Valerie Solanas, née le à Ventnor City (New Jersey, États-Unis) et morte le à San Francisco (Californie), est une intellectuelle féministe radicale américaine, connue pour son pamphlet SCUM Manifesto et pour avoir tenté d'assassiner Andy Warhol.

Après une enfance traumatisante, elle quitte très jeune sa famille et vit dans la rue, mendiant et se prostituant tout en continuant à étudier à l'école secondaire. Elle obtient ensuite un diplôme de psychologie à l'université du Maryland. Pendant ses études, elle tient une libre antenne radio où elle donne des conseils sur la façon de combattre les hommes et le patriarcat. Après son diplôme, elle voyage, étudiant d'abord dans le Minnesota puis à Berkeley et écrivant son pamphlet, le SCUM Manifesto, qui propose aux femmes

Au milieu des années 1960, elle arrive à New York et donne le script de sa pièce de théâtre à Andy Warhol. Il refuse de produire le script, qu'il juge trop obscène, et le perd. Pour la dédommager, il lui fait jouer deux rôles mineurs dans ses films I, a man et Bikeboy. En 1967, elle auto-édite le SCUM Manifesto, qu'elle distribue dans la rue.

Maurice Girodias, propriétaire d'Olympia Press, propose à Solanas un contrat pour publier ses prochains écrits. Celle-ci le comprend comme lui faisant perdre la propriété de tout ce qu'elle produirait et se convainc d'un complot ourdi avec Andy Warhol. Le , elle se rend à la Factory et tire trois coups de feu sur Andy Warhol. Après deux tirs ratés (elle s'en voudra plus tard de ne pas avoir réussi au premier coup et de façon définitive), elle le touche au troisième : la balle lui transperce de nombreux organes et la survie de Warhol est en jeu — il sera même déclaré cliniquement mort. Elle se tourne alors vers Mario Amaya, qu'elle touche à la hanche. Lorsqu'elle tente de tirer à bout portant sur l'imprésario de Warhol, son pistolet s'enraye et elle s'enfuit.

Elle se rend ensuite à la police, affirmant ne rien regretter parce qu'il lui fallait protéger sa liberté. Elle est diagnostiquée schizophrène paranoïde et condamnée à trois ans de prison et de soins psychiatriques. Après sa sortie de prison, elle continue à promouvoir le SCUM Manifesto, sans succès.

Elle meurt d'une pneumonie en 1988 à San Francisco dans un extrême dénuement. En 1999, le manuscrit de sa pièce perdu par Andy Warhol est retrouvé au fond d'une malle et la pièce sera jouée l'année suivante..

Biographie Enfance et éducation Solanas naît le à Ventnor City. Ses parents sont Louis Solanas, un barman de 21 ans et Dorothy Marie Biondo, une assistante dentaire de 18 ans. Elle a une petite sœur, Judith Arlene Solanas Martinez. Son père est né à Montréal de parents espagnols (Catalogne) et sa mère est d'ascendance italienne (Gênes) et née à Philadelphie.

Solanas affirme avoir été victime d'inceste de la part de son père. Ses parents divorcent alors qu'elle a quatre ans et sa mère se remarie rapidement. Solanas n'aime pas son beau-père et se rebelle contre sa mère, faisant l'école buissonnière. Enfant, elle écrit des insultes et les vend aux autres enfants pour dix cents. À l'école secondaire, elle se bat contre un garçon qui harcèle une fille plus jeune que lui et frappe une nonne. En raison de son comportement, sa mère l'envoie vivre chez ses grands-parents à Atlantic City en 1949. Son grand-père est un alcoolique violent qui la bat régulièrement. À quinze ans, elle quitte ses grands-parents et vit dans la rue. En 1953, elle donne naissance à un fils dont le père est un marin marié. Il est possible que Solanas ait déjà eu un enfant avant de quitter ses grands-parents. L'enfant, nommé David, est enlevé à Solanas, qui ne le revoit jamais. Il est adopté par la famille Blackwell.

