Samson François, né le à Francfort-sur-le-Main et mort le à Paris, est un pianiste français.

Il est connu pour sa maîtrise du répertoire classique, romantique et contemporain, en particulier pour ses interprétations de Ravel, Debussy, Chopin (dont il a enregistré des quasi-intégrales), Schumann ou Prokofiev. Samson François est aussi un grand amateur de jazz et un polyglotte, parlant anglais, italien, allemand, serbe et français.

Biographie Jeunesse et formation Son père travaillant comme clerc au Consulat de France à Francfort-sur-le-Main, Samson François naît en Allemagne et est prénommé par sa mère, Rose : Samson, pour la force, et Pascal, pour l'espritMichael Waiblinger, notice de présentation du CD « The Ettlingen Recital 1960 », Melo Classic, 2014, .. Durant son enfance, il vivra ici ou là à travers l'Europe, au gré des mutations professionnelles de son père. Il commence le piano à l'âge de deux ans et, d'après ses déclarations, sujettes à caution : , étudie en Italie avec Pietro Mascagni, qui l'aurait encouragé à donner son premier concert à six ans : un concerto de Mozart sous la direction du compositeur italien. Ensuite, avec Cyril Licar, qui lui présente des compositions de Béla Bartók, il étudie au conservatoire de Belgrade où il obtient le premier prix. Après des études de 1932 à 1935 au Conservatoire de Nice, où il obtient également le premier prix, il attire l'attention d'Alfred Cortot, qui l'encourage à aller à Paris étudier avec Yvonne Lefébure à l'École normale de musique. Il complète également son apprentissage avec Cortot (qui dira de lui qu'il était presque impossible de lui apprendre quelque choseJean Roy, Samson François, le poète du piano, Paris, Josette Lyon, coll. « Les Interprètes créateurs », 1997, .), et étudie l'harmonie avec Nadia Boulanger. En 1938 il rejoint le Conservatoire de Paris, où il a pour maître Marguerite Long et où il obtient le premier prix en 1940.

Carrière En 1943 il est le premier lauréat du concours Long-Thibaud. et commence une carrière , devenant alors .

Après la guerre, durant laquelle il donne plusieurs concerts organisés par le producteur britannique Walter Legge, dans des usines et camps militaires en Angleterre, il entreprend régulièrement des tournées à travers l'Europe. En 1947 il donne ses premiers concerts aux États-Unis, où il rencontre un grand succès, notamment à New York, où il joue le Concerto pour piano en sol majeur de Prokofiev sous la direction de Leonard Bernstein. Il y reviendra en 1959, jouant au Carnegie Hall, également avec Bernstein. Il se produit alors un peu partout dans le monde et sera notamment le premier pianiste occidental à être invité en URSS en 1956, et par la Chine populaire, en 1964.

Le , Samson François est l'invité vedette de la première émission de Discorama, émission télévisée de l'ORTF produite par Denise Glaser.

Vie privée En 1955, il épouse Josette Bhavsar (1930-2011), fille d'un diamantaire indien vivant surtout en Europe, attachée de presse auprès du service musical de la Radio jusqu'à l'éclatement de l'ORTF en 1974. Malgré leur divorce dans les années soixante, Josette Bhavsar ne cesse après la mort de son mari d'honorer la mémoire du pianiste, en créant une Fondation Samson François, afin notamment de venir en aide aux jeunes talents du piano, pour lesquels elle avait doté un prix au Concours d'Orléans.

De leur union naît un fils unique, Maximilien (1955-2013), auteur d'un livre sur son pèreMaximilien Samson François, Samson François, Histoires de… Mille vies (1924-1970), éditions Bleu Nuit, 2002, ouvrage dans lequel le fils du pianiste raconte comment après la mort de son père, il partit vivre aux États-Unis, se détourna de la musique classique, qu'il avait étudiée, se passionnant pour le rock, le jazz, les musiques du monde, l'Amérique, avant de redécouvrir l'artiste d'exception que fut son père., dont le sous-titre Histoires de mille vies fait allusion à une déclaration du pianiste qui proclamait : Cité par Jean Roy, Samson François, le poète du piano, p. 14..

