Raoni Metuktire, de son vrai nom Ropni Metuktire (parfois appelé simplement Raoni), né vers 1932 au Brésil, est l'un des grands chefs du peuple kayapo vivant au cœur du territoire indigène de Capoto-Jarina, terre indigène homologuée protégée sur le territoire du Brésil. Il est une figure internationale de la lutte pour la préservation de la forêt amazonienne et de la culture indigène.

Biographie Raoni Metuktire, de son vrai nom Ropni Metuktire.., vient au monde dans l'État du Mato Grosso entre 1930 et 1934, probablement vers 1932, au cœur de la partie brésilienne de la forêt amazonienne, dans un village nommé Krajmopyjakare (lieu aujourd'hui appelé Kapôt). Issu de la branche Metuktire des Kayapos, il est l'un des fils du cacique Umoro. Le peuple kayapo est nomade et son enfance est marquée par des déplacements incessants et de nombreuses guerres tribales. Guidé par son frère Motibau, Raoni commence à l'âge de quinze ans à installer un labret, disque de bois peint de façon cérémonielle que les guerriers de sa tribu nomment botoque et portent sous la lèvre inférieure.

C'est en 1954 que Raoni et les autres membres de la tribu Metuktire rencontrent pour la première fois des Occidentaux. Le premier contact est effectué par l'aîné des frères Villas-Bôas, Orlando, célèbres indigénistes brésiliens qui initient le jeune Raoni au portugais et le préparent à affronter l'invasion des Kuben (« les autres », « les blancs »). Peu de temps après, il devient l'ambassadeur de son peuple et fait partie d'une délégation qui rencontre le président Juscelino Kubitschek. et le très vieux maréchal Cândido Rondon. En 1958, il participe en tant que guide à une expédition destinée à déterminer le centre géographique du Brésil.. En 1964, il croise le chemin de l'ancien roi des Belges, Léopold III, alors que celui-ci est en expédition dans les réserves indigènes protégées du Mato Grosso.

L'inquiétude du peuple Kayapo face à la déforestation est déjà grande lorsqu'il devient, en 1977, le sujet d'un film documentaire de Jean-Pierre Dutilleux intitulé Raoni et narré par Jacques Perrin. L'acteur Marlon Brando, alors au faîte de sa gloire, a accepté d'être filmé pour la séquence d'ouverture de la version anglaise et le film Raoni est nommé aux Oscars. L'intérêt soudain des médias brésiliens en fait un porte-drapeau naturel de la lutte pour la préservation de la forêt amazonienne, gravement mise en danger par la déforestation chaotique, l'avancée des cultures de soja et les barrages hydroélectriques.

C'est cependant après sa rencontre avec le chanteur Sting, qui lui rend visite dans le Xingu en 1987, qu'il accède à une notoriété internationale. Le , il participe avec lui, à São Paulo (Brésil), à une conférence de presse de la Tournée Human Rights Now! d'Amnesty International. À la suite de l'impact de cet événement, Sting, son épouse Trudie Styler et le réalisateur belge Jean-Pierre Dutilleux deviennent les cofondateurs de la Rainforest Foundation, créée pour soutenir les projets de Raoni, dont la priorité du moment est la démarcation des territoires kayapos menacés d'invasion. thumb|Raoni lors d'une conférence au Brésil en avril 2006.|alt=

En , Raoni est l'un des plus farouches opposants au projet de barrage de Kararao. Les télévisions du monde entier sont présentes pour recueillir ses propos à Altamira, lors d'une gigantesque assemblée de chefs restée dans les annales. Le projet de barrage sera finalement abandonné.

En , la chaîne de télévision brésilienne Globo annonce la mise en production d'un nouveau film sur le chef Raoni signé Jean-Pierre Dutilleux et Alexandre Bouchet, dans lequel le chef Kayapo retrace sa vie et ses combats en voyageant en barque à travers le Parc Indigène du Xingu..

