La principauté de Valachie (en roumain principatul Țării Românești) est un État européen historique. La Valachie est, avec la Moldavie et la Transylvanie, l'une des trois principautés médiévales à population roumanophone ; avec la Moldavie, elle est l'une des deux « principautés danubiennes » et, par son union avec la Moldavie en 1859, elle est à l'origine de la Roumanie.

La Valachie était divisée en județe (comtés régis par le droit valaque) et gouvernée par un voïvode (plus tard hospodar) élu par l'assemblée des boyards, assisté d'un Sfat domnesc (conseil princier). Elle avait une législation (Pravila), une armée (Oastea), une flotte sur le Danube (Bolozanele) et un corps diplomatique (Logofeții) : ce n'était donc pas, comme le représentent de façon inexacte la plupart des ouvrages historiques modernes, une province turque, mais une principauté d'abord indépendante, ensuite autonome, et seulement tributaire du sultan ottoman de Constantinople (à partir de 1460, mais avec des interruptions). La principauté de Valachie a eu successivement trois capitales : Curtea de Argeș, Târgoviște et București.

Nom de la principauté La Valachie n'est que l'une des valachies médiévalesLes toponymes Valachia, Valaquia, Velacia, Valacchia, Wallachia, Wolokia, Valachie, Valaquie, Vlaquie, Blaquie avec les ethnonymes correspondants et des mentions pré- ou post-posées comme major, minor, alba, nigra, secunda, tertia, interior, Bogdano-, Moldo-, Hongro- ou Ungro, figurent dans des ouvrages cartographiques anciens comme Theatrum Orbis Terrarum d'Abraham Ortelius (1570), Atlas sive Cosmographicae... de Gerhaart De Kremer (« Mercator », Amsterdam 1628), Atlas Blaeu Van der Hem de Willem Janszoon (Amsterdam 1650), Atlas Novus de Johannes Janssonius (Amsterdam 1657) et de Frederik de Wit (Amsterdam 1668) ou encore dans les ouvrages de Vincenzo Coronelli comme l’Isolario : voir « Muzeul Naţional al Hărţilor şi Cărţii Vechi » sur ..

Son nom selon l'appellation traditionnelle des régions, Ца́ра Ромѫнѣ́скъ soit Țara românească, signifie en roumain moderne « le pays roumain », mais à l'origine Țara rumânească signifiait « terre romaine », d'après l'endonyme des populations aborigènes du bassin du bas-Danube, de parler roman, de religion orthodoxe et de droit valaque. Ce nom s'opposait à celui de țara ungurească, « le pays hongrois », pour désigner le territoire voisin de la Transylvanie de l'autre côté des Carpates, dirigée par la noblesse hongroise catholique. Mais, à l'intérieur de cet espace voisin, presque toutes les petites régions romanes portaient aussi le nom de țara (« pays » : en allemand, en magyar) telles pays de la Bârsa, pays des Moți, Hațeg, Făgăraș, Marmatie, Țara Chioarului, Țara Lăpușului, pays d'Oaș, Țara Sătmarului, Țara Gurghiului, Țara Bihorului et autres.

Les Grecs et les Slaves la nommaient dans les documents religieux Ungro-Vlahia (la Valachie voisine et initialement vassale de la Hongrie). En latin de chancellerie, on trouve Terra valachorum ; sur divers portulans maritimes, Valaquia, Valaccia ou Velacia, qui comme son nom français dérivent de l'allemand , qui en anglais a donné ou . Elle a été désignée plus tôt en allemand par le nom de : « pays des Valaques ». Dans les documents en latin de la cour hongroise, elle s'appelle , le « pays des Valaques de l'autre côté des Alpes de Transylvanie ».

On l'a aussi appelée , țara basarabească (« pays de Basarab »), du nom d'origine coumane de son premier souverain, Basarab .

En Moldavie, on l'a aussi nommée Munténie, appellation qui ne désigne plus aujourd'hui que la Valachie de l'est ( en allemand, par opposition à la désignant la partie occidentale limitée par la rivière Olt et appelée Olténie depuis le ). En Pologne, on l'appelait Państwo wołoskie (« duché valaque ») ou Połudna Wołoszczyzna (« Valaquie méridionale », par différence avec les deux autres, la Transylvanie et la Moldavie). Les Ottomans l'ont appelée Eflak.

