Le d'artillerie (ou RA) est un régiment d'artillerie de l'armée de terre française, créé en 1910, et qui se distingua notamment lors de la Première Guerre mondiale, et lors de la bataille de France, au début de la Seconde Guerre mondiale. En 1914, les soldats allemands ont surnommé les artilleurs du les « Diables noirs » en raison de leur courage, de la couleur de leur uniforme et de la poudre à canon qui leur noircissait le visage.
Création et différentes dénominations 1910 : création du d’artillerie de campagne ( RAC) à Verdun ; il constitue l'essentiel de l'artillerie de la d'infanterie. 1919 : renommé d’artillerie divisionnaire 1947 : devient le d’artillerie anti-aérienne ( RAA) 1963 : devient le d'artillerie de brigade ( RAB) : dissolution de la caserne du RA basé a Trèves en (Allemagne). Le d’artillerie prend le nom de d’artillerie le .
Historique des campagnes, batailles et garnisons du RA La création (1910-1914) 150px|vignette|Insigne de béret de l'artillerie. Le d’artillerie voit son histoire se fondre dans celle de l’histoire récente. Il n’a pas, comme d’autres, plus anciens, le privilège d’avoir connu les rois et les empereurs qui ont fait et refait la France. Il n’a pas non plus connu les soubresauts des tumultes révolutionnaires ou l’épopée de la conquête coloniale.
C’est à Verdun, dans la Meuse, futur théâtre d’exploits du d'artillerie de campagne ( RAC), qu’il est formé le . Il est constitué à partir de batteries des 25 et d'artillerie de campagne. Le d’artillerie de campagne est alors basé à Châlons-sur-Marne, et le à Saint-Mihiel.
Hommes, chevaux et canons de 75 font chemin par batteries constituées en direction de Verdun où ils s’installent au quartier d’Anthouard. L’arrivée des six premières batteries permet de constituer les deux premiers groupes d’artillerie. L’état-major du régiment se met sur pied en parallèle. Le groupe, pour sa part, est déjà formé à Reims : il s’agit des , et batteries du groupe du d’artillerie qui change tout simplement d’appellation. Ce groupe provient de la transformation en batteries montées de 3 batteries à pied du Bataillon d'Artillerie à PiedDécret et instruction concernant la transformation en batteries montées de douze batteries à pied et la modification de la composition de régiments d'artillerie et de bataillons d'artillerie à pied, J.O.R.F 01.11.1908, page 7460-7461 en garnison à ReimsAnnuaire officiel de l'Armée Française, 1908, 7 bataillon d'artillerie à pied, pour le 6 Corps d'Armée, vue 512 à la caserne Neufchâtel (quartier Drouet d'Erlon).
Il rejoint la garnison de Charleville à l’automne 1910. Le d’artillerie possède également un quatrième groupe d’artillerie à cheval. Le groupe de volants, stationné au camp de Châlons-sur-Marne, devient le groupe du d’artillerie, sans se déplacer. Il constitue l’artillerie de la de cavalerie. Le d’artillerie compte alors 65 officiers, et chevaux. vignette|Les quartiers du 61e à Charleville en 1912.
C’est au colonel Pauffin de Saint-Morel que revient la mission de créer un esprit de corps dans ce régiment nouveau issu de nombreux éléments disparates. Il devient officiellement le premier chef de corps du d’artillerie le , quand celui-ci est créé administrativement.
