Georges de Grèce (en grec moderne : / ), par son élection roi des Hellènes, est né Guillaume de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg, prince de Danemark, le à Copenhague, au Danemark, et mort le à Thessalonique, en Grèce. Deuxième souverain de la Grèce moderne et fondateur de la dynastie royale hellène contemporaine, il règne presque cinquante ans, de 1863 à 1913.
Deuxième fils du futur Christian IX de Danemark, le prince Guillaume s'engage, à l'adolescence, dans la marine royale danoise. Élu roi des Hellènes à l'âge de dix-sept ans, il prend le nom de Georges et s'installe dans son nouveau pays en 1863. Désireux de ne pas commettre les mêmes erreurs que son prédécesseur, le roi Othon , le jeune monarque ne tarde pas à s’helléniser et à aller à la rencontre de ses sujets. Encore jeune et inexpérimenté, Georges est confronté à une situation intérieure très difficile. À son arrivée au pouvoir, la scène politique grecque est en effet divisée et de graves problèmes financiers secouent le pays. L’agitation nationaliste est par ailleurs très forte et la Grande Idée, autrement dit le désir de réunir tous les Grecs dans un seul et même pays, est au cœur de la politique nationale.
Le règne de Georges est donc largement marqué par les velléités expansionnistes de la population hellène et par l’annexion, tantôt pacifique, tantôt violente, de plusieurs provinces majoritairement peuplées de Grecs : les îles Ioniennes (1864), la Thessalie (1880) et surtout la Macédoine, l’Épire et la Crète (1913). Malgré tout, la politique du roi est loin d’être toujours couronnée de succès et des humiliations nationales (comme lorsque les grandes puissances organisent un blocus contre le pays en 1885) et de graves défaites militaires (comme lors de la guerre gréco-turque de 1897) ponctuent également son règne. En outre, malgré le respect qu'il affiche vis-à-vis du régime parlementaire mis en place par la constitution de 1864, le souverain est périodiquement la cible des critiques de la classe politique et de l'armée. Le coup de Goudi (1909), qui permet l'entrée en scène d'Elefthérios Venizélos dans la vie politique grecque, est ainsi l'un des moments les plus compliqués de la vie du monarque.
Sur un plan plus personnel, Georges , qui reste luthérien jusqu'à sa mort, épouse, en 1867, la grande-duchesse orthodoxe Olga Constantinovna de Russie. Très uni, le couple donne naissance à huit enfants, avec lesquels le souverain entretient des relations étroites mais parfois orageuses. À travers eux, le roi est l'ancêtre de plusieurs souverains et prétendants européens. Georges meurt assassiné, à Thessalonique, par un déséquilibré du nom d'Aléxandros Schinás, en 1913, et son fils Constantin lui succède alors sur le trône de Grèce.
Famille
Georges est le troisième enfant et le deuxième fils du roi Christian IX de Danemark (1818-1906), surnommé le « Beau-père de l'Europe », et de son épouse la princesse Louise de Hesse-Cassel (1817-1898). Il est donc le frère de nombreux monarques et prétendants européens : le roi Frédéric VIII de Danemark (1843-1912), la reine Alexandra du Royaume-Uni (1844-1925), la tsarine Maria Feodorovna de Russie (1847-1928) et la princesse royale Thyra de Hanovre (1853-1933). vignette|gauche|alt=Photographie en noir et blanc d'un groupe de trois hommes et trois femmes se tenant par le bras.|Les enfants du roi Christian IX de Danemark en 1882. De gauche à droite, apparaissent Georges , Maria Feodorovna de Russie, Alexandra du Royaume-Uni, Frédéric VIII de Danemark, Thyra de Hanovre et Valdemar de Danemark.
Le , le roi Georges épouse, à Saint-Pétersbourg, la grande-duchesse Olga Constantinovna de Russie (1851-1926), fille du grand-duc Constantin Nikolaïevitch de Russie (1827-1892) et de son épouse la princesse Alexandra de Saxe-Altenbourg (1830-1911), devenue, après sa conversion à l’orthodoxie, la grande-duchesse Alexandra Iosifovna de Russie. Petite-fille du tsar Nicolas de Russie (1796-1855), la princesse Olga est née dans la religion orthodoxe alors que son époux est resté luthérien. Elle a également la particularité d’être une descendante directe en ligne matrilinéaire de l’impératrice byzantine Euphrosyne Doukaina Kamatera (v. 1155-1211) et de son époux l’empereur Alexis III Ange (1195-1203).
