Une zone érogène est une partie du corps humain qui, lorsqu'on la stimule, peut produire des sensations de plaisirs érotiques et peut provoquer une excitation sexuelle (lubrification vaginale, érection…).
La majorité des hommes et des femmes ont des zones érogènes communes, en particulier les organes génitaux et les caractères sexuels secondaires. Néanmoins, en fonction peut-être de différences génétiques ou physiologiques, mais surtout en fonction des expériences et des apprentissages sexuels, on observe des différences entre les personnes qui peuvent être relativement importantes.
À partir des études de l'anatomie et de la physiologie du corps, et de l'évaluation de l'érogénéité des différentes régions corporelles, il apparaît que le pénis et le clitoris sont les structures les plus érogènes Masters W.H., Johnson V.E. Human sexual response. Bantam Books, 1980, suivis par le vagin, la zone buccale (lèvres et langue), la nuque et les seins Turnbull O.H., Lovett V.E., Chaldecott J., Lucas M.D. Reports of intimate touch: Erogenous zones and somatosensory cortical organization. Cortex, 53:146-154, 2013Wunsch S. Thèse de doctorat sur le comportement sexuel EPHE-Sorbonne, Paris, 2007. Serveur des thèses du CNRS. La région anale peut également devenir très érogène, peut-être en fonction des apprentissages sexuels et aussi de voies nerveuses communes avec les organes génitaux. D'autres zones corporelles, telles la nuque et l'intérieur des cuisses, ainsi que les oreilles chez la femme et le scrotum chez l'homme, sont des zones érogènes secondaires.
Néanmoins, comme le nombre d'études scientifiques concernant les zones érogènes est limité, plusieurs phénomènes relatifs à l'érogénéité du corps sont encore mal connus. À part les régions érogènes génitales, où les connaissances disponibles sont relativement bien étayées, des études complémentaires sont nécessaires pour améliorer la compréhension et la connaissance des zones érogènes non génitales.
Sexologie (sexualité adulte) Étymologie Le mot « érogène » provient du grec ancien , « amour, désir », et du suffixe -gène signifiant « engendrer ».
Zones érogènes primaires et zone érogènes secondaires (définition) En fonction de la physiologie sexuelle, on distingue des zones érogènes primaires (ou orgasmogènes ou spécifiques) et des zones érogènes secondaires (ou non spécifiques). La stimulation des zones primaires, tels le pénis, le clitoris ou le vagin, peut déclencher un orgasme. Par contre, la stimulation des zones érogènes secondaires procure également des sensations de plaisir érotique, mais ne peut pas en général déclencher d'orgasme. La stimulation des zones secondaires facilite l'excitation sexuelle et les réactions sexuellesZwang G. Zone érogène. in Brenot P. (Ed). Dictionnaire de la sexualité humaine. L'Esprit du Temps, 2004Lopes P, Poudat F.-X. Manuel de sexologie. Elsevier-Masson, , 2013.
Localisation et érogénéité Deux études récentes ont évalué l'intensité des sensations érotiques provoquées par la stimulation de zones spécifiques du corps. Les résultats, provenant des réponses d'environ , sont présentés ci-dessous dans un schéma de synthèse et dans un tableau récapitulatif. Ces résultats correspondent à une moyenne et il existe une variation relativement importante d'une personne à l'autre, tout particulièrement pour les zones non génitales.
NB: en raison de quelques différences entre les deux études, les notes données par l'échantillon francophone (en vert) sont soit intercalées, soit, quand cela est possible, directement comparées avec les notes de l'échantillon anglophone (en orange). Dans la mesure du possible, les zones les plus érogènes sont présentées en premier.
