thumb|300px|"Germania magna" au milieu du

La Germanie, qui rassemble la Germanie inférieure, la Germanie supérieure et la Germania Magna, est la région historique d'Europe occupée par des peuples non romanisés et romanisés germaniques (au sens géographique ou bien ethnolinguistique) dans l'Antiquité et plus précisément à l'époque de l'Empire romain. Ces tribus et leur zone géographique associée sont définies principalement par La Germanie de Tacite et par les Commentaires sur la guerre des Gaules de Jules César. La Germanie couvrait alors une large zone qui allait à l'est approximativement jusqu'à la Vistule, à l'ouest et au sud jusqu'au Rhin et au Danube qui la séparaient du monde romain. Selon certains historiens, elle s'étendait également, en tout cas à un certain moment, à la Pannonie et au sud de la Scandinavie, ce dernier étant lié aux migrations germaniques.

La Germanie antique Références historiographiques

La Germanie de Tacite est un ouvrage majeur de l'historiographie germanique. Ce paradigme s'est imposé jusqu'au pangermanisme deux millénaires plus tard. L'auteur ne s'étant jamais rendu en Germanie, les informations dont il dispose sont au mieux de seconde main. L'historien Ronald Syme a émis l'hypothèse que Tacite aurait copié en grande partie l'ouvrage, aujourd’hui disparu, Bella Germaniae, écrit par Pline l'Ancien. Syme justifie son hypothèse par un passage quelque peu périmé dans lequel Tacite présente les peuples du Danube comme des alliés de l'Empire romain alors que leur défection en 89 lors de la guerre contre les Daces avait fortement modifié la politique frontalière de l'empire. Il existe aussi d'autres sources possibles pour Tacite : Jules César avec ses Commentaires sur la guerre des Gaules, Strabon, Diodore de Sicile, Posidonios et .

Les Germanies La Germanie antique ne correspond pas à l’Allemagne actuelle même si certains territoires importants des unes et des autres peuvent se superposer.

Le nom de Germanie est utilisé par les Romains, avec différents qualificatifs, incluant des territoires qui ne sont pas aujourd’hui allemands d’une part et des contrées actuellement allemandes sans aucune équivoque possible qui n’étaient pas d’un point de vue administratif en Germanie romaine d’autre part. Les Anciens, depuis le jusqu’à l’arrivée massive des peuples slaves au , nommaient Germanie l’espace limité au nord par la mer Baltique et la mer du Nord, au sud par les Beskides occidentales et le nord des Alpes, à l’est par la Vistule et à l’ouest par le Rhin.

L’appellation Germania inferior (Germanie inférieure ou Basse Germanie) englobe la rive gauche allemande du Rhin au nord de Bonn, ainsi que les Pays-Bas et la Belgique actuels à l’est d’une ligne allant de la source de l’Oise à l'estuaire de l'Escaut où se trouve Anvers.

La Germania superior (Germanie supérieure ou Haute Germanie) comprend les bords du Rhin, rive gauche, au sud de Bonn (ancien département de Rhin-et-Moselle), la plaine du Palatinat, l’Alsace, la Franche-Comté ainsi que, approximativement, la moitié occidentale de la Suisse et la moitié orientale de la Bourgogne.

Inversement, le reste de l’actuelle rive gauche allemande du Rhin (avec Trèves) se trouve dans la Belgica (Belgique romaine). Quoi qu’il en soit, Belgica et les deux Germaniae font partie administrativement de la Gaule romaine. Ainsi, la totalité de la rive gauche du Rhin se situe dans la Gaule définie par César, et est sous autorité romaine pendant environ cinq cents ans (de 50 à 450 environ).

