Le lycée Saint-Louis est un établissement public local d'enseignement situé au 44, boulevard Saint-Michel, dans le de Paris (Quartier latin). Il a comme particularité d'être le seul lycée français public consacré aux classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). De plus, les classes sont exclusivement scientifiques à l'exception de la classe ECG.

Le lycée est réputé pour ses excellents résultats aux concours des grandes écoles d'ingénieurs (Polytechnique, Centrale Supelec, École des Mines, AgroParisTech), au même titre que les deux autres établissements de la montagne Sainte-Geneviève (le lycée Henri-IV et le lycée Louis-le-Grand). Cinq Prix Nobel, deux présidents de la République et un médaillé Fields y ont étudié.

Histoire Collège d'Harcourt

Fondation : 1280 En 1280, Raoul d'Harcourt, docteur en droit et chanoine de l’Église de Paris, conseiller de Philippe IV le Bel, qui a été archidiacre de Rouen et Coutances, chancelier de l’Église de Bayeux et chantre de l’Église d’Évreux, achète plusieurs maisons entre l’église de Saint-Côme et la porte de l’Enfer (proche de l’actuelle place Edmond-Rostand).

Il y fait construire un collège destiné à l’accueil d'une quarantaine d’écoliers pauvres des quatre diocèses normands, où il a exercé son ministère, entre la Saint-Michel et l’octave de Saint-Pierre. Il meurt avant l’achèvement de son projet et son frère, Robert d'Harcourt, évêque de Coutances, poursuit son œuvre en rachetant l’hôtel d’Avranches pour l’agrandir. Les statuts du précisent que ce collège est destiné à l’accueil de vingt-huit étudiants-boursiers aux arts et en philosophie, et à douze étudiants théologiens, originaires des diocèses de Coutances, Bayeux, Évreux et Rouen. Le proviseur, obligatoirement normand, est élu par les huit plus anciens boursiers théologiens des quatre évêchés de Normandie.

centré|vignette|Statuts du collège d'Harcourt.

Guerres de religion Fief catholique durant les guerres de Religion, Henri IV confisque les biens du collège et renvoie son directeur. Une fois la paix revenue, le roi réforme l'enseignement des collèges : initialement destiné à former des clercs et des universitaires grâce à des études de théologie, le collège se transforme en institution où étudient les enfants d'une noblesse en majorité de robe, bourgeois parisiens et boursiers venus de Normandie. Le collège se développe : au gré de nombreux dons, particulièrement de religieux normands, les bourses se multiplient et le collège s’ouvre de plus en plus aux élèves issus de la noblesse et de la bourgeoisie parisienne.

vignette|Voltaire et l'abbé Asselin. Une "première" célèbre au collège d'Harcourt. La mort de César. Le collège connaît une très grande renommée dès le , et de grands noms comme Racine, Boileau, Perrault le fréquentent au . Durant ces deux derniers siècles, le collège s'oppose à l'influence des jésuites dans l'enseignement, dont le fief est situé non loin, au collège de Clermont. Le proviseur Fortin est l’un des approbateurs de la première édition des Pensées et surtout proche collaborateur de Pascal lors des campagnes des Provinciales puis des « curés de Paris ». Il écrit : « L’étroite liaison que j’ai eu[e] avec M. Pascal durant sa vie m’a fait prendre un singulier plaisir à lire ces Pensées, que j’avais autrefois entendues de sa propre bouche. Ce sont les entretiens qu’il avait d’ordinaire avec ses amis », ce qui montre l'ancrage janséniste du collège.

De nombreuses représentations sont données au sein du collège lors des cérémonies de remise des prix au . La dernière tragédie de Jean Racine Athalie y est jouée sous le titre de Joas et une représentation du Polyeucte de Corneille a lieu en 1681.

La pièce de Voltaire intitulée La Mort de César est représentée pour la première fois au collège d'Harcourt le . Ce dernier est un proche de l'abbé Asselin, proviseur du collège, avec qui il entretient une correspondance dans laquelle il critique vivement l'abbé Desfontaines. Voltaire écrit même : « Je serai le poëte d’Harcourt, mais je serai sûrement toujours votre ami. C’est un titre dont je me flatte pour la vie »..