Résultats de la campagne de 1989 thumb|Le chef Raoni en compagnie du chanteur britannique Sting à Paris en avril 1989.|alt=|gaucheLa tournée que Raoni entreprend avec Sting dans dix-sept pays, d'avril à , lui permet de diffuser son message à l'échelle planétaire. Douze Fondations forêt vierge sont alors créées dans le monde avec pour objectif de récolter des fonds pour aider à la création, dans la région du Rio Xingu en Amazonie, sur des territoires répartis entre les États du Mato Grosso et du Pará, d'un immense parc national. Le rêve du Chef Raoni est alors d'unifier cinq territoires indigènes déjà démarqués (Baú, Kaiapó, Panará, Kapôt Jarina, Bàdjumkôre) avec les territoires Mekragnotire, qui ne le sont pas encore, et le Parc indigène du Xingu. Ces territoires ainsi réunis couvriraient une superficie d'environ .

C'est en 1993, à la suite de l'engouement suscité par son tour du monde, que les territoires Mekragnotire sont démarqués et les territoires indigènes du Xingu unifiés. Ceux-ci constituent aujourd'hui la plus grande réserve de forêts tropicales de la planète.

Autre résultat concret de cette première campagne internationale de Raoni, le déblocage par le G7 de fonds pour la démarcation de toutes les réserves indigènes du Brésil, .

Au-delà de ces résultats, l'un des succès les plus remarquables de la campagne de 1989 est une prise de conscience par le grand public de la nécessité de protéger la forêt amazonienne et ses populations autochtones. Le président François Mitterrand sera le premier à soutenir l'initiative de Raoni, bientôt suivi par Jacques Chirac, le roi d'Espagne, le prince Charles, l'empereur du Japonhttp://raoni.fr/documents/article-paris-match-29-04-2010.pdf et le pape Jean-Paul II, parmi beaucoup d'autres.

Quant à la déforestation, loin d'avoir été enrayée, elle se poursuit de plus belle dans les zones non protégées, menaçant à nouveau celles qui le sont déjà.

Ambassadeur international de la lutte pour la préservation de la forêt et des peuples amazoniens thumb|Raoni et le président de la République Jacques Chirac en mai 2000 au palais de l'Élysée.

Devenu l'ambassadeur du combat pour la protection de la forêt amazonienne et au-delà de celui de la protection de l'environnement de tout peuple indigène, Raoni Metuktire a depuis 1989 effectué de nombreux autres voyages à travers le monde, comme chez les Innus de la Côte-Nord du Québec en ou au Japon, en . C'est cependant principalement en Europe que son message semble recevoir le plus d'écho. Il revient ainsi en France en 2000, 2001 et 2003, où il reçoit le soutien actif du président Jacques Chirac.

Lors de ses interventions médiatiques, on le voit presque toujours coiffé d'une couronne de plumes jaunes et paré de boucles d'oreilles et collier kayapos. Le cacique Raoni est immédiatement reconnaissable au labret traditionnel qui lui distend la lèvre inférieure et qu'il arbore avec grande fierté. Les générations suivantes n'ayant pas conservé cette coutume, le chef est l'un des tout derniers hommes à plateaux connus au monde.

Le , Gilberto Gil, alors ministre de la culture du président Lula da Silva, lui remet l'ordre du mérite culturel.. gauche|vignette|Raoni Metuktire, le 4 mai 2010 à Paris. Le cacique Raoni est fait citoyen d'honneur de la Ville de Paris par Bertrand Delanoë le . et de la ville de Bordeaux le ..

Il est l'une des premières personnalités internationales à demander, dès , la reconnaissance internationale du crime d'écocidevidéo du Parisien du 11/12/2015, "Cop21 : le chef Raoni réclame la reconnaissance des crimes contre l'environnement".

Il est également lauréat, en 2014, de la première édition du Prix du Public pour la Paix..