Le , aux Invalides, il reçoit des mains du Président de la République, Armand Fallières, l’étendard du d’artillerie. Le , il le présente à son régiment, en présence du général de division et des drapeaux de la division (le d’artillerie dépend de la d'infanterie). L’ordre du jour est empreint d’émotion devant le devoir et l’honneur de la garde de cet emblème sacré : « Contemplez-le avec amour et émotion. » « Dans les plis encore vierges de notre étendard, il nous appartient d’inscrire un premier nom de victoire, le plus beau, peut-être, qui aura jamais illustré les drapeaux de la France. »
Le d’artillerie est équipé à sa création de 44 pièces du canon de 75 mm modèle 1897. Cette pièce d’artillerie représente alors une révolution dans l’artillerie car elle est la première de l’histoire à permettre le tir rapide (cadence pratique de six coups à la minute) — ce qui donne à la France une avance stratégique considérable sur l’Allemagne, dont le modèle équivalent, le , est bien inférieur. Le canon de 75 regroupe tous les perfectionnements intervenus dans l’artillerie à la fin du , dont le principal reste son frein de recul hydropneumatique qu’il est alors le seul à posséder. La légende de sa conception discrète a probablement créé un mystère propice à l’élaboration du mythe du glorieux 75. Malheureusement, la puissance de ce mythe suffit à bercer d’illusions les chefs militaires de l’époque qui considèrent le 75 suffisamment performant pour emporter la décision, tandis que la faiblesse de l’artillerie lourde française fit cruellement défaut dans la guerre de position. Les servants de pièces paient de plus un lourd tribut pour utiliser les atouts du 75, souvent à portée réduite pour préserver les fantassins, et à la merci du feu de l’ennemi.
À la fin de l’année 1913, le groupe de Charleville se rapproche des deux premiers puisqu’il s’installe à Jardin-Fontaine, près de Verdun. Le régiment se trouve alors un peu moins dispersé mais le groupe conserve une forte identité, n’étant pas encore localisé à proximité de l’état-major du régiment.
Le baptême du feu : la grande guerre (1914-1918) Au début de la Première Guerre mondiale, le d’artillerie reçoit l’ordre de mise en alerte le , à 23 h 30. Le , alors que tous pensent que le conflit naissant ne durera pas, le régiment rassemblé quitte le quartier d’Anthouard pour ne plus jamais y revenir. Le colonel Boichut qui a pris le commandement en 1913 regarde sortir ses troupes et passe le portail en dernier. Le régiment participe d’abord à une mission de couverture pour garantir la mobilisation des forces du pays, avec sa division, la d’infanterie. Jusqu’au , le régiment reste ainsi cantonné dans les environs de Verdun.
Le ( et à cheval) est à la de cavalerie.
Pierrepont (22 août 1914) Le d’artillerie reçoit son baptême du feu lors de la bataille des frontières, en Meurthe-et-Moselle, durant la bataille de Pierrepont qui se déroule le . Le colonel Boichut y conduit l’action de l’artillerie divisionnaire de la DI au mépris du danger et acquiert immédiatement la confiance de son infanterie. Les batteries sont d’abord engagées au plus près des combats, au Nord de Pierrepont, où le tir tendu du canon de 75 fait des ravages chez l’ennemi. Elles se portent ensuite, après un repli de l’ensemble de la division au sud de Pierrepont, sur Mercy-le-Bas, où elles comblent à elles seules une brèche naissante entre la 40 et la DI. L’artillerie est alors conçue comme un démultiplicateur de la puissance de feu de l’infanterie et agit selon les mêmes règles, parfois aux dépens de la protection des pièces.
Au cours de ces combats, le d’artillerie déplore ses premiers morts au combat. Charles Mouquet et Robert Leroy, canonniers, sont tués sur la place de Pierrepont lors du déplacement de repli vers le Sud.
C’est lors de cet épisode que les hommes du d’artillerie ont gagné leur surnom de « Diables Noirs », donné par les Allemands eux-mêmes en hommage à la valeur guerrière de ces artilleurs audacieux dont les tirs étaient si précis. La tenue noire avec bande rouge des artilleurs tranchait, en effet, sur le pantalon garance des fantassins. Par ailleurs, les visages et les mains étaient le plus souvent noircis par la poudre à canon. On imagine alors effectivement que les Allemands pouvaient être saisis d’effroi en apercevant, en défilement de crête, ces servants de bouches à feu, noirs des pieds à la tête, n’hésitant pas à venir se mettre à leur portée pour rendre leurs coups plus efficaces.
La bataille des frontières s’avère cependant perdue, et les armées françaises doivent se replier jusqu’à la Marne. Le , le d’artillerie se déplace alors vers ce secteur.
