Maquet est une maison française de papeterie et maroquinerie de luxe fondée en 1841 par les frères Hector et Charles Maquet. L’une des plus renommées de la place de Paris, la Maison Maquet devient fournisseur breveté de l’Impératrice Eugénie et de plusieurs cours européennes. Au cours de son histoire, elle remporte de nombreux prix et médailles aux expositions universelles.
Histoire de la Maison Maquet
Papetier-Maroquinier depuis 1841
La Maison Maquet est établie en 1841 par les frères Hector et Charles Maquet. L'aîné de la fratrie Maquet n’est autre qu’Auguste Maquet., romancier et célèbre collaborateur d’Alexandre Dumas, pour lequel il co-écrit plusieurs chefs-d’œuvre, dont Les Trois Mousquetaires, La Reine Margot et Le Comte de Monte-Cristo.
La Maison Maquet est créée pour exploiter un brevet d’invention relatif à la fabrication mécanique des premières enveloppes, dont l’usage était encore peu répandu. Ce brevet, déposé en 1841 et délivré le , décrit la fabrication de l’« enveloppe carte-lettre », aussi qualifiée de « mot à la Poste »Brevet d'invention de cinq ans pour une machine propre à confectionner les enveloppes de lettres, déposé par Maquet Frères le 16 août 1841, non numéroté, délivré le 17 janvier 1842, Base de brevets du 19e siècle, INPI, 1BA9546 http://bases-brevets19e.inpi.fr/. L’invention de l’enveloppe correspond à l’aboutissement de diverses précautions visant à préserver la confidentialité de la correspondance depuis le . La Maison invente ensuite la carte-lettre proprement dite et lance les premiers timbrages de papiers à lettres rehaussés de couleurs..
En 1846, Hector et Charles Maquet séparent leurs sphères d’activité. Charles s'occupe de la fabrique d’enveloppes, tandis qu’Hector se consacre à la boutique rue de la Paix. Hector Maquet dépose sa marque propre en 1864, qui consiste en un élégant monogrammeMarque de fabrique no. 1984, déposée par Hector Maquet au Tribunal de Commerce de Paris, 1864, INPI. . En 1891, il transmet le fonds — « papeterie, gravure, maroquinerie et articles de bureaux » — à son fils Hector Auguste Léon Maquet et à sa belle-fille Julie Blanche Lembert, qui poursuivent l’exploitation jusqu’à la cession à Léon Tissier en 1908, fonds notarial Étude LXXV..
La Maison Maquet figure parmi les premiers commerçants installés rue de la Paix, ouverte trente-cinq ans plus tôt. Au fil des ans, elle occupe plusieurs adresses sur la rue de la Paix à Paris, d’abord le numéro 20 de 1841 à 1846, puis le numéro 26 de 1847 à 1867, et enfin le numéro 10 à partir 1868 où elle restera une centaine d’années. En 1967, la Maison déménage au 45, rue Pierre Charron où elle tiendra boutique jusqu’en 1993. Restée longtemps sans succursale, Maquet exploitait également une boutique à Nice au 16, avenue Massena devenue avenue de Verdun..
vignette|Carton d'invitation de la Maison Maquet (Musée Carnavalet, CC0).
Fournisseur de l’Impératrice et d'une clientèle prestigieuse
La Maison Maquet devient bientôt l’une des papeteries de détail les plus à la mode et jouit d’une grande renommée sous le Second Empire. En 1853, l’année même du mariage impérial, elle obtient le titre convoité de « fournisseur breveté de Sa Majesté l’Impératrice », diplôme qui reconnaît le talent et le savoir-faire de la Maison. « L’Impératrice Eugénie se rendait régulièrement dans la boutique de la rue de la Paix, où elle était servie par Madame Maquet ».
Maquet est en vogue auprès des cours étrangères, comme elle aime à le rappeler dans ses publicités, et se constitue une clientèle aussi prestigieuse que loyale. C’est ainsi qu’elle fournit la cour de Russie et, notamment, la grande-duchesse et le grand-duc Constantin de Russie. Le Figaro rapporte en 1875 que « les papiers sont illustrés aux armes du grand-duc, émaillés or et couleur ; rien de plus riche et de meilleur goût ». Le prince Axel de Danemark est un client fidèle de Maquet..