+ Évaluation des zones érogènes (par ordre décroissant) Femmes Hommes Anglophone Francophone Anglophone FrancophoneClitoris9,178,76Pénis9,008,79Vagin8,408,20Bouche / Lèvre7,03 Point G 7,79Prostate 4,89Bouche / Lèvre7,91 Scrotum6,506,99Nuque7,51 Intérieur des cuisses5,84 Seins7,356,50Nuque5,65 Mamelon7,35 Mamelon4,89 Intérieur des cuisses6,70 Périnée4,81 Bas de la nuque6,20 Sommet du pubis4,80 Langue 6,18Langue 5,88Lèvres 5,69Lèvres 5,52Anus 5,50Anus 5,00Dos 5,19Dos 4,87Oreille5,06 Bas de la nuque4,53 Bas du dos4,73 Oreille4,30 Sommet du pubis4,72 Poitrine4,144,52Fesses4,535,91Fesses4,065,60Tête et cheveux4,143,53Tête et cheveux3,533,70Ventre3,974,89Ventre3,014,35Hanche3,57 Bas du dos2,86 Côté3,50 Mains2,83 Épaules3,27 Côté2,83 Périnée3,01 Doigts2,76 Haut du dos2,98 Bas des cuisses2,48 Mains2,73 Hanche2,31 Bas des cuisses2,60 Haut du dos2,22 Omoplate2,36 Épaules1,96 Doigts2,34 Extérieur des cuisses1,91 Extérieur des cuisses1,96 Joue1,65 Poignet1,86 Nombril1,60 Arrière du genou1,70 Omoplate1,45 Joue1,65 Arrière du genou1,40 Nombril1,62 Pied1,34 Pied1,32 Haut des bras1,30 Œil et tempe1,24 Œil et tempe1,22 Haut des bras1,15 Doigts de pied1,00 Avant bras0,93 Poignet0,99 Doigts de pied0,85 Avant bras0,97 Front0,85 Menton0,63 Mollet0,57 Mollet0,62 Menton0,55 Chevilles0,47 Chevilles0,54 Front0,46 Rotule0,44 Nez0,36 Tibia0,29 Rotule0,32 Nez0,24 Coude0,22 Coude0,16 Tibia0,20
Les principaux résultats de ces deux études sont similaires aux résultats d'études physiologiques qui, au cours de plus de de réponses sexuelles, ont montré que le pénis et le clitoris étaient les principales zones érogènes du corps.
Par ailleurs, les résultats sont relativement similaires entre les hommes et les femmes. Les zones érogènes génitales, primaires, sont les plus érogènes. La zone orale est très érogène tandis que la plupart des autres parties du corps sont faiblement érogènes. Les différences notables sont limitées à quelques zones, tels l'intérieur de la cuisse, la nuque ou les oreilles, qui sont un peu plus érogènes chez la femme. La seule différence majeure se situe au niveau des seins, qui sont bien plus érogènes chez la femme.
Les écarts entre les deux études sont faibles pour les zones érogènes primaires, et plus variables pour les autres régions du corps, ce qui correspond vraisemblablement aux différences d'apprentissages et de vécus sexuels. Par exemple, des personnes qui ont régulièrement des activités anales donnent des notes plus importantes pour les régions anales. Par ailleurs, des femmes ayant un vaginisme douloureux donnent en général une note proche de 0 pour le plaisir vaginal, ce qui modifie les résultats de l'enquête. Ainsi, en excluant de l'enquête les personnes qui ont vécu des expériences sexuelles négatives (douleurs, agressions, dégoût…), les zones érogènes primaires sont encore plus distinctes des autres zones (très faible écart type et donc résultats statistiques davantage significatifs).
Fonctions des zones érogènes primaires Des études globales et pluridisciplinaires permettent de mieux définir, caractériser et comprendre les zones érogènes. Dans l'organisation générale de l'organisme des mammifères, les zones érogènes primaires ont apparemment deux grandes fonctions : déclencher les réflexes sexuels de la copulation (lubrification vaginale, érection, éjaculation…) et induire des apprentissages qui améliorent la copulation et le comportement de reproductionWunsch S. Comprendre les origines de la sexualité humaine. Neurosciences, éthologie, anthropologie. L'Esprit du Temps, 2014..