Géographie

La Valachie couvrait le Sud de la Roumanie actuelle (sur la carte, en 1390), avec les Carpates au nord (sa frontière avec la Transylvanie, vassale de la Hongrie, puis avec l'empire d'Autriche) et avec le Danube au sud (sa frontière avec la Bulgarie, puis avec l'Empire ottoman). La frontière avec la Moldavie se situait sur la rivière Milcov (un affluent du Siret) sur la plus grande partie de sa longueur. Les limites de la principauté ont varié dans le temps : en 1390 elle s'étendait jusqu'à la mer Noire, incluant les régions de Bessarabie (dans le sens initial de ce nom, correspondant à l'actuel Bougeac et ainsi nommé à la suite de la victoire du voïvode Basarab sur les Tatars en 1328) et de Dobrogée (ainsi nommée d'après son fondateur Dobrotitch). La première sera cédée à la Moldavie en 1421, la seconde annexée par l'Empire ottoman l'année suivante. Les voïvodes valaques ont aussi longtemps possédé (à titre personnel, non au nom de la principauté) des terres en Transylvanie (duchés d', de Ciceu, de Făgăraș et de Hațeg).

La Valachie est traditionnellement divisée entre la Munténie à l'est (parfois appelée « Grande Valachie ») et l'Olténie, à l'ouest (parfois appelée « Petite Valachie »). L'Olt forme la frontière entre les deux régions. Elle comprenait (avec des évolutions au fil du temps) (comtés : 8 en Olténie, 13 en Munténie), gouvernés par un jude (comte) nommé par le voïvode, assisté d'un conseil des boyards locaux : le jude et son conseil nommaient les vornics, dirigeants séculiers des paroisses.

À mesure que le danger des raids tatars diminuait, la capitale « descendit » des Carpates vers la plaine danubienne le long de la route commerciale d'Europe centrale à Constantinople (celle-là même qui vit, au , construire la première autoroute roumaine) : elle passa de Câmpulung en 1330 à Curtea de Argeș en 1348, puis à Târgoviște en 1396 et enfin à Bucarest en 1698.

Histoire Les valachies (nom commun) situées entre les Alpes de Transylvanie et le Danube avant le et régies par le jus valachicum sont, à l'origine, vassales tantôt du royaume Bulgaro-Valaque (plus connu, depuis le , comme Second Empire bulgare), tantôt du royaume de Hongrie qui organise les plus occidentales d'entre elles (à l'ouest de la rivière Olt) en un Banat, celui de Severin. L'influence hongroise se fait sentir à travers les deux évêchés catholiques de Severin et du Milcov (ce dernier, destiné à évangéliser les Coumans), l'influence bulgare à travers la langue liturgique de l'église orthodoxe et des chancelleries valaques : le slavon., écrit en alphabet gréco-cyrilliqueIon-Aurel Candrea, Dicţionarul enciclopedic ilustrat „Cartea românească”, , Cartea Românească, Bucarest, imprimé entre 1926 et 1931 : + Lettre Nom de la lettre Valeur numérique Prononciation Correspondant actuel 1 Α α az 1 // a 2 Б б buche // b 3 В ϐ vede 2 // v 4 Г г glagol 3 // g, gh 5 Д δ dobru 4 // d 6 Є ε iest 5 // e 7 Ж ж jivete // j 8 Ѕ ѕ dzelo, dzialu 6 // 9 З з zeta, zemlia 7 // z 10 И η ije, ita 8 // i 11 І і I 10 // i 12 К ϰ capa, caco 20 // c, ch 13 Л λ lambda, liude 30 // l 14 М μ mi, mislete 40 // m 15 N ɴ naş 50 // n 16 О o on 70 // o 17 П π pi, pocoi 80 // p 18 Р ρ riţi, râţă 100 // r 19 С с slovă 200 // s 20 Т τ tvirdo, ferdu 300 // t 21 Ѹ ѹ Ucu 400 // u initial 22 У ȣ u // u ordinaire 23 Ф ф fârtă 500 // f 24 Х χ heru 600 // h 25 Ѡ ω ot 800 // o 26 Щ щ ști / ște // șt 27 Ц ц ți 900 // ț 28 Ч ч cervu 90 // c devant e et i 29 Ш ш șa // ș 30 Ъ ъ ieru //// ă 31 Ы ы ieri ///ʲ/// â, î i 32 Ь ь ier ///ʲ/// ăi 33 Ѣ ѣ eti /e̯a/ ea 34 Ю ю iu /ju/ iu 35 Ѩ ѩ iaco /ja/ ia 36 Ѥ ѥ ie /je/ ie 37 Ѧ ѧ ia /ja//e̯a/ iaea 38 Ѫ ѫ ius // â, î 39 Ѯ ξ csi 60 /ks/ x 40 Ѱ ѱ psi 700 /ps/ ps 41 Ѳ ѳ fita 9 //, /ft/ 42 Ѵ υ ipsilon, ijiţă 400 //// iu 43 Џ џ gea // g devant e ou i

Cette écriture permet de translittérer les noms roumains anciens en alphabet actuel, mais les auteurs qui ignorent ce fait se croient, par crainte d'être anachroniques, contraints d'utiliser des orthographes tirées de sources en d'autres langues (magyar, polonais, russe, turc)..

