Le Yangtsé, Yang-Tsé-Kiang ou Yangzi Jiang (en , ou : 长江, Chángjiāng) et également en français fleuve Bleu. (par opposition au fleuve Jaune, l'autre grand fleuve chinois, plus au nord), est le plus important des fleuves de Chine et d'Asie avec un débit moyen de et une longueur de . C'est le troisième fleuve du monde par sa longueur après le Nil et l'Amazone, ainsi que par son débit après l'Amazone et le Congo. Ce n'est que le dixième fleuve pour la superficie de son bassin versant, mais celui-ci est le plus peuplé. Il est le plus important au monde à couler entièrement dans un seul pays.
Le Yangtsé prend sa source dans l'Ouest du pays sur le plateau tibétain, dans une région aride et dépourvue d'habitants à plus de d'altitude. Son cours prend d'abord une orientation sud-est et il descend du plateau de manière torrentielle en circulant dans des gorges profondes creusées dans les monts Hengduan. À près de de sa source, le Yangtsé arrive aux abords du plateau Yunnan-Guizhou et prend une direction générale ouest-est qu'il va conserver jusqu'à son débouché dans la mer de Chine orientale. Il irrigue le riche bassin agricole du Sichuan et sa capitale économique Chongqing, puis traverse les régions montagneuses du centre de la Chine aux défilés des Trois Gorges pour pénétrer dans une vaste plaine caractérisée par de nombreux lacs et de grandes concentrations humaines dont la ville de Wuhan. En quittant cette plaine, il passe par un dernier étranglement avant de former un delta de près de de long sur lequel se trouvent une dizaine de villes excédant le million d’habitants, dont les mégapoles de Nankin (Nanjing) et Shanghai.
Le fleuve et ses affluents drainent un bassin versant de de kilomètres carrés peuplé par plus de d'habitants. Le fleuve traverse les provinces du Qinghai, Yunnan, Sichuan, Hubei, Hunan, Jiangxi, de l'Anhui et du Jiangsu, et ses affluents irriguent également le Tibet, le Shaanxi, le Henan, le Guizhou, le Guangxi, le Guandong, le Fujian et le Zhejiang. Depuis plusieurs milliers d'années, il joue un rôle central dans l'économie chinoise et la survie de sa population, par ses bienfaits (voie de transport fluviale et ressources en eau, en particulier pour la culture du riz et les pêcheries) et ses désastres (crues dévastatrices). Les hommes ont tenté depuis plus de quatre mille ans de le maîtriser par des barrages, des réseaux de digues et de canaux, des polders. L'essor fulgurant qu'a connu l'économie chinoise depuis les années 1990 a entraîné la construction d'aménagements gigantesques sur son cours (barrages, canaux d'irrigation, lacs de retenue) dont le barrage des Trois-Gorges n'est que le plus connu. Mais l'industrialisation croissante du bassin versant, l'artificialisation du fleuve et de ses affluents ainsi que la croissance démographique ont été à l'origine de désastres écologiques en décimant les espèces endémiques. Les responsables chinois tentent désormais de concilier besoins économiques et préservation des écosystèmes. Après 70 ans de surpêche, cause d'une forte régression des populations de poissons, un moratoire a été imposé sur tout le bassin versant ; il a permis que la biomasse de poissons triple en seulement trois ans.
Noms En chinois, le fleuve est de nos jours appelé « Chang Jiang » ( ; « long fleuve », API : /ʈʂʰǎŋ˧˥ tɕjáŋ˥/ écouter). Le nom Yangzi Jiang () , ne désigne en chinois que la partie du fleuve située en aval de Yangzhou ou plus largement entre Nankin et l'embouchure. Ce nom vient du petit bourg de Yangzi près de Yangzhou. Les Européens ont retenu ce nom et l'ont appliqué à tout le fleuve.
