civile sous le règne de Louis-Philippe , dès 1832« Edmond Thomas et Viollet-le-Duc » ou « Quand deux parallèles supposées se rencontrent, s’éloignent, se rencontrent de nouveau… »., homme de lettres (Nouvel Art poétique, Paris, Martinet, 1809) et d'Élisabeth Eugénie Delécluze (1785-1832), fille de l'architecte Jean-Baptiste Delécluze (1745-v. 1805), femme du monde qui tenait un salon où était reçu, entre autres, Stendhal.
Une correspondance fournie montre la proximité et l'affection entre Eugène Viollet-le-Duc et son père, encore plus après la mort de sa mère, en 1832, victime de l'épidémie de choléra qui touche alors Paris., Viollet-le-Duc n'est âgé que de .. Son père l'encourage dans sa voie professionnelle. vignette|redresse|gauche|Plaque 1 rue Chabanais (Paris).
Il est également très proche de son oncle, Étienne-Jean Delécluze, peintre et critique d'art, qui était le frère aîné de sa mère. Celui-ci recevait à son domicile du 1 de la rue Chabanais, des artistes, des peintres et des architectes au sein d'un salon littéraire. Ces personnalités (comme Prosper Mérimée) aidèrent plus tard le jeune Viollet-le-Duc dans sa carrière.
Eugène avait un frère cadet, Adolphe Viollet-le-Duc (1817-1878), qui fut peintre. Du fait de la fonction occupée par leur père dans l'administration, toute la famille Viollet-le-Duc était logée au palais des Tuileries.
Le , à vingt ans, il épouse Élisabeth Tempier, qu'il a rencontrée chez son ami le compositeur Émile Millet, frère du sculpteur Aimé MilletVoyage dans les Pyrénées de Viollet-le-Duc.Biographie d'Émile Millet., avec qui il avait l'habitude de voyager. Ils ont un fils, qu'ils nomment également Eugène (Eugène-Louis), né en 1835 et mort en 1910Eugène-Louis Viollet-le-Duc (1835-1910) sur data.bnf.fr., et une fille, Marie-Sophie, née en 1838. Celle-ci se marie plus tard avec Maurice Ouradou, un élève de son père et de Lebas. Viollet-le-Duc lui confie plusieurs travaux, dont la construction du château du Tertre d'Ambrières. Ouradou est également architecte diocésain à Châlons en 1862.
Formation
Le petit Eugène vit dans une ambiance artistique et libérale. Ainsi, à six ans, il est déjà un dessinateur précoce et surdoué. Entre 1826 et 1829, il est en pensionnat à l'institut Morin, à Fontenay-aux-Roses dont le directeur était un ancien républicain, anticlérical, disciple de Pestalozzi et de sa pédagogie moderne.
Jeune, Viollet-le-Duc avait « l’esprit rebelle » de son âge et déjà le goût de la construction et du risque : à seize ans, il monte des barricades pendant la Révolution de 1830 et voit ses compagnons tomber autour de lui.
À , pour ses études supérieures, il n'écoute pas ses proches et refuse de rentrer dans le rang : « Si j'ai du talent, que je sorte ou non de l'École [Beaux-Arts de Paris], je percerai. Si je n'en ai pas, ce n'est pas l'École qui m'en donnera ». D'un caractère bien trempé, il ne suivra donc pas les cours de l'École des Beaux-Arts de Paris et cela lui vaudra le mépris de nombreux architectes. La jalousie que cela suscitera sera à l'origine d'innombrables polémiques auxquelles Viollet-le-Duc répondait avec lucidité : « S’il doit tomber dans l’oubli comme tant d’autres choses, à quoi bon répondre à des attaques contre une doctrine dont personne ne gardera souvenir ? »
À la place, il parcourt la France, étudie les anciens bâtiments en les dessinant et vend ses œuvres pour financer ses voyages d’études à venir. Cette stature d'architecte autodidacte donnera à de Viollet-le-Duc quelques années plus tard une aura immense auprès des jeunes étudiants réformistes qui refusaient la mentalité conventionnelle de l'architecture académique.
En 1834, Viollet-le-Duc devient professeur suppléant de composition et d’ornement à la « Petite école » de dessin (ancienne École royale gratuite de dessin, qui devint plus tard l'École nationale supérieure des arts décoratifs)Fiche d'Eugène Viollet-le-Duc sur le site l'INHA. Il y impose l’étude et le dessin de la nature qui pour lui est le modèle parfait de l’esthétisme et de l’harmonie. Cette approche pédagogique, combattue par les Beaux-Arts, prendra pied dans l’école par les professeurs qui devinrent ses disciples, comme Charles Genuys « un des plus illustres animateurs de l'Art nouveau ». Ainsi sous l’influence de Viollet-le-Duc l’enseignement de l’art floral et la reproduction en dessin de la nature allait ouvrir la voie à ce mouvement : Hector Guimard, le décorateur Louis Majorelle, le bijoutier Lalique, élèves de l’école, illustrent la filiation naturaliste de Viollet-le-Duc.
