thumb|alt=Photo du buste d'une Marianne maçonnique|Jacques France (), Marianne maçonnique.

Le Grand Orient de France (abrégé en GOF, GODF ou simplement GO) est la plus ancienne obédience maçonnique française et la plus importante d'Europe continentale. Il est né en d'une profonde transformation de la première Grande Loge de France. Ce renouvellement débouche sur des traits spécifiques qu'il imprime à la maçonnerie française, rendant celle-ci singulière, notamment au vu des autres maçonneries européennes. En , la majorité de ces différences perdurent encore en son sein.

L'évolution de l'obédience se fait au travers de l’histoire politique et sociale de la France. Investi par le milieu politique sous le Premier Empire, accusé par l’Abbé Augustin Barruel et les milieux contre-révolutionnaires de conspiration ayant abouti à la révolution, le Grand Orient développe au fil de son évolution un engagement humaniste et politique. En , le Grand Orient supprime l'obligation pour ses membres de se référer à et à . Dès lors, il est qualifié d'obédience dite ou , qui adopte pour principe la , n’imposant aucune croyance ou religion à ses membres. En cela, il se distingue des obédiences de la branche anglo-saxonne qui enjoint le respect de préceptes dits édictés par la Grande Loge unie d'Angleterre en , impliquant notamment la croyance en Dieu et en sa Volonté révéléeDans les basic principles de 1929 celui-ci porte le nom de . ainsi que l'abstention de sujets politiques ou religieux en loge.

Profondément impliqué dans la vie publique et politique sous la République, il est dissout au même titre que l'ensemble de la franc-maçonnerie française lors de la Seconde Guerre mondiale par le régime de Vichy. Le Grand Orient peine au sortir de la guerre à rebâtir ses effectifs et s’éloigne de l'action politique directe afin de privilégier la réflexion philosophique et sociétale. Fondateur du CLIPSAS, association regroupant les obédiences adogmatiques autour du globe, il est — avec plus de répartis dans plus de — la première obédience adogmatique d'Europe. Depuis , il laisse à ses loges la liberté d'initier ses membres sans distinction de sexe.

Puissance symbolique souveraine (ses membres sont également des Tous les membres sont reçus dans une loge et reçoivent au travers d'un rite, l'initiation maçonnique. Cette fonction souveraine des loges, confère à l'obédience une capacité (puissance) d'ordre initiatique au travers des symboles des rites.), son rite officiel est le Rite français consubstantiel à la création de l'obédience, celle-ci intègre au cours de son histoire et au gré de leurs apparitions la plupart des rites maçonniques pratiqués de nos jours. Imprégné de culture orale, le GODF n'en est pas moins une institution de droit régie par la loi de 1901 et par des règles écrites fondées sur le suffrage universel, principe démocratique qui s'exerce sur toutes ses structures. La devise, Liberté, Égalité, Fraternité, qu'il adopte en fait suite aux pages de son histoire et se confond volontairement avec celle de la République française.

Histoire thumb|upright|alt=Portrait en pied et en couleur d'un aristocrate du |Anne Charles Sigismond de Montmorency-Luxembourg. Le Grand Orient de France est né en d'une profonde transformation de la première Grande Loge de France, fondée le .. C'est à la suite de la mort le de son dernier grand maître, le prince de Condé, que débute cette transformation..

Cette fondation fait suite à une dizaine d'années de dissensions et de scissions au cours desquelles les dérives maçonniques ponctuent l’extension d'un de hauts grades dont les créations se multiplient depuis plus de trente ans et servent surtout à l'obtention de privilèges dans une société civile où le rang et l'autorité découlent du titre.. La mort du prince de Condé met également fin au pouvoir de son substitut général Chaillon de Jonville et permet l'accession du duc de Piney-Luxembourg au poste d'administrateur général lors des assemblées des et .. Dès lors, celui-ci a pour condition préalable, la fin des divisions dans la maçonnerie du royaume et, fait notable à cette époque, pour la première fois le substitut, qui est le véritable administrateur de l'ordre, est élu par l'assemblée et non nommé par la seule volonté du grand maître.. Sous son administration, il se constitue une obédience véritablement nationale, majoritaire, fortement centralisée, qui confie sa grande maîtrise à Louis-Philippe d'Orléans, solennellement installé le . La grande maîtrise dont il est titulaire, organisée comme une ., permet à Montmorency-Luxembourg de se trouver de facto grand maître de la Grande Loge reconstituée, situation qu'il met à profit afin d'imprimer à la maçonnerie française des traits spécifiques qui la différenciera des autres maçonneries européennes. La majorité de ces caractères perdurent encore au sein du Grand Orient..

Débuts du Grand Orient Le , l'assemblée générale adopte le chapitre premier des nouveaux statuts et décide de créer un .. Cette assemblée met en œuvre plusieurs changements majeurs dont le plus important est l'élection des vénérables maîtres de loge., mettant fin à l'inamovibilité de ceux-ci en précisant que : . Ce premier chapitre officialise également la représentation du Grand Orient par les lors des assemblées générales, affirmant pour la première fois une démocratie participative au niveau national et déniant de la sorte, à tous organismes de le droit de s’immiscer dans les affaires de l’obédience..

La dernière assemblée générale de se tient le et valide l'installation solennelle de Philippe d’Orléans comme grand maître le , date qui marque la fondation de la nouvelle obédience.. Le jour même, le nouveau grand maître valide tous les travaux déjà commencés en son nom et mettant fin à la période de transition qui a suivi le décès du prince de Condé.. En 1776, selon Louis Amiable, le Grand Orient de France compte 198 loges en activité, dont 37 à Paris.

