La civilisation minoenne est une civilisation antique qui s'est développée sur les îles de Crète, de Santorin et plusieurs îles de la mer Égée de à
Tirant sa dénomination moderne du nom du roi légendaire Minos, elle a été révélée par l'archéologue anglais Arthur John Evans au début du . On ignore par quel nom elle se désignait elle-même, mais les Égyptiens de l'Antiquité la dénommaient Kaphti Hans-Erich Stier (dir.), « Westermann Grosser Atlas zur Weltgeschichte », 1985 , . et certaines théories, s'appuyant sur des écrits de la cité de Mari, tendent à appeler l'île de Crète Kaptara..
Géographie et environnement vignette|redresse=1.5|Carte des principaux sites minoens.
Équidistante de la Grèce continentale, des Cyclades, de Rhodes et de la Libye, l'île de Crète marque la limite sud du bassin égéen et est un carrefour entre Europe, Asie et Afrique. La Crète et son voisinage (Cyclades, Péloponnèse, Anatolie) se trouvent dans une région géologiquement dynamique et souvent soumise aux tremblements de terre, dont certains ont été la cause de graves dégâts pour les palais et cités de l'âge du bronze.
En outre, bien que le niveau de la Méditerranée soit globalement constant depuis environ six millénairesIon Argyriadis, Actes du colloque « Michel Durand-Delga », Société géologique de France, Paris, 3-4 décembre 2013 et Franck Auriac, Olivier Deslondes, Thomas Maloutas, Michel Sivignon, Atlas de la Grèce., CNRS-Libergéo-Documentation française 2003, .P.A. Pirazzoli, « A review of possible eustatic, isostatic and tectonic contributions in eight late-Holocene relative sea-level histories from the Mediterranean area » in: Quaternary Science Reviews n° 24(18), 2005, p. 1989-2001, DOI : 10.1016., de nombreuses habitations ou ports de la côte orientale sont submergés de nos jours en raison de la subsidence de cette côteÀ Chersonesos, le niveau de la mer est aujourd'hui au niveau des quais de l'époque romaine. À Mochlos, des viviers à poissons taillées à même la roche à l'époque romaine sont complètement submergés : .. Dès lors, si l'on considère que le niveau de la mer était, en Crète orientale, inférieur d'un mètre à l'époque romaine par rapport à aujourd'hui, on peut supposer que de nombreux sites minoens sont désormais sous au moins deux mètres d'eau. Les ports minoens étaient souvent situés à l'abri de promontoires, de chaque côté desquels se trouvaient les installations portuaires, utilisées en fonction de la direction du vent. Le promontoire de Mochlos fut certainement un des abris typiques, avec un port de chaque côté de l'isthme, jusqu'à ce que la montée des eaux le transformât en île.
Un autre changement dans la configuration des côtes de l'île est dû à l'élévation progressive de toute la côte occidentale. Ce phénomène, mis en évidence par Spratt dans les années 1850, aurait commencé à l'époque médiévale, peut-être au , juste après la conquête des Sarrasins. Entre Paleochora et l'ancienne cité de Lyssos, l'élévation est estimée à huit mètres. Ainsi, à Phalassarna, l'ancienne cité grecque possédait un port intérieur, relié à la mer par un canal taillé dans la roche. Ce canal est désormais plusieurs mètres au-dessus du niveau de la mer.
La Crète est une île montagneuse, dominée par trois massifs culminant à . La composition géologique et l'activité sismique ont créé de très nombreuses grottes et cavités très tôt occupées par l'homme à des fins d'habitation ou de culte.
De nos jours, environ les deux tiers de la surface totale de l'île sont des zones rocheuses et arides, mais ce n'était peut-être pas le cas à l'époque minoenne. Si la déforestation a commencé très tôt en Crète, notamment en raison des constructions navales, il semble que sous les Minoens une forêt primitive de cyprès couvrait toute la région à l'ouest du mont Ida, et l'on pouvait encore la voir, à l'état résiduel, à l'époque vénitienne, à la fin du Moyen ÂgeLe cyprès était abondant au temps de Pline. Le cyprès de Crète était utilisé par la marine vénitienne pour la construction de navires : .. Parmi les plantes déjà présentes à l'époque minoenne, on peut noter le safran, l'amandier, le cognassier, les pois, les pois-chiches, le caroubier, le céleri, la carotte, le chou, l'asperge, ainsi que des plantes aromatiques (aneth, thym, sauge, menthe et origan crétois).