Le clitoris et le pénis apparaissent comme étant les deux principales structures spécifiquement organisées pour participer directement à la copulation et induire des apprentissages liés à cette copulation. Chez la femelle (cf schéma ci-dessus), la stimulation du clitoris (parties externe et interne, en particulier le gland et le vestibule Foldes P., Buisson O. The clitoral complex: a dynamic sonographic study. J. Sex Med., 6(5):1223-1231, 2009 Buisson O., Foldes P., Jannini E., Mimoun S. Coitus as revealed by ultrasound in one volunteer couple. J. Sex Med., 7(8):2750-2754, 2010) induit la lubrification vaginale, renforce le réflexe crucial de la lordose Gonzalez-Flores O., Beyer C., Lima-Hernandez F.J., Gomora-Arrati P., Gomez-Camarillo M.A., Hoffman K., Etgen A.M. Facilitation of estrous behavior by vaginal cervical stimulation in female rats involves alpha1-adrenergic receptor activation of the nitric oxide pathway. Behavioural Brain Research, 176(2):237-243, 2007, déclenche dans quelques espèces le réflexe neuroendocrinien de l'ovulation Pavlicev M., Wagner G. The evolutionary origin of female orgasm. J. Exp. Zool. B Mol. Dev. Evol., 2016.Le réflexe neuroendocrinien d’ovulation, provoquée par le coït, existait apparemment chez toutes les espèces ancestrales de mammifères. Ce réflexe optimise la fécondation en libérant l’ovule lorsque le sperme est déposé dans le vagin., et, via les connexions avec le système de récompense (flèches bleues), induit des conditionnements sexuels Pfaus J.G., Kippin T.E., Coria-Avila G.A., Gelez H., Afonso V.M., Ismail N., Parada M. Who, what, where, when (and maybe even why)? How the experience of sexual reward connects sexual desire, preference, and performance. Archives of Sexual Behavior, 41(1):31-62, 2012 et l'apprentissage d'une motivation à répéter la copulation (motivation sexuelle). Chez le mâle, les sensations péniennes guident l'intromission Meisel R.L., Sachs B.D. : The physiology of male sexual behavior. in Knobil E., Neill J.D. The physiology of reproduction, Raven Press, 2nd edition, 1994, déclenchent l'érection puis l'éjaculation Giuliano F. Neurophysiology of erection and ejaculation. J. Sex Med., 8 Suppl 4:310-315, 2011, et, au niveau cérébral, induisent comme chez la femelle des conditionnements sexuels et l'apprentissage de la motivation sexuelle.
Anatomie Une structure corporelle devient une zone érogène primaire apparemment si elle possède plusieurs caractéristiques anatomiques spécifiques. C'est du tissu muco-cutané, qui est un tissu de transition entre la peau externe et les muqueuses internes. Cette peau particulière est caractérisée par une moindre épaisseur du derme et les structures neurales sensitives sont plus proches de l’épiderme que dans les autres types de peau (glabre ou poilue) Winkelmann R.K. . Mayo Clinic Proceedings, 34(2):39-47, 1959.. Une zone érogène est également densément innervée et aurait une forte capacité d’éveil cortical Schober J., Weil Z., Pfaff D. Hormones and Behavior, 59(5):689-695, 2011.. Les nerfs sensitifs sont reliés à une boucle réflexe d'un processus liée à la reproduction. Enfin, il existe une relation anatomique et fonctionnelle avec le système de récompense.
Physiologie Les sensations érotiques générées par la stimulation d'une zone érogène proviennent de différents types de processus neurobiologiques, qui sont influencés directement ou indirectement par l'expérience individuelle et par le contexte culturel. Le point G, les seins et la zone orale sont trois exemples typiques de ces processus érogènes particuliers.
La zone du point G, actuellement très controversée HINES T. M. The G-spot: a modern gynecologic myth, Am. J. Obstet. Gynecol., 185(2):359-362, 2001 Jannini E.A., Whipple B., Kingsberg S.A., Buisson O., Foldes P., Vardi Y. Who's afraid of the G-spot? J. Sex Med., 7(1 Pt 1):25-34, 2010, est un bon exemple d'une zone érogène liée à une zone érogène primaire. Il semblerait que l'érogénéité de cette zone provienne de l'anatomie particulière de cette région, où la partie interne du clitoris (bulbe du clitoris, appelé également vestibule du clitoris ou fascia de HalbanHoang N.M., Smadja A., Herve de Sigalony J.P. [The reality and usefulness of Halban's fascia]. J. Gynecol. Obstet. Biol. Reprod. (Paris), 20(1):51-59, 1991), les glandes de Skène, et le vagin sont en contact. La stimulation de cette zone G active simultanément les récepteurs sensoriels de la paroi antérieure du vagin, ceux des glandes de Skène et ceux du bulbe du clitoris. Ce serait la sommation de toutes ces sensations qui générerait la sensation érotique particulière provenant du point G.