La Raetia (Rhétie) englobe le sud de la Bavière à l’ouest de l’Inn et du Bade-Wurtemberg au sud du Danube avec le Tyrol autrichien et l’est de la Suisse. Le Noricum (Norique) correspond au reste de la Bavière située au sud du Danube, et à l’Autriche. Les Agri decumates (Champs Décumates) comprennent la partie entre Rhin et Danube allant grosso modo de Ratisbonne à Bonn en englobant le cours du bas Main; entre le Jura souabe et le Danube ils sont rattachés à la Rhétie ; à l’ouest du Jura souabe ils relèvent de la Germanie supérieure, donc de la Gaule romaine. Ces trois territoires sont sous autorité romaine pendant deux à trois siècles (des années 80 à 235 pour les Champs Décumates, et des années 50 à 406 pour la Rhétie).La Rhétie ne fait pas partie de la Germanie antique.

La Germania magna (grande Germanie) des Romains de l’Antiquité, correspond donc approximativement aux deux tiers Nord-Est de l’Allemagne actuelle, grosso modo l’ancienne Allemagne de l’Est, et l’ancienne Allemagne de l'Ouest à l’est du Rhin et au nord du Danube et de la ligne Bonn-Ratisbonne. S’y ajoutent la Tchéquie et l’Ouest de la Pologne. Elle fut zone d’influence et sous surveillance de Rome pendant deux siècles environ (du début de l’ère chrétienne au début du ), et pour la partie à l’ouest de l’Elbe, sous contrôle romain direct pendant environ deux générations (des années 20 aux années 30 à 50 ). Du point de vue de la population actuelle, sur les 15 villes les plus peuplées de l'Allemagne actuelle, classées ici par ordre décroissant de population, soit: Berlin, Hambourg, Munich, Cologne, Francfort-sur-le-Main, Stuttgart, Düsseldorf, Dortmund, Essen, Leipzig, Brême, Dresde, Hanovre, Nuremberg et Duisbourg; 7 villes se trouvent dans une zone géographique qui a été sous contrôle Romain antique soit: Munich, Cologne, Francfort-sur-le-Main, Stuttgart, Düsseldorf, Nuremberg et Duisbourg; 4 villes se sont développées à partir d'un  peuplement Romain antique soit: Cologne, Francfort-sur-le-Main, Stuttgart et Duisbourg.

Les peuples germaniques

Les peuples germaniques occupant ces espaces sont d’autant plus difficiles à cerner qu’ils sont en partie nomades, en particulier ceux installés dans la plaine nord européenne, et que les auteurs anciens confondent facilement les noms qui leur sont donnés. Le massif schisteux rhénan, le Harz et les monts du quadrilatère de Bohème sont quasiment vides d’hommes. Le peuple frison, dans les Pays-Bas actuels, a été soumis en 28. Les Francs saliens ou rhénans (on disait naguère ripuaires) ne sont cités qu’à partir de 289, dans l’un des panégyriques de l’Empereur Maximien, Il y est question de "franci" (francs) . Pour les autres peuples, les historiens s’accordent pour les situer, comme nous allons le voir, au début de notre ère ; cela dit avec toutes les réserves qui s’imposent car il y a bien des incertitudes tenant à leur mobilité.

