Étienne-Christophe Maignet est un avocat et député français, né à Ambert le , mort à Ambert le .

Représentant en mission sous la Convention nationale, il participe à la répression des insurrections fédéralistes, notamment lors du siège de Lyon. Inquiété pendant la réaction thermidorienne, il reprend ses activités d'avocat dans son pays natal.

Biographie Premières années Issu d'une famille de notaires de Novacelles, Étienne Christophe Maignet est le fils aîné d'Étienne Maignet (mort en 1798), notaire royal d'Ambert et procureur, et d'Anne Serendat (1734-1769). Il a deux frères cadets : Claude, qui reprend l'étude notariale, et Joseph, avocat et administrateur du district d'Ambert (1794-1798). Après la mort de sa mère, son père épouse en secondes noces en 1772 Suzanne Favier, fille de Pierre Favier, papetier de Tence-en-Velay, près d'Yssingeaux, et de Suzanne Joubert, veuve de Claude Bégon, papetier de La Boule-Basse, et mère de deux fillesEdna Hindie Lemay, Dictionnaire des législateurs 1791-1792, Centre international d'étude du , 2007, vol. 2, 821 pages, p. 522-523 .Pierre-Claude Reynard, Histoires de papier: la papeterie auvergnate et ses historiens, Presses universitaires Blaise Pascal, 2001, 410 pages, p. 267-268 .L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 1974, vol. 24, p. 436..

Étienne Christophe Maignet étudie au collège des Oratoriens de Nolay puis apprend la procédure chez un avoué de RiomÉdouard Herriot, Lyon n'est plus, Hachette, 1938, tome II, p. 412.. Il le quitte cependant bientôt pour se marier le avec Benoîte BégonPierre-Claude Reynard, , 2007, p. 342, annexe IV.L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, vol. 23, 1973, p. 1050.Annales de la Faculté des lettres d'Aix, volumes 6-7, Fontemoing, 1912, p. 3., fille de Suzanne Favier (de son côté, son frère Claude se marie avec Suzanne Bégon en 1784Pierre-Claude Reynard, , 2007, p. 343, annexe IV), qui lui a donné deux filles et lui a survécuL'Intermédiaire des chercheurs et curieux, vol. 23, 1973, p. 1107.. Six mois plus tard, il part faire son droit à ParisMémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont-Ferrand, vol. 14, 1872, p. 617.. Il est reçu avocat au Parlement de Paris le sur la présentation de Camus.

Un partisan de la Révolution Adoptant les principes de la Révolution, il se voit confier, du fait de sa notoriété, la rédaction du cahier de doléances du tiers état du bailliage d'Ambert, et devient membre de la Société des Amis de la Constitution, qui se réunit à Ambert à partir du . Quand celle-ci fait scission, un mois après, il soutient le « club Clary », qui rassemble les plus ardents autour de Joseph Artaud-Blanval et de Vimal-MartinPhilippe Bourdin, Des lieux, des mots, les Révolutionnaires: le Puy-de-Dôme entre 1789 et 1799, Presses universitaires Blaise Pascal, 1995, 512 pages, p. 191-192.Daniel Martin, L'Identité de l'Auvergne: mythe ou réalité historique : essai sur une histoire de l'Auvergne des origines à nos jours, Éditions Créer, 2002, 717 pages, p. 546.. En , il est élu membre du directoire du département du Puy-de-DômeGeorges Bonnefoy, Histoire de l'administration civile dans la province d'Auvergne et le département du Puy-de-Dôme: depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours; suivie d'une revue biographique illustrée des membres de l'état politique moderne (députés et sénateurs), É. Lechevalier, 1895, 353. puis, le , député de ce département, le sur 12 avec 519 voix sur 617 votants, à l'Assemblée législative, où, ami de Couthon et de Robespierre, il siège à gauche et intervient en qualité de rapporteur du comité des secours, dont il est l'un des membres les plus actifs.

Réélu député du Puy-de-Dôme, le sur 12 « à la pluralité des voix » sur 695 votants, à la Convention, il vote la mort lors du procès de Louis XVI en , rejetant l'appel au peuple et le sursis.

