thumb|Soldats canadiens avançant derrière un char d'assaut à la bataille de la crête de Vimy, l'une des plus grandes victoires militaires canadiennes. thumb|upright|Ils vaincront si vous souscrivez à l'emprunt de la Victoire, 1918, Canada.
L'histoire militaire du Canada rapporte celle des Forces armées canadiennes sur le territoire actuel et le rôle dans les conflits ainsi que dans les opérations de maintien de la paix menées de par le monde. Pendant au moins dix mille ans, le territoire qui allait devenir le Canada fut le théâtre de guerres entre les tribus amérindiennes. L'arrivée des vikings à Terre-Neuve au provoqua les premiers conflits entre Européens et autochtones. Aux , la région fut une zone de conflits entre français et britanniques, tous deux s'étant alors alliés avec diverses tribus amérindiennes. À la suite du traité de Paris en 1763, la Grande-Bretagne sortit victorieuse du conflit si bien que les civils et militaires français encore présents, que la couronne espérait assimiler, furent déclarés « sujets britanniques ». Les troubles reprirent lorsque les colonies septentrionales choisirent de ne pas se joindre à la révolution américaine et de rester loyales à la couronne britannique. Les États-Unis, victorieux, projetèrent alors d'étendre leur république et, dans ce but, lancèrent des invasions en 1775 et 1812, toutes deux finalement repoussées par les forces britanniques et locales (canadiens-français, autochtones). Cependant cette menace restait présente au , ce qui a partiellement facilité la création de la confédération canadienne en 1867, pays bénéficiant d'une indépendance totale à l'exception de la diplomatie.
Après l'émergence de cette confédération, et au prix d'une certaine controverse, une armée canadienne entièrement souveraine fut créée. Le Canada étant un dominion membre de l'Empire britannique, les forces canadiennes se joignirent aux britanniques pour la guerre des Boers (en Afrique du Sud), la Première ainsi que la Seconde Guerre mondiale, bien que cette dernière soit postérieure à la souveraineté totale du Canada, acquise lors du Statut de Westminster en 1931. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le Canada s'est engagé dans le multilatéralisme et n'est parti en guerre que dans le cadre de larges coalitions multinationales telles que dans la guerre de Corée, la guerre du GolfeSite des Nations unies..
La colonisation européenne Les nations amérindiennes Les premiers conflits entre Européens et peuples amérindiens seraient survenus aux alentours de 1006, quand quelques groupes de vikings essayèrent d'établir des colonies permanentes le long de la côte de Terre-Neuve. Selon les sagas nordiques, les autochtones beothuk (appelés les skrælings ou skrælingar par les vikings) réagirent si violemment que les nouveaux arrivants auraient été contraints d'abandonner et de renoncer à leurs intentions premières de colonisation. Par la suite, les peuples amérindiens développèrent alors une réputation de violence et de sauvagerie parmi les colons européens, bien que ceci soit en partie dû à des différences culturelles. Les amérindiens ne supportaient pas l'idée de se rendre, et étaient enclins à torturer et tuer ceux qui le faisaient.
Avant l'arrivée des Européens, quelques guerres entre nations amérindiennes prenaient une apparence formelle et rituelle, et causaient de ce fait assez peu de pertesD'autant plus qu'ils ne connaissaient pas les armes à feu . Mais des preuves de combats beaucoup plus violents ont été relevées, voire le génocide complet d'un groupe par un autre, comme l'anéantissement de la Culture de Dorset de Terre-Neuve par les beothuks, et aussi par les inuits dans d'autres régions. L'absence de preuves sur la continuité génétique ou culturelle du peuple Dorset laisse penser qu'il a été victime d'un anéantissement. Juste avant la colonisation française le long du fleuve Saint-Laurent, le peuple iroquois a été complètement éradiqué, probablement dans une guerre avec leurs voisins. Les études qui tentèrent de montrer la survivance de certains groupes après le se sont révélées non concluantes.
Après l'arrivée des Européens, les combats devinrent plus sanglants et critiques dû au fait que les différentes tribus se trouvaient impliquées dans les rivalités économiques et militaires des colons européens. À la fin du , les nations amérindiennes de la côte Est adoptèrent rapidement l'usage des armes à feu, supplantant celui des arcs traditionnels. Alors qu'un guerrier expérimenté était en mesure d'éviter une flèche arrivant sur lui, et qu'une armure de bois offrait une protection contre les flèches, rien ne pouvait le protéger d'une balle. Même des blessures aux membres pouvaient se révéler fatales lorsque l'on considère le calibre important des armes à feu de l'époque. Ceci augmenta de manière significative les pertes humaines, qui augmentèrent encore dramatiquement à cause de la distribution d'armes à feu et de chevaux parmi les nations amérindiennes. De plus les Européens disposaient de canons très meurtriers.
Les nations autochtones devinrent ainsi des alliées importantes, aussi bien des Français que des Britanniques, dans la course à l'hégémonie en Amérique du Nord durant les . Ces alliances eurent pour conséquence une escalade croissante de la violence dans la région. La scalpation, qui aujourd'hui est considérée comme antérieure à l'arrivée des Européens, devint de plus en plus pratiquée car les Européens demandaient la présentation des scalps comme preuves de leurs succès militaires.