Fermeture du Collège durant la révolution En 1793, la Convention nationale met fin à ses activités comme à celle des autres collèges et les bâtiments sont démolis en 1795. À partir de 1814, un nouvel édifice est érigé à leur emplacement, d'abord destiné à l'enseignement, puis, dès 1815, à la fondation d'une maison de correction et d'une caserne. Après un arrêt, les travaux reprennent en 1819, de nouveau consacrés, à partir de 1820 à la construction d'un établissement d'enseignement, le lycée Saint-Louis.

Dès 1831, l'inscription « Ancien collège d'Harcourt » est gravée sur la façade du lycée Saint-Louis donnant sur le boulevard Saint-Michel, après une lettre de la comtesse d'Harcourt. Malgré les protestations de la comtesse, le lycée Saint-Louis ne reprendra jamais son nom initial, en dépit de quelques changements de nom.

Lycée Saint-Louis

Le lycée à l'aune du vignette|Statue de Saint-Louis dans la cour d'honneur. vignette|Vestiges d'un théâtre gallo-romain découvert sous le lycée Saint-Louis et la rue Racine (musée Carnavalet). En 1812, un décret de ordonne sa réouverture sur les plans de J.-B. Guynet, pour l’accueil d’un lycée impérial ; ce n’est pourtant qu’en octobre 1820 que le « collège royal Saint-Louis » succède à l’ancien collège d'Harcourt, accueillant à nouveau des internes dès 1823. En 1848, à la suite de la révolution, il change de nom pour devenir le « lycée Saint-Louis », après s'être appelé durant plusieurs mois « lycée Monge »..

Il se spécialise dans les enseignements scientifiques (l’internat n'accueille depuis 1885 que des élèves scientifiques) et dans les classes préparatoires aux grandes écoles (établies en 1866, seules présentes au lycée depuis la fermeture, en 1969, de la dernière classe de terminale). En 1843, un élève de l'établissement obtient pour la première fois le premier prix de mathématiques au concours général. Les classes préparatoires ouvertes en 1866 permettent de viser les concours de l'École polytechnique, l'École normale supérieure (en sciences), Centrale, l'École forestière et Saint-Cyr, augmentées en 1885 par la préparation à l'École navale. De nombreux élèves parviennent à intégrer ces établissements, si bien qu'à partir de cette dernière année, l'internat est réservé aux jeunes gens de classe préparatoire. Le nouveau lycée Lakanal se charge alors de loger une partie des élèves du lycée Saint-Louis. Avant la fin du , les petites classes et le premier cycle secondaire sont supprimés à Saint-Louis, l'accent étant porté sur les classes scientifiques.

Après son introduction en France à partir de 1818 par Francisco Amorós, la gymnastique scolaire est enseignée à Saint-Louis à partir de 1836Marc Le Cœur, « Les lycées dans la ville: l’exemple parisien (1802-1914) », Histoire de l'éducation, 90 | 2001, p. 131-167..

Dans les années 1860, la façade du lycée est retranchée de plus de cinq mètres pour l'aligner sur le nouveau boulevard Saint-Michel, tracé par le baron Haussmann et les travaux sont effectués sous la direction de l'architecte Antoine-Nicolas Bailly.

Durant le creusement de l’égout de la rue Racine, des vestiges du théâtre antique ont été découverts dans les caves du lycée et à l’emplacement de l’Ecole de Médecine entre 1861 et 1864. Théodore Vacquer supervisa la mise au jour et reconstitua le plan du théâtre..

