L'expression « Miracles scientifiques du Coran » (la sunna, ensemble des traditions attribuées au prophète de l'islam, y est parfois rattachée), connue en arabe sous la forme (ou « exégèse scientifique », ), désigne un courant d'interprétations dont le but revendiqué vise à démontrer formellement l'origine divine de l'islam, en se basant sur des extraits, plus précisément des versets (ʾāyāt), du Coran, texte sacré de cette religion, comme anticipations de découvertes scientifiques modernes. Cette approche, aussi appelée concordisme islamique, considère que . Ce mouvement lié au wahhabisme ne doit pas être confondu avec le dogme de l'inimitabilité du Coran (en , ), selon lequel aucune œuvre humaine littéraire ne peut imiter le Coran (tant sur le fond que sur la forme).
La notion de « Miracles scientifiques du Coran » a fait l'objet de nombreuses critiques, tant par des intellectuels musulmans que par des scientifiques ou universitaires occidentaux, qui dénoncent une démarche au seul service du prosélytisme, et dénuée de tout fondement scientifique. Histoire de ce courant d'interprétation
Aux origines du concordisme vignette|La crevasse est vue par certains concordistes musulmans comme la preuve d'une division de la Lune par Allah à la demande de Mahomet, comme cela a été le cas en 2010. Pour Brad Bailey de la Nasa, « Ma recommandation est de ne pas croire tout ce que vous lisez sur Internet. Les articles évalués par les pairs sont les seules sources d'information scientifiquement valables. Aucune preuve scientifique récente n’indique que la Lune ait été scindée en deux parties (ou plus), puis réassemblée à un moment quelconque du passé. ».Les premiers auteurs pouvant être associés à une recherche de « miracles scientifiques » dans les textes islamiques sont des théologiens du Moyen Âge. Par exemple, Al-Ghazali (Algazel) écrit au : . Toutefois, selon Dominique et Marie-Thérèse Urvoy, certains adeptes du concordisme islamique revendiquent des auteurs anciens, qui n'allaient pourtant pas aussi loin que ce qu'ils affirment. Par exemple, al-Razi . La recherche d'auteurs anciens semble donc surtout une façon de légitimer cette nouvelle approche, .
Le concordisme vit un tournant lors du réformisme musulman du . En effet, la campagne de Bonaparte en Égypte en fait prendre conscience au Moyen-Orient musulman de la supériorité technique de l'Occident chrétien, causant ainsi un choc culturel. Certains penseurs musulmans évoquent un retard intellectuel du monde musulman, à l'instar de Jamal Eddine al-Afghâni (), l'un des chefs de file de la Nahda, qui parle de . Plusieurs réactions émergent progressivement. Un courant fondamentaliste (dont la doctrine la plus représentative est le salafisme) prônera un retour aux « origines » de l'islam, tandis qu'un autre regardera vers les méthodes et concepts occidentaux, quitte à s'éloigner des modes traditionnels d'interprétation (exégèse-tafsîr).
Une nouvelle exégèse se met progressivement en place, revendiquant la présence de vérités scientifiques dans le texte coranique, l'objectif étant d'encourager les croyants à se former aux sciences modernes. Le premier commentaire scientifique du Coran est Le dévoilement des secrets sur l'illumination coranique touchant les corps célestes, la terre, les animaux, les plantes et les minéraux de Muḥammad ibn Aḥmad al-Iskandarānī, en . L'une des plus importantes publications est celle de Tantawi Jawhari () en . Ce dernier s'appuyait sur des livres de vulgarisation et des manuels scolaires, mais sans être spécialiste des connaissances évoquées. Pour Faouzia Charfi, physicienne et femme politique tunisienne, cette forme de lecture coranique se rapproche plutôt d'une . De fait, cet ouvrage reçut de nombreuses critiques, même dans le monde musulmanIl fut effectivement interdit de diffusion en Arabie saoudite., qui restait divisé.
Cet intérêt pour les sciences se retrouve plus tard chez Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans en Égypte en , qui .
Essor dans les années 1970 En , Maurice Bucaille (), médecin français rattaché en tant que gastro-entérologue à la cour du roi Fayçal d'Arabie saoudite, publie le livre polémique La Bible, le Coran et la science.. Ses travaux rencontrent un écho auprès de personnalités du monde arabo-musulman, notamment le géologue égyptien Zaghloul El-Naggar, ainsi que son collaborateur le cheikh , un Yéménite charismatique. La publication de Bucaille est reçue comme un ouvrage partial dans les milieux académiques, défendant une démarche . L'historien de l'Université de Pennsylvanie, un des principaux critiques de Bucaille, attribue son succès à un partagé par certains musulmans s'étant sentis humiliés par le colonialisme, et voulant renouer avec les gloires passées des anciennes sciences arabes et de l'âge d'or de l'Islam.
Le concordisme se développe dans les années 1970, avec l'essor de l'islamisme dans les milieux intellectuels. Pour Faouzia Charfi, . Ainsi, en , Abd al-Aziz ibn Baz (), grand mufti d'Arabie saoudite de à sa mort en , .
Années 1980 : le temps des conférences Abdul Majeed fonde en , avec le soutien de la Ligue islamique mondiale (LIM), la , basée en Arabie saoudite, principalement financée par le gouvernement saoudien. Il devient le directeur de cette institution, et continue à défendre un islamisme radical. Cette institution possède plusieurs succursales dans le monde arabe (Arabie saoudite, Égypte…), et même en dehors (Vienne).