En , il présente un projet de loi sur l'éducation des sourds-muets prévoyant la création de six établissements et d'une école centrale pour les maîtres. Toutefois, ce projet ne verra jamais le jourJean-René Presneau, Signes et institution des sourds : , Éditions Champ Vallon, 1998, 202 pages, p. 143..

De nombreuses missions À l'armée de la Moselle Ses talents d'administrateur lui valent d'être envoyé en mission avec Levasseur, Montaut et Soubrany par décret du auprès de l'Armée de la Moselle, où il surveille ses approvisionnements. Rappelé par décret du 6 juillet, il ne rentre à Paris qu'à la fin du moisMichel Biard, Missionnaires de la République, Paris, CTHS, 2002, p. 547..

À l'armée des Alpes De retour à Paris, il est nommé par décret du , avec Couthon et Châteauneuf-Randon, à l'armée des Alpes et dans le Rhône-et-Loire ; les trois représentants en mission sont également Michel Biard, , p. 193.. Partis dans le Puy-de-Dôme pour y échauffer le zèle révolutionnaire et assurer une levée extraordinaire destinée au siège de Lyon, les représentants arrivent à Clermont-Ferrand le et proclament le l'état d'urgence. Le , Maignet part avec une colonne de . Devant Lyon, les trois députés, qui veulent en finir au plus vite, alors que s'engage le siège de Toulon, s'opposent à Dubois-Crancé, qui préfère attendre que la ville, plongée dans la disette, tombe comme un fruit mûr ; ce dernier est finalement rappelé. Après la capitulation des rebelles, avec Couthon, il répugne à mettre à exécution l'ordre de destruction de la ville envoyé par la Convention et confirmé par une lettre pressante de Robespierre ; sa conduite mesurée lui vaut, ainsi qu'à Couthon, d'être dénoncé par Javogues, dénonciation d'ailleurs rétractée peu après.

Rappelés par décret du 9 brumaire an II (), Maignet et Couthon quittent Lyon le 3 novembre et retournent dans le Puy-de-Dôme pour y renouveler les autorités constituées et « défanatiser » le départementFrédéric Derne, «La chanson, "arme" révolutionnaire et chambre d’écho de la société en Auvergne », dans les Annales historiques de la Révolution française, Société des études robespierristes, Firmin-Didot & Cie, n° 341, juillet-septembre 2005, p. 45.. C'est ainsi que, le , ils prennent un arrêté ordonnant .

Dans les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse De retour dans la capitale le 8 frimaire an II (), Maignet est envoyé en mission dans le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône, en proie à la guerre civile, par arrêté du comité de salut public du 9 nivôse () pour organiser le gouvernement révolutionnaire.

À Marseille, il s'oppose aux excès de Fréron, rendant d'emblée, et sans attendre les ordres du comité de sûreté générale, la liberté à de nombreux suspects, s'efforce de préserver cette cité de la destruction et de la famine, mais favorise la déchristianisation. Le 9 germinal an II (), il rend un arrêté affirmant : . Toujours dans un souci d’apaisement, il redonne son nom à Marseille, temporairement « ville sans nom » du au , à la suite d'une révolte contre la Convention.

À Avignon, il remplace lui-même les administrateurs au prétexte qu'un , mais doit lutter contre Rovère et Mathieu Jouve Jourdan, dit « Jourdan Coupe-Tête », protecteurs ou membres des bandes noires, association de plus de 500 personnes dont le but est de se faire adjuger à vil prix les biens nationaux par une coalition d'influences locales et de notabilités ; il adresse un mémoire au comité de salut public dans lequel il dénonce ces menées et fait arrêter Jourdan.

Toujours dans le Vaucluse, on lui signale le bourg de Bédoin comme le foyer de l'agitation et des insurrections contre-révolutionnaires, en lui demandant de recourir à des moyens extrêmes, en particulier le chef de bataillon Louis-Gabriel Suchet. Ne voulant rien prendre sur lui, il adresse un état des lieux au comité de salut public, qui lui répond en l'appelant à la sévérité.

