350px|Zones d'occupation en France de 1940 à 1944
La ligne de démarcation, en allemand (mot parfois abrégé en , voire ), est en France, pendant la Seconde Guerre mondiale, la limite entre la zone occupée par l'Armée allemande et la zone non occupée (ou « zone libre »), en vertu des conditions fixées par l’armistice du 22 juin 1940. Longue d'environ , la ligne entre en vigueur le 25 juin 1940, après la signature de l'armistice entre l'Italie et la France du ..
Bien que le gouvernement français, établi à Vichy en zone libre à partir de l'armistice, exerce théoriquement sa souveraineté sur l'ensemble du territoire français. (sauf en Alsace-Lorraine, annexée unilatéralement par l'Allemagne dès 1940), dans les faits, les conditions d'armistice donnent de larges pouvoirs en zone occupée aux autorités allemandes, qui de surcroît, contrôlent étroitement le passage d'une zone à l'autre par l'obligation de détenir un laissez-passer de longue durée ou ponctuel.
Après l'invasion de la zone libre par les troupes allemandes le à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord française, la ligne de démarcation est supprimée le .
Création de la ligne de démarcation
L'armistice est signé alors que la situation militaire de la France est catastrophique, après la victoire éclair de l'Allemagne du (percée de Sedan) au (entrée des troupes allemandes à Paris). À partir du , le gouvernement n'est plus présidé par Paul Raynaud, mais par le maréchal Pétain. Demandé par celui-ci dès le , l'armistice est signé le par les généraux Wilhelm Keitel pour le Troisième Reich et Charles Huntziger pour la France.
Institution d'une zone d'occupation partielle L' prévoit le partage du territoire métropolitain entre une partie occupée et une partie non occupée.
Initialement, l'armistice prévoyait . L'état-major allemand, connaissant l'engagement conclu le entre la France (Paul Raynaud) et le Royaume-Uni (Winston Churchill) de ne pas conclure de paix séparée, n'a pas envisagé une défaite aussi rapide et totale de la France, ni la partition du pays entre l'occupant et un Gouvernement français signataire d'un armistice.
Établissement de la ligne Sur la carte jointe à la convention d'armistice, la ligne de démarcation apparait sous la forme d’un trait de couleur verte, ce qui lui vaut d'être parfois appelée ligne verte (). Pour l'anecdote, il s'agit d'une réplique au traité de Versailles (1919), sur lequel les territoires allemands à occuper par les Alliés de la Première Guerre mondiale étaient délimités par un trait vert.
Sur un total de , la Wehrmacht en occupe entièrement 42 et partiellement 13, tandis que 35 ne sont pas du tout concernés. Selon les sources, 13 à de Français vivent en zone non occupée et 23 à en zone occupée.
L' du traité d'armistice, qui stipule que ,
Négociations ultérieures Cette convention d'armistice est la base d'une relation politique tendue entre les deux belligérants (en l'absence d'un traité de paix, la France et l'Allemagne sont toujours en guerre). La délégation française à la commission d'armistice de Wiesbaden, chargée de la gestion des conséquences du traité, signale que cette ligne de démarcation est une atteinte à la souveraineté territoriale de la France et présente un caractère arbitraire, d'autant plus que son tracé est au départ imprécis et que les demandes de précision restent vaines.
Si le tracé semble simple à l'échelle du pays, les incertitudes et les imprécisions sont très nombreuses à l'échelle départementale et communale. Le tracé définitif de la ligne n'est fixé qu'à la fin de l'année 1941 ; jusque-là, en effet l'occupant effectue des changements locaux en fonction de ses intérêts.
Vue d'ensemble du tracé de la ligne vignette|Pancarte sur le poste de contrôle :
Départements traversés Longue de près de , la ligne de démarcation traverse treize départements : Ain, Jura, Saône-et-Loire, Allier, Cher, Loir-et-Cher, Indre-et-Loire, Vienne, Charente, Dordogne, Gironde, Landes et Basses-Pyrénées, sur le site de la Commission pour l'indemnisation des victimes de spoliations, consulté le . (Pyrénées-Atlantiques depuis 1969).
