Mansa Moussa, aussi connu sous le nom de Mansa Musa et de Kankou Moussa (en arabe : ; en n’ko : ߡߊ߲߬ߛߊ ߡߎߛߊ) , est le dixième mansa de l’empire du Mali, au pouvoir entre 1312 et 1337. Son règne marque l’apogée politique, économique et culturelle de l’Empire, étendu du Fouta-Djalon jusqu’au Gao, en passant par les anciens territoires du Ghana.

La renommée de Mansa Moussa nous parvient grâce aux chroniqueurs arabes (comme Al-'Umari et Ibn Khaldoun), qui commentent son pèlerinage à La Mecque de 1324. Cet épisode marque l’ouverture diplomatique du Mali et l’intégration croissante de ses élites au référentiel islamique transsaharien. Il maintient à cet effet des relations avec le Portugal, les mérinides, le sultanat hafside de Tunis et le sultanat mamelouk d'Égypte.

Richissime grâce à une extraction d'or malien évaluée entre trois et quatre tonnes par an, une légende fait de Mansa Moussa l'homme le plus riche ayant existé. Aucun travail universitaire ne vient à ce jour corroborer cette thèse (qualifiée par l'historien Patrick Boucheron d' « indémontrable [et] fantasmatique »). En revanche, les études contemporaines font de cette affirmation une légende construite à des fins politiques et économiques correspondant aux enjeux de l'Empire malien du , se transformant au en un mythe alimenté par divers acteurs.

Noms Kankou Moussa signifie « Moussa, fils de Kankou Hamidou » en référence à sa mère, les Malinkés étant à cette époque une société matrilinéaire ; d'autres variantes de ce nom sont Kankou Moussa, Kanga Moussa et Kankan Moussa. Il est la plupart du temps désigné sous le nom de Mansa Moussa dans les textes historiques européens et dans la littérature. D'autres variantes de son nom telles que Mali-koy Kankan Moussa, Gonga Moussa et le « lion du Mali » existent.

Biographie Origines et ascension au pouvoir Faute de sources écrites locales, les éléments historiques dont nous disposons sur l'empire du Mali proviennent des écrits des savants arabes ayant voyagé et séjourné dans le Sahel, al-'Omari, Abu-sa'id Uthman ad-Dukkali, Ibn Khaldoun, et Ibn Battuta. Selon l'histoire des dynasties malinkés que trace Ibn-Khaldoun, le grand-père de Kanga Moussa est Abou-Bakr (soit probablement Bakari ou Bogari au Mali), un frère de Soundiata Keïta, le fondateur de l'empire du Mali selon les traditions orales. Abou-Bakr ne montera pas sur le trône, et son fils, Faga leye, le père de Kanga Moussa n'a aucune importance dans l'histoire du Mali. La réévaluation historiographique récente confirme que Moussa n'est pas de la même branche dynastique que Mohammed ibn Gao, son prédécesseur, ni du prétendu Aboubakri II, dont l'existence est fortement remise en question.

Kanga Moussa parvient au pouvoir grâce à la pratique voulant que le roi nomme un représentant lors de son pèlerinage à la Mecque puis en fasse son dauphin. Ainsi Moussa est choisi en tant que représentant, puis prend le pouvoir. Son fils, Mansa Maghan, deviendra aussi roi du Mali grâce à cette tradition.

Lors de son accession au trône, l'empire du Mali est constitué de territoires ayant appartenu à l'empire du Ghana et à Melle (Mali) ainsi que les zones environnantes. Moussa porte de nombreux titres, émir de Melle, seigneur des mines de Wangara ou conquérant de Ghanata, de Fouta-Djalon et d'au moins une douzaine d'autres régions.

Fortune

Mansa Moussa est considéré comme l'un des hommes les plus riches de l'Histoire., voire le plus riche., même si cette affirmation reste contestée ; il n'existe en effet aucune donnée exacte concernant sa richesse réelle..

En 2021, un documentaire de la chaîne Histoire TV indique que le Mali extrayait alors trois à quatre tonnes d'or par an et que Mansa Moussa en avait emporté douze tonnes pour son seul pèlerinage« Le pèlerinage de Mansa Musa - Quand l'histoire fait dates », chaîne YouTube de Histoire TV, 25 juin 2021..

