La bataille de Jérusalem () est une bataille de la Première Guerre mondiale. Elle fait partie de la campagne du Sinaï et de la Palestine et oppose les forces de l'Empire britannique à celles de l'Empire ottoman soutenu par l'Allemagne. Elle consiste en une série d'opérations livrées en novembre et dans le sud de la Palestine, alors partie de l'Empire ottoman, et s'achève par la victoire des Britanniques et de leurs alliés australiens et néo-zélandais qui s'emparent de Jérusalem.
Contexte militaire vignette|gauche|Les voies de soutien logistique britanniques au Sinaï et en Palestine, E.G. Keogh, 1955. Les forces britanniques de l'Egyptian Expeditionary Force, basées dans le sultanat d'Égypte sous protectorat britannique et commandées depuis par Edmund Allenby, ont repoussé deux offensives ottomanes contre le canal de Suez en 1915 et 1916. Avec le concours du Desert Mounted Corps, corps de cavalerie australo-néo-zélandais, elles se sont assuré le contrôle du désert du Sinaï et ont pris pied dans le sud-ouest de la Palestine où elles remportent la bataille de Beer-Sheva le suivie de le . Elles ont construit un chemin de fer traversant le Sinaï, à voie étroite, prolongé jusqu'à Deir el-Balah près de Gaza, pour assurer leur logistique depuis l'Égypte et se préparent à une nouvelle offensiveE. G. Keogh & Joan Graham, Suez to Aleppo, Melbourne: Directorate of Military Training by Wilkie & Co., 1955, -180..
Le ravitaillement reste cependant le point critique de la guerre du désert. Les chevaux du Desert Mounted Corps consomment plus de de grain par jour. Une centaine de camions, plus des convois de chameaux et de mules, avec la main-d'œuvre des Égyptiens de l'Egyptian Labour Corps, sont nécessaires à son approvisionnement.
En face, les Germano-Ottomans mettent en place une nouvelle grande unité, le , commandé par le feld-maréchal allemand Erich von Falkenhayn. Celui-ci, à la suite d'une visite au secteur de Gaza les 9 et , décide de donner la priorité au front de Palestine plutôt qu'à celui d'Irak également menacé par l'avance britannique. Entretemps, Enver Pacha, ministre de la guerre et chef effectif du gouvernement des Trois Pachas, intrigue pour écarter son rival, Djemal Pacha, du théâtre d'opération principal : le commandement de Djemal à la armée ottomane est réduit aux régions côtières et intérieures de la Syrie ottomane, ainsi qu'au Hedjaz, à l'exclusion du front de Palestine..
Le groupe d'armées Yildirim s'installe en position défensive : la armée, commandée par l'Allemand Friedrich Kress von Kressenstein, campe sur la côte devant Jaffa, tandis que la , commandée par Fevzi Pacha et fortement éprouvée dans les batailles précédentes, se replie vers les monts de Judée et commence à y construire des fortifications. vignette|gauche|Les fronts du Moyen-Orient en avril 1918 Falkenhayn, comparant la situation du groupe Yildirim à celles qu'il a connues sur les fronts européens, sait qu'il ne pourra pas construire une ligne de défense solide faute d'ingénieurs, de matériel de fortification et d'artillerie lourde. À la place, il prévoit une série de lignes défensives provisoires et de contre-attaques ponctuelles permettant de gagner du temps. Cependant, l'efficacité de cette tactique est limitée par le manque de mobilité de ses forces et par le mauvais moral des soldats, surtout des conscrits arabes recrutés sur place et qui commencent à déserter en nombreMesut Uyar et Edward J. Erickson, A Military History of the Ottomans: From Osman to Atatürk, ABC-Clio, 2009, ..