L'île ne possédait pas de rivière navigable. Il semble cependant qu'il y ait eu plus d'eau à l'âge du bronze que de nos jours, ces changements climatiques étant peut-être une conséquence de la déforestation.
Histoire Chronologie vignette|redresse|Statue d'Arthur Evans, fondateur de l'archéologie minoenne sur le site de Cnossos.
Sir Arthur Evans, fouilleur de Cnossos, et fondateur de l'archéologie minoenne, a introduit, pour l'étude de la civilisation minoenne, une chronologie tripartite. Il établit son système sur l'étude des poteries trouvées en Crète, en les comparant aux objets égyptiens découverts sur l'île et en essayant d'établir un parallèle avec la chronologie égyptienne. Evans divise donc l'histoire minoenne en trois périodes, le minoen ancien, le minoen moyen et le minoen récent, elles-mêmes divisées en trois sous-parties, et place l'apogée de cette civilisation entre le minoen moyen III et minoen récent (vers 1700-1450 ).
Une nouvelle chronologie fut proposée en 1958, à Hambourg, par l'archéologue Nikólaos Pláton. Ce nouveau système repose sur les principales phases de la vie du complexe palatial de Cnossos. Pour Pláton, le premier palais remonte à avant d'être détruit vers Reconstruit, il est à nouveau détruit vers , probablement à la suite d'un séisme contemporain de l'explosion du volcan de Santorin. Cette datation, désormais largement répandue, adopte une chronologie et une terminologie quelque peu différente de celle d'Evans. Selon Pláton, ce que nous appelons le Néolithique s'arrête en par l'introduction du cuivre. La période allant de cette date à la construction des premiers palais de Cnossos, Phaistos et Malia est décrite comme « pré-palatiale ». La période « proto-palatiale » s'étend de la construction des palais à leur destruction vers La période « néo-palatiale » s'étend de leur reconstruction jusqu'à la destruction finale de Cnossos vers La période suivante, « post-palatiale » ou mycénienne, est celle de l'abandon des principaux palais, et se termine avec l'arrivée des Doriens dans l'île.
La datation de chaque période est fondée sur des correspondances chronologiques avec l'Égypte ancienne, dont on connaît plus précisément la chronologie, grâce aux inscriptions retrouvées. Des bols égyptiens en pierre datant du pré-dynastique ou de l'Ancien Empire, ont été retrouvés dans un contexte de la fin du Néolithique à Cnossos. Des vases en pierre de l'Ancien Empire ont été découverts dans des tombes pré-palatiales à Mochlos. Des scarabées de la dynastie ont été mis au jour à Lébéna dans un contexte de la fin de la période proto-palatiale. Mais ces découvertes ont pour limite l'impossibilité de les dater avec certitude puisqu'elles ne portent pas d'inscription. En revanche, on pense ainsi que la période proto-palatiale est contemporaine de la dynastie car des fragments de vase de style de Kamáres ont été trouvés à Kahun en Égypte parmi les déchets d'un habitat ouvrier établi pour la construction des pyramides royales de cette dynastie. Un vase de Kamáres fut aussi trouvé à Abydos. Le début de la période néo-palatiale doit coïncider avec l'époque des Hyksôs, puisque le couvercle d'un vase en pierre, portant le cartouche de pharaon Hyksôs Khyan fut découvert dans des niveaux du Minoen moyen III à Cnossos. De même, le reste de la période néo-palatiale correspond au Nouvel Empire, en particulier à la dynastie : une amphore en albâtre portant le cartouche de Thoutmôsis III a été trouvée dans une tombe de la période finale des palais à Katsamba.