La Marne (1914) À partir du , la DI appartient à la Armée du général Foch.
Le , à 7 heures, ce dernier donne l’ordre d’arrêter les mouvements de repli, de barrer la route à l’offensive ennemie, et de le forcer à la retraite. Notamment, le général Grossetti doit tenir « avec une forte avant-garde le front La Villeneuve-lès-Charleville – Soizy-aux-Bois ». Toute la journée du est consacrée aux préparatifs de la grande bataille qui doit commencer le lendemain.
La journée du est celle de la prise de contact et de la résistance sur tout le front de la Marne. Le RAC se rassemble en colonne double à quatre heures du matin dans le parc de Chapton, face au marais de Saint-Gond. Toute la journée, il appuie les tentatives d’avancée de l’infanterie de la division. Du 7 au , la division tient encore ses positions sans réussir à faire reculer les Allemands.
Dans la nuit du 8 au , la DI reçoit l’ordre de se déployer au Sud-Est de sa position, dans la région de Linthes. La retraite est ponctuée par un incident qui se produit face à la division marocaine, qui était à la droite de la DI avant sa relève. Le château de Mondement a été perdu. Le général Grossetti, commandant la DI, met à disposition de la division marocaine des troupes qu’il est en train de redéployer : le BCP. Le colonel Boichut lui propose de les appuyer par les et groupes du d’artillerie. Ceux-ci parviennent à régler les tirs sur le château sans liaison ni observateur. Les Allemands ne comprennent pas comment des coups peuvent être aussi précis alors qu’aucun observatoire ne domine le château et qu’ils ne voient aucune artillerie à portée. La violence du tir d’efficacité fait le reste et finit « d’impressionner » l’ennemi, sur lequel l’impact psychologique de tels feux est énorme. Une fois cette action terminée, la DI finit de se regrouper, pour achever son déplacement vers le sud-est. La division progresse en ordre de combat : spectacle impressionnant, à en juger par l’effet qu’il produit sur les observateurs allemands qui la survolent en avion. Ils rapportent à leur hiérarchie un compte-rendu d’observation de nombreuses troupes déployées arrivant en renfort dans la zone de Linthes.
La légende veut que ce soit cette nouvelle qui incita le commandement ennemi à donner, un peu plus tard dans la journée, l’ordre de retraite tant attendu par le général Joffre. En fait, la division arrive sur sa nouvelle ligne dans la soirée, trop tard pour participer à l’action déjà débutée. Mais l’effet psychologique fonctionne et, le , la retraite allemande commence. La division progresse alors rapidement ; elle libère Fère-Champenoise puis poursuit l’ennemi sur près de cent kilomètres jusqu’au .
La participation active du d’artillerie à cette bataille de la Marne lui vaut plus tard le droit d’inscrire le nom de Saint-Gond sur son étendard. Du au , le d’artillerie participe aux combats autour de Reims, d’abord au fort de la Pompelle, puis à Saint-Léonard.
L’Yser (1914) Après la victoire de la Marne, la menace allemande sur Paris est écartée. Les forces en présence tentent alors de se déborder mutuellement sur les ailes, par le Nord. Cette fuite en avant les mène jusqu’à la mer du Nord : c’est la course à la mer.
La DI est envoyée le en renfort de l’armée belge qui s’est repliée en bon ordre depuis le début du mois d’août et qui reconstitue ses forces sur l’Yser, fleuve que le roi des Belges a choisi pour marquer la fin de la retraite. En ligne dès le , la DI défend Nieuport, au bord de la mer du Nord. Le 22, les Allemands parviennent à franchir l’Yser, dans la boucle de Tervaëte, à mi-chemin de Dixmude à Nieuport. La nouvelle ligne de défense est alors placée sur la voie ferrée allant de Dixmude à Nieuport. Pour engluer les Allemands dans leur nouvelle conquête, le roi des Belges donne son accord pour ouvrir les écluses de l’Yser : le remblai de la voie ferrée protège les alliés tandis que les Allemands s’enfoncent dans le sol inondé.