Topographie Son tracé suit la topographie des points hauts et coupe le cours de nombre de fleuves et rivières (Doubs, Saône, Loire, Allier, Cher, Vienne, Charente, Isle, Dordogne, Garonne, Adour, etc.), ne les suivant qu'occasionnellement et sur de courtes distances.
Matérialisation vignette|Poste de contrôle sur la ligne de démarcation : derrière les barbelés, une baraque, une guérite et une barrière du type perche à contrepoids, qui se manœuvre à la main. vignette|Panneau de démarcation.
Elle est matérialisée dans les champs par des poteaux espacés de 100 à (peints aux couleurs allemandes : rouge, blanc et noir). Aux points de passage (routes, ponts, gares), on trouve des barrières flanquées de guérites, parfois équipées de herses mobiles et de barbelés.
Malgré les nombreux panneaux bilingues qui jalonnent le tracé de la ligne et rappellent la défense de la traverser, des passeurs travaillant seuls ou organisés en réseaux et filières se chargent d'organiser son franchissement entre deux patrouilles. Arrêtés, ils sont jugés et soumis à diverses sanctions qui peuvent aller jusqu'à la fusillade.
Tracé par départements Haute-Savoie de Haute-Savoie sont incluses dans la zone interdite : Arcine, Chevrier, Clarafond, Éloise, Vulbens, Saint-Germain. Puis, le , ces communes sont rattachées à la zone libre.
Ain La ligne de démarcation débute à la frontière suisse au sud-ouest de Genève, suivant le cours du Rhône à son entrée en France Sur base des cartes Michelin 98 et 99 de 1941., puis elle remonte vers le nord, passant par Bellegarde-sur-Valserine, jusqu'au confluent de la Valserine. Elle suit ensuite le cours de la Valserine (vers le nord).
Au nord-est du département, le pays de Gex, déclaré zone interdite par les Allemands, est isolé entre la ligne de démarcation à l'ouest et la frontière suisse à l'est.
Jura Après Mijoux, la ligne continue de suivre la Valserine jusqu'à sa source, puis suit la route (Paris-Genève), qui est parallèle à la frontière suisse sur quelques kilomètres jusqu'aux Rousses, précisément jusqu'au village frontalier de La Cure.
À partir des Rousses, la ligne part vers le nord-ouest, vers Morez, Saint-Laurent-en-Grandvaux et Champagnole. Peu après cette ville, la ligne part plein nord, puis bifurque plein ouest en passant entre Arbois (au nord) et Poligny (au sud), avant de remonter plein nord.
À l'intersection avec la route (Mont-sous-Vaudrey-Pontarlier), elle prend de nouveau plein ouest, suivant le cours de la Loue en passant à quelques kilomètres au sud de Dole, et rejoint à Parcey la rivière Doubs, dont elle suit le cours vers le sud (Chaussin), puis vers l'ouest à partir de Beauvoisin.
Saône-et-Loire La ligne suit le cours du Doubs qui après Navilly, prend une direction sud-ouest. À Verdun-sur-le-Doubs, à la confluence des deux rivières, la ligne de démarcation suit la Saône, toujours dans une direction sud-ouest jusqu'à Chalon-sur-Saône où la ligne continue vers le sud-ouest, remontant le cours de la Corne jusqu'à Buxy. Elle prend alors la direction de l'ouest avant de bifurquer vers le sud-est avant Montceau-les-Mines, suivant un tracé à l'est du canal du Centre et parallèlement à celui-ci (qui initialement marquait la ligne de démarcation) jusqu'au sud-est de Paray-le-Monial, qu'elle contourne par le sud remontant ensuite dans une direction ouest-nord-ouest vers Digoin.