Séduisant les élites aristocratiques, la Maison Maquet compte parmi ses clients la Princesse Pauline von Metternich, les familles Rohan-Chabot ou encore Costa de BeauregardEnsemble de factures concernant notamment les mariages de leurs deux filles, la comtesse de Rohan Chabot, février 1895, et la comtesse Costa de Beauregard, juin 1895. Bibliothèque Forney, cote 4-MS-FG-00122..
Par la suite, avec l'avènement de la République, la Maison Maquet approvisionne les institutions républicaines, y compris le Palais de l’Elysée, l’Hôtel de Ville de Paris et les ambassades françaises, ainsi que les institutions financières telles que la Banque de FranceCatalogue commercial de la Maison Maquet, 1904..
Autre client prestigieux de Maquet, l'Opéra de Paris y fait imprimer certains de ses programmes.
Une nouvelle ère pour la Maison Maquet
En 1908, Maquet est cédée à l’homme d’affaires et architecte de renom Léon Tissier, qui donne une nouvelle impulsion à la Maison et multiplie les collaborations artistiques. Né d’un père fabricant d’articles de voyage, Tissier contribue à développer l’offre de produits de maroquinerie de Maquet.. Pour asseoir ses ambitions dans l’imprimerie, il acquiert bâtiments et métiers pour l’impression situés rue de Laghouat dans le quartier de la Goutte d’Or à Paris qu’il cédera finalement en partie aux Etablissement Gérault-Fouqueray en 1936.
En 1990, c’est au tour du papetier-graveur Cassegrain d’acquérir la Maison Maquet, mais la société disparaît en 1994.
Vingt ans plus tard, en 2014, la marque Maquet est reprise par Luvanis, une société d’investissement luxembourgeoise spécialisée dans la relance de marques endormies qui est notamment à l’origine de la renaissance du malletier Moynat, ou encore de la Maison de couture Paul Poiret.
Produits et services
La Maison Maquet a longtemps été reconnue comme la plus fine papeterie et la plus luxueuse maroquinerie de Paris.
Dans un premier temps, elle est spécialisée dans les enveloppes et la papeterie de luxe. Elle crée ainsi des papiers armoiriés et chiffrés, des peintures héraldiques sur parchemin, des cartes de visite, des lettres de mariage, des billets de naissance, des invitations à dîner et des carnets de balCatalogues commerciaux de la Maison Maquet, non daté et 1904.. Elle étend, dans un second temps, son savoir-faire pour proposer des articles de maroquinerie de luxe, d’orfèvrerie, d’horlogerie, avant de produire des gravures et des impressions d’art.
Maquet fait de la publicité par le biais d’ingénieux catalogues commerciaux, de programmes de théâtre et de la presse de mode, dont la luxueuse publication Les Modes...
Papeterie de luxe
La Maison Maquet produit des enveloppes et divers articles de papeterie fine. Elle développe en particulier un papier maison, le « papier impératrice », dont la teinte gris-perle, d'une grande distinction, tient le milieu entre le papier blanc et le papier azuréSophie de Fontanges, Les Succès du Jour, mai 1869..
La Maison crée également des carnets de notes et de voyages. L’écrivain français Prosper Mérimée a notamment écrit en 1866 la nouvelle La Chambre Bleue., dédiée à l’Impératrice Eugénie, sur un calepin relié Maquet en maroquin vert foncé, se distinguant par de fins filets d’or sur les deux faces et des tranches dorées.
Le rayon papeterie de luxe de Maquet compte, en effet, des hommes de lettres à la réputation établie parmi ses clients. On suppose que le romancier Alexandre Dumas, qui écrit sur du grand papier à son chiffre et armoiries, se fournit chez Maquet, eu égard à ses liens avec le frère des fondateurs de la Maison, Auguste Maquet. Dumas insiste d’ailleurs pour que Maquet écrive ses manuscrits sur ce même papier“C’est ce qui permit à l’avocat de Dumas d’affirmer, à l’époque des procès, que les manuscrits étaient tous de Dumas ; quand par hasard ils étaient de Maquet c’est qu’ils lui étaient dictés par le maître, puisque le papier était au chiffre et aux armoiries de Dumas [...].” Gustave Simon, Histoire d'une collaboration : Alexandre Dumas et Auguste Maquet. Documents inédits, portraits et fac-similés, Montréal, Le Joyeux Roger, 2012, ..