Le fleuve s'appelait autrefois Jiang Shui ou simplement Jiang. Le mot Shui en chinois classique désignant les fleuves ou rivières en général, et Jiang était le nom propre du Yangtsé. Le sens du mot Jiang s'est élargi depuis, il signifie maintenant « fleuve » en généralPour plus d'information, voir Yangzi Jiang, Chang Jiang et l'étymologie de Jiang sur le Wiktionnaire.. De nos jours pour les Chinois, c'est le Chang Jiang, littéralement le « long fleuve » ou également Wanli Changjiang, le « Fleuve des dix mille li ». Il est appelé en tibétain Dri chu (, lit. « rivière de la yack femelle »).
Traditionnellement, chaque partie du fleuve porte un nom propre (en particulier dans la littérature). Ces différentes appellations sont exposées dans le tableau ci-dessous. :
+ Différentes sections du fleuve distance de la source Longueur Point amont Point aval Désignation CommentaireCours supérieur () Mont Geladaindong Confluent du Dangqu Tuotuo () Togtog Qu () Confluent du Dangqu Yushu Tongtian () Yushu Yibin Jinsha () la “Rivière aux sables d'or” considérée jusqu'à la dynastie Ming comme l'affluent de Min (et non l'inverse) Yibin Yichang Chuan () Cours moyen Yichang Hukou Yangzi Jiang Xunyang Jiang () au Jiangxi près de Jiujiang.Cours inférieur Hukou Estuaire Yangzi Jiang Wan Jiang () dans la province de l'Anhui.
Description Le Yangtsé traverse la Chine centrale d'ouest en est. Il est long de et son bassin versant a une superficie de , compris entre les latitudes nord 35°54' et 24°17' et les longitudes est 112°25' et 90°33'. Avec ses affluents il irrigue plus de 95 % des provinces du Sichuan, du Hubei, du Hunan, du Jiangxi et des municipalités de Chongqing et de Shanghai, 50 à 75 % du Guizhou, 25 à 50 % du Shaanxi, de l'Anhui, du Jiangsu et du Yunnan, 10 à 25 % des provinces du Qinghai, du Zhejiang, du Henan, du Gansu, du Guangxi, du Guangdong, du Fujian et de la région autonome du Tibet. Le cours du Yangtsé est habituellement divisé en trois sous-ensembles.. : le cours supérieur va de sa source à Yichang : long de , son bassin versant a une superficie de et arrose principalement les provinces Qinghai, le Sichuan et la municipalité de Chongqing ; le cours moyen, compris entre Yichang et Hukou (Wuhan), est long de . Son bassin versant a une superficie de et il irrigue principalement le Hubei, le sud du Shaanxi, le Hunan et le Jiangxi ; le cours inférieur, qui débouche sur la mer de Chine orientale, est long de et la superficie de son bassin versant est de ; ce dernier englobe le sud du Anhui et du Jiangsu, le nord du Zhejiang et le territoire de Shanghai.
Identification de la source
vignette|La rivière Tuotuo.
La localisation précise de la source du Yangtsé est longtemps restée inconnue, initialement à cause de l'absence d'outils de mesure précis, puis du fait de la situation reculée de la région des sources et enfin à cause de la complexité du réseau hydrographique sur le plateau tibétain. Il y a trois à quatre mille ans, le Yangtsé, au débouché des Trois Gorges, pénétrait dans une région occupée par un grand nombre de lacs et marécages qui ont été asséchés par la suite. La population était clairsemée et les habitants n'étaient pas capables de déterminer si le Yangtsé était l'affluent du Han ou l'inverse bien que le débit moyen du Yangtsé soit dix fois supérieur à celui de son affluent. En effet le cours du Han est à certains endroits très large () tandis que le lit du Yangtsé peut s'étrangler à au niveau des Trois Gorges notamment à leur débouché avant Yijiang (passe de Nankin). Un chapitre consacré au Grand Yu figurant dans le plus ancien des écrits chinois, le Classique des documents, rédigé sans doute vers 500 avant J.-C., corrige cette erreur mais indique que la source du Yangtsé se situerait dans les monts Min et que la rivière Tuotuo (la véritable source) serait un affluent situé plus à l'est. Le fleuve Min va longtemps être considéré comme la source du Yangtsé pour plusieurs raisons : à son confluent à Yibin le Yangtsé (Jinsha) a un débit moyen supérieur de seulement un tiers à celui de le Min, sa largeur est généralement inférieure, car le fleuve circule la plupart du temps dans une vallée encaissée ( contre ) et son cours n'est pas navigable, contrairement à celui du fleuve Min. C'est le voyageur-géographe Xu Xiake (1587-1641) qui établit le premier que le Jinsha constitue le fleuve principal. Une expédition, organisée sous l'empereur Kangxi effectue une première reconnaissance de la région des sources sur le plateau tibétain sans toutefois parvenir à identifier précisément l'origine du Yangtsé. Un atlas géographique publié en 1718 consigne ces découvertes. En 1761, Chi Zhaonan décrit de manière détaillée les différents cours d'eau situés dans la région des sources du Yangtsé..