Pour l'historien Patrick Boucheron, la légende de sa fortune est construite à l'initiative de Mansa Moussa durant son pèlerinage à la Mecque. Son objet serait commercial — assurer la solvabilité des échanges avec le Mali, et politique, afin de se poser en égal des personnages les plus influents du monde islamique. La légende est accompagnée de récits volontairement incroyables sur l'origine de cet or, qui pousse comme des fruits dans les arbres afin de brouiller les pistes sur les réseaux du commerce aurifère qu'il contrôle, et décourager les tentations d'éventuels ennemis d'aller piller un trésor. À cette fin, elle est d'abord répandue chez les clients les plus proches dans le bassin méditerranéen. La légende omet une autre source majeure de richesse de Mansa Moussa : la vente d'esclaves.

En 1380, lAtlas catalan est offert au roi de France par le roi d'Aragon. Mansa Moussa y figure avec en bonne place une boule d'or dans ses mains, à côté de la ville de Tombuch, Tombouctou, dans le pays de Ginyia, Guinée. Il est accompagné de la légende

Le grand pèlerinage de Mansa Moussa

But du pèlerinage à La Mecque Outre le but religieux et spirituel, le pèlerinage à La Mecque représentait pour Mansa Moussa un voyage aux multiples objectifs, incluant des enjeux politiques, économiques et sociaux.

Le premier objectif de Mansa Moussa était de rencontrer le sultan mamelouk Al-Nasir Muhammad lors de son escale en Égypte. Un protocole strict exigeait de monter à la citadelle et de se prosterner devant le sultan régnant sur l'Égypte. Cependant, en tant que roi, Mansa Moussa refuse de se prosterner devant le sultan. Il adopte alors une autre stratégie pour obtenir une audience. L'empereur malien envoie une somme de au sultan et au vice-sultan. Au Moyen-Âge, cette somme équivalait à la construction d’un palais.

Dans une logique diplomatique, le sultan mamelouk, après avoir reçu ce présent, devait offrir en retour un cadeau d'une valeur égale. Grâce à cet échange, Al-Nasir Muhammad reçoit et honore son hôte. Deux versions existent quant au déroulement de la rencontre entre les deux dirigeants :

Dans la première version, Mansa Moussa refuse de se prosterner mais est contraint de le faire. Il ne reçoit aucun des honneurs habituellement accordés à un empereur musulman, et il n’est même pas autorisé à s’asseoir en présence du sultan d'Égypte. Dans la seconde version, Mansa Moussa refuse de se prosterner devant Al-Nasir Muhammad mais s’incline en l’honneur de Dieu, car il ne se prosterne que pour Lui. Par la suite, les deux chefs d'État deviennent compagnons ; Mansa Moussa est couvert de cadeaux et reçoit le privilège de voyager dans la caravane du Mahmal avec les honneurs dus à son statut.

Ce voyage à la Mecque a ainsi permis à Mansa Moussa non seulement de rencontrer le sultan Al-Nasir Muhammad, mais aussi de tisser des relations diplomatiques avec les Mamelouks. Pour l'empereur malien, le pèlerinage revêtait également une dimension économique.

L’aspect économique du pèlerinage est l’une des parties les plus célèbres de ce voyage. Cet épisode a valu à Mansa Moussa le surnom de « roi de l'or » dans la mémoire collective. Selon certaines sources, l’empereur aurait apporté avec lui 12 tonnes d’or, une somme considérable pour l’époque. Cet or permettait aux Maliens accompagnant Mansa Moussa de faire des achats, d’offrir des présents aux puissants en échange de faveurs et de faire du commerce.

Selon les sources mamelouks, la délégation malienne aurait dépensé tellement au Caire qu’elle fut contrainte d’emprunter d'importantes sommes auprès des créanciers de la ville. Si certains dépeignent la délégation malienne comme des acheteurs compulsifs, cela faisait partie d'une stratégie de Mansa Moussa visant à démontrer la puissance et la prospérité du Mali. Les dettes contractées auprès des créanciers égyptiens visaient aussi un but : inviter les marchands égyptiens à venir au Mali pour récupérer leur dû, encourageant ainsi les caravanes égyptiennes à traverser le Sahara et à commercer avec le Mali.