Malgré cela, elle parvient à finir l'école secondaire sans prendre de retard puis obtient un diplôme de psychologie à l'université du Maryland, où elle fait partie de la société honorifique Psi Chi. Pendant ses études, elle tient une libre antenne radio où elle donne des conseils pour combattre les hommes. Elle fait également son coming-out, s'annonçant lesbienne, un fait encore rare dans les années 1950.

Elle intègre ensuite l'université du Minnesota où elle travaille dans un laboratoire de recherches sur les animaux, puis quitte l'établissement et part suivre quelques cours à Berkeley. C'est à cette époque qu'elle commence à écrire le SCUM Manifesto.

New York et la Factory Arrivée à New York Solanas arrive à New York au milieu des années 1960. Elle vit de mendicité et de prostitution. En 1965, elle écrit deux œuvres : une nouvelle autobiographique, , et une pièce de théâtre, . La pièce de théâtre raconte l'histoire d'une prostituée et mendiante qui hait les hommes jusqu'à finalement en tuer un. La nouvelle est publiée dans le magazine Cavalier en , tandis que la pièce de théâtre ne sera publiée qu'en 2014.

En 1967, Solanas rencontre Andy Warhol à l'extérieur de son studio, la Factory, et elle lui demande de produire sa pièce de théâtre. Il prend le tapuscrit, dit à Solanas qu'il est et lui promet de le lire. Une légende urbaine de la Factory veut que Warhol, dont les films sont souvent censurés pour obscénité, trouve le script si pornographique qu'il pense à un piège de la police. Quand Solanas contacte Warhol pour avoir des nouvelles du script, il lui dit qu'il l'a perdu mais lui propose pour rire un travail de sténographe à la Factory. Vexée, Solanas exige un paiement pour le manuscrit perdu. Warhol lui propose pour jouer dans son film I, a Man.

Dans ce film, elle laisse le héros du film se débrouiller seul, disant en sortant de scène. Solanas est satisfaite de son expérience d'actrice et de sa relation avec Warhol, et invite Maurice Girodias à venir voir le film. Girodias décrit une relation très cordiale avec Warhol. Solanas joue un rôle de figurante dans un autre film de Warhol, Bikeboy, sorti en 1967.

Le SCUM Manifesto

En 1967, Solanas auto-édite son œuvre la plus connue, le SCUM Manifesto, une critique acide du patriarcat. Les premiers mots du manifeste sont :

Quelques auteurs jugent que le Manifesto est une parodie d'écrits patriarcaux et se veut satirique. Solanas se décrit comme , mais elle réfute la supposition d'un travail satirique et affirme que le manifeste doit être lu tout à fait au premier degré.

Alors qu'elle vit à l'Hôtel Chelsea, Solanas rencontre Maurice Girodias, le fondateur de la maison d'édition parisienne Olympia Press. En , ils signent un contrat informel affirmant qu'elle donnera à Girodias ses prochains écrits, en échange de . Elle en déduit que Girodias est propriétaire de ses écrits, et dit à Paul Morrissey, co-réalisateur de I, a Man, qu'elle a été arnaquée.

Tentative de meurtre

Le , Solanas demande cinquante dollars à Paul Krassner. Il supposera pendant le procès que l'argent a servi à acheter le pistolet utilisé pour tirer sur Warhol trois jours plus tard.

D'après un témoignage anonyme, le à , Solanas arrive à l'Hôtel Chelsea où Girodias vit. Elle demande à le voir, mais elle apprend à la réception qu'il est parti pour le week-end. Elle reste dans le hall de l'hôtel pendant trois heures avant de se rendre à Grove Press et de demander à voir Barney Rosset, qui n'est pas non plus joignable. La biographe Breanne Fahs affirme qu'il est peu probable que Solanas soit venue à l'hôtel à la recherche de Girodias. Elle suppose que Girodias a menti à ce sujet pour vendre plus d'exemplaires du SCUM Manifesto, qu'il a publié. L'actrice Sylvia Miles témoigne que Solanas est venue à l'Actors Studio tôt le matin, cherchant Lee Strasberg à qui elle veut donner son script. Miles trouve l'apparence de Solanas très négligée. Elle dit que Strasberg ne sera pas sur place avant l'après-midi, accepte une copie de la pièce de théâtre de Solanas et ferme la porte.

