Force ouvrière ou FO — nom usuel de la Confédération générale du travail - Force ouvrière (CGT-FO), qui témoigne de ses origines cégétistes — est une confédération syndicale française, créée en 1947.
Après des tensions qui sont montées dès la « bataille du charbon » de l'année 1946 puis les grèves de 1947 en France, la tendance (non communiste) minoritaire de la CGT fait scission et crée FO avec le soutien financier indirect de la CIA (qui souhaite affaiblir la CGT communiste).
Troisième organisation syndicale en importance, derrière la CFDT et la CGT, FO a recueilli, sur la période 2005-2006, 12,7 % des voix aux élections professionnellesRésultats sur le site du ministère du travail. et 15,81 % aux élections prud'homales de 2008 sur le site du ministère du travail.. La mesure publiée en , à la suite des élections professionnelles tenues de 2013 à 2016, donnent à FO un poids absolu de 15,59 % et un poids relatif de 17,93 %, lui conservant sa place de troisième organisation syndicale.
Dans la fonction publique, à l’issue du scrutin organisé les et , FO devient, avec près de 18 %, la troisième organisation. dans toute la fonction publique, sur le site de Force ouvrière.. En 2022, elle dépasse la CFDT et devient la deuxième organisation de la fonction publique, restant première chez les fonctionnaires d'ÉtatCommuniqué de presse - Résultats des élections professionnelles dans la fonction publique 2022 (transformation.gouv.fr)..
Histoire
Origine de la scission de la CGT Si la scission de la CGT n'a eu lieu qu'à la fin de l'année 1947, après des tensions qui sont montées dès la « bataille du charbon » de l'année 1946 puis les grèves de 1947 en France, démarrées dès le printemps, Force ouvrière est l'héritière de la branche dite « réformiste » de la CGT, syndicat qui a été, dès sa création en 1895, tiraillé entre une tendance « réformiste » et une tendance « révolutionnaire » puis communiste à partir des années 1920.
La Première Guerre mondiale, après le décès de Jean Jaurès, montre les premières divergences : la CGT est divisée entre une majorité (dont la direction) ralliée à l'Union sacrée et à l'effort de guerre, et une minorité, pacifiste, dénonçant la guerre et soulignant la nécessité de maintenir l'activité revendicative.
La tendance communiste, minoritaire jusqu'à la Libération, fait scission en 1921 (création de la CGTU) avant de renforcer ses positions au sein de la CGT réunifiée au moment du Front populaire. L'échec des grèves de 1938 contre Daladier affaiblit l'aile communiste de la CGT, finalement exclue en 1939 au moment de la signature du pacte germano-soviétique.
Après la Seconde Guerre mondiale, c'est la tendance réformiste (non communiste) qui se trouve en minorité et qui crée, en 1947, la Confédération générale du travail-Force ouvrière (CGT-FO).
Quelques dates 1921 : scission entre la CGT et la CGT-U (U comme « unitaire »), laquelle regroupe au départ les éléments (divers) de la CGT hostiles à la Guerre et se reconnaissant dans la perspective révolutionnaire ouverte en Russie. La CGTU devient l'instrument syndical du Parti communiste. La CGT redevient la centrale majoritaire, tandis que la CGTU se marginalise. 1936 : en mars, réunification de la CGT ; la division demeure toutefois dans les faits entre les « confédérés » et les « unitaires », issus de l'ex-CGTU. 1939 : exclusion des dirigeants de la CGT refusant de condamner le pacte germano-soviétique. 1943 : les « accords du Perreux » réunifient la CGT. 1947 : création de la CGT-FO.
Naissance de Force ouvrière En 1945, le rapport des forces au sein de la CGT est nettement favorable aux ex-unitaires, qui contrôlent 21 fédérations sur 30. Les ex-confédérés sont, eux, regroupés autour du journal clandestin Résistance ouvrière, créé en 1943, et autour de Léon Jouhaux, rentré de déportation le 8 mai 1945. Résistance ouvrière devient en 1945 l'hebdomadaire Force ouvrière.Le premier numéro de Force ouvrière, numérisé sur RetroNews..
vignette|gauche|Léon Jouhaux en 1951
En , à la suite du conflit de Renault, les ministres communistes sont exclus du gouvernement. En septembre, Moscou condamne le plan Marshall et exige de tous les partis communistes qu'ils suivent cette condamnation et rompent avec les gouvernements en place. La CGT se range lors de ces conflits du côté du PCF ce qui aggrave les dissensions entre les deux tendances au sein du syndicat. La tension consécutive à ces événements précipite la scission, qui se produit lors de la seconde conférence nationale des groupes FO, les 18 et . Le , Léon Jouhaux et quatre secrétaires confédéraux quittent la CGT.
Le congrès constitutif a lieu le . Parallèlement, FO devient une des chevilles ouvrières de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), scission de la fédération syndicale mondiale rejetant l'influence communiste.
FO reçoit le soutien logistique et financier de syndicats belges, allemands, et de l'AFL-CIO américaine sous l'égide de son tout récent FTUC (Free Trade Union Committee) et d'Irving BrownRoger Faligot et Rémi Kauffer, Éminences grises, Fayard, 1992.Georges Walter, Souvenirs curieux d’une espèce de Hongrois, Taillandier, 2008., membre éminent de la CIA écrivent Alistair Cole et Gino Raymond dans Redefining the French Republic, Manchester University Press, 2006, p. 119. dans Hugh Wilford, The mighty wurlitzer: how the CIA played America, Harvard University Press, 2008, p. 68. cette dernière souhaitant alors Néanmoins, l'historien Michel Dreyfus récuse la rumeur selon laquelle ce syndicat aurait été créé avec l'aide des renseignements américains pour affaiblir l'influence communiste en France. Selon lui, « c'est le syndicalisme américain qui a aidé à la création de FO, mais de même que l'Union soviétique a aidé la CGT ». De plus, FO n'a pas eu connaissance de possibles transactions passées en sous-main avant les années 1970.