Du mariage de Georges et d’Olga de Russie naissent huit enfants : Constantin de Grèce (1868-1923), roi des Hellènes (1913-1917 puis 1920-1922), qui épouse la princesse allemande Sophie de Prusse (1870-1932) ; Georges de Grèce (1869-1957), prince de Grèce et de Danemark et Haut-Commissaire de la Crète autonome (1898-1906), qui épouse la princesse française Marie Bonaparte (1882-1962) ; Alexandra de Grèce (1870-1891), princesse de Grèce et de Danemark, qui épouse le grand-duc Paul Alexandrovitch de Russie (1860-1919) ; Nicolas de Grèce (1872-1938), prince de Grèce et de Danemark et gouverneur de Thessalonique (1912-1913), qui épouse la grande-duchesse Hélène Vladimirovna de Russie (1882-1957) ; Marie de Grèce (1876-1940), princesse de Grèce et de Danemark, qui épouse, en premières noces, le grand-duc Georges Mikhaïlovitch de Russie (1863-1919) puis, en secondes noces, l’amiral Periklís Ioannídis (1881-1965), gouverneur du Dodécanèse (1947-1951) ; ( - ), princesse de Grèce et de Danemark ; André de Grèce (1882-1944), prince de Grèce et de Danemark, qui épouse la princesse Alice de Battenberg (1885-1969) ; Christophe de Grèce (1888-1940), prince de Grèce et de Danemark, qui épouse, en premières noces, la roturière américaine Nancy Stewart (1878-1923) devenue, après sa conversion à l'orthodoxie, la princesse Anastasia de Grèce, puis, en secondes noces, la princesse française Françoise d'Orléans (1902-1953).
Georges a engendré une nombreuse descendance européenne. Il est également l’ancêtre de plusieurs personnalités américaines, comme le maire de Palm Beach Paul Ilynsky (1928-2004), l'officier de la CIA David Chavchavadze (1924-2014) ou l’actrice Catherine Oxenberg (1961).
Biographie Premières années (1845-1863) Une jeunesse danoise vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs montrant un bâtiment jaune à quatre étages avec balcon.|Le palais Jaune en 2006. L’enfance et l'adolescence de Guillaume de Schleswig-Holstein sont peu connues. Lorsqu’il voit le jour, en 1845, son père, le futur Christian IX de Danemark, n’est qu’un membre d’une branche cadette de la famille royale de Danemark. Il est seulement reconnu héritier du roi Frédéric VII, qui n'a pas de descendance, par le traité de Londres de 1852 et par une ordonnance royale danoise datée du ..
Le jeune garçon partage son enfance entre le palais Jaune de Copenhague et celui de Bernstorff, qui est mis à la disposition de sa famille par le roi chaque été. Il passe aussi quelques moments au château de Rumpenheim, où il côtoie le futur chancelier allemand Bernhard von Bülow.. Le prince reçoit une éducation assez simple, largement dirigée par ses parents et des gouvernantes britanniques. Le danois est sa langue maternelle et l'anglais sa deuxième langue. Il apprend également l’allemand et un peu de français.
Une fois adolescent, Guillaume intègre la marine royale danoise, ce qui lui vaut notamment d’accompagner, au Royaume-Uni, sa sœur, la princesse Alexandra, à l'occasion de son mariage avec le prince de Galles, en .
Une élection inattendue
vignette|redresse|alt=Photographie jaunie montrant un jeune homme à casquette négligemment assis sur une table.|Le prince Guillaume de Danemark, futur Georges , vers 1860. En , une révolution renverse le roi Othon de Grèce. Le peuple hellène refuse de voir le prince Luitpold de Bavière, frère et successeur désigné d’Othon, remplacer celui-ci à la tête du paysUn premier décret, promulgué le , a d’abord reconnu la seule déposition du roi Othon et de son épouse. Mais, le , un nouveau décret proclame la déchéance de la dynastie des Wittelsbach tout entière ..
