L’esclavage sexuel consiste à amener par la contrainte des personnes non consentantes à diverses pratiques sexuelles. Il peut se présenter sous la forme d'une relation à un seul maître, d'esclavage rituel souvent associé à des pratiques économiques, religieuses ou culturelles traditionnelles, d'esclavage à des fins principalement non sexuelles, mais où la sexualité est courante, ou enfin sous la forme de prostitution forcée ; il est considéré comme un des crimes contre l'humanité.

En général, la nature même de l'esclavage implique que l'esclave soit de fait disponible pour le sexe, et les conventions sociales usuelles ainsi que les protections légales qui restreindraient dans d'autres circonstances les actions du propriétaire ne sont plus effectives. Ainsi, la sexualité extramaritale entre un homme marié et un(e) esclave n'était pas considérée comme un adultère dans la plupart des sociétés acceptant l'esclavage Love and Sex and Women in the Art of Ancient Greece.

La prostitution forcée, par son absence de consentement et par l'exploitation répétée, fait partie de l'esclavage contemporain. Les personnes captives vendues sont dépourvues de toute forme de contrôle sur leur vie. Elles sont obligées de produire des services sexuels .

En 2000, un rapport des Nations uniesRapport de l'UNICEF, 2000 donne l'estimation annuelle de plus d'un million de personnes impliquées par la force dans le commerce et/ou l'esclavage sexuel.

Afghanistan vignette|upright|Batcha au Turkestan russe dans les années 1870.

En Afghanistan, a été remise au goût du jour une ancienne tradition appelée Baht shahbazi (jeu avec les garçons) consistant à exploiter de jeunes garçons de famille pauvre, formés ensuite à la danse, devenant là aussi des objets de convoitise sexuelle, et s'ils ne sont pas doués pour la danse, limités aux pratiques homosexuelles.

Dans le nord de l'Afghanistan, posséder un jeune garçon (appelé bača bāzī ou BachaBereesh (ce qui signifie « garçon imberbe ») ou Basha bazi) est signe de réussite sociale dans le civil comme aux postes de commandement de l'armée où nombre de ces propriétaires sont très puissants, qui les « offrent » ponctuellement à leurs amis.. Ainsi, l'homosexualité s'allie à la pédophilie (pédérastie) à travers cette sorte d'esclavage sexuel et de prostitution enfantine. Les DVD des prestations artistiques de ces jeunes Basha bazi travestis en femmes, souvent maquillés, sont en vente libre dans les rues de Kaboul, dans la mesure où celles de femmes dansant sont strictement interdites.

L'OFPRA, l'ONU ou l'UNICEF tentent vainement de s'élever contre ces pratiques officiellement prohibées par le gouvernement afghan mais communément admises dans tout le pays Coomaraswamy, Radhika Promotion and Protection of the Rights of Children at United Nations General Assembly, October 14, 2009..

Armée impériale japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale Des centaines de milliers de femmes ont été exploitées sexuellement par l'armée impériale japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette armée les désignait par l'expression « femmes de réconfort ». Les femmes concernées étaient pour la plupart des Coréennes, des Chinoises, des Indonésiennes, des Européennes et d'autres ressortissantes de pays asiatiques et ce système d'esclavage leur a été imposé de force.

Chine En Chine, le déséquilibre entre les sexes (117 garçons pour 100 filles en 2005) a pour conséquence la mise en place de trafic humain dans le cadre de la prostitution. Ainsi en 2002, un homme a été condamné à mort pour avoir enlevé puis vendu une centaine de femmes à des Chinois célibataires dans la province du Guangxi. Dans la province du Yunnan des dizaines de femmes ont pu être libérées avant qu’elles soient vendues à des réseaux mafieux proxénètes. Elles étaient destinées à alimenter les lieux de prostitution comme esclaves sexuelles dans les centres urbains de l'Asie du Sud-Est. D'autres femmes devaient rejoindre Taïwan afin de s'y « marier »Trafic humain en Chine.

Le chef adjoint des services d'enquêtes sur les crimes indique qu'entre et enfants disparaissent chaque année en Chine sans pouvoir indiquer toutefois le pourcentage attribué au trafic humain.

État islamique en Irak et au Levant (EIIL) En 2014, après les massacres de Sinjar, plusieurs milliers de jeunes femmes yézidies sont capturées par l'État islamique et vendues à ses combattants comme esclaves sexuelles. Nazand Bagikhany, conseiller du gouvernement régional kurde, indique que ces femmes subissent notamment , certaines femmes vendues portaient des étiquettes de prix sur les marchés de Raqqa et de Mossoul .

L’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) utilise, depuis 2014, l’esclavage sexuel de femmes yézidies, musulmanes, chrétiennes et juives comme arme de guerre et théologie inspirées de la pratique médiévale des armées musulmanes. L’esclavage n’est pas une pratique légale. Au contraire, elle est interdite, depuis environ 100 ans, en Syrie et en Irak. Le nombre d’esclaves sexuelles est difficile à recenser puisque les esclaves changent de propriétaire, d’autres sont vendues, certaines fuient et d’autres meurent. Il est estimé que plus de 5 000 femmes ont été capturées en 2014 . En 2015, étaient toujours captives par le régime de l’EIIL.

