Prométhée enchaîné, op.16, est un opéra ou « tragédie lyrique » composé par Maurice Emmanuel de 1916 à 1918, sur une traduction abrégée par le compositeur du Prométhée enchaîné d'Eschyle.

Composée durant la première Guerre mondiale, l'œuvre connaît une création le , salle Gaveau, par l'association des concerts Colonne-Lamoureux, sous la direction de Camille Chevillard. Le succès rencontré auprès du public et de la critique motive la commande par Jacques Rouché de Salamine, seconde tragédie lyrique également d'après Eschyle. La composition et la création rapprochées de la Symphonie , op.18, sont également redevables de cet événement : après des années d'études et de doutes, Maurice Emmanuel .

En dépit de cet accueil favorable et du succès de Salamine, op.21, en 1929, la première audition intégrale de Prométhée enchaîné n'a lieu qu'en 1959 le dans une version accompagnée au piano, puis le au Théâtre des Champs-Élysées, par l'Orchestre et les Chœurs de la RTF sous la direction d'Eugène Bigot.

Œuvre caractéristique du langage musical de Maurice Emmanuel, marqué par l'emploi de modes anciens qui enrichissent l'harmonie tonale et de rythmes originaux répondant à la prosodie poétique grecque et latine, Prométhée enchaîné prend place parmi les opéras du inspirés par la mythologie et le théâtre grec antiques, tels Socrate d'Erik Satie, Œdipus rex de Stravinsky ou Antigone d'Arthur Honegger.

La partition est toujours inédite, et aucun enregistrement discographique n'en a encore été réalisé.

Composition Première version Maurice Emmanuel entreprend la composition de Prométhée enchaîné dès 1895, juste après avoir achevé sa thèse sur la danse grecque, mais .

Version définitive Après avoir détruit la première version de son opéra, Maurice Emmanuel travaille au livret et à la partition de 1916 à 1918

La forme du drame achevé demeure classique, comme le suggère le titre de « tragédie lyrique », dans la lignée de . Comme ce dernier, Emmanuel préfère être son propre librettiste, adaptant la tragédie d'Eschyle en accord avec ses propres conceptions esthétiques.

Présentation Structure

Dans une lettre à Louis Laloy, le compositeur explique avoir procédé à l'égard de la tragédie d'Eschyle, dans le but d'obtenir une .

Christophe Corbier résume l'action de Prométhée enchaîné, qui .

Dans son analyse de l'opéra, Mara Lacchè dresse un parallèle entre la tragédie originale d'Eschyle et la d'Emmanuel.

Rôles et distribution Le tableau suivant reprend la distribution des rôles, dans les présentations successives de l'opéra au :

RôleVoixInterprètes de la création (1919)(dir. Camille Chevillard)Interprètes de l'intégrale avec piano (1959)(dir. Louis Martini)Interprètes de la création intégrale (1959)(dir. Eugène Bigot)ProméthéeTénor Laffitte Pierre Dizin Jean MollienHermèsbaryton (rôle absent) Yvon Le Marc'Hadour Yvon Le Marc'HadourIomezzo-soprano (rôle absent) Madalen Lierman Le Marc'HadourLes Océanides2 sopranos et mezzo-sopranoou chœur de femmes Chorale des Jeunesses musicales de France Madalen Lierman Le Marc'Hadour,Micheline Grancher et CodinazAccompagnement Association des Concerts Colonne-Lamoureux Claire Loirat et A.M. Bouan-Hardy Orchestre et Chœurs de la RTF

Orchestration L'orchestre comprend 3 flûtes (la jouant aussi du piccolo), 2 hautbois, un cor anglais, 2 clarinettes, une clarinette basse et 3 bassons, pour les pupitres des vents. Les cuivres comptent 4 cors en Fa, 4 trompettes en Ut, 3 trombones ténors, un trombone basse et un tuba. La percussion, généralement limitée dans les œuvres de Maurice Emmanuel, comprend 2 harpes et le célesta, les timbales, la caisse claire, les cymbales et la cymbale suspendue, la grosse caisse et le tam-tam. Le quintette à cordes classique est composé des premiers violons, seconds violons, altos, violoncelles et contrebasses.

Création Premier acte La première audition de Prométhée enchaîné a lieu le , Salle Gaveau, par l'association des Concerts Colonne-Lamoureux dirigée par Camille Chevillard. Les décors de Bourdelle et de Maurice Denis .

Accueil et critiques Dans la biographie qu'il lui consacre, Christophe Corbier retient que sans provoquer un . Le compositeur, . Par bien des aspects, la partition étonne le public : l'emploi des modes anciens, celui des rythmes inspirés par la prosodie antique, les thèmes mélodiques , l'orchestration provoquent un sentiment de cohérence mais d', qui impressionne Charles Tournemire.

Les réactions de la critique musicale sont unanimes. Théodore Dubois, enthousiasmé, attire l'attention des anciens élèves du Conservatoire lors du comité du pour souligner .

Jean Chantavoine rend compte à la fois de la technique musicale et de ses effets en saluant le trio des Océanides . Nadia Boulanger s'attache à montrer .

Christophe Corbier estime que .

Première audition intégrale

Parmi les auditeurs présents au concert de 1919 se trouve Jacques Rouché, alors directeur de l'Opéra de Paris, qui se montre très favorablement disposé envers Maurice Emmanuel. De fait, . Selon Christophe Corbier, .

Dix ans séparent donc la création des deux grandes tragédies lyriques d'Emmanuel, mais le compositeur n'assistera jamais à la création intégrale de son ouvrage, . Si le premier acte est repris à Liège en 1923, sous la direction de Sylvain Dupuis, les deux actes suivants doivent attendre quarante ans pour être présentés en public.

La première audition intégrale de Prométhée enchaîné a lieu en deux temps, à six mois d'intervalle en 1959 : d'abord avec piano, le au Conservatoire national supérieur de musique de Paris dans un concert présenté par Fred Goldbeck, puis le au Théâtre des Champs-Élysées, par l'Orchestre et les Chœurs de la RTF sous la direction d'Eugène Bigot.

L'œuvre est toujours inédite.

Analyse Modes

Dès le Prologue orchestral, Marguerite Béclard d'Harcourt relève :

Rythmes

Discographie Dans le disque consacré à la musique de chambre de Maurice Emmanuel, réalisé pour le label Timpani en 2010, Harry Halbreich regrette que les œuvres du compositeur .

Bibliographie

Prométhée enchaîné (Texte disponible sur wikisource)

Monographies

Articles

Notes discographiques

Références

Catégorie:Œuvre de Maurice Emmanuel Catégorie:Opéra français Catégorie:Opéra des années 1910 Catégorie:Opéra s'inspirant de la mythologie gréco-romaine Catégorie:Œuvre musicale composée en 1918