La piraterie à l'époque hellénistique a connu un véritable essor et a eu un véritable impact aussi bien sur la sphère économique que politico-militaire. La piraterie à cette époque se multiplie sous diverses formes, allant des simples pirates qui pillent les commerçants ou les villages par nécessité à de véritables tribus pirates comme ce fut le cas avec les Crétois ou bien les Ciliciens.
Origines
Étymologie Il ne faut pas faire d’anachronisme : en analysant le vocabulaire antique pour désigner les « pirates » de l’époque, on remarque rapidement qu’il ne correspond pas à notre notion moderne de pirate. Les termes les plus fréquemment utilisés sont lèstaï et peirataï (πειρατής). Ils concernent aussi bien les brigands (terrestres) que les pirates (maritimes). Il n’existe pas non plus de termes dans le vocabulaire grec pour distinguer la « course » de la « piraterie ». La piraterie antique est assimilée à un mode d’acquisition des richesses par la force, les pirates étant des brigands, ils vivent de leurs rapines. Mais ils sont aussi, à l’époque, parfois associés aux forces armées régulières d’États souverains, cités ou royaumes. Longtemps, la condition des pirates ne souleva aucune réprobation, comme le montre l’accueil réservé dans l’Odyssée : « N’êtes-vous que pirates qui, follement, courez et croisez sur les flots et, risquant votre vie, vous en aller piller les côtes étrangères ? »Homère, Odyssée, III, 72-74.. Au , la piraterie jouissait d’une certaine estime. Platon la considère comme un domaine particulier de la chasse, de même que la guerre d’ailleursPlaton, Lois, VII, 823 b.. Aristote admet parfaitement que des gens vivant de rapines, mènent une existence de pillardsAristote, Politique, I, 8, 7, 1256 a, 11. 35-36..
Sources disparates à la vision tronquée
Les sources concernant la piraterie sont rares, il ne subsiste que très peu d’informations, qu’elles soient matérielles, archéologiques ou iconographiques. De plus, les imprécisions lexicales soulevées ci-dessus rendent difficile la mise en exergue d'une représentation fidèle du pirate de l’antiquité. Les sources anciennes écrites concernent avant tout les entreprises pour les réduire, les dispositions légales ou militaires qui ont été édictées pour les combattre, c’est pour faire l’éloge de Pompée ou de Lucullus que l’on en vient à parler des pirates. Toutefois, en donnant le contexte des actions décrites, ils évoquent les causes et les effets de la piraterie, ce sont des informations brèves mais utiles pour étudier leurs manières d’agir. Plutarque, Don Cassius, Cicéron, Appien et Florus permettent d’esquisser un portrait de ces pirates. Quelques textes parlent occasionnellement des pirates sur d’autres sujets, le commerce par exemple, la mythologie ou, comme Strabon, la géographie. Dans d’autres enfin, c’est un peu par hasard qu’ils apparaissent au détour d’une phrase lors d’une comparaison, d’un développement juridique ou moral, d’un fait divers. Ces allusions ne sont souvent pas grand-chose mais la pauvreté générale des sources disponibles fait que toute information, même la plus minime, peut aider à les cerner un peu mieux. Aucun texte antique ne s’intéresse en effet vraiment à eux en tant que personnes mais seulement en tant qu’ennemis de la société, avec ce que cela implique d’exagération et de manichéisme.
Le pirate et la société antique Il convient de faire attention au terme « pirates » lorsque celui-ci est utilisé dans les inscriptions comme dans les textes. En effet, sous l’appellation générique de « pirates » doivent parfois se cacher des membres des différentes communautés identifiables certes, mais il serait inexact de leur imputer l’ensemble des exactions de ce type commises dans le monde grec. En effet, n’importe quelle cité pouvait, en période de guerre, inviter ses ressortissants à prendre l’initiative d’opérations de brigandage contre les ennemis. L’un des exemples qui représentent le plus ces propos se passe en -416 lors de la paix de Nicias, conclue en -421, entre Athéniens et Spartiates. En réponse aux prises de butin faites par les Athéniens à partir de leur base de Pylos (Côte occidentale du Péloponnèse), « les Lacédémoniens, sans rompre le traité et leur faire la guerre, proclamèrent par voix de héraut que les gens de chez eux qui le voudraient pourraient piller les Athéniens. »Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, V, 115, 2..
Dans le sillage des armées victorieuses, s’agglutinaient d’autre part des pillards occasionnels venus de partout. C’est ainsi qu’en -398, nombre d’Arcadiens et d’Achéens, apprenant que le roi de Sparte Agis II s’emparait en Élide d’un butin considérable, « se présentèrent spontanément pour faire campagne avec lui et participèrent au pillage : et l’on peut dire, ajoute Xénophon, que cette expédition fut une entreprise de ravitaillement pour le Péloponnèse »Xénophon, les Helléniques, III, 2, 26.. Lorsque Agésilas II, en -396, est revenu d’Asie, il était également « accompagné par une foule de marchands et de gens avides de pillage, en nombre égal à celui de ses soldats »Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XIV, 79, 2., de même que le Thébain Epaminondas, durant son expédition dans le Péloponnèse en -370/-369, était suivi « par de nombreuses gens armées à la légère et sans armes avides de pillage »Plutarque, Agésilas, XXXI, 1.. Cela montre bien que toute période troublée était propice à la rapine et suscitait l’apparition de pirates à la petite semaine. Cela pose problème pour identifier des types de piraterie si différents, entre ceux qui participaient aux combats des armées régulières, ceux qui ne vivaient que de rapines ou encore ceux qui se transformaient en marchands d’esclaves. Le fait que certains opportunistes pouvaient se confondre avec les divers droits de saisie qui se pratiquaient, de façon plus ou moins légale, entre communautés étrangères, rend l’identification de pirates difficile.
Le droit « d'asylie » Le principal droit qui amène à cette confusion est le droit de représailles qui autorisait un particulier, agissant le plus souvent avec l’aval des pouvoirs publics, à pénaliser les étrangers là où il pouvait les atteindre pour des torts commis par eux-mêmes ou par leurs communautés d’origine : soit par la saisie de leurs biens (sylon, au pluriel syla), soit également par la saisie de leur personne (androlepsia). Pour éviter cela, les étrangers pouvaient se faire octroyer par les cités qu’ils pouvaient visiter une « asylie » à titre temporaire ou définitif : c’est-à-dire le privilège d’échapper aux saisies (syla) résultant du droit de représailles qui pouvait être valable en temps de paix mais aussi en temps de guerre. Lorsqu’il sont attribués à titre personnel, ces privilèges font l’objet d’un décret de l’assemblée du peuple. Mais ils peuvent aussi être octroyés à toute une collectivité, notamment pour les sanctuaires, soit par décret, soit à la suite d’une convention bilatérale. Nombreux sont à l’époque hellénistique les décrets de cette nature votés par les cités crétoises ou par la confédération étolienne. En de tels cas, il est bien évident que c’était pour se protéger des actes de piraterie. Même si certains pirates n’avaient aucun scrupule, la plupart respectaient ces conventions. C’est vers -240 que l’on observe un réel développement de cette pratique, ce phénomène touche alors la plupart des cités côtières, surtout en Asie Mineure. Cependant, lorsque la protection des Lagides décroît, l’insécurité reprend son essor sur la mer et c’est à ce moment que les cités essayent alors d’obtenir une convention d’asylie. Certaines se proclament détentrices de sanctuaires pour être elles-mêmes protégées. Elles le font pour les citoyens mais aussi pour ne pas mettre en danger leurs transactions, surtout pour celles qui avaient une foire importante.
Le commerce et la piraterie