Une grande majorité des loges du royaume rallient cette nouvelle structure dans les années qui suivent, bien qu'une rivale, principalement parisienne, refusant ces évolutions et restant accrochée à la traditionnelle vénalité des offices, reste en activité jusqu'en , date à laquelle les deux obédiences, très fortement affaiblies par la Révolution française, fusionnent..

Révolution française left|thumb|upright|alt=Portrait en peinture d'un notable du |Roëttiers de Montaleau (1748-1807). Il est fréquent de lire que les francs-maçons ont activement préparé la Révolution de 1789. L'association des loges aux Lumières et à la Révolution a d'abord été une accusation lancée par les milieux contre-révolutionnairesDès par l'abbé Lefranc, et surtout à partir de par l'abbé Barruel dans son Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme., qui la présentent comme le résultat d'un complot. La vérité est qu'il y eut des francs-maçons dans tous les campsLes travaux d'historiographie contemporaine concluent en ce sens. (cf. Daniel Roche et Dan Halevy).. Ainsi le duc de Luxembourg, véritable créateur du Grand Orient, préside l'ordre de la noblesse aux états généraux et émigre le .. Une loge aristocratique comme de Dijon se saborde dès . ou encore l'astronome Lalande, officier du Grand Orient et selon ses amis, demeure un monarchiste convaincu.

Cependant, les loges dont le nombre atteint 629, dont 63 à Paris en ont, par leur fonctionnement dans les années antérieures, pris une certaine indépendance vis-à-vis de l'État et de l'Église, ce qui a vraisemblablement facilité l'éclosion d'aspirations nouvelles.. Parmi les francs-maçons actifs de l'époque révolutionnaire, citons Mirabeau ou le constituant lyonnais Jean-André Périsse-Duluc (-). L'hymne national, La Marseillaise, a d'ailleurs été composée par un franc-maçon : Rouget de l'Isle.

Le , le Grand Orient de France approuve publiquement la Révolution en cours, ce qui ne signifie pas pour autant une adhésion de la totalité de ses membres à ce bouleversement politique, institutionnel et social majeur de l'histoire de la France.. En effet, durant la Terreur, le GODF se met en sommeil de à , rares sont les ateliers qui ont maintenu une activité durant cette période. En et à son initiative, les archives du Grand Orient sont mises à l'abri chez Alexandre Roëttiers de Montaleau. Ce même mois, le grand maître Philippe d'OrléansIl prit le nom de pendant la Révolution et sera guillotiné pendant la Terreur le . renie formellement la franc-maçonnerie.. La grande maîtrise reste vacante jusqu'en , date à laquelle Roëttiers de Montaleau l'accepte sous le titre de . Il sera l'artisan de la fusion de la Grande Loge de Clermont au sein du Grand Orient et la signature d'un concordat d'intégration le permet au Grand Orient de se proclamer : ..

Au thumb|upright|alt=Portrait en couleur de Joseph Bonaparte en grand uniforme|Joseph Bonaparte en . À partir du coup d'État de Bonaparte le 18 brumaire et sous le Premier Empire, la franc-maçonnerie française va à nouveau se développer de manière importante, en multipliant les loges. Pour cause, la protection de Bonaparte qui comprend tout le bénéfice qu'il peut tirer d'une maçonnerie docile. Ainsi, il investit celle-ci avec des hommes de confiance. Le Grand Orient se dote de dirigeants proches du pouvoir, le frère de l'empereur Joseph Bonaparte devient grand maître avec pour adjoint Murat et Cambacérès.. Protégée par un régime qu'elle sert, la maçonnerie continue à porter dans toute l'Europe les valeurs philosophiques issues du siècle des Lumières. Le Grand Orient est investi par tout ce qui compte en politique : famille de Bonaparte, maréchaux, généraux, ministres et fonctionnaires. Le nombre des loges passe de 300 à en 10 ans ().

La chute de Napoléon et de l'empire entraîne celle de la franc-maçonnerie. Accusée depuis les écrits d'Augustin Barruel d'avoir provoqué la Révolution, combattue par le nouveau clergé ultramontain, elle est contrainte de se mettre en sommeil dans la plupart des pays de la Sainte-Alliance. En France, le Grand Orient survit en faisant preuve d'opportunisme politique, protégé par des personnalités proches du monarque Louis XVIIIIl est lui-même un ancien Franc-maçon et a garanti aux Français par la charte octroyée, l'exercice des libertés. tel le duc de Tarente ou le duc Decazes. Le Grand Orient reste néanmoins suspect et il lui est interdit de débattre de sujets politiques ou religieux.

Le , l’avènement de la Deuxième République est salué par des Une batterie est, en termes maçonniques, un applaudissement ordonné qui doit toujours être exécuté ensemble et en ordre parfait. Il marque le début et la fin des travaux en loge.. Une délégation du Grand Orient est reçue à l’hôtel de ville de Paris par des membres du gouvernement provisoire qui en apportant les premières mesures sociales répond aux attentes du Grand Orient. En décembre, le Prince Napoléon devient président de la République et les monarchistes gagnent les élections législatives (). Cette même année, le Grand Orient définit la franc-maçonnerie comme avec pour devise celle de la République. Affirmant ses convictions progressistes, la maçonnerie est à nouveau suspecte et de nombreuses loges sont fermées avant et après le coup d'État du 2 décembre 1851..

Second Empire

thumb|upright|alt=Photo en noir et blanc d'un maréchal du Second Empire|Bien que non maçon, B. P. Magnan fut nommé grand maître par Napoléon III.