Après un voyage au mont Saint-Michel en 1835 il concrétise en 1836 son rêve de réaliser un long voyage en Italie grâce au produit de la vente de l’aquarelle Le Banquet des dames aux Tuileries au roi Louis-Philippe. À son retour, il entre au Conseil des bâtiments civils comme auditeur, et est nommé sous-inspecteur des travaux de l’hôtel des Archives du royaume. C'est le début de sa collaboration aux Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France du baron Taylor.
Discours
Paradoxalement c’est dans ses travaux de restauration qu’il découvre dans le génie des gothiques un système de construction intemporel, basé sur l’observation de la nature. Ainsi pour Viollet-le-Duc la nature « était le modèle à suivre en architecture». Grâce à cela il établira les bases de l’architecture moderne qui sera dite « rationaliste » : nature, forme, fonction et matière.
Son discours sera propagé par son enseignement, ses restaurations et aussi par ses ouvrages illustrés. Son « Dictionnaire » (souvent considéré comme une simple encyclopédie sur le Moyen Âge) propose . Ses dessins d’inspiration naturaliste ou gothique, influenceront le renouveau gothique partout en Europe, mais aussi les arts décoratifs de la fin du dont ceux de l’Art nouveau. On retrouve l’influence des dessins du Dictionnaire directement dans l’esthétisme des œuvres Arts and Crafts de Edward Burne-Jones, Dante Gabriel Rossetti et William Morris à l’Exposition universelle de Londres en 1862.
Son livre Entretiens influence l’architecture proprement dite, comme la notion de structure ou le rapport aux matériaux modernes, comme le fer. Il inaugure un mode de raisonnement qui part des problèmes structurants comme noyau central du problème architectural. Les artistes Art nouveau (Gaudi, Guimard, Horta) copieront ouvertement ses modèles pour leurs constructions et le premier gratte-ciel aux États-Unis sera basé sur ses écrits.
Dans son Histoire d’une maison, Viollet-le-Duc exprime sa volonté de faire de l'architecture un art total. Ainsi, la réflexion sur l'aménagement intérieur de la maison et sur son décor prend-elle autant d'importance que celle sur la construction elle-même. Cette idée de considérer l’architecture et les arts décoratifs comme inséparables sera essentielle dans la conception artistique des artistes Art nouveau. Elle est aujourd’hui devenue la norme en architecture.
Histoire d’un dessinateur est presque autobiographique et pose son credo en matière d’éducation : la pratique du dessin comme un vecteur de l’émancipation personnelle. Le discours de Viollet le Duc se voulait effectivement antidogmatique et libérateur.
Ce qui transcende l’œuvre de Viollet le Duc est sa volonté d’une « renaissance de la méthodologie » en architecture. Cela explique sa confrontation avec le conservatisme des Beaux-Arts qui considérait que Viollet le Duc « était le dogme a abattre ». Si ses idées lui valurent de violentes critiques elles lui assurèrent aussi son énorme succès, car la nouvelle génération d’architectes voulait « remettre en cause l’ordre établi ». À la fin du l’expression « faire du Viollet le Duc » signifiait moderne et anti académique.
Chantiers marquants vignette|203x203px|gauche|Viollet-le-Duc se fait représenter sous l'aspect d'un roi de Judée dans la galerie des rois de Notre-Dame-de-ParisL'historien français de l'architecture du Daniel Ramée, écrit dans les années 1840 que s'il connaissait personnellement des « Juifs bons et charitables », néanmoins des cathédrales françaises construites dans les années 1200, telles que Notre-Dame de Paris, ne sont « pas chrétiennes » en raison de « l'élément phénicien-sémitique, connu sous le nom de juif en Europe ». Pour cet historien de l'art de l'époque de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris n'était que trop juive dans son imagerie. Voir The Gargoyles of Notre-Dame: Medievalism and the Monsters of Modernity, du médiéviste de l'art Michael Camille, University of Chicago Press; edition (June 15, 2009). . Cité en ligne.
C'est en 1839 que commence sa carrière de restaurateur. Il arrive à Narbonne pour achever la cathédrale Saint-Just, premier chantier qui lui est confié. Le jeune Viollet-le-Duc va tirer de l’analyse de ce chef-d’œuvre de l’art gothique des leçons architecturales qui lui seront essentielles pour les travaux de restauration qu’il entreprendra dans la suite de sa carrière. L'architecte restera marqué durablement par cette cathédrale méridionale :