Chez Maquet, on trouve l’ensemble des accessoires nécessaires à l’écriture, comme les encriers, les buvards, bloc-notes, porte-mines, porte-crayons et porte-plumes, mais aussi couteaux à papier et ouvre-lettres en argent ciselé.
Maroquinerie de luxe
Tout en continuant de produire des enveloppes, sa spécialité, et de la papeterie de luxe, la Maison Maquet devient un maroquinier de luxe de premier plan. L’Impératrice Eugénie s’y fournit en articles de maroquinerie en plus d’y commander son papier à lettres.
Le rayon maroquinerie de luxe de la Maison Maquet s’attire, en outre, les faveurs des artistes à l’instar de l’actrice Jane Sabrier, qui agrémente une de ses tenues d’un sac Maquet en cuir de renne en 1909.
La Maison propose un éventail d’articles de maroquinerie, dont des sacs à main, sacs de voyage, trousses garnies, portefeuilles, porte-cartes et porte-monnaiesPublicités pour Maquet parues dans le journal L’Illustration, le 5 novembre 1910 et les 4 janvier, 2 août et 3 novembre 1913.. On y trouve encore des portefeuilles ministre, serviettes d’avocats et « buvards-touriste garnis ». Pour le voyage, la Maison développe une gamme d’encriers, de casiers à papier et d’articles en cuir et maroquin, à la fois solides et luxueux.
En 1938, la Maison Maquet est choisie pour compléter le trousseau des deux poupées exceptionnelles offertes aux Princesses Élisabeth et Margaret lors de la visite officielle du Roi George VI et de la Reine Elizabeth, destinée à renforcer l'entente cordiale entre les deux pays. Davantage que de simples jouets, ces deux poupées, nommées France et Marianne, montrent l'excellence du savoir-faire artisanal français, à travers un magnifique trousseau de 360 pièces dans la grande tradition de la haute couture parisienne. Maquet contribue au cadeau royal avec des articles de maroquinerie fine, créant deux nécessaires à écriture, l'un en cuir bleu, l'autre rouge, chacun avec leur papier à lettres assorti au monogramme de leur poupée et accompagné d'un stylo miniature en or..
Dans les années 1960, Audrey Hepburn, égérie de la Maison Givenchy, se fournit en maroquinerie chez Maquet. Elle possédait notamment cinq portefeuilles griffés, tous en cuir noir de qualité..
Horlogerie et orfèvrerie
Parmi les activités de la Maison Maquet, on compte l’horlogerie avec la production de montres-bracelets et de montres pour phaétons et automobiles.
La Maison commercialise également des articles de tabac, y compris des briquets-tabatières et des boîtes à cigares et cigarettes. Au début du , elle produit de nombreux briquets à friction fabriqués à partir de tabatières chinoises.. Elle se spécialise dans les objets montés utilisant des éléments anciens dans la vogue orientaliste qui marque alors les arts décoratifs.
Les boîtes Maquet, célèbres pour leur raffinement, renferment aussi bien lettres que bijoux.
Photographie
Dès les débuts de la photographie, Hector Maquet se passionne pour ce nouveau médium et tire le portrait de son frère Auguste. Il vend bientôt dans la boutique parisienne les œuvres photographiques d’autres photographes, telles celui du photographe polonais Boleslaw Matuszewski. Cadres et albums photographiques complètent l’offre de la Maison.
Graveur, imprimeur et éditeur d'art
Depuis longtemps établie comme papetier et maroquinier, la Maison Maquet se lance comme graveur, imprimeur d’art et éditeur au début du , se spécialisant notamment dans les cartes de visite, les menus, les livres d’heures et les travaux de gravure de qualité.
Menus artistiques
Maquet réalise ainsi les menus pour:
L’Hôtel de Ville de Paris, dont par exemple le menu pour le déjeuner offert à Théodore Roosevelt le . et le menu pour l'inauguration du Pavillon de la Ville de Paris à l'Exposition des Arts Décoratifs en présence du Président Gaston Doumergue le ..