Mort Il avait été victime d'une crise cardiaque en plein concert, un jour de 1968D'après .. Dédaignant de se soigner, il est à nouveau frappé d'un infarctus à Paris, le , et meurt le jour même après avoir été transporté d'urgence à l'Hôtel-Dieu.. N'ayant pas pu enregistrer les Études, livre I, il n'a pas terminé son intégrale de l'œuvre pour piano de Debussy, enregistrée de 1968 à 1970 pour la firme EMICf. ..

Postérité Samson François laisse l'image d'un pianiste à la vie mouvementée, adepte des sorties nocturnes et des clubs de jazz, abusant de l'alcool, du tabac et des drogues, conjuguant une carrière extrêmement active et nomade avec une vie conjugale tourmentée. Ces frasques lui valent une réputation, plus ou moins justifiée et largement amplifiée, de fantasque, bien que son jeu pianistique finisse par se ressentir de ce goût pour « l'aventure », l'imprévisible et la liberté, Alain Pâris, Le Nouveau Dictionnaire des interprètes, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2015, p. 320.. À rebours des précautions, son style extravagant et passionné s'accommodant mal des rigueurs de la discipline et de certaines indications dans les partitions, il apparaissait volontiers comme un , donnant Bryce Morrison, « Samson François joue Ravel », notice du CD Ravel, concertos pour piano et Gaspard de la nuit, EMI classics, 1998, ..

Style et répertoire La discographie et le souvenir de Samson François restent comme ceux d'un interprète réputé de Chopin, en particulier des Études, des Nocturnes, des Préludes et des Concertos ; sa carrière est également indissociable de compositeurs tels que Schumann (Études symphoniques, Concerto, Papillons), Ravel (Gaspard de la Nuit, Le Tombeau de Couperin, Sonatine, Concerto en sol, Concerto pour la main gauche), Debussy ou encore Prokofiev.

Héritier de ce que l'on a appelé l'« école française » du piano, Samson François privilégiait avant tout la performance scénique, et un travail aussi libre que profond sur la sonorité, en particulier dans le registre romantique, ainsi que chez Debussy, mais dans une moindre mesure, bien que ses enregistrements de ce compositeur demeurent encore aujourd'hui une référence. Samson François s'inscrit à l'opposé de pianistes postérieurs, tels que Maurizio Pollini, qui choisirent de privilégier une certaine objectivité du texte, au détriment de la liberté d'interprétation qu'il avait héritée d'Alfred Cortot.

Ses interprétations sont souvent marquées par une atmosphère romantique non dénuée de climats nocturnes et angoissés, mais surtout par une originalité, voire extravagance peu commune, comme la marque d'un artiste indépendant, intuitif et revendiquant les libertés pianistiques qu'il s'autorisait :

Il a composé quelques œuvres : Concerto pour piano et orchestre (1951), Magies noires et plusieurs musiques de films, dont celles de Paris féerie, Ballade pour un voyou (1963).

Discographie sélective Outre de multiples récitals, on peut citer les enregistrements suivants :

Certaines éditions compilent plusieurs enregistrements : Les Introuvables de Samson François, coffret de 8 CD (1990, EMI) ; Samson François. L'édition intégrale de tous ses enregistrements (entièrement remasterisés), coffret de 36 CD (2010, EMI) ; Samson François. Complete Recordings, coffret de 54 CD + 1 DVD (2020, Erato / Warner Classics).

En concert Au Festival de Strasbourg en 1959 Avec l'Orchestre municipal de Strasbourg sous la direction de Louis Martin en ..

Filmographie 1951 : Édouard et Caroline de Jacques Becker : interprète des morceaux de piano de Daniel Gélin 1963 : Ballade pour un voyou de Claude-Jean Bonnardot : compositeur de la bande originale

Notes et références

Annexes Bibliographie Jérôme Spycket, Scarbo, le roman de Samson François (biographie), Luynes, éditions Van de Velde ; Lausanne, Payot, 1985 Collectif, Samson François, ses enregistrements, Paris, éditions E.M.I., 1995 Jean Roy, Samson François, le poète du piano, Paris, éditions Josette Lyon, 1997 Philippe de La Genardière, Le Tombeau de Samson, Arles, éditions Actes Sud, 1998 Maximilien Samson François (fils du pianiste), Samson François, Histoires de... mille vies (1924-1970), Paris, éditions Bleu Nuit, 2002

Articles connexes Myriam Birger

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