L'Évangile selon Marc () est l'un des quatre Évangiles canoniques du Nouveau Testament. Il relate la prédication, la vie, la mort et la résurrection de Jésus de Nazareth selon le christianisme.
Ce texte est l'un des trois « Évangiles synoptiques ». Dans l'ordre canonique de la Bible chrétienne, il se situe en deuxième place, juste après l’Évangile selon Matthieu.
Il est aussi le plus bref et probablement le plus ancien des quatre Évangiles. Son antériorité par rapport aux deux autres synoptiques (Matthieu et Luc) est aujourd'hui admise par le consensus historien, tout comme son utilisation par Matthieu et Luc, dont il constitue l'une des deux sources principales. En ce sens, il inaugure un genre littéraire nommé « évangile », inconnu jusqu'alors.
Écrit entre l'année 65 et l'année 75, autrement dit peu avant ou peu après les événements de l'année 70 et la destruction du Temple de Jérusalem, il se situe à une période charnière de l'histoire du peuple juif. La date précise de sa rédaction fait d'autant plus débat que son dernier chapitre semble inclure des apports ultérieurs.
Les thèmes principaux de sa théologie sont l'imminence du Royaume de Dieu, la puissance miraculeuse de Jésus, le secret messianique, et l'importance de la grâce divine.
La tradition chrétienne attribue sa rédaction à Marc, identifié au Marc compagnon de Paul puis de Pierre, personnage mentionné par le Nouveau Testament, notamment les Actes des Apôtres et les épîtres de Paul.
Rédaction et origine Auteur et langue de rédaction L'Évangile selon Marc est le plus bref des quatre Évangiles canoniques et, à l'instar des trois autres, il est écrit dans le grec ancien dominant alors, la koinè..
Ce texte ne comporte aucune mention de son ou de ses auteurs. Son auteur n'explicite pas ses intentions en rédigeant ce texte, qui sont à déduire par le lecteur. Il n’emploie jamais la première personne du singulier, qui n'est suggérée indirectement qu'une fois, dans une apostrophe en 13:14 (« que le lecteur comprenne »). Le titre (suscription) d' () n'apparaît que vers la fin du .
vignette|redresse=1.5|Marc et son lion symbolique, enluminure de lÉvangéliaire d'Egmond, v. 900. Certains chercheurs considèrent que la question de l'identification de l'auteur n'est pas nécessairement centrale et doit être relativiséeCorina Combet-Galland, « L'évangile selon Marc », in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament. Son histoire, son écriture, sa théologie, Genève, Labor et Fides, « coll. Le Monde de la Bible, 41 », 2008, .. La tradition des pères de l'Église, relayée par Eusèbe de CésaréeHE, III, 39, 15-16., s'appuie sur le récit de Papias d'HiérapolisEnrico Norelli, Papia di Hierapolis, Esposizione degli Oracoli del Signore: I frammenti (Letture cristiane del primo millennio, vol. 36), Paoline, Mailand 2005 , p. 38–54. datant du . La valeur historique de ce texte est néanmoins débattue par la recherche historique contemporaineRaymond E. Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ? , Paris, Bayard, 2010, ., notamment parce que l'analyse du contenu même de l'évangile la met en douteRaymond E. Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ? , Paris, Bayard, 2010, ..
L'auteur est peut-être à rapprocher d'un disciple judéo-chrétien de Pierre à JérusalemCorina Combet-Galland, « L'évangile selon Marc », in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament. Son histoire, son écriture, sa théologie, Genève, Labor et Fides, 2008, ., cité par trois fois dans les Actes des Apôtres sous le nom de Jean surnommé Marc, ., repris une seule fois sous le seul nom de « Marc ». – un nom assez courant à l'époque – et qui est associé à Pierre, Paul et Barnabé. Ce personnage nommé Marc les aurait accompagnés lors de leurs deux derniers voyages missionnairesFrançois Brossier, « Marc : auteur et destinataire », in Michel Quesnel et Philippe Gruson (dir.), La Bible et sa culture, éd. Desclée De Brouwer, 2011, ., jusqu'à une séparation que Paul veut définitive. Ce personnage semble également apparaître dans l'Épître à Philémon, lettre sans doute authentique où Paul mentionne un « Marc » collaborant avec lui, à Rome ou à Éphèse, durant son troisième voyage missionnaire. Un autre passage, dans l'Épître aux Colossiens., qui est probablement pseudépigraphique (écrite vers l'année 80)François Vouga, « Le corpus paulinien », in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 , p. 164-165. et dépendant de l'Épître à Philémon, propose une situation identique et fait de Marc un cousin de Barnabé. La Première épître de Pierre. – également pseudépigraphique et rédigée à Rome – identifie Marc comme le « fils » de Pierre aux côtés de ce dernier. Enfin, la Deuxième épître à Timothée. explique comment Paul sur le point de mourir en prison – peut-être à Rome – réclame que Marc, « qui lui est précieux », lui soit envoyé.
Ces éléments permettent de dresser un portrait hypothétique d'un « Jean dit Marc », proche de Pierre à Jérusalem avant de suivre Paul, dont il se sépare après une querelle vers 50, puis, après une certaine période, de se rapprocher de Paul et de Pierre, auxquels il est « précieux » avant leur martyre. Il est vraisemblable que la tradition rapportée par Papias d'Hiérapolis évoque ce « Jean-Marc » comme l'auteur qui aurait mis par écrit ce que Pierre se rappelait. Pour sa part, Justin de Naplouse mentionne un passage du texte attribué à Marc en se référant à des « Mémoires de Pierre ». Justin de Naplouse est fidèle en cela à la tradition présente chez Papias et qui est reprise ultérieurement par Tertullien. Cependant, rien, , ne vient corroborer la validité des affirmations présentes dans ces textesBart D. Ehrman, Jésus avant les Évangiles : Comment les premiers chrétiens se sont rappelé, ont transformé et inventé l'histoire du Sauveur, Bayard, 2017 , p. 168-187..