Allier La ligne traverse la partie nord-est du département. Elle y entre par la commune de Chassenard., et se dirigea sur un tracé rectiligne vers l'ouest, passant plusieurs kilomètres au sud de Dompierre-sur-Besbre et de la route reliant Moulins à Digoin. Elle traverse les communes de Molinet, Coulanges, Monétay-sur-Loire, Saligny, Saint-Pourçain-sur-Besbre, Thiel-sur-Acolin, Chapeau et Toulon-sur-Allier jusqu'à arriver sur la rivière Allier, à quelques kilomètres au sud de Moulins. La ligne bifurque alors vers le nord, suivant le cours de la rivière, cours qui après Moulins (situé en zone occupée sauf le quartier de la Madeleine, rive gauche) prend une direction nord-ouest. Après Villeneuve-sur-Allier, la rivière marque la limite entre les départements de l'Allier et de la Nièvre.
Le pont Régemortes au-dessus de l'Allier, à Moulins, était un point de passage notable car il se trouvait sur la route entre Paris et Vichy.
Cher La ligne de démarcation traverse le département d'est en ouest. Elle suit d'abord le cours de l'Allier qui marque aussi la limite entre les départements du Cher et de la Nièvre ; puis elle bifurque vers l'ouest-nord-ouest, quelques kilomètres avant la jonction entre l'Allier et la Loire (Bec d'Allier), à hauteur d'Apremont suivant alors une direction parallèle à la route (La Chapelle-Hugon, Germigny-l'Exempt, Croisy, Cornusse, Raymond, Jussy-Champagne, Vornay, Saint-Just). Elle contourne Bourges par le sud (Plaimpied-Givaudins, Trouy, Le Subdray, Morthomiers) puis à hauteur de Sainte-Thorette et Quincy suit le cours de la rivière Cher, passant par Vierzon (Vierzon-ville, sur la rive nord, étant en zone occupée) et quittant le département à Thénioux.
Loir-et-Cher La ligne traverse le sud du département d'ouest en est, suivant sur tout son parcours le cours du Cher (de Châtres-sur-Cher à Chissay-en-Touraine). La ville de Selles-sur-Cher se trouve coupée en deux, la partie sur la rive droite (au nord) étant en zone occupée. La ligne de démarcation isole à l'est et l'ouest deux étroites bandes du reste du département passée en zone occupée ; en effet sur sa partie centrale, la rivière marque la limite avec le département de l'Indre.
Indre-et-Loire La ligne de démarcation traverse une partie de l'est du département, suivant le cours du Cher. Elle coupe ainsi en deux le château de Chenonceau bâti en travers de la rivière : l'entrée principale se trouve en zone occupée, tandis qu'une partie du parc s'ouvrant au sud de la galerie est en zone libre. Peu après Chenonceaux, à Bléré, la ligne bifurque dans une direction sud-sud-ouest, passant une douzaine de kilomètres à l'ouest de Loches, plus importante commune du département en zone libre. Elle traverse la commune de Ligueil (le bourg était en zone occupée), prend une direction sud-ouest pour contourner le village du Grand Pressigny, puis une direction sud-est, traversant la rivière Creuse dans le sud du département, à Chambon.
Vienne Après avoir franchi la rivière Creuse, la ligne entre dans le département à La Roche-Posay, prend une direction sud-sud-ouest, sans suivre ni route ni cours d'eau. Elle traverse la commune de Chauvigny (le bourg restant en zone libre), à une vingtaine de kilomètres à l'est de Poitiers. Après la commune de Fleuré (village en zone occupée), elle prend une inflexion plus au sud, coupe la commune d'Usson-du-Poitou, traverse le Clain, croise la route entre Charroux et Pressac, à la limite du département qu'elle quitte quelques kilomètres plus au sud, en franchissant le fleuve Charente.
Charente La ligne de démarcation traverse le département sur une direction presque plein sud, sur ., traversant et laissant un petit tiers est de la Charente en zone libre. Elle débute sur la commune de Pleuville, passe à l'est de Champagne-Mouton (village en zone occupée), à une vingtaine à l'ouest de Confolens, plus importante commune du département en zone libre. Elle continue à l'ouest de Saint-Claud et Chasseneuil (villages en zone libre), à l'est de La Rochefoucauld (en zone occupée), marque ensuite une légère inflexion vers l'ouest, passant alors à une quinzaine de kilomètres à l'est d'Angoulême, puis se redirige vers une direction sud-sud-est, quittant le département à Combiers.
Dordogne