Le diplôme accordé par le roi de Hongrie Bela IV le aux chevaliers de Saint-Jean mentionne qu'il y avait sur le territoire de la Valachie, avant la principauté, pas moins de quatre duchés : le canesats de Ioan et de Farcaș, les voïvodats de Seneslau et de Litovoi. Ils constituaient un glacis contre les invasions des Coumans et des Mongols. L'implantation des chevaliers de Saint-Jean fut un échec et le processus d'unification de ces valachies fut accéléré par la menace d'une mainmise hongroise directe. Litovoi et son frère Bărbat luttent en 1277 contre les troupes hongroises ; Litovoi meurt et Bărbat est fait prisonnier.

Fondation Le processus d'unification est poursuivi par le voïvode d'Argeș, qui, en 1328 mène une campagne victorieuse contre les Tatars au Boudjak et étend ainsi sa domination sur les bouches du Danube, la Dobroudja et les rivages de la mer Noire. Puis, profitant des luttes internes pour le trône en Hongrie, il reste le seul maître de la Valachie, alors appelée « Bessarabie ». Il refuse de reconnaître la suzeraineté du roi de Hongrie Charles Robert d'Anjou, qui entreprend une expédition punitive. Le combat se déroule du 9 au , . Basarab écrase l'armée de Charles Robert d'Anjou, qui n'évite d'être pris en otage qu'en se déguisant en palefrenier, et doit reconnaître l'indépendance de la Valachie (désormais nom propre, avec un V majuscule). Basarab d'Argeș règne jusqu'en 1352. Le conflit larvé avec la Hongrie se poursuit sous les successeurs de Basarab. Devant les résultats incertains, les rois hongrois acceptent de s'en tenir à une vassalité de pure forme de la part du prince valaqueGeorges Castellan, Histoire des Balkans, Fayard 1991, .

De Mircea l'Ancien à Radu le Grand Lorsque la plus grande partie de la péninsule balkanique est envahie par l'Empire ottoman (un processus qui commença par le débarquement des Ottomans en Roumélie en 1354 et s'acheva par la conquête de Constantinople en 1453), la Valachie se trouva engagée dans de fréquentes confrontations avec les Ottomans, avant de devenir finalement l'un de leurs vassaux, à la fin du règne de l'Ancien. Mircea, qui régna de 1386 à 1418, battit d'abord les Ottomans en plusieurs batailles sur son propre territoire (notamment à Rovine en 1394), puis s'engagea contre eux dans le despotat voisin de Dobrogée dont il hérita en 1388. Il hésita entre des alliances avec la Hongrie ou la Pologne, avant d'accepter la suzeraineté ottomane en 1415, après que a pris le contrôle de la Dobrogée, et des ports danubiens de Turnu Măgurele et de Giurgiu. Les bouches du Danube furent alors cédées à la principauté voisine de Moldavie sous le nom de Bessarabie, tandis que la Valachie sera désormais appelée Țara Rumânească (« pays roumain »). Les deux ports danubiens resteront ottomans jusqu'en 1829, et la Dobrogée jusqu'en 1878.

La vassalité vis-à-vis des Turcs permet à l'Ancien (Mircea cel Bǎtrân) d'éviter l'invasion et l'annexion du pays par l'Empire ottoman (contrairement à ce qu'indiquent par erreur de nombreuses cartes occidentales). Par la suite, de nombreux voïvodes valaques se sont rebellés ou n'ont plus répondu aux exigences de la Sublime Porte : (Dan), l'Empaleur (Vlad Țepeș), Radu de la Afumati (Radu de la Afumați), le Brave (Mihai Viteazul), Raoul le Serbe (Radu Șerban).

Entre 1418 et 1420, le prince vainquit les Ottomans à Severin, avant d'être tué lors de la contre-offensive. En 1422, le danger fut écarté momentanément lorsque infligea une défaite au sultan , avec l'aide de Pippo Spano.

La paix signée en 1428 inaugura une période de crises internes, au cours de laquelle Dan II dut se défendre contre Radu Prasnaglava qui mena la première d'une série de coalitions de boyards contre les princes. Victorieux en 1431, les boyards furent durement frappés par Vlad II le Dragon, qui parvint par ailleurs à trouver un compromis entre l'Empire ottoman et le Saint-Empire romain germanique.