De plus, l'importance de Pierre dans cet évangile ne signifie pas nécessairement qu'il en soit l'inspirateur car on retrouve la même prééminence dans différents écrits pauliniens. L'origine judéenne voire hiérosolomytaine du rédacteur semble également douteuse pour un texte rédigé en grec qui dénote une méconnaissance de la géographie palestinienneRaymond E.Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ? , Bayard, 2010, . L'évangile marcien témoigne en effet d'un manque de connaissance des questions géographiques, politiques et religieuses en Judée à l'époque de Jésus. Ainsi, aujourd'hui, l'opinion la plus courante est que l'auteur se situe géographiquement et historiquement à bonne distance des événements relatés..
Néanmoins, la présence de formulations maladroites donne à ce texte un aspect quelque peu rustiqueLarry Hurtado, Text-Critical Methodology and the Pre-Caesarean Text: Codex W in the Gospel of Mark, Wm. B. Eerdmans Publishing, 1981 , p. 25. qui peut être dû à l'éventuelle influence de Pierre..
En tout état de cause, il n'est guère possible de conclure dans la mesure où il se peut également que la tradition primitive ait attribué l'évangile à un chrétien nommé Marc, inconnu par ailleurs, qu'elle a confondu par la suite avec « Jean-Marc ». L'auteur demeure difficile à connaitre autrement que par ce qu'il est possible de déduire Corina Combet-Galland, « L'évangile selon Marc », in Daniel Marguerat, Introduction au Nouveau Testament: Son histoire, son écriture, sa théologie, éd. Labor et Fides, 2008, .
Datation vignette|gauche|La destruction et le pillage du Temple à l'issue du siège de Jérusalem (70). Bas-relief de l'arc de Titus à Rome. Les historiens et les exégètes s’accordent généralement pour une datation remontant à la fin des années 60 ou au début des années 70 ap. J.-C. en se fondant notamment sur l'état de développement de la tradition grecque sur Jésus telle qu'elle apparaît dans cet évangile : le texte suggère que plusieurs dizaines d'années se sont écoulées depuis la CrucifixionRaymond E.Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ? , Bayard, 2010, .. C'est essentiellement autour du discours apocalyptique du chapitre 13 que s'articule le débat sur la datation du texte : la majorité des exégètes insistent sur le climat d'effervescence eschatologique qui régnait alors et concentrent la fourchette de datation autour de l'année 70, avant ou après selon qu'ils estiment que l'auteur a ou non connaissance de la chute de Jérusalem..
Néanmoins, des nuances existent. Certains chercheurs, s'appuyant sur Papias, pensent que cet évangile a été rédigé peu après la mort de Pierre, au milieu des années 60. Ainsi Martin Hengel décèle dans Marc 13 la période qui a suivi la mort de Néron, celle dite « des quatre empereurs », c'est-à-dire l'année 69. Le fait que Marc n'évoque pas les révoltes de 66-70 ou ne mentionne pas la chute de Jérusalem en 70 semble conforter cette datation. Cependant, les chercheurs qui postulent une datation au-delà de 70 arguent que les Juifs qui se trouvaient hors de Palestine ne devaient que peu connaître les détails de cette révolte. Néanmoins, les témoignages de Flavius Josèphe ainsi que des auteurs d'apocalypses juives et l'importance qu'ils accordent à la chute et à la destruction du Temple incitent à douter que les chrétiens d'origine juive ignorent la portée symbolique de ces évènementsRaymond E.Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ? , Bayard, 2011, ..
En se fondant sur la relation avec les autres synoptiques, rédigés au cours des années 80, une datation au-delà de 75 pour Marc est peu envisageable.
Des théories minoritaires proposent d'autres datations et d'autres langues d'originePar exemple, James Crossley argumente en faveur d'une datation de l'évangile marcien susceptible de remonter jusqu'au milieu des années 30 : . De même, Ilaria Ramelli affirme que le Satiricon de Pétrone, contiendrait une parodie de l'histoire de Jésus et indiquerait que l'évangile marcien aurait le latin pour langue initiale, avec une datation antérieure à 64 : ; Ilaria Ramelli, Le Satiricon de Pétrone : tradition, Parodie, Allusion..
Genre littéraire vignette|redresse=1|Première page de l'Évangile selon Marc, manuscrit latin, 1486. D'une manière générale, l'école de la Formgeschichte (« histoire de la forme ») estime que les évangiles constituent un genre littéraire à part entière, né des besoins des premières communautés chrétiennes et , comme le rappelle Daniel Marguerat.. Toutefois, si la nouveauté du genre « évangile » n'est pas contestable sur le plan théologique, il en va autrement d'un point de vue littéraire.
Le texte de Marc étant le plus ancien des quatre Évangiles canoniques, il est en effet possible de considérer son auteur comme le créateur d'un genre littéraire nommé « évangile »Camille Focant, L'Évangile selon Marc, Paris, Cerf, coll. « Commentaire biblique. Nouveau Testament, », 2004 , p. 29-30.. Cependant, cette spécificité est contestée par plusieurs spécialistes, dont Rudolf Bultmann, qui voit plutôt le texte marcien comme une forme d'apologétique parmi d'autres, destinée à illustrer le kérygme chrétien et dénuée de véritables intentions biographiques.