Certains de ces peuples sont assez bien connus soit du fait de leur nombre, soit pour leur proximité des frontières de l’Empire, soit pour les ravages qu’ils y ont commis au ou au . Les peuples de la Gaule Belgique, de la Germanie inférieure et de la Germanie supérieure sont le plus souvent considérés comme des Celtes romanisés et ceux de la Germanie Magna sont considérés comme des Germains faiblement romanisés ou non romanisés. Les Burgondes sont peut-être encore sur l'île de Bornholm (à l’époque Burgunderholm), ou déjà en Poméranie orientale. Leurs pérégrinations les mèneront en quatre siècles dans l’actuelle Bourgogne qui leur doit son nom. Les Goths, très nombreux, ne se sont pas encore scindés en deux groupes, et sont installés sur la basse vallée de la Vistule (voir culture de Wielbark) ; Wisigoths et Ostrogoths seront les premiers peuples barbares à s’installer de façon pérenne dans l’Empire à la suite de la défaite de l’empereur Valens à Andrinople en 378. Leurs déplacements les mèneront au en Hispanie et en Italie. Les Vandales se situent entre la Vistule et la Warta ; eux aussi migrent jusqu’en Afrique du Nord au , où Justinien les vainc en 535. Les Lombards, campant entre les basses vallées de l’Elbe et de la Weser, ne s’introduisent dans l’Empire, en Italie, qu’au , ruinant en partie la reconquête de Justinien. Les Suèves installés entre le limes et le Main suivent la route ouverte par les Alamans et vont jusqu’en Galice. Les Alamans quant à eux, franchissent le Rhin gelé le 31 décembre 406, mais ils n’apparaissent qu’au début du . Vraisemblablement sont-ils dans l’Est de l’Europe à l’époque d’Auguste. Les Angles dans le Schleswig, les Saxons dans le Holstein et les Jutes au Danemark semblent être assez sédentaires, effectuant des actes de piraterie en Mer du Nord et en Manche, avant d’aller s’établir au sud-est de la Bretagne au milieu du .

Les autres peuples ou peuplades germaniques ont laissé dans l’histoire une trace moins marquante : Les Marcomans et les Quades sont installés dans l’actuelle Tchéquie ; Marc Aurèle les combattra au cours de deux guerres (167-175 et 178-180) et leur causera, semble-t-il, suffisamment de pertes pour qu’ils ne soient plus un danger. Les Chattes et les Mattiaques qui leur sont peut-être soumis ou alliés, sont très remuants à la limite nord-ouest du limes, ce qui nécessitera l’intervention de Domitien. Les Chérusques sont assez nombreux, dans la plaine du nord, entre la Weser et l’Elbe. Nombreux aussi sont les Hermundures dans la Saxe et le Palatinat bavarois actuels. Il en est de même des Bastarnes, à l’est dans la boucle de la Vistule d’où ils partiront pour longer les Carpates et gagner le bassin du Tyras, et de là, les bouches du Danube.

D’autres peuples encore semblent moins nombreux ou moins remuants. Tel est le cas des Bructères le long de la Lippe, des Chauques de part et d’autre de l’estuaire de la Weser, des Helvécones en basse Silésie, des Lugiens occupant la haute vallée de la Warta, des Marses entre Ruhr et Lippe, des Ruges à l’est de la Poméranie orientale, des Semnons dans l’actuel Brandebourg, et des Turones entre les sources de la Werra et de la Fulda.

Certains groupes sont encore moins nombreux : les Ampsivariens (Angrivariens, ou Ansibariens) entre la basse Weser et l’Ems, les Chamaves entre l’Ems et la Frise, les Naristes au nord de Ratisbonne, et les Osiens dans les Carpates blanches.

Enfin, l’existence ou la localisation de certains est si floue que leur présence même est controversée : les Buriens qui seraient près des sources de la Vistule ou de l’Oder, les Lémoviens en Poméranie orientale, et les Varnes dans l’actuel Holstein.

Ces peuples dont la liste n’est pas exhaustive, vivent de cueillette, de pêche, de chasse, de quelques cultures potagères et en entretenant des troupeaux avec lesquels ils se déplacent le cas échéant. Ils échangent du bois, des fourrures, des cuirs, du sel, de l'ambre avec leurs voisins du limes romain. Les fouilles archéologiques à proximité du limes de Germanie ont aussi mis au jour de grandes fermes. Leurs parlers ne sont pas connus de façon précise, mais dérivent, selon le consensus, du proto-germanique. Les nations de la Gaule Belgique, de la Germanie inférieure et de la Germanie supérieure sont relativement romanisées, contrairement à celles de la Germania Magna. Leurs croyances, plus supposées que connues, semblent proches de celles des Celtes. Les Grecs et les Romains les méprisent même s’ils les craignent : ils ne les appellent pas « Germains », mais le plus souvent « barbares » (onomatopée des borborygmes et qualificatif méprisant pour les langues autres que le grec et le latin).