À la rentrée 1880, notamment à cause du trop grand nombre de nouveaux d'élèves, le lycée est contraint d'installer des baraquements dans sa cour. vignette|Plaque commémorative du lycée Saint-Louis rendant hommage aux anciens élèves fondateurs du Stade Français. En 1880, trois Sancto-Ludoviciens s'y réunissent pour fonder ce qui constitue aujourd'hui le Stade français. En 1891, Henri-Louis Bouquet, aumônier du lycée, rédige un ouvrage relatant 6 siècles d'histoire du collège d'Harcourt au lycée Saint-Louis. Ce livre sera récompensé par le prix Montyon de l'Académie française.. Une version actualisée est publiée par l'association des parents d'élèves (APE) en 1980 sous la direction des professeurs Étienne Fuzellier et Maurice Euvrard. vignette|Façade du lycée vers 1890.|centré

Le lycée Saint-Louis face aux conflits des Dès la guerre franco-prussienne de 1870, des Sancto-Ludoviciens s'engagent au sein des rangs de l'armée ou sont mobilisés dans le cadre de la conscription. Un monument aux morts situé dans la chapelle du lycée leur rend hommage.

Les élèves du lycée participeront tout au long du aux différents conflits qui ont marqué l'histoire de France : la Première et la Seconde Guerre mondiale, la guerre d'Indochine ainsi que la guerre d'Algérie. Plusieurs monuments leur rendent hommage et sont situés au niveau de parloir du lycée (pour celui de la Première Guerre mondiale) ainsi qu'au niveau de la cour de gymnastique. Marcel Gaumont et Pierre Leprince-Ringuet sont les auteurs du monument aux morts du parloir.

En 1940, les craintes des bombardements entraînent la suspension des enseignements et le lycée Saint-Louis sert dès le mois de mai de centre d'accueil des réfugiés de Belgique et du Nord. Sous l'Occupation, il est envahi et est utilisé comme caserne par une compagnie de blindés de l'armée allemande durant quelques semaines.

Affirmation de la vocation scientifique du lycée durant le vignette|Le lycée, en arrière-plan, sur une photographie de Willem van de Poll prise le 14 juillet 1938 depuis la place de la Sorbonne. Avant 1945, les classes de latin-grec sont supprimées, ne permettant pas d'intégrer une terminale scientifique. En 1969, la dernière classe du secondaire disparaît. Le lycée Saint-Louis devient alors le seul lycée public français à ne compter que des classes préparatoires aux grandes écoles.

Le , une cinquantaine de délégués venus de France, d’Allemagne de l’Ouest, de Belgique, d’Italie et de Suisse se réunissent au lycée Saint-Louis pour fonder l’Association européenne des enseignants (AEDE).

En raison de son emplacement en face de la place de la Sorbonne, le lycée se retrouve au centre des évènements de Mai 68 et certains Sancto-Ludoviciens y participent. Le premier pavé est d'ailleurs lancé le à 17h30 au niveau du boulevard Saint-Michel, qui sera le théâtre d'affrontements violents entre manifestants et forces de l'ordre.. vignette|Plaque commémorative célébrant le septième centenaire du collège d'Harcourt. En 1980, pour la célébration des 700 ans du collège d'Harcourt, la mairie de Paris offre une plaque commémorative, inaugurée par le maire de l'époque Jacques Chirac, en présence du comité du VII centenaire composé de :

Alain Poher, président du Sénat et ancien élève Christian Beullac, ministre de l'éducation nationale Pierre Tabatoni, recteur de l'Université de Paris René Monchambert, proviseur de l'époque le duc d'Harcourt

Le lycée Saint-Louis au début du À l'occasion des Jeux olympiques d'été de 2024, le lycée abrite le centre de commandement des bénévoles de la Protection civile et permet d'organiser l’acheminement des milliers de volontaires sur plus de 70 sites..

Dénomination Depuis sa fondation en 1280, le lycée a changé de nom à différentes époques, témoignant des troubles politiques que connaissaient la France :

1280-1795 : Collège d'Harcourt 1820-1848 : Collège royal Saint-Louis 1848-1848 : Lycée Monge 1848-1870 : Lycée impérial Saint-Louis Depuis 1870 : Lycée Saint-Louis

Infrastructures Le lycée possède un CDI de (ouvert jusqu'à pour les internes et les internes-externés), un internat mixte de (234 chambres individuelles, 61 doubles) directement sur place et une chapelle. Il possède également une cafétéria, en plus du réfectoire, et les salles de cours et d'interrogations sont à la disposition des étudiants en dehors de leurs horaires d'utilisation. centré|vignette|Chapelle du lycée.