Avant toute mesure, il fait faire des sommations aux habitants du bourg, les invitant à la soumission et à la paix et leur affirmant que tout nouvel acte hostile à la République entraînerait la destruction du village. L'arbre de la Liberté ayant été abattu dans la nuit du 12 au 13 floréal (1-), les affiches des décrets de la Convention lacérées et jetées dans la boue, il prend, le 14, un arrêté, imprimé à aux frais de la commune et affiché dans les départements du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône, par lequel il ordonne à la commune d'indiquer les coupables et y envoie le de l'Ardèche, commandé par Suchet, alors installé à Carpentras, le logis et la nourriture étant aux frais des habitants. Par ailleurs, il ordonne l'arrestation des membres de la municipalité et du comité de surveillance, des nobles, des prêtres et de tous les suspects, , et charge le tribunal criminel du département d'instruire et de juger l'affaire .

Les coupables n'ayant pas été retrouvés, Maignet prend un second arrêté le 20 floréal () dans lequel il ordonne le transfert, dans les plus brefs délais, du tribunal criminel à Bédoin pour y instruire la procédure et y faire exécuter immédiatement les jugements rendus. De même, il prévient tous les habitants non détenus qu'après l'exécution des principaux coupables, ils auront vingt-quatre heures pour quitter leur maison avec tout leur mobilier, avant que le village ne soit livré aux flammes. L'agent national est par ailleurs chargé de répartir les habitants . Puis, le 28 floréal (), il rend compte de l'affaire à la Convention, qui l'approuve et ordonne l'insertion au Bulletin de sa lettre, renvoyée pour le surplus aux comités de sûreté générale et de salut public.

130 personnes sont arrêtées, parmi lesquelles 16 sont guillotinées et 47 fusillées le 9 prairial (). Cinq jours après, l'incendie est mis aux habitations. Dans sa lettre du 3 frimaire an III (), Goupilleau, ami de Rovère, indique que l'ensemble du village a été rasé. De même, une adresse présentée le 15 frimaire (5 décembre) par onze habitants de Bédoin parle de . En revanche, selon Philippe Buchez et Louis Blanc, seules six maisons sont brûlées. Selon la Biographie universelle de Louis-Gabriel Michaud, elles sont au nombre de sept ou huit. Quant à Charles Berriat Saint-Prix, il parle de 433 maisons incendiées, dont quelques-unes peu endommagées, aucune n'ayant été toutefois démolieCharles Berriat Saint-Prix, « La justice révolutionnaire en France, 17 août 1792-12 prairial an III », dans Ulysse Robert, Louis Paris (dir.) Cabinet historique : revue mensuelle, Paris, 1866, tome 12, p. 302..

Par la suite, Maignet obtient, avec Claude Payan, la création, par un arrêté du comité de salut public le 22 floréal (), d'une commission populaire, installée à Orange le 15 prairial (), où il fait déférer notamment une partie des membres de la municipalité, du district et du comité de surveillance d’ArlesÉmile Fassin – Bulletin archéologique d’Arles, 1891 n° 7, pages 103-105., dont trois modérés, André Brun, ancien maire, Louis Abril, procureur, et Pierre-Louis Ripert, ex-curé constitutionnel, sont exécutés le 9 thermidor ()Paul Allard, Jean-Maurice Rouquette (dir.), Arles: histoire, territoires et cultures, Actes Sud, 2008, 1297 pages, p. 801 .. Au total, cette commission militaire condamne à mort trois cent trente-deux personnes, dont trente-deux religieuses, en quarante-sept jours.

Puis ses pouvoirs sont élargis à l'Ardèche par arrêté du comité de salut public le 2 messidor ().

Une retraite prudente Après le 9-Thermidor, Rovère, devenu un soutien de la réaction, profite de l'arrestation de Joseph Le Bon le 15 thermidor (), pour dénoncer Maignet, mettant en parallèle ses liens avec Couthon et ceux de Le Bon avec Robespierre, et l'accuse d'avoir fait emprisonner en Avignon sur le simple motif qu'elles étaient Michel Biard, , p. 364.. Toutefois, sa demande est renvoyée au comité de salut public. Le lendemain, au club des Jacobins, Dubois-Crancé invite la société . Un décret du 26 thermidor () demande son rappel, parmi de nombreux représentantsMichel Biard, , p. 355.