La Commission sur les signes scientifiques dans le Coran et la Sunna organise alors de multiples conférences dans le monde, où sont invités des scientifiques non-musulmans de spécialités diverses. Leur présence permet aux organisateurs de revendiquer une certaine crédibilité pour ces événements, qui affichent l'objectif d'approfondir les « miracles scientifiques » des textes sacrés islamiques. Les organisateurs de cette commission décrivent des échanges neutres, qui accueillent favorablement les informations contredisant le Coran. Cet élément étant remis en question par les scientifiques ayant participé (voir la section « Critiques du concordisme islamique ») ; ..
De nombreuses interviews de spécialistes sont tournées à l'occasion de ces conférences, encore largement accessibles sur les plates-formes de vidéos en ligne (comme YouTube). La vidéo la plus médiatisée qui en résulte est Ceci est la vérité., largement partagée sous forme de cassette, où intervient auprès de scientifiques non-musulmans.
Influence sur le monde musulman d'aujourd'hui Le concordisme islamique est aujourd'hui dominant dans l'espace médiatique, investi par plusieurs prédicateurs. Le grand nombre de sites internet à ce sujet montre une certaine popularité au sein du monde islamiqueExemple : https://www.islam-guide.com/ ; Exemple : http://www.miraclesducoran.com/scientifique_index.html ; Exemple : https://www.kaheel7.com/fr/ ; Exemple : https://sobhanak.canalblog.com/ ; Exemple : https://journaldumusulman.fr/7-commentaires-de-savants-sur-les-miracles-scientifiques-du-coran/. En conséquence, pour Alexandre Moatti, ., l'islam refusant l'idée de .. Il est devenu « acte de foi » pour ses défenseurs contemporains. Pour Chiara Pellegrino, l'exégèse scientifique est .
Les propos relatés ci-après (extraits de l'enquête du de ) illustrent l'intérêt actuel du monde musulman pour cette théorie :
Pour El-Naggar, . D'après le président du , de l'Alberta (Canada), , Selon
D'autres éléments d'actualité illustrent la présence de ce phénomène aujourd'hui : L'élu de Seine-Saint-Denis Maxence Buttey. est exclu du Front national (FN) en , pour prosélytisme. À la suite de sa conversion à l'islam, celui-ci avait envoyé à des membres du parti des documents traitant des « miracles scientifiques du Coran ».. En , Zaghloul El-Naggar donne une conférence au Maroc devant un parterre d'étudiants sur le sujet des « miracles scientifiques du Coran ». Pour ce professeur de géologie et prédicateur égyptien, . Des étudiants perturbent la séance en posant des questions auxquelles il ne parvient pas à répondre. La conférence doit être interrompue. Il réagit rapidement sur sa page Facebook en qualifiant ces étudiants de .. En , une étudiante tunisienne en géologie à Sfax cause l'émoi dans la communauté scientifique, étant autorisée à effectuer une thèse visant à démontrer que la Terre est plate, mêlant arguments pseudo-scientifiques et discours religieux.. De fait, selon certains, , quand bien même des chercheurs, notamment depuis les révolutions arabes de , tentent de faire évoluer les mentalités.
Critiques du concordisme islamique
Critiques des milieux intellectuels musulmans La démarche concordiste est critiquée par nombre d'intellectuels musulmans, par exemple : Amin al-Khuli (), ancien titulaire de la chaire d'exégèse à l'université Fouad (aujourd'hui université du Caire). Pour lui, le bien-fondé de cette lecture concordiste est combattu depuis plusieurs siècles. Il cite entre autres Ishaq al-Shatibi () pour qui Kamel Hussein, recteur d'université, membre de l'Académie arabe et de l'Institut d'Égypte, pour qui cette approche est absurde, car ..
Critiques de scientifiques La physicienne Faouzia Charfi rédige un ouvrage en , intitulé La Science voilée, dans lequel elle s'élève aussi contre le à ce sujet. Elle y décrit l'expansion du concordisme dans le monde académique tunisien, et analyse les branches scientifiques impactées..
Enquête du En , le publie une enquête concernant les interviews de scientifiques diffusées à la suite des conférences internationales organisées par la Commission sur les signes scientifiques dans le Coran et la Sunna. Cette enquête intitulée (« Des savants occidentaux jouent un rôle clé en vendant la “science” du Coran ») fait ressortir trois éléments : Une accusation envers , fondateur de la Commission, d'être , qui l'aurait sollicité plusieurs fois afin de savoir si les actions terroristes qu'il planifiait étaient en accord avec l'islam. Un malaise général chez les scientifiques interviewés lors des conférences internationales : selon eux, la neutralité scientifique initialement promise par la Commission n'a pas été respectée. Certains d'entre eux ont refusé de répondre aux questions du , tel , qui justifie : . Les autres rapportent explicitement avoir été dupés : , selon , spécialiste du monde marin. Le explique Les professeurs Gerald Goeringer, Joe Leigh Simpson, le géologue Allison (Pete) Palmer dénoncent que les doutes qu'ils ont exprimés, ou leurs demandes complémentaires d'analyses, ont été dénigrés et n'apparaissent pas sur les vidéos. Un contexte ambigu pour la tenue des conférences : Palmer se rappelle .
Pour le , c'est lors de ces interviews que ces phrases anodines de scientifiques ont commencé à faire .
Dénonciation d'un outil de prosélytisme Pour certains critiques de l'islam, tels Waleed Al-Husseini, un apostat (« ») bénificiant d'une certaine notoriété dans le monde francophone, le concordisme islamique est aujourd'hui le principal fondement du prosélytisme musulman, une mise en scène privant le fidèle de son esprit critique.. Selon lui, si certains textes de l'islam peuvent avoir une connotation violente, leur fournir de surcroît une validation scientifique constitue un pas décisif vers la radicalisation. Il dénonce l'aspect flou, voire des passages revendiqués comme « miracles scientifiques ».