La recherche de la véritable source du Yangtsé est relancée à partir des années 1970 lorsque plusieurs expéditions scientifiques chinoises sont organisées. Les trois principaux cours d'eau contribuant à la formation du Yangtsé dans cette partie du plateau tibétain sont le Chumar, le Tuotuo et le Dangqu. La rivière Chumar est rapidement exclue en tant que source, car son débit est le plus faible et elle s'assèche souvent en hiver. Le Dangqu a un débit cinq à six fois plus important que le Tuotuo et son bassin versant a une superficie plus importante. Mais la commission officielle chinoise retient le Tuotuo comme la source officielle du Yangtsé pour plusieurs raisons : son origine est mieux établie ; la distance à vol d'oiseau de l'estuaire est nettement plus importante ; sa longueur est estimée plus importante d'une vingtaine de kilomètres (mais des mesures effectuées par la suite prouveront que le Dangqu est en fait plus long de ).. D'un point de vue hydrologique, c'est le débit qu'on retient en général, ce qui ferait de la source du Dangqu la véritable source du Yangtsé.
Cours sur le plateau tibétain Le Yangtsé prend sa source sur le plateau tibétain dans la province chinoise du Qinghai au pied du mont Geladaindong qui culmine à et constitue le plus haut sommet des monts Tanggula. La source elle-même est située à une altitude de au pied du glacier sud qui descend de cette montagne. Après avoir émergé d'un canyon étroit, la rivière circule sur un terrain relativement plat sillonné de petits cours d'eau et entouré de sommets arrondis. Le sol, couvert de neige en hiver, se transforme en prairie à la belle saison. La présence d'une épaisse couche de pergélisol (la température moyenne annuelle est inférieure à ) ne lui a pas permis de creuser un lit et la rivière, peu profonde, s'étale largement dans un paysage désolé et inhabité, balayé par des vents violents et dépourvu de toute végétation arbustive. La première section du fleuve, longue de , est baptisée Tuotuo. Sur cette partie de son cours d'eau, la rivière descend d'une altitude de (pente de ). Le bassin versant associé a une superficie de ..
Toute cette partie du plateau tibétain faiblement arrosé (moins de de précipitations annuelles) est occupée par une steppe pratiquement désertique. La région des sources fait partie de la division administrative de niveau bourg de Tanggulashan (préfecture autonome mongole et tibétaine de Haixi) qui occupe une superficie de mais compte seulement (densité : ). Ceux-ci sont concentrés dans une dizaine de hameaux situés le long des deux axes de transport qui relient Golmud à Lhassa et qui ont été construits côte à côte : la route nationale 109 et la ligne ferroviaire Qing-Zang. Les habitants vivent de l'élevage de troupeaux de moutons. Une grande partie de la région des sources fait partie de la réserve naturelle des Sources des trois rivières (Sanjiangyuan) qui protège notamment les abords du mont Geladaindong et une grande partie du cours du Dangqu..