Le pèlerinage à La Mecque En 1324, Mansa Moussa entreprend le hajj, un pèlerinage religieux vers La Mecque que tous les musulmans sont appelés à accomplir une fois dans leur vie. Le chemin emprunté par Mansa Moussa reste incertain, car il est difficile de situer la ville de Mâlli, la capitale exacte de l'empire du Mali. L’idée que Niani ait pu être la capitale remonte aux historiens coloniaux des années 1920.

Le Tarikh es-Soudan rédigé au évoque un itinéraire passant par Oualata puis par Touat et un itinéraire de retour par une autre voie transsaharienne jusqu'à Gao et Tombouctou. Cependant, le passage par Oualata et Touat semble très incertain puisque les annales marocaines ne font pas mention d'une telle caravane sur cet itinéraire. Cet itinéraire aller semble donc une construction ultérieure de la part des chroniqueurs de Tombouctou. L'itinéraire le plus probable est le même qu'au retour, par Gao et Tombouctou.

Mansa Moussa et ses caravanes séjournent trois mois au Caire avant de prendre la route pour La Mecque. Lors du grand pèlerinage médiéval, de nombreuses querelles (ou fitnas) avaient lieu au sein des mosquées sacrées pour des raisons diverses : luttes d’influence pour le contrôle de La Mecque, questions de statut social, ou conflits autour des rituels. Ces querelles pouvaient dégénérer en violentes bousculades et se terminer en bain de sang.

Durant son pèlerinage, Mansa Moussa se fait également remarquer en empêchant une fitna au sein d’une mosquée sacrée, en retenant fermement ses hommes face aux Turcs, comme le raconte Abdullah Ibn Asad al-Yafi dans son ouvrage Mir'ât al-jinân wa 'ibrat al-yaqzân (« Le Miroir des Jardins et la Leçon de l’Éveillé »). Ce geste est interprété comme un signe de sa supériorité et de son intelligence.

Le pèlerinage de Mansa Moussa en 1324 est l'un des événements les mieux documentés de l’histoire de l’Afrique de l’Ouest médiévale. Lorsque l’encyclopédiste Al-Omari créa le premier tableau géopolitique du monde islamique entre 1328 et 1348, il inscrivit le « sultanat » du Mali parmi les grandes puissances mondiales. Il en va de même dans les manuels de chancellerie mamelouks, qui classent les mansas du Mali parmi les souverains les plus influents du Monde. À travers ce pèlerinage, Mansa Moussa laisse une empreinte profonde et durable dans le monde islamique médiéval et dans l'esprit collectif.

Retour au Mali Lors de son long voyage de retour depuis la Mecque en 1325, Mansa Moussa apprend que son armée, qui avait à sa tête le général Sagamandia, a repris Gao, en pays Songhaï. Cette ville avait fait partie de l'empire avant même le règne de Sakoura et constitue à cette époque un important centre commercial bien que ses tendances rebelles soient notoires. Mansa Moussa fait un détour par la ville où il reçoit en otages les deux fils du dia songhaï Yasibo, Ali Kolen et Souleyman Nar. Il revient ensuite à Niani avec les deux garçons et les fait éduquer à sa cour.

Un roi bâtisseur Mansa Moussa fait construire de nombreuses mosquées et madrasas à Tombouctou. et à Gao, son œuvre la plus connue restant la médersa de Sankoré. À Niani, il fait construire une salle d'audience, un bâtiment communiquant par une porte intérieure avec le palais royal. L'édifice « construit en pierre de taille est surmonté d'un dôme décoré d'arabesques colorées. Les fenêtres de l'étage supérieur sont ornées d'argent, celles de l'étage inférieur d'or » (il n'en reste aucun vestige).

Influence à Tombouctou thumb|La mosquée Djingareyber datant du règne de Kanga Moussa. Le souverain malinké passe par Tombouctou à son retour de la Mecque et y installe des architectes venus d'Al-Andalus (dont Abou Ishaq es-Sahéli) et du Caire afin d'édifier son palais et la mosquée Djingareyber toujours existante.