En , il participe à la COP21. (à Paris) et en , à la COP23article du mouvement Uma Gota no Oceano mentionnant la présence du cacique Raoni à la COP23 (à Bonn, en Allemagne).

En , il est la vedette du défilé « Xingu » de l'école de samba Imperatriz Leopoldinense à l'occasion du Carnaval de Rio, pendant lequel il défile posté à la proue d'un char impressionnant à son effigie..

Le , le cacique Raoni dépose plainte contre Jair Bolsonaro devant la Cour pénale internationale par l'intermédiaire de l'avocat français William Bourdon. Il accuse le président brésilien de meurtres, d’extermination et de mise en esclavage des autochtones de l’Amazonie.

En , le cacique Raoni lance un appel à l'aide pour sa « dernière mission ». Il souhaite la reconnaissance et la délimitation de la terre indigène Kapot-Nhinore, celle où repose ses ancêtres..

Interviewé par Paris Match en , il envisage, à 91 ans de reprendre la route pour défendre sa cause : ..

Le cacique Raoni contre le complexe de barrages de Belo Monte thumb|left|upright=1.2|Raoni place des droits de l'homme au Trocadéro de Paris, tenant la pétition internationale contre le barrage de Belo Monte, qu'il a lancée avec d'autres chefs indiens kayapos.

Dans une interview accordée à TF1 et diffusée à l'occasion de sa tournée européenne (France, Belgique, Suisse, Monaco, Luxembourg) en , Raoni déclare la guerre au projet de barrage de Belo Monte, qui menace les territoires indigènes situés sur les rives du fleuve Xingú dans l'État du Pará au Brésil et réaffirme sa détermination à protéger la forêt amazonienne d'un désastre majeur : « J'ai demandé à mes guerriers de se préparer à la guerre, j'en ai parlé aussi aux tribus du Haut Xingú. Nous ne nous laisserons pas faire. »..

Lors de ce même voyage, pendant lequel il assure également la promotion du livre de Jean-Pierre Dutilleux Raoni, mémoires d'un chef indien« Le combat d'une vie », Cultur Club — La Terre vue du sol., le cacique Raoni est reçu par l'ancien président français Jacques Chirac qui accepte de parrainer. (par le biais de la Fondation Chirac) l'Institut Raoni, un organisme brésilien que le chef amazonien a créé en 2001 avec son soutien dont l'objet est de préserver la culture de son peuple et la biodiversité de la forêtprésentation de l'Institut Raoni sur le site Equator Initiative. Il sera également reçu lors de ce voyage par le Prince Albert II de Monaco, très engagé dans la protection de la nature, mais pas par le président Nicolas Sarkozy, qu'il avait pourtant formellement invité en lors de sa visite officielle au Brésilhttp://raoni.com/actualites-613.php description des relations diplomatiques du cacique Raoni avec les autorités françaises.

Le , l’Institut brésilien de l’Environnement (IBAMA), dernier rempart à la réalisation du barrage de Belo Monte, délivre la licence au consortium d’entreprises brésiliennes Norte Energia. Cette information est reprise par les médias et réseaux sociaux du monde entier accompagnée d'une photo de Raoni en larmes, la légende précisant que ses pleurs ont été provoqués par l'annonce de la validation définitive du barrage de Belo Monte. La photo, prise au moment d'un pleur traditionnel de retrouvailles, a en fait été détournée.. Indigné, le chef dément formellement sur son site officiel : « Je n'ai pas pleuré à cause de l’autorisation de construction et le début des travaux sur le chantier de Belo Monte. Tant que je vivrai, je continuerai à me battre contre cette construction (...) C’est la présidente Dilma qui pleurera, pas moi. Je veux savoir qui a donné cette photo et propagé cette fausse information (...) Il faudra que la présidente Dilma me tue face au Palais du Planalto. Là, seulement, vous pourrez construire le barrage de Belo Monte.. »