Les premières colonies françaises thumb|right|Carte de la Nouvelle-France montrant certaines tribus d'Amérindiens au Canada, 1702 D'abord François a envoyé un explorateur reconnaître ces contrées lointaines. Puis les Français, conduits par Samuel de Champlain (sous Henri IV), fondèrent une colonie à Port-Royal (aujourd'hui Annapolis Royal) en 1605 et à Québec en 1608, puis entrèrent rapidement en conflit avec certains des autochtones, s'étant insérés dans certaines alliances préexistantes. Par exemple, peu après la fondation de Québec, Champlain rejoignit une alliance huron-algonquine face aux Iroquois. Lors des premiers combats, la puissance de feu supérieure des Français aboutit à la dispersion rapide de grands groupes d'amérindiens, donc les fortifications s'étaient avérées inutiles face aux canons français. Les Iroquois changèrent alors de stratégie en combinant leurs talents de chasseurs et leur connaissance approfondie du terrain avec l'usage des armes à feu acquises auprès des Hollandais. Ils développèrent une tactique de guérilla qui devint rapidement redoutable pour tous, à part pour la poignée de cités fortifiées. left|thumb|La compagnie franche de la marine exerce son droit de cité dans la vieille ville fortifiée de Québec, à l'occasion du de la ville, le . De plus, comme les Français fournissaient quelquefois des armes à leurs alliés autochtones, les Iroquois s'engagèrent dans une guerre destructrice avec les tribus de la région des grands lacs. Durant le premier siècle de leur colonisation, la menace majeure que durent affronter les habitants de la Nouvelle-France était représentée par ces Iroquois, tout particulièrement par ceux les plus à l'est, les Mohawks. Comme la majorité des tribus de la région étaient alliées avec les français, les Iroquois s'unirent en premier avec les Hollandais puis, après la cession de la Nouvelle-Néerlande à l'Angleterre, aux Britanniques. Ces derniers leur garantissaient un apport en armes encore plus important que celui fourni par les Français aux autres tribus.
Les guerres entre Français et Iroquois continuèrent par intermittence jusqu'en 1703, se caractérisant par une brutalité hors-normes dans chaque camp. En réponse à la menace iroquoise, le gouvernement français dépêcha sur place le régiment de Carignan-Salières, le premier groupe de soldats professionnels en uniforme qui posa le pied sur le sol canadien. Après l'instauration de la paix, ces soldats furent démobilisés. Ils formèrent par la suite le noyau des compagnies franches de la marine, la milice locale, à la fin du .
Le conflit franco-anglais
Le Canada a été colonisé par deux nations européennes majeures qui ont un passé conflictuel commun assez important (qui remonte à la guerre de Cent Ans). Par conséquent, cette rivalité ancienne ne pouvait que se reporter sur le territoire canadien actuel. Durant les , la guerre entre ces deux colonisateurs a presque été continue.
thumb|Avant la bataille de Québec, Frontenac repoussa l'offre de reddition de l'émissaire anglais par cette réplique célèbre : .
Deux ans après la fondation de la colonie française de Port-Royal, les Anglais commencèrent leur première installation à Jamestown en Virginie. De plus grandes colonies allaient alors émerger depuis ces premières têtes de pont. La colonie française de Québec sur le fleuve Saint-Laurent était basée sur le commerce des fourrures et ne recevait qu'un soutien assez tiède de la part du pouvoir français. Par conséquent, manquant d'un réel soutien et affrontant des conditions climatiques extrêmes, le développement de ces colonies du nord fut assez lent. Les colonies anglaises, plus favorablement localisées au sud, développèrent une économie diversifiée et prospérèrent. Le résultat fut qu'aux alentours des années 1750, lorsque la rivalité économique, politique et militaire arriva à son paroxysme durant la guerre de Sept Ans, la population totale des treize colonies anglaises s'élevait à un million cinq cent mille individus alors que leurs rivaux français n'étaient que soixante mille. Par conséquent, devant ce désavantage numérique énorme et en dehors de leurs seules places fortes à Québec et Louisbourg, les Français ont été forcés d'emprunter la tactique de la guérilla, utilisée précédemment par les amérindiens. Cette guérilla prit peu après le nom de « la petite guerre ».
Il y eut de nombreux affrontements entre les deux belligérants au cours du . En 1629, un groupe de maraudeurs anglais capture et brûle la place forte de Québec, puis emporte Champlain et ses subordonnés vers l'Angleterre pour y être emprisonnés. Cependant les Français reviennent en 1632, reconstruisent leur capitale et relancent leurs efforts. L'affrontement majeur suivant à Québec au cours du intervient en 1690 quand, alarmées par les attaques de « la petite guerre », les colonies anglaises de la Nouvelle-Angleterre envoient une expédition armée au nord, sous le commandement de sir William Phips, avec pour but de capturer la source du problème: Québec même. L'expédition ne bénéficia pas d'une organisation digne de ce nom et n'eut que peu de temps pour remplir son objectif, arrivant à destination à la mi-octobre, juste avant que le Saint-Laurent ne gèle complètement. C'est pendant cet évènement que fut prononcée l'une des plus grandes répliques de l'histoire militaire canadienne. Lorsque Phips l'invita à se rendre, le gouverneur Louis de Buade de Frontenac, assez âgé et servant alors son deuxième mandat, lui répondit « La seule réponse que je ferai à votre général viendra de la bouche de mes canons et du feu de mes mousquets. ». Après une tentative avortée de débarquement sur la rive de Beauport à l'est de la cité, les forces anglaises durent se retirer sur les eaux glacées du Saint Laurent.