Solanas se rend ensuite au domicile de la productrice pour lui demander de produire sa pièce. Elles discutent pendant près de quatre heures de la pièce et de l'idée d'un monde sans hommes. Feiden refuse catégoriquement de produire la pièce. Feiden témoigne que Solanas a ensuite sorti son arme, et que quand Feiden refuse à nouveau de produire la pièce, Solanas répond : . En partant de chez Feiden, elle lui donne une copie partielle d'un ancien brouillon de Up Your Ass et d'autres documents personnels.

Toujours d'après elle, Feiden appelle ensuite plusieurs commissariats et les bureaux de John Lindsay et de Nelson Rockefeller pour les prévenir que Solanas est en route pour tirer sur Andy Warhol. Un policier lui répond qu'on ne peut pas arrêter quelqu'un parce qu'on croit qu'il va tuer Andy Warhol, et lui dit qu'elle ne saurait de toute façon pas reconnaître une vraie arme. Le procureur adjoint Roderick Lankler confirme que Feiden a bien appelé des commissariats. Dans une interview en 2009, Feiden dit qu'elle savait que Solanas voulait tuer Andy Warhol, mais qu'elle n'a pas pu l'empêcher.

Plus tard dans la journée, Solanas arrive à la Factory et attend à l'extérieur. Morrissey arrive et lui demande ce qu'elle fait là : elle répond qu'Andy lui doit de l'argent. Morrissey tente de se débarrasser d'elle en disant que Warhol ne viendra pas ce jour-là, mais elle réplique qu'elle attendra. À quatorze heures, elle monte au studio. Morrissey lui répète que Warhol ne viendra pas et qu'elle doit partir. Elle sort du studio mais fait des aller-retours en ascenseur jusqu'à l'arrivée de Warhol.

Elle entre dans la Factory avec Warhol, qui la complimente sur son apparence parce qu'elle porte exceptionnellement du maquillage. Morrissey lui dit de partir et la menace de la frapper. Le téléphone sonne alors et Warhol répond pendant que Morrissey va aux toilettes. A ce moment-là, Solanas tire trois fois sur Warhol. Ses deux premières balles sont perdues, mais la troisième touche les deux poumons, le foie, l'estomac, la vésicule biliaire et l'œsophage de Warhol. Elle tire ensuite sur Mario Amaya, le compagnon de Warhol, le touchant à la hanche. Elle tente enfin de tirer dans la tête de Fred Hughes, le manager de Warhol, mais son pistolet s'enraye. Hughes lui demande de partir : elle quitte les lieux en laissant derrière elle un sac en papier qui contient son carnet d'adresses, son arme et une serviette hygiénique. Warhol est emmené à l'hôpital Colombus - Mère Cabrini, où il va subir une opération de cinq heures ; bien que déclaré cliniquement mort à un moment, il en sort vivant.

Plus tard dans la journée, Solanas se rend à un commissariat et avoue la tentative de meurtre, disant au policier que Warhol a trop de contrôle sur sa vie. On prend ses empreintes et elle est arrêtée pour agression et possession d'une arme létale. Le lendemain matin, le New York Daily News titre à sa une : . Solanas demande au journal de corriger son titre, affirmant qu'elle est écrivaine et non actrice.

Procès Au cours de la lecture de son acte d’accusation par la Cour criminelle de Manhattan, elle nie avoir tiré sur Andy Warhol parce qu'il ne veut pas produire sa pièce, affirmant qu'il s'agit de « la raison inverse », parce qu'il prétend détenir des droits sur ses écrits. Solanas dit au juge qu'elle ne tirerait pas sur quelqu'un pour rien, mais qu'il l'aurait détruite. Elle dit au juge qu'elle veut assurer sa propre défense et déclare qu'elle ne regrette rien, car elle a fait ce qu'il fallait qu'elle fasse. Le juge fait enlever ces propos du procès-verbal et ordonne une évaluation psychiatrique à l'hôpital Bellevue.