Chronologie par Arthur Evans et par Nikólaos Pláton A. Evans N. Platon Chronologie traditionnelle Chronologie égyptienne Chronologie helladique Minoen Ancien Prépalatial () MA I 3100 – 2700 Dynastie Helladique ancien MA II 2700 – 2200 V et Dynastie MA III 2200 – 2000 à Dynastie Minoen Moyen Dynastie MM I A 2000 – 1900 Helladique moyen MM I B Proto-palatial 1900 – 1800 MM II 1800 – 1700 Dynastie MM III A Néo-palatial 1700 – 1600 à Dynasties MM III B 1600 – 1550 Minoen récent Dynastie MR I A 1550 – 1520 Helladique Récent I MR I B 1520 – 1430 Helladique récent II MR II Postpalatial 1430 – 1400 à Dynasties Helladique récent IIB MR III A 1400 – 1330 Dynastie Helladique récent IIIA MR III B 1330 – 1200 Helladique récent IIIB MR III C 1200 – 1100 Helladique récent IIIC Subminoen
Période pré-palatiale vignette|Hache en bronze d'une tombe de la Messará. L'arrivée du bronze en Crète marque la fin du Néolithique.
L'introduction du cuivre et son utilisation pour les outils et les armes, marque la fin du Néolithique en Crète. La thèse d'Arthur Evans selon laquelle l'introduction des métaux en Crète est due à des émigrés venus d'Égypte est aujourd'hui révolue. D'autres théories penchent en faveur de l'installation en Crète de colonisateurs venus d'Afrique du Nord ou d'Anatolie. Mais les données archéologiques ne confirment pas ces hypothèses, ni même les données anthropologiques qui ne montrent pas l'arrivée de nouvelles populations sur l'île à cette époque. La théorie actuelle penche en faveur du fait que toute la région de l'Égée est à cette époque habitée par un peuple désigné comme préhellénique ou égéen. L'Égypte semble trop lointaine pour exercer une grande influence à cette époque. Au contraire, c'est l'Anatolie qui joue un rôle probant dans l'initiation de la Crète aux arts des métaux. La diffusion de l'usage du bronze en mer Égée est liée à de larges mouvements culturels et commerciaux depuis les côtes de l'Anatolie vers la Crète, les Cyclades et le sud de la Grèce. Ces régions entrent dans une phase de développement social et culturel, marqué principalement par l'essor de la navigation les reliant à l'Anatolie et à Chypre. Cependant la civilisation demeure néolithique, notamment dans la première partie de la période. Ainsi, on peut noter, dans un premier temps, des changements davantage sur le plan de l'organisation et de l'amélioration des conditions de vie que sur le plan de la technologie.
Grâce à sa marine, la Crète occupe une place prédominante en Égée. L'utilisation des métaux multiplie les transactions avec les pays producteurs : les Crétois vont chercher le cuivre à Chypre, l'or en Égypte, l'argent et l'obsidienne dans les Cyclades. Des ports se développent sous l'influence de cette activité croissante : Zakros et Palékastro sur la côte orientale, les îlots de Mochlos et Pseira sur la côte septentrionale deviennent les principaux centres d'échange avec l'Anatolie. L'importance de celle-ci pour la Crète explique la prépondérance de la partie orientale de l'île qui en constitue le foyer le plus actif. Alors que Knossos ne connaît encore qu'une civilisation sub-néolithique, sans métal, Malia fait figure de métropole. C'est à cette époque que des communautés de fermiers et d'éleveurs se développent dans la plaine de la Messará. Il semble que dès le minoen ancien, les villages et les petites villes deviennent la norme et les fermes isolées se font beaucoup plus rares.
La généralisation de l'emploi du bronze déplace le centre de gravité de l'île vers son centre, dont les cités commencent à concurrencer celles de la partie orientale. De plus, de nouvelles matières premières détournent l'attention des Crétois de l'Anatolie. Par exemple, l'étain d'Espagne, de Gaule ou de Cornouaille arrive sur les côtes siciliennes et de l'Adriatique et certaines cités orientent leur commerce vers ces régions. C'est ainsi que l'embouchure du Kairatos se développe. Une route traverse la Crète en son milieu avec Knossos et Phaistos comme principales étapes.