Développement de FO (1963-2018) vignette|Cortège FO lors d'une manifestation anti-CPE en mars 2006.
Lors de sa création, en 1947, Léon Jouhaux et Robert Bothereau n'ont pas réussi à attirer la majorité du syndicat. La nouvelle organisation est particulièrement peu représentée dans le secteur privé.
Ère Bergeron (1963-1989) La deuxième époque de FO est marquée par le long mandat d'André Bergeron, qui érige en pratique constante la négociation contractuelle, marquant une grande défiance envers la CGT. Bien que membre du Parti socialiste, Bergeron entretient des rapports cordiaux avec les gouvernements gaullistes. Interlocuteur privilégié du pouvoir exécutif et des employeurs, FO joue un rôle modérateur pendant la crise de Mai 68. Elle s'oppose aux communistes comme au projet d'autogestion porté par la CFDT. Elle se montre également sceptique par rapport à l'Union de la gauche et à son Programme commun.
Concernant l'indépendance à l'égard du politique, un danger guettait FO dès sa naissance, à savoir sa dépendance à l'égard du parti socialiste (SFIO). Il aurait pu se faire qu'à la fin des années 1940 et dans les années 1950, FO soit dans l'orbite de la SFIO, comme la CGT l'était pour le PCF, et la CFTC pour le MRP. Même s'il y eut des ambiguïtés et d'inévitables compromissions, cela ne s'est pas réalisé. La tradition de la charte d'Amiens et de la vieille CGT comptait énormément dans l'esprit des militants qui ont fondé FO.
Deux autres facteurs comptent : d'abord, le gaullisme qui, installé au pouvoir, annihile la SFIO ; ensuite le congrès socialiste d'Épinay, en 1971, qui met fin à la SFIO, fonde le Parti socialiste (PS), et amène à la direction du PS « modernisé » un certain nombre de militants partageant plutôt les valeurs de la CFTC, devenue CFDT en 1964.
À la fin des années 1960 et dans les années 1970, FO prend plusieurs positions qui se veulent des manifestations de son indépendance et de son originalité dans le paysage syndical français et européen.
Ainsi, en 1969, FO appelle à voter « non » au référendum proposé par De Gaulle. Ce référendum a un double objectif : la mise en œuvre de la régionalisation et la création d'un Sénat corporatiste, associant dans une même chambre les représentants des intérêts économiques, c'est-à-dire patronat et syndicats. FO fait le rapprochement avec la charte du Travail du régime de Vichy.
En 1984, le syndicalisme enseignant à FO, jusqu'alors quasiment inexistant depuis 1948, se développe après le passage de militants venus de syndicats de la FEN, qui appartiennent notamment à la tendance EE-FUO, réputée proche du Parti des travailleurs, et dont le plus connu est Jean-Jacques Marie.
Après avoir longtemps été l'interlocuteur privilégié du patronat et du gouvernement, FO adopte dans les années 1980 un discours plus combatif, au motif que les négociations entraînaient désormais plus facilement des régressions sociales que des progrès..
Ère Blondel (1989-2004) vignette|redresse|Marc Blondel en 2000. Lorsque André Bergeron se retire en 1989, son dauphin Claude Pitous est battu par Marc Blondel élu nouveau secrétaire général. Blondel engage FO sur une voie plus combative, marquée notamment par le conflit de 1995 contre le plan Juppé et une symbolique poignée de main avec Louis Viannet, secrétaire général de la CGT.
À l'origine, au plan syndical, de la création de nombreuses structures de protection sociale collective (Unédic, retraites complémentaires, notamment), Force ouvrière a toujours considéré que la pratique contractuelle est un outil important pour construire et développer des droits collectifs à tous les niveaux (interprofessionnel, branches d'activité, entreprises). En ce sens, elle revendique avoir toujours combattu le « tout État » comme le « tout marché ».
Son objectif est de défendre le service public et la sécurité sociale comme des structures assurant des droits égaux aux citoyens en cohérence avec les valeurs républicaines. Cela explique le combat mené en 1995 contre la généralisation aux fonctionnaires et aux entreprises publiques (RATP, SNCF et EDF) des mesures imposées aux salariés du secteur privé par la réforme Balladur des retraites de 1993 ou les conflits avec le patronat sur la refondation sociale, qui est considérée comme la livraison au marché de toutes les structures collectives et solidaires. FO perd, à la suite de ce conflit, la présidence de la Caisse nationale de l'assurance maladie (CNAM), après avoir déjà perdue celle de l'Unédic, dont hérite la CFDT.
En 1998, Jacques Mairé et Jean Grosset, respectivement secrétaire général et secrétaire général adjoint de l'union départementale de Paris, en désaccord avec la ligne suivie par la confédération, décident de rejoindre l'UNSA.
FO s'engage, en 2003, contre la loi Fillon sur les retraites et propose aux organisations syndicales la grève générale, proposition non reprise et ignorée par les médias de masse.
Ère Mailly (2004-2018) vignette|redresse|Jean-Claude Mailly en 2015. En lors du congrès qui s'est réuni à Paris, Jean-Claude Mailly succède à Marc Blondel au poste de secrétaire général. Il est renouvelé à l'unanimité lors du congrès de Lille en 2007.
En 2008, FO n'est pas signataire du texte du (appelé « position commune ») sur la représentativité syndicale. Ce texte, par son article 17, permet, selon la centrale, la dérogation du temps de travail et donc la remise en cause des 35 heures.
vignette|gauche|redresse|Ancien logo.