Les Ottomans souffrent d'une grave déficience d'équipement et de transports. Tout leur matériel militaire est importé d'Allemagne et doit être déchargé et rechargé 6 fois, sur un réseau ferroviaire incomplet, avant d'atteindre le front de PalestineErik Jan Zürcher, « L’empire ottoman et l’Europe : à chacun sa guerre », Orient XXI, 2 octobre 2014.. Pour défendre leurs frontières menacées, ils ont rapatrié les unités dispersées du corps ottoman en Galicie () et du corps de Dobroudja ( et ) : ces troupes sont les plus modernes de l'armée ottomane, entraînées et équipées sur le modèle des troupes d'assaut allemandesMesut Uyar et Edward J. Erickson, A Military History of the Ottomans: From Osman to Atatürk, ABC-Clio, 2009, -265.. La saturation du réseau retarde considérablement leur entrée en ligne : les troupes allemandes de l'Asien-Korps restent bloquées pendant deux mois à la gare de Haydarpaşa, sur la rive asiatique du Bosphore, à la suite d'une explosion dont on ignore si elle est accidentelle ou le résultat d'un sabotage.
Cependant, la révolution bolchevique en Russie, qui a éclaté le , va donner un répit aux Ottomans : le gouvernement révolutionnaire russe de Lénine envoie immédiatement des propositions de paix à l'Allemagne. Le cabinet de guerre impérial de Londres s'attend à voir l'Allemagne retirer prochainement ses troupes du front russe pour les reporter sur le front français. Londres fait savoir à Allenby qu'il ne pourrait pas soutenir une offensive de longue durée au Proche-Orient, toutes les réserves étant nécessaires à l'OuestE. G. Keogh & Joan Graham, Suez to Aleppo, Melbourne: Directorate of Military Training by Wilkie & Co., 1955, ..
Contexte diplomatique vignette|gauche|Manifestation à Jaffa en l'honneur des Empires centraux (Allemagne et Autriche-Hongrie), 1915 vignette|Partage prévu du Moyen-Orient en zones britannique (B) et française (A), accords Sykes-Picot du 8 mai 1916 vignette|gauche|Jérusalem pavoisée pour l'anniversaire du sultan Mehmed V, avril 1917 Le gouvernement britannique se rend compte que la prise de Jérusalem, ville sainte des trois « Religions du Livre », peut avoir un effet psychologique considérable. En marge de la bataille militaire, une bataille diplomatique se joue pour la possession de la Terre Sainte. Par la déclaration Balfour, signée le et publiée par The Times le , le Royaume-Uni promet de créer un « foyer national juif » en Palestine, ce qui heurte l'opinion arabe et musulmane. Peu après, le , le gouvernement bolchevique rend publics les documents secrets de la diplomatie de l'Entente et en premier lieu les accords Sykes-Picot qui prévoient un partage du Moyen-Orient entre les dominations britannique (Palestine et Irak) et française (Syrie centrale et Liban). Le premier ministre français Georges Clemenceau, rencontrant son homologue britannique David Lloyd George le , se dit peu intéressé par la Syrie mais tient à obtenir des avantages pour satisfaire les éléments « réactionnaires » de son ministère des Affaires étrangèresHenry Laurens, La Question de Palestine : Tome 1 - L'invention de la Terre sainte (1799-1922), Fayard, -371..
Le , Lloyd George, conseillé par le diplomate Mark Sykes, grand connaisseur du Moyen-Orient, envoie à Allenby des instructions détaillées sur la conduite à tenir lors de son entrée dans la ville. Il ne doit pas imiter Guillaume II d'Allemagne qui, en 1898, avait fait une entrée spectaculaire à cheval : au contraire, il doit entrer à pied et garder une attitude modeste. Les petits contingents français et italien qui marchent aux côtés de l'armée britannique doivent être associés à l'entrée solennelle. Les lieux saints de l'islam (esplanade des Mosquées) doivent être confiés à la garde de soldats musulmans de l'armée des IndesHenry Laurens, La Question de Palestine : Tome 1 - L'invention de la Terre sainte (1799-1922), Fayard, -372.. Pour montrer à Allenby l'importance symbolique de sa mission, Lloyd George lui remet un ouvrage archéologique, Historical Geography of the Holy Land de George Adam Smith, qui, dit-il, lui fera connaitre la configuration des lieux mieux que n'importe quel rapport du War Office.
Le , François Georges-Picot, représentant français au Moyen-Orient et un des deux signataires des accords Sykes-Picot, rencontre le général Allenby pour lui réclamer l'instauration d'une administration civile franco-britannique des territoires conquis une fois que la bataille sera terminée : Hébron et Gaza seraient sous tutelle britannique, Jaffa et Jérusalem sous tutelle française. Allenby lui répond sèchement que la Palestine est une zone d'opérations militaires qui dépend de son commandement et qu'il n'y aura pas d'autre autorité que la loi martialeHenry Laurens, La Question de Palestine : Tome 1 - L'invention de la Terre sainte (1799-1922), Fayard, ..
Les Britanniques, qui souhaitent avoir les mains libres en Palestine, s'opposent à la nomination d'un représentant du chérif de La Mecque, Hussein ben Ali, reconnu roi du Hedjaz en 1916, dans l'administration des lieux saints de Palestine : ce serait reconnaître au chérif une autorité de type califalHenry Laurens, La Question de Palestine : Tome 1 - L'invention de la Terre sainte (1799-1922), Fayard, .Roberto Mazza, Jerusalem: From the Ottomans to the British, I.B. Tauris, 2009, .. De même, l'autorité militaire britannique interdit l'entrée de la Palestine aux représentants du mouvement sionisteHenry Laurens, La Question de Palestine : Tome 1 - L'invention de la Terre sainte (1799-1922), Fayard, ..
Cependant, la publication des accords Sykes-Picot entraîne un retournement pro-ottoman dans l'opinion arabe, jusque-là réticente du fait de la politique brutale de Djemal Pacha. Fevzi Pacha organise plusieurs réunions publiques à Naplouse pour dénoncer l'impérialisme franco-britannique et plusieurs centaines d'Arabes de la ville s'engagent dans l'armée ottomane. Par crainte du colonialisme occidental, beaucoup plus que par sympathie pour la cause du Chérif Hussein, les Arabes éprouvent un regain de loyauté envers le sultan.
Ordre de bataille Alliés Egyptian Expeditionary Force (Edmund Allenby) (Philip Chetwode) () Desert Mounted Corps (Harry Chauvel)
Empires centraux Groupe d'armées Yildirim (Erich von Falkenhayn) (Fevzi Pacha), QG à Naplouse corps (Mustafa Ismet Pacha) autour de Naplouse de cavalerie
corps (Ali Fouad Pacha) autour de Jérusalem
armée (Kress von Kressenstein jusqu'au puis Djevad Pacha), QG à Tulkarem corps ()
Asien-Korps allemand ()
vignette|centré|400px|Jaffa vue de la mer, v. 1917
Première phase : avance britannique au nord de Jérusalem vignette|gauche|Carte de la Palestine ottomane en 1910 vignette| Light Horse Regiment australien entrant dans les monts de Judée, 1918 vignette|Vue aérienne de Jérusalem, 1917 vignette|gauche|Cavaliers ottomans au sud de Jérusalem, avril 1917 vignette|Sommet de Nebi Samwil vignette|gauche|Soldats ottomans sur la route de Naplouse à Jérusalem, v. 1914-1917 vignette|Soldats britanniques à un puits à l'ouest de Jérusalem, 1917 Le , le Desert Mounted Corps reçoit l'ordre de reprendre son avance vers Ramla et Lod. Le , lors de la première , il s'empare de cette ville mais l'artillerie ottomane reste positionnée sur la rive nord du Nahr el-Auja, rendant le port inutilisable pour l'approvisionnement : les Britanniques doivent se contenter d'un transbordement par allèges vers les plages.
Le même jour, le , les Britanniques s'emparent de Latroun, à l'entrée de la route de Lod à Jérusalem qui est en partie utilisable malgré les destructions opérées par les OttomansCyril Falls et al., Military Operations Egypt & Palestine from June 1917 to the End of the War. Official History of the Great War Based on Official Documents by Direction of the Historical Section of the Committee of Imperial Defence. II. Part 1, HM Stationery Office, London, 1930, -189.Michael Carver, Field Marshal Lord, The National Army Museum Book of The Turkish Front 1914–1918: The Campaigns at Gallipoli, in Mesopotamia and in Palestinh, Pan Macmillan, London, 2003, ..