Le gouvernement grec organise, en , une consultation populaire pour élire à la tête du royaume un prince étranger ayant la faveur de ses futurs sujets. Lors de ce référendum, Alfred du Royaume-Uni, second fils de la reine Victoria, est élu avec tandis que le prince Guillaume, également désigné comme candidat possible, n’en recueille que sixDans Olympics in Athens, Michael Llewellyn Smith donne les résultats complets de l'élection : Alfred du Royaume-Uni, ; le duc Nicolas de Leuchtenberg, ; « un roi orthodoxe », ; le tsar Alexandre II, ; « un roi », ; « longue vie aux trois puissances », ; « un prince impérial français », ; le prince Napoléon, ; une république, ; le prince Amédée d'Italie, ; le comte Philippe de Flandres, ; Guillaume de Danemark, ; un prince Ypsilántis, ; Garibaldi, ; le roi Othon , .. Cependant, le candidat anglais est écarté par les « Puissances protectrices » (Russie, France et Grande-Bretagne) qui dirigent la politique du jeune État grec. Le choix d’un fils de Victoria risquerait en effet de donner une trop grande influence au Royaume-Uni sur le gouvernement d’Athènes, et le traité de Londres de 1832 interdit aux membres des familles régnantes des « Puissances protectrices » de monter sur le trône hellène. La souveraine britannique est par ailleurs opposée à cette élection : elle désire en effet voir son fils devenir duc de Saxe-Cobourg-Gotha à la suite de son oncle, Ernest II..
D’autres candidats, parmi lesquels le duc Nicolas de Leuchtenberg, l’ex-roi Ferdinand II de Portugal, le duc Ernest II de Saxe-Cobourg-Gotha ou le prince Guillaume de Bade, sont avancés pour remplacer Othon, mais tous sont rejetés par l’une des trois puissances ou renoncent à la succession. Pendant cinq mois, la Grèce est donc sans souverain et l’instabilité gagne le pays.
En , le Royaume-Uni propose le nom du prince Guillaume de Danemark. Âgé de seulement 17 ans, le jeune homme a l’avantage d’être le beau-frère du prince de Galles et d’avoir une sœur fiancée au tsarévitch de Russie. Il parvient donc rapidement à faire l’unanimité auprès des grandes puissances, et il est élu roi par l’Assemblée nationale grecque sous le nom de Georges le (). Il faut cependant plusieurs mois pour que l’élection du prince Guillaume soit acceptée par la famille royale de Danemark. Le prince Christian et son épouse Louise de Hesse-Cassel craignent en effet pour l’avenir de leur fils et demandent pour lui d’importantes garanties de la part des grandes puissances. La conférence de Londres du permet cependant de rassurer les Danois et de rendre l’élection effective.
Par le truchement des grandes puissances, Guillaume ceint donc une couronne quelques mois seulement avant son pèreCelui-ci monte en effet sur le trône danois le alors que son fils est proclamé roi par une délégation grecque le à Copenhague .. Contrairement au roi Othon , Guillaume n’est pas élu « roi de Grèce » mais seulement « roi des Hellènes » : c’est là la marque du refus de ses sujets d’être à nouveau dirigés par un souverain despotique. C'est aussi l'affirmation qu'il règne sur tous les Grecs, y compris ceux qui vivent en dehors du royaume de Grèce.
Débuts du règne (1863-1866) De l’arrivée en Grèce à l’annexion des Ioniennes
vignette|redresse|gauche|alt=Tableau XIXe montrant un jeune homme blond en grand uniforme, devant une colonne et un rideau de couleur pourpre.|Georges en 1864. Dès son intronisation à Copenhague par une délégation grecque conduite par l'amiral Konstantínos Kanáris, les circonstances semblent favorables au nouveau monarque. Ainsi qu'il l'avait promis au moment de l'élection royale, le gouvernement britannique annonce en effet qu’il compte céder les îles Ioniennes à la Grèce en l'honneur du souverain. Malgré tout, la cession tarde à s’opérer et le jeune roi quitte le Danemark, le , plusieurs mois avant que l’archipel soit officiellement devenu grec.