Beyrouth (en arabe : , ) est la capitale du Liban et la ville la plus importante du pays. C'est une métropole qui comptait environ en 2011..La population résidente et la population selon l'état civil ou sur les listes électorales divergent, les électeurs ne votant pas en fonction de leur lieu de résidence mais selon la localité d’enregistrement de leur ascendant paternel lors du recensement de 1932 : la municipalité comptait environ inscrits en 2004.. et en 2010.. L'agglomération urbaine comporte entre 1,8 et d'habitantsLa délimitation de l'agglomération est malaisée. Selon les auteurs du projet e-Géopolis, sur la base d'estimations reposant inévitablement sur des hypothèses, l'agglomération compterait un peu plus de d'habitants en 2010. Le géographe Éric Verdeil a présenté une critique argumentée de cette estimation et propose plutôt un chiffre de ..Le de la CIA indique 1,909 million en 2009., soit près de 50 % de la population du pays. La ville forme le gouvernorat (mohafazat) de Beyrouth, le seul qui ne soit pas divisé en districts. Elle abrite le siège du gouvernement. Bien qu'il soit fréquent de parler de Beyrouth pour désigner la ville et ses banlieues, il n'existe pas de telle entité officielle, plusieurs administrations définissant seulement, à des fins d'études, une Région métropolitaine de Beyrouth.
Avant la guerre civile libanaise, la ville était un centre financier, un port de commerce et un foyer culturel d'une importance majeure à l'est de la Méditerranée et au Proche-Orient. Beyrouth est en effet située entre l'Asie, l'Afrique et l'Europe, ce qui lui a donné une place stratégique dans les échanges mondiaux. Beyrouth rivalisait autrefois avec Le Caire comme le cœur culturel et éducatif du monde arabe. Bien que le français ne soit plus la langue officielle du Liban, Beyrouth reste la plus grande ville francophone du continent asiatique.
Ses habitants sont appelés Beyrouthines et BeyrouthinsArrêté français du relatif à la terminologie des noms d’États et de capitales : voir à Liban où « Beyrouth » et « Beyroutin(s) » sont cités.Le Petit Larousse illustré 2015, 2014 , 2048 p., mentionne Beyrouthins dans l’entrée « Beyrouth »..
Histoire Préhistoire Béryte est fondée vers 5000 av. J-C.
Antiquité Petit port à l'origine, moins puissante que les autres cités phéniciennes tel que Tyr, Byblos, ou Sidon, elle gagne de l'importance sous l'Empire romain ; en Auguste lui donne en effet le statut de colonie..
Moyen Âge Renommée pour son école de droit mais elle est ravagée en 551 par un violent séisme accompagné d'un tsunami..
Pendant les croisades, elle est le centre de la seigneurie de Beyrouth, vassale du royaume franc de Jérusalem. Elle est prise par les mamelouks en 1291.
Temps modernes Sous l'Empire ottoman, elle joue un rôle commercial actif parmi les échelles du Levant mais subit les effets du déclin économique de la Syrie ottomane. Elle ne retrouve sa place qu'au .
L'essor de la ville doit beaucoup à son port, le premier de la région à avoir été doté d'une Quarantaine, et au choix de Beyrouth par les puissances occidentales qui y implantent leurs missions religieuses, leurs universités et leurs comptoirs commerciaux.
Époque contemporaine
vignette|400px|centré|Beyrouth au .Lors de la deuxième guerre égypto-ottomane opposant Méhémet Ali, vice-roi d'Égypte, au sultan ottoman , Beyrouth sert de base à l'armée égyptienne, ce qui lui vaut d'être bombardée le 3 octobre 1840 par la flotte anglaise venue en soutien des Ottomans et qui détruit la ville..
Elle redevient une grande ville au milieu du avec notamment l'afflux de réfugiés fuyant les affrontements de 1860 dans la montagne entre druzes et maronites : Beyrouth sert alors de port de débarquement à l'expédition française en Syrie.
Beyrouth passe de en 1810 à en 1845 et en 1915. La route de Beyrouth à Damas est percée en 1863, le port de Beyrouth est modernisé en 1888, le chemin de fer de Beyrouth à Damas entre en service en 1895. Le collège protestant syrien, future université américaine de Beyrouth, ouvre en 1866. La ville devient la capitale d'une province, le vilayet de Beyrouth, en 1888Marlène Ghorayeb, Beyrouth sous mandat français : construction d'une ville moderne, Karthala, 2014, ..
Beyrouth fut bombardée en 1911 par l'armée italienne, pendant la guerre menée par le royaume d'Italie contre l'Empire ottomanHenri Wesseling, Les Empires coloniaux européens. 1815-1919, Folio, 2009, p. 357.
Depuis l'indépendance (1943-1990) vignette|Vue aérienne de Beyrouth en 1960. À la suite de l'effondrement de l'Empire ottoman après la Première Guerre mondiale, Beyrouth, avec le reste du Liban, a été placée sous mandat français par la Société des Nations. Quand le Liban a obtenu son indépendance le , Beyrouth est devenue sa capitale. La ville est restée une capitale régionale intellectuelle, devenant une destination touristique majeure et un havre bancaire, notamment pour le pétrole du golfe Persique. Dès les années 1930, la ville excède ses limites administratives. Après l'indépendance, l'urbanisation remplit peu à peu la plaine littorale et grimpe sur les montagnes qui entourent la ville. Une agglomération se constitue, mais aucune nouvelle institution administrative n'est créée malgré les projets de l'urbaniste Michel Écochard. L'urbanisme de Beyrouth et de ses banlieues se caractérise par un décalage entre les plans, nombreux, qui ont été dressés pour la ville, et les réalisations, très partielles et inachevéesÉric Verdeil, Beyrouth et ses urbanistes : une ville en plans (1946-1975), 2010, Beyrouth, Presses de l'IFPO, , sur books.openedition.org ..
Le , à la suite d’une erreur de navigation, le paquebot Champollion de la compagnie des Messageries maritimes vient s’échouer sur les brisants à de la plage de Khaldé au sud de Beyrouth. Il avait appareillé de Marseille sept jours auparavant.
L'ère de prospérité relative suivant l'indépendance a pris fin en 1975 lorsque la guerre civile libanaise a éclaté. Pendant la majeure partie de la guerre, Beyrouth a été divisée entre une partie musulmane à l'Ouest et l'Est chrétien séparée par une ligne de front désignée sous le nom de . La basse ville, autrefois centre d'une grande partie des activités commerciales et culturelles de la ville, est devenue alors une . Beaucoup d'habitants ont fui vers d'autres pays. Environ sont mortes durant les deux premières années de la guerre (1975-1976), et une partie importante de la ville a été dévastée.
Une période particulièrement destructrice a été le siège, en 1978, de l'armée syrienne contre Achrafieh, le principal quartier chrétien de Beyrouth. Les troupes syriennes ont bombardé sans relâche le quartier oriental de la ville. Les milices chrétiennes ont cependant réussi à repousser de multiples tentatives des forces syriennes d'occuper la zone stratégique de la ville, dans une campagne de trois mois
Le 16 juillet 1981, des roquettes palestiniennes tuèrent trois civils israéliens. Le lendemain, l'aviation israélienne bombarda massivement des bureaux de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Beyrouth, tuant entre 200 et , principalement des civils libanais, et en blessant plus de 800Article de Orient XXI.
Un autre chapitre destructeur a été l'invasion israélienne en 1982, pendant laquelle Beyrouth-Ouest fut assiégée par les troupes israéliennes. En effet, durant l'été 1982, la ville a été soumise par l'armée israélienne à un siège et à un blocus hermétique. Ariel Sharon, qui conduit l'opération, explique : .. L'offensive provoque la mort de libanais et palestiniens.. Un cessez-le-feu est négocié qui prévoit l’évacuation du Liban des forces palestiniennes de l'OLP. Du 16 au 18 septembre 1982, profitant du retrait de l'OLP, des milices des Forces libanaises massacrent les populations palestiniennes vivant dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila, à Beyrouth-Ouest, avec la complicité de l'armée israélienne. Entre 700 et 5 000 personnes sont assassinées. Le , les casernes françaises et américaines ont subi des attentats à la bombe du Hezbollah, tuant américains, français, et les deux .
Après 1982, la guerre à Beyrouth prend également une dimension intestine, via les affrontements à l'intérieur de chaque secteur entre des milices et des groupes qui luttent pour la suprématie locale. Des combats très violents se déroulent entre 1985 et 1987 entre la milice Amal et les forces palestiniennes : c'est la « guerre des camps ». En 1990, la rivalité entre l'armée libanaise, dirigée par le général Michel Aoun et les troupes miliciennes fidèles à Samir Geagea débouche sur deux rounds de guerre. En 1987, l'armée syrienne est de retour à Beyrouth. Elle est combattue par le général Aoun dans la guerre de Libération nationale à partir de 1989 et les combats frappent durement plusieurs secteurs chrétiens ainsi que les zones environnant les positions syriennes dans l'agglomération. Le général Aoun est vaincu le et se réfugie en France.
Durant la guerre, les destructions sont très importantes. Plus de sont détruits ou touchés. Les infrastructures sont endommagées par les combats ou, faute d'entretien, ne fonctionnent plus, comme l'électricité qui n'est plus assurée que six heures par jour à la fin de la guerre.
D'autre part, les déplacements entraînés par les combats conduisent à une forte extension de l'urbanisation dans les banlieues. La banlieue Sud se gonfle de réfugiés du Sud-Liban et des secteurs de Beyrouth-Est vidés par les milices chrétiennes. Inversement, Beyrouth-Est accueille les réfugiés en provenance du Chouf ou de Beyrouth-Ouest.
L'agglomération beyrouthine s'étend vers Jounieh et vers les localités de montagneDavie M. F., 1994, « Guerres, idéologies et territoires : l'urbanisation récente de la côte libanaise entre Jbayl et Sayda », Annales de Géographie, t. 103, , 1994. , sur persee.fr .. La disparition de l'autorité de l'État ou son affaiblissement au détriment des différents coagulums confessionnels constitutifs du , ainsi que le fractionnement politique rendent impossible le contrôle d'une urbanisation devenue anarchique.. La ville et ses banlieues subissent alors de nombreuses infractions aux règles d'urbanisme et de la construction, qu'il s'agisse de l'occupation du littoralÉric Verdeil, 2002, « Entre guerre et reconstruction, remblais et empiétements littoraux à Beyrouth », in Goeldner L., Velut S., Yellès-Baron N. (coord.), Le littoral. Mélanges en hommage à Fernand Verger , Paris, Presses de l'École normale supérieure, , sur halshs.ccsd.cnrs.fr ., des immeubles des quartiers chics ou moins chics qui ne respectent pas les réglementations urbainesElie El-Achkar, 1998, Réglementation et formes urbaines : le cas de Beyrouth, (Cahiers du CERMOC, 20) Beyrouth, CERMOC, 180 p., ou de secteurs construits illégalement, parfois sur des terrains squattés, surtout dans la banlieue sud, mais également dans d'autres zones de l'agglomérationValérie Clerc-Huybrechts, 2008, Les Quartiers irréguliers de Beyrouth : une histoire des enjeux fonciers et urbanistiques dans la banlieue sud, Presses de l'Institut français du Proche-Orient, 300 p., sur books.openedition.org ..
Beyrouth d'une reconstruction à l'autre (après 1990)