Cette théologie du viol est justifiée par les droits islamiques de guerre (fiqh al-harb). Les combattants considèrent les femmes comme un butin qu’ils peuvent partager entre vainqueurs. Après les batailles, les femmes, une fois captives, sont « triées » par les commandants militaires sur le terrain. Suivant les critères de la jurisprudence islamique, ils vont séparer les femmes musulmanes des non-musulmanes et les femmes vierges des femmes mariées. Une femme vierge a deux caractéristiques distinctes pour le combattant djihadiste. Premièrement, il peut avoir une relation sexuelle immédiatement après sa capture, si elle est « femme ». Pour être une femme dans le régime de l’EIIL, il faut avoir eu ses premières menstruations. Or, cela pousse l’âge des premières relations sexuelles à 9 ans pour certaines esclaves. En second lieu, dans la perception djihadiste, avoir une relation sexuelle avec une femme vierge est un avant-goût du paradis, étant donné que le Coran promet des houris (vierges) « à tout musulman après sa mort ». Cela justifie cette quête de la virginité par les combattants djihadistes.

Dans la théologie interne du régime de l’EIIL, seules les femmes musulmanes sunnites sont considérées comme de vraies femmes, donc protégées de l’esclavage (Guidère, 2016). Cela signifie que les musulmanes chiites et alaouites peuvent également devenir esclaves.

Les relations sexuelles avec des non-musulmanes chrétiennes et juives sont régulées par la jurisprudence islamique. Or, les femmes pratiquant d’autres religions et confessions considérées comme hérétiques sont vues comme des « mécréantes » et ne sont pas protégées par un statut légal. La promotion de l’esclavage sexuel n’atteint pas précisément les minorités religieuses, ce sont les femmes yézidies que l’EIIL veut. Le professeur de l’université de Chicago, Mr Barber, spécialiste de la minorité yézidie, dit que l’intérêt des djihadistes de l’EIIL envers les femmes yézidies, s’explique par la divergence confessionnelle. Le yézidisme est une religion monothéiste et n’a pas de textes sacrés ni d’Écritures saintes, la transmission de la pratique religieuse se fait donc à l’oral.

Ensuite, les captives sont amenées au marché d’esclaves sexuelles de sabaya (ou Sabi ). Ce réseau est un élément important de l’économie interne du régime. Les femmes sont capturées puis transférées, en grands groupes, aux villes de Tall Afar, Solah, Ba’aj et Sinjar. Elles sont inspectées, prises en photos, étiquetées, puis transportées sur les lieux de vente principalement à Mossoul, près du palace de Saddam Hussein et à Raqqa. L’esclavage sexuel devient une véritable bureaucratie pour l’EIIL. Des titres de propriété sont notariés et un manuel de procédures est donné. Cet outil permet de rendre légitime une pratique qui, aux yeux du Coran, n’est pas licite. Il faut être normalement marié à sa « concubine ». Cette interprétation coranique justifie d’élever le viol au niveau de la pratique spirituelle. Les viols et sévices que vivent ces femmes sont quotidiens.

Entre 2014 et 2017, plusieurs femmes yézidies ont réussi à s’échapper par des systèmes de passeurs clandestins et l’aide de civils. Nadia Murad fait partie de ces femmes. Aujourd’hui, elle travaille activement au sein de la Yazda (Organisation non gouvernementale pour la défense des droits des yézidis). En 2018, elle a obtenu le prix Nobel pour la paix dans son combat pour la défense des droits de l’homme. Dans son livre autobiographique, The Last Girl, elle nous donne un témoignage explicite sur la vie quotidienne d’une esclave au sein de l’EIIL.

Dabiq – Revue de propagande du régime concernant les esclaves Le Dabiq est une revue de propagande écrite par l’EIIL entre et . Dans le numéro d’, le régime explique les procédures à la politique sexuelle des femmes captives. Ce magazine fut distribué principalement dans les lieux de rassemblement, tels que les mosquées, aux fidèles à Mossoul (Irak) et Raqqa (Syrie). Le Dabiq offre « une image vertigineuse de la théologie esclavagiste […] mise en place par l’EIIL pour attirer de nouvelles recrues ou bien pour fidéliser les combattants déjà présents sur ses territoires ». Cette revue est l’outil par lequel passe le régime pour justifier ses actes. Il faut cependant faire attention : malgré les références au Coran, les modes d’action sont ici des interprétations djihadistes des Écritures saintes.

Guerre civile syrienne Pendant la guerre civile syrienne, plusieurs centaines de réfugiées syriennes sont réduites en esclavage sexuel au Liban par des réseaux de prostitution.

Nigéria : Les lycéennes de Chibok victimes de Boko Haram

Le , 276 lycéennes ont été enlevées à Chibok, dans l’État de Borno, au Nigéria par le mouvement insurrectionnel et djihadiste, Boko Haram. 57 d’entre elles réussirent à s’échapper. Depuis, 107 ont été libérées et 112 sont toujours détenues. L’enlèvement est connu à l’international à la suite du mouvement Bring Back Our Girl qui permit l’appui de plusieurs figures politiques dont Michelle Obama. Selon Human Rights Watch, les victimes ont été principalement choisies pour leurs croyances religieuses et leurs fréquentations à un milieu scolaire occidental.

Cet enlèvement n’est pas le seul perpétré par le groupe. Selon l’association des Chrétiens du Nigeria, Boko Haram enlève des femmes chrétiennes depuis . Il est cependant le plus grand enlèvement produit par ce groupe djihadiste. Une fois captives, sous la menace de mort, elles furent forcées à se convertir à l’islam. Les témoignages d’agressions sexuelles sont difficiles à obtenir puisque la culture du silence, les stigmatisations et le sentiment de honte concernant les abus sexuels dominent dans le nord conservateur du Nigeria. Selon les entrevues produites de Human Right Watch, les viols perpétrés avaient lieu, majoritairement, après le mariage forcé avec un combattant. La vidéo mise en ligne, à la suite de l’enlèvement, souligne les justifications empruntées par le groupe djihadiste ; c’était un acte de vengeance envers le gouvernement nigérian pour avoir pris en détention des membres de leur famille, incluant certaines femmes des combattants. Également, cela permettait